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De plus en plus d'emploi

Puisque l'on bavasse à tort et à travers sur les chômeurs dans le plat pays, nous relayons les statistiques officielles gouvernementales sur l'évolution du taux d'emploi de la population en âge de travailler.


Le tableau considère les gens "en emploi". Il faut (probablement) comprendre les gens "en emploi, avec un travail d'indépendant et les fonctionnaires".


On constate que, entre 1983 et 2012, la population en emploi en Belgique chez les 15-64 ans (en comptant les ados, donc) est passée de 52,6% à 61,7% en 2012.

Alors que la population en emploi passait de moins de quatre millions à moins de cinq millions en moins de vingt ans, la population officiellement au chômage (là aussi, les appellations et les critères sont discutables) stagnait.

Ceci nous amène à conclure:

- que l'augmentation du taux d'emploi ne résout aucune crise et qu'elle n'est pas corrélée avec une augmentation du bien être général
- que les chômeurs stigmatisés comme responsables du chômage n'augmentent pas en nombre (le tableau est antérieur aux mesures anti-chômeurs des deux derniers gouvernements, Di Rupo - De Wever&Michel, mesures qui ont organisé le harcèlement et l'exclusion administrative des chômeurs)
- qu'un chômage stable dans le temps plaide pour des causes structurelles (donc que ce sont les organisateurs de l'activité et les acteurs importants d'icelle qui sont à incriminer et non les personnes au chômage)
- qu'on peut à la fois augmenter le taux d'emploi (au sens large) et maintenir un taux de chômage
- que le chômage est demeuré à un niveau (relativement) élevé alors que le PIB belge était multiplié par trois (de 120 milliards à 400 milliards, à peu près)
- que la croissance en terme de PIB ne constitue en rien un facteur de diminution du chômage
- que le chômage n'empêche en rien une augmentation du PIB
Tout ceci nous amène à penser que le million d'employés (au sens large, donc, fonctionnaires et indépendants inclus) supplémentaire en trente ans a dû faire des concessions salariales majeures face à la pression, à la menace du chômage.

C'est-à-dire que le chômage a rapporté des fortunes aux propriétaires lucratifs et aux employeurs (au sens large, il peut s'agir de clients qui ont recours à des sous traitants).

Le chômage ne s'oppose donc pas à l'emploi (au sens large), il en est une condition, il en est la face cachée.

Le couple emploi-chômage permet de faire exploser le PIB alors que les salaires stagnent et que la qualité du travail dans le cadre de l'emploi au sens large, l'intérêt de ce travail sont susceptibles de diminuer.

Et si nos politiques commençaient à parler de choses sérieuses plutôt que de nous assommer avec un électoralisme nauséeux? Et si on demandait à des chômeurs, à des chômeuses de parler du chômage? Et si on demandait aux victimes de l'emploi (au sens large) de parler de l'emploi?

Et si nos solutions étaient des problèmes, et si nos problèmes étaient des solutions?

Source:
http://statbel.fgov.be/…/Stagnation_du_marche_de_l_emploi.j…

Appel

Le feuilleton grec continue.

Nous rappelons que les créanciers de toute dette ont prêté un argent qu'ils ont piqué d'abord. Non seulement, il n'y aucune raison pour leur rembourser le moindre centime mais il faut s'ingénier à éviter qu'ils ne nous piquent de nouveau notre argent pour nous le prêter avec des intérêts par la suite.
Nous appelons au défaut de la Grèce, nous appelons au défaut de tous les pays d'Europe. Nous appelons à laisser les banques et les bourses, nous appelons à récupérer les titres de propriété des bourses "à la pelle et au balais" comme le dit le sémillant Frédéric Lordon.

C'est la propriété lucrative, le droit d'accaparement de la valeur produite par autrui au nom de la propriété, qui permet aux voleurs d'opérer. Pour éviter les dettes, il est donc nécessaire d'abroger la propriété lucrative.

D'autre part, le peuple grec est martyrisé de manière scandaleuse. Ce sont nos sœurs, ce sont nos frères qui sont condamnés à la stagnation sociale, à l'inaction, à la misère, à la dégradation de leurs soins. Nous rappelons que les salaires - individuels ou socialisés par la sécurité sociale - sont à la source de toute richesse, comme, d'ailleurs, l'illustre tragiquement l'exemple grec puisque les salaires, les pensions ont fondu de la même façon que la valeur ajoutée créée collectivement.

Nous appelons à un investissement massif en Grèce (et en Europe, d'ailleurs) dans les salaires, notamment dans les salaires socialisés. Nous appelons à financer cet investissement dans un salaire universel grec (et européen) par la création monétaire et par la cotisation généralisée.

Nous appelons à la socialisation des moyens de production, nous appelons à la démocratisation de l'économie. Nous appelons à la suppression des institutions anti-démocratiques qui martyrisent le peuple grec et bafouent les principes de diplomatie, de respect entre les peuples les plus fondamentaux. Nous appelons à la démocratisation de la banque centrale, au débat public sur la création monétaire, sur l'inflation. Nous appelons à la fin des retraites par capitalisation et à l'universalisation de la sécurité sociale au niveau européen.

Nous saluons la résistance exemplaire des Grecs, que ce soit les instances dirigeantes, entre conciliation, implication des autres peuples européens et nécessités politique, sociale et économique intérieur.

Nous exprimons notre sympathie pour tous les peuples en souffrance sur notre vieux continent, pour les Grecs sans perspectives, pour les Allemands condamnés à travailler pour rien, harcelés, pour les Belges exclus des prestations chômage à l'heure où la conjoncture installe durablement le chômage de masse, pour les Anglais pris dans des contrats de travail esclavagistes, pour les Espagnol naviguant entre salaires de misère et chômage de masse, pour les Italiens et pour les Français qui voient leurs plus belles conquêtes, leurs plus belles luttes disparaître sous l'imbécile docilité de pouvoirs sans imagination et sans légitimité, pour les Européenne en général, pour les mères de famille célibataire, pour les pauvres, pour les déclassés, pour les lourdés, pour les fonctionnaires qui partout en Europe pâtissent de l'incurie des élites, de leur avidité, de leur promptitude à servir les puissants.

Nous appelons à la résistance, partout sur le continent, nous affirmons la légitimité de toutes les luttes pour le droit, pour la justice, pour le salaire et pour l'avenir. Cette résistance s'impose à l'heure où nos ressources sont menacées, où notre agriculture est menacée, où nos salaires et nos droits sont menacés.

Nous appelons à construire un monde ensemble. Nous appelons à nous unir, à croire les uns dans les autres. Nous appelons à notre monde. Du fond de la nuit, puissions-nous trouver le jour, inspirés par les ancêtres et leurs luttes courageuses, portés par l'impératif de justice et assurés de nos rêves.

Ils n'ont que l'argent. Nous avons les rêves, l'amour, le savoir-faire, les compétences. Nous avons le temps.

Clochardisation

Depuis quelques jours, les clochards se multiplient dans la petite ville du petit royaume que j'habite. Ils dorment à même le sol, sans avoir trouvé de place dans les centres d'hébergement pour sans abris.

Le petit royaume que j'habite se situe au Nord de l'Europe. Les températures nocturnes y flirtent habituellement avec le zéro degré en cette saison.

Les clochards dorment donc dehors par temps de gel. Ces clochards sont apparus parce que les chômeurs ont été exclus de leurs prestations sociales dans le petit royaume que j'habite. La majorité minoritaire représente 27% des électeurs. Elle a décidé de s'attaquer au chômage en excluant les salariés-chômeurs de leur salaire socialisé.

Les représentants de la majorité du petit royaume expliquent doctement que les chômeurs doivent crever de faim pour trouver un emploi. Ils expliquent que l'emploi est la seule forme digne de travail, la seule façon légitime de gagner de l'argent - en quoi ils sont d'accord avec l'opposition et les syndicats du petit royaume.

Alors, les chômeurs d'hier qui pouvaient se payer un loyer, un coiffeur, des formations, des remises à niveau, des savonnettes et des costumes ne peuvent plus rien se payer. Ils sont à la rue parce que, nous explique le gouvernement, ils doivent chercher un emploi.

Mais quel employeur voudrait d'un clochard dans son entreprise?

Alors demain, les petits commerçants chez qui les anciens-chômeurs-nouveaux-clochards se ravitaillaient vont faire faillite faute de clients. Les propriétaires immobiliers qui louaient leur bien à ces chômeurs n'auront plus ces rentrées et vont, à leur tour, diminuer leur consommation dans les commerces du coin.

En deuxième ligne, donc, les commerces vont faire faillite, la classe moyenne va se paupériser soit faute de clientèle, soit parce qu'elle va devoir garder et financer ses enfants sans emploi jusqu'à leur mort, soit enfin parce qu'elle sera écrasée par les taxes qui payeront les policiers.

Quels policiers? Eh bien, ceux qui éviteront que les nouveaux clochards ne se laissent pas mourir de faim, ceux qui les empêcheront de s'organiser pour piller les magasins ou les banques pour ne pas mourir de faim.

En troisième ligne, les salariés affligés d'un emploi verront leur salaire diminuer puisqu'ils seront menacés par la rue, par la misère absolue. Les usines verront leurs carnets de commande fondre comme neige au soleil puisque les commerçants qui vendent les produits auront fait faillite faute de clients.

Derrière l'armée de prolétaires en haillons que notre gouvernement nous concocte, c'est une guerre à l'économie qui se profile.

Imaginez que l'on donne un salaire inconditionnel à tous. Les commerçants retrouvent leurs clients, les carnets de commandes se remplissent et les clochards sont salariés (éventuellement pour ne rien faire, cela n'a pas beaucoup d'importance), les exigences de qualité de travail et de salaire augmente. L'économie reprend.

Mais ce qui manque à ce petit gouvernement de ce petit royaume docile aux bureaucrates hostiles à la démocratie, c'est une chose devenue rare, un parfum d'aventure collectif, le goût de l'avenir. Ce qui leur manque, c'est l'ambition.

Le fait que, à New-York, dans une grande république, le nombre de sans-abris passe les 60.000 ne console en rien. Cela veut dire que la guerre au salaire et à l'économie fait rage là-bas aussi. En grand.

Un économiste critique l'activation et la guerre au salaire

Nous traduisons en français un article de Lars P. Syll paru en anglais sur son site (ici, en libre accès).

Traduction

Il y a deux ans, dans le cadre de son prix de sciences économiques de la banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel, Thomas Sargent, dans une interview à la télévision suédoise, déclarait que les travailleurs devaient se préparer à avoir de faibles indemnités de chômage pour être suffisamment incités à chercher de l'emploi.

unemployment

Cette vieille idée mercantiliste n'a que peu de fondements scientifiques. Cependant, il est symptomatique que les politiciens de droite et les économistes néo-classiques - comme Robert Lucas et Thomas Sargent - ressortent cette vieille recette miracle du chapeau. Comme leurs prédécesseurs des années 1920, ils suggèrent que la baisse des salaires est le bon moyen de renforcer la compétitivité d'économies déclinantes, de remettre l'économie en marche, de créer de l'emploi, de provoquer la croissance qui se débarrassera des dettes qui s'accumulent et d'équilibrer les budgets de l'État.

Mais recommander de résoudre les problèmes économiques en baissant les indemnités de chômage et en sabrant dans les salaires, dans ces temps difficiles, devrait être plutôt interprété comme un signe de la noyade de la confiance envers notre système économique. Les coupes de salaires et la baisse des prestations de chômage - bien sûr - ne sauvent ni la compétitivité ni l'emploi.

Ce dont nous avons besoin par dessus tout en ces temps, c'est de stimulation et de politiques économiques qui augmentent la demande

Au niveau sociétal, les coupes de salariales ne font qu'augmenter le risque de chômage de masse. Penser que l'on peut résoudre une crise économique de cette façon, c'est revenir à ces théories économiques et à ces politiques que John Maynard Keynes a démontées implacablement dès les années 1930. Ce sont des théories et des politiques qui ont mis des millions de personnes au chômage à travers le monde.

C'est une erreur atomique de penser qu'une politique de coupe générale des salaire va renforcer l'économie. Au contraire. Les effets cumulés des coupes salariales sont catastrophiques, comme l'a démontré Keynes. Ces coupes enclenchent un cercle vicieux de déflation qui fait augmenter les dettes des individus et des sociétés puisque la dette nominale n'est pas affectée par la diminution des prix et des salaires. Dans une économie qui s'est reposée de plus en plus sur des dettes croissantes et sur l'emprunt, [ces coupes] seraient la porte d'entrée d'une crise de la dette avec une chute des investissements, un chômage plus élevé. En bref, cette politique nous amène au seuil de la dépression.

Le danger pendant pour les économies aujourd'hui, c'est de ne pas trouver de consommateurs et d'investisseurs. La confiance et la demande effective doivent être rétablies. Le problème de nos économies n'est pas du côté de l'offre. la demande est - pour le dire crûment - simplement insuffisante pour faire tourner les roues de l'économie. Suggérer que la solution, c'est de baisser les salaires et les allocations de chômage, c'est prescrire des catastrophes encore plus graves.

Je te paie un pot?


Au rayon chiffres à rappeler: les cadeaux fiscaux aux plus grosses entreprises (au détriment de leurs concurrents plus petits, électeurs MR, et du contribuable) se sont élevés à 13 milliards d'€.

Deux fois le budget du chômage (prépension, plan d'activation et chômage-intempérie inclus) et 90 fois les économies escomptées par le plan d'exclusion de chômeurs (l'article 63§2). Si les chômeurs sont chers, les gros actionnaires sont deux fois plus chers.

Au rayon des réalités économiques à rappeler: le budget chômage est dépensé par les salariés au chômage alors que les profits des grosses entreprises gonflent l'accumulation, inutile et dangereuse, ils concentrent la richesse et sabotent la machine économique.

Au rayon philosophie économique: les salaires des chômeurs créent de la valeur économique alors que la rente des profits des grosses entreprise parasite cette création de valeur ajoutée.

Questions:
- pourquoi l'ancien gouvernement a gavé les actionnaires-parasites?
- pourquoi le nouveau gouvernement qui prétend faire des économies continue?
- pourquoi les intérêts des travailleurs au chômage ou affligés d'un emploi ne sont pas représentés politiquement alors qu'ils constituent la majorité de la population?

La guerre contre le salaire


On nous signale que la note des formateurs du gouvernement suicidois belge prévoit d'enquêter sur les revenus des chômeurs.

On voit là la dérive de la logique du chômage-besoin social-charité-pouvoir d'achat. Nous rappelons que le chômage n'est pas versé à des êtres de besoin, nous rappelons que le chômage n'est pas un revenu lié à un pouvoir d'achat, nous rappelons que le chômage n'est pas une allocation caritative.

Le chômage, les allocations de chômage, sont un salaire. En tant que tel, il contribue à la création de richesse économique et reconnaît la contribution économique des producteurs hors emploi. Les activités de ces producteurs sont parmi les plus utiles, les moins nuisibles de l'ensemble de l'économie mais ce n'est pas pour cela que les chômeurs touchent des salaires. Ils touchent des salaires parce qu'ils contribuent à la création de valeur économique, quelles que soient leurs activités concrètes par ailleurs.

La confusion des formateurs entre charité et droit, entre pouvoir d'achat et salaire sert bien leur guerre contre les salaires, contre la création de valeur économique sans employeur.

Dont acte.

http://www.lalibre.be/actu/belgique/le-mr-veut-imposer-une-enquete-sur-les-revenus-des-chomeurs-53f620443570667a6394af02#8d4b8

Histoire des luttes de chômeurs 2 - Le chômage conjoncturel (1970-1995)

Cet article est écrit avec Riposte-CTE (voir leur site ici), il s'inscrit une suite d'articles retraçant l'histoire des luttes de chômeur 

La première vague des luttes de chômeur, c'était l'auto-production suite aux fermetures d'usine (voir Glaverbel ici et Lip ici, par exemple).

  • Luttes dans les usines

La deuxième vague a déferlé dans les usines: la lutte pour les 36 heures et la pension à 60 ans (voir les ACEC de Charleroi ici, les travailleurs ont obtenu les 36 heures par étape, sans création de poste d'emploi et par augmentation de la productivité).

Extrait du journal de l'UCLMB, 18/9/75
Au sein du mouvement Marxiste-Léniniste très minoritaire dans le mouvement ouvrier, il y avait la revendication d'une allocation de chômage de 100% du salaire. Au sein du mouvement syndical traditionnel, c'était la revendication du plein emploi qui a eu le succès que l'on sait.

  • Les comités de chômeurs

À partir de 1976, il se crée des comités de chômeurs. Ils reprennent la tradition communiste des années 30 (voir Guy Vanthempsche, Le Chômage en Belgique de 1929 à 1940, son histoire, son actualité et notre article sur le pacte social ici): à ce moment-là, il n'y avait que les communistes qui organisaient les chômeurs. En Belgique, on appelait le Parti Communiste, le Parti des Chômeurs. Ces comités sont créés par ce que les sociologues appellent des gauchistes, c'est-à-dire les mouvements trotskyste, anarchiste et marxiste-léniniste. La revendication principale était la lutte contre les exclusions (c'était l'article 143 à l'époque - voir ici), les 36 heures et la pension à 60 ans.

L'article 143 prévoyait l'exclusion du bénéfice des allocations des chômeurs cohabitants de longue durée - y compris les travailleurs à temps partiel. Cette mesure pénalisait essentiellement les femmes en ménage.

  • Les TSE

À Charleroi, en 76 toujours, un comité est créé par des militants syndicaux de base mais ce comité reiciste isolé en Belgique. Il lutte contre les exclusions et revendique l'abolition de l'article 143, la suppression des enquêtes à domicile et le droit au travail.

Ce comité ne tiendra que quelques années du fait du turnover des formations, des stages - c'était tous des jeunes. Suite à quelques actions d'occupation symbolique de l'ONEm, le comité obtiendra quelques améliorations dans les locaux de pointage.

À l'époque, les chômeurs devaient pointer tous les jours, souvent dans des locaux délabrés.

À partir de 1980, les syndicats revoient leur analyse sur le chômage qui ne cesse d'augmenter. Ils arrivent à la conclusion que c'est un chômage structurel, conclusion qui s'imposait après deux siècles.

  • Le Werklosenbond

En Flandre, un Werklosenbond (un syndicat de chômeurs) se crée au début des années 1980. Il donne comme consigne, afin de diminuer les frais de logement, de cohabiter, de vivre à plusieurs. En riposte à ce mouvement-là, le gouvernement de l'époque crée un nouveau statut, les cohabitants.

Beaucoup de membres du Werklosenbond seront accusés de fraude sociale et perdront plusieurs procès. Le Werklosenbond s'écroule financièrement.

À cette période, des militants syndicalistes chômeurs créent le premier comité TSE, Travailleurs sans emploi.

Les principales revendications des comités TSE: suppression de l'article 143, réduction du temps de travail, élection de délégués chômeurs. Mais les dirigeants syndicaux s'opposent à cette dernière revendication et à la suppression de l'article 143. C'est ainsi que Monsieur J.-C. Vandermeeren, secrétaire national de la FGTB déclare le 23 mars 1983:

Si on supprime l'article 143, les libéraux vont proposer la limitation dans le temps des allocations de chômage [il y a trente ans!].
 Or, il faut savoir qu'à la même époque, l'administrateur général de l'ONEm, Maurice André est aussi président de la CGSP Tournai, une centrale de la FGTB.

Quant à l'autre grand syndicat belge, le syndicat chrétien, la CSC, elle
accepte le principe de contrôle mais pas de pointage.
Le pointage sera effectivement supprimé mais bien des années plus tard.

L'article 143 prévoyait l'exclusion du bénéfice des allocations des chômeurs cohabitants de longue durée - y compris les travailleurs à temps partiel. Cette mesure pénalisait essentiellement les femmes en ménage.

  •  Luttes et sabotages syndicaux


En 1986, le comité TSE FGTB Charleroi occupe l'ONEm pendant sept jours contre la diminution des allocations de chômage pour certaines catégories de chômeurs qui tombent au forfait minimum et contre l'article 143. Cette fois, l'action ne remporte pas de vrai succès.

La FGTB nationale et la CSC-Femmes organisent une manifestation à Bruxelles sur les mêmes revendications (abrogation de l'article 143 et contre la diminution des allocations de chômage pour certaines catégories). Il y a 8000 personnes.

Les comités TSE aussi bien de la FGTB que CSC se plaignent beaucoup du manque de soutien des centrales et, à la FGTB, ils proposent de créer une centrale des cLes chômeurs qui ne cherchent pas d'emploiLes chômeurs qui ne cherchent pas d'emploihômeurs, ce qui sera refusé par le congrès.

[Sur ces questions voir notre article sur la démocratie syndicale ici]

À Charleroi, les TSE organisent des élections sociales au bureau de pointage. Ces élections ne seront pas validées par les dirigeants syndicaux alors qu'un délégué a été élu.


  • Les chômeurs qui ne cherchent pas d'emploi

En 1988, un nouveau type de chômeur apparaît - principalement des sidérurgistes ou des métallurgistes, des secteurs à forte tradition syndicale - âgé de plus de 50 ans mais n'ayant pas droit à la prépension (c'est alors 56 ans). Ces chômeurs spécifiques réclament:
- une allocation plus élevée que les 60%: vu les nombreuses années de cotisation, cette allocation doit être majorée
- de ne pas être demandeur d'emploi (à leur âge, ils ne peuvent plus être embauchés).

Pour soutenir leurs revendications, ils organisent une manifestation où il y a 2500 personnes et une occupation d'un jour de la FEB (Fédération des Employeurs de Belgique). Leurs revendications aboutissent en 1993.

En 1991, l'article 143 devient l'article 80 sans que rien ne change fondamentalement. Les chômeurs cohabitants de longue durée sont toujours exclus - ce qui affecte surtout les femmes en ménage.

En 1994, la CSC et quelques sections FGTB organisent une manifestation à Bruxelles où il n'y a plus que mille personnes. La lutte des TSE a marqué le pas à cette période jusqu'au milieu de 1995.

Le coût des aides aux employeurs

Nous apprenons ici (le lien officiel) que les employeurs belges touchent au total 11 milliards d'€ pour faire du bénéfice sur le dos des travailleurs. Parmi ces 11 milliards, il y a 6 milliards de subventions salariales - dont 3,14 milliards à charge de la sécurité sociale (réductions de cotisation et aide à la recherche et au développement essentiellement) - et 5 milliards de réduction de salaire pour les employeurs.

Nous rappelons que le budget de l'ensemble du chômage en Belgique tourne autour de 6,5 milliards (deux fois moins que ces aides), que les économies escomptées par le gouvernement par le plan d'exclusion des chômeurs sont de l'ordre de 150 millions (75 fois moins que ces aides aux employeurs).

Nous rappelons également que ces politiques de baisse du "coût" de l'emploi ont près de quarante ans, qu'elles n'ont jamais fait baisser le chômage d'un poil (les patrons embauchent quand ils ont des commandes, pas quand ils ont de l'argent) et qu'elles essorent le contribuable.

Au-delà du point de vue volontairement orienté de la plateforme, ce sujet devrait peut-être faire l'objet d'une interpellation spécifique auprès du politique, du monde des médias ou des syndicats, non?



Histoire des luttes de chômeurs - 1. Glaverbel

Histoire des luttes de chômeurs

 Cet article est le premier d'une série qui doit nous amener aux luttes de chômeurs actuelles en Belgique. Il est rédigé en coopération avec le collectif Riposte.CTE, collectif de réflexion et d'action autour du chômage.

 Glaverbel 1975-1981

Le premier article nous emmène à la fin du plein emploi, juste après la crise pétrolière, au moment où le taux de profit atteignait un plancher historique et que les investisseurs commençaient à se sentir des envies de laisser leurs capitaux se balader sur la terre entière.

Dans ce contexte, une entreprise ferme alors qu'elle est bénéficiaire. C'est un des premiers licenciements boursiers connus de l'ère contemporaine. Mais les résistances ont créé des brèches intéressantes, comme cette histoire de conserver un statut de travailleur, un contrat de travail et un salaire alors que l'usine est fermée. Récit.

 I. Contexte: la fermeture de l'usine (1975)


 Présentation du film de Manu Simon, Gilly pour tous (tous avec Gilly).

Les ouvriers refusent l'extinction du four de l'usine de Glaverbel (Charleroi). Ça se passe en 1975. Un comité de grève se constitue, la lutte est lancée. C'est une lutte contre les licenciements, contre le démantèlement de l'usine, contre la fuite des capitaux et les manoeuvres des multinationales qui licencient pour faire plus de profits. L'usine de Glaverbel est occupée et placée sous contrôle ouvrier. Une lutte exemplaire.

La CSC annonce une confiscation de fait des entreprises qui ferment ou qui licencient. La FGTB exige la nationalisation. "Les ouvriers se lèvent comme un seul homme et disent: Capitalistes, nous en avons assez, laissez la place à nous, s'écrie André Henry, figure emblématique de la grève. Après sept semaines, les grévistes font plier la multinationale et obtiennent gain de cause. Aucun licenciement, maintien du salaire. Cette victoire reste encore aujourd'hui un modèle d'un combat ouvrier.
Pendant l'année d'occupation d'usine, les ouvriers ont continué à produire le verre - un arrêt du four lui eût été fatal - et se sont chargés eux-mêmes de commercialiser ce qu'ils produisaient. Ils ont alors démontré (si besoin était) que les travailleurs pouvaient se passer de patron et d'employeur.
  • L'accord Glaverbel

Les ouvriers n'ont pas obtenu la nationalisation mais ils ont obtenu le maintien du salaire, la prépension à 95% du salaire à 58 ans et le retrait de la plainte de l'usine pour vol. Un fonds social est constitué. Il est alimenté à un tiers par Glaverbel et à deux tiers par l'État: il indemnise les anciens travailleurs, appelés les excédentaires, sans emploi à 100% de leur salaire.

Les patrons avaient porté plainte pour vol parce que les ouvriers avaient continué à vendre le verre pendant la grève et l'avait vendu pour leur compte (cf: Lip).

  • La contre-offensive du gouvernement et des hauts responsables syndicaux

Après cette victoire, ça a été la grande contre-offensive de la bourgeoisie, des politiciens et de certains hauts dirigeants syndicaux.

La première attaque a été contre un délégué d'une autre section de Glaverbel Charleroi, délégué qui avait soutenu la grève. Il est licencié sans préavis. S'en suit une grève générale des verriers de Charleroi. Après deux semaines de grève, ce délégué sera réintégré mais son mandat syndical sera retiré (par les dirigeants nationaux syndicaux) pour sept ans.

Pour Jean De Nooze, dirigeant syndical national pour le verre,
les ouvriers de Gilly sont des activistes qui se prétendent militants ouvriers, qui ont transformé la région carolorégienne en chaudron à sorcières qui bout et déborde à tout moment et qui mènent une politique qui sert machiavéliquement les intérêts de Glaverbel et de tout le gouvernement.
En avril 1977, le PS rentre au gouvernement et attaque le fonds social de Gilly qui paie 100% du salaire.
Les ouvriers de Gilly sont des privilégiés et des profiteurs [déjà!].
 Les socialistes qui n'étaient pas dans le gouvernement précédent ne s'estiment pas liés par cet accord. Les travailleurs ripostent: des manifestations, des arrêts de travail, des assemblées, etc. Le fonds social sera prolongé d'un an.

Peu après, ce sont les dirigeants syndicaux nationaux, en front commun qui proposent d'amender les critères qui ouvrent les droits aux indemnités du fonds social:

- diminution du nombre de personnes concernées
- limitation dans le temps
- organisation d'un référendum à bulletins secrets pour l'ensemble des verriers (et non les seuls excédentaires)

  • Les ouvriers font grève pour défendre leur accord

La plupart des sièges verriers boycottent le référendum. Il n'y aura que 41% de oui (de ceux qui ne sont pas concernés). Mais les dirigeants syndicaux en front commun ne tiennent pas compte des résultats et proposent de réaliser les amendements prévus.

Les ouvriers ripostent en faisant grève dans plusieurs sièges. La grève ne sera [évidemment] pas reconnue. Les ouvriers mettront sur pied un large front de soutien politique (PCB - LRT - POUR - RW et quelques militants socialistes) et porteront plainte en justice contre Glaverbel pour non respect des accords. La plainte n'aboutira qu'à un non lieu.

Après 15 jours de grève non reconnue, Glaverbel accepte de négocier. L'accord du fonds social sera prolongé jusqu'en 1980: les ouvriers hors emploi conservent leur ancien salaire.

Les ouvriers protestent auprès du syndicat pour exiger le paiement des indemnités de grève et obtiennent gain de cause [à bon entendeur!].

II. L'entreprise publique d'isolation-rénovation

  • Un projet soudé

Le gouvernement, les dirigeants syndicaux nationaux et Glaverbel s'engagent à transformer Glaverbel en une entreprise publique d'isolation-rénovation pour 270 travailleurs. Ce projet implique une formation (les verriers ne sont pas des maçons) - avec toujours maintien du salaire à 100%.

En juillet 1979, les ouvriers reviennent de vacances et trouvent les portes de leur usine ... soudées avec toutes les machines emportées.

  • Un projet voté

En réaction, les ouvriers créent leur propre projet d'entreprise publique d'isolation-rénovation sous contrôle ouvrier avec l'appui d'universitaires (de Namur). Le projet est soutenu par l'OPI, l'Office de Promotion Industrielle, par le conseil communal de Charleroi. Un projet de loi est déposé au parlement après des visites chez des politiciens, l'occupation de l'ONEm, etc [à bon entendeur!].

Au début 1980, la SETIR formation commence mais les ouvriers exigent que ce soient eux qui choisissent les formateurs, qui établissent leur règlement de travail, de formation, et ils exigent des formations sur chantier et pas seulement en atelier.

L'ONEm refuse et se fait occuper puis le Ministère du Travail est à son tour occupé.

  • Le chant du cygne: SETIR
La société d'isolation SETIR est créée mais les sociaux-chrétiens s'opposent à l'exécution du projet. La CSC et le MOC, tous deux sociaux-chrétiens également, se retirent du projet.

Les ouvriers concernés vont donc visiter le ministère socialiste de l'emploi. Après des heures de séquestration, un subside de 18 millions FB est concédé [l'équivalent avec l'inflation de 1 millions 250 € de 2014].

Dans un premier temps, le PSC bloque le subside; les bureaux de la région Wallonne seront occupés par les ouvriers et la moitié du subside est finalement allouée. Les accords sur le fonds social seront prolongés d'une année.

En juin 1981 SETIR est lancé avec 6 travailleurs, un directeur et une secrétaire (loin des 270 travailleurs initialement prévus).

Deux ans plus tard, la société d'investissements wallonne (SRIW) liquide SETIR alors que le cahier de commande est rempli jusqu'à la fin octobre en s'appuyant avec mauvaise foi sur une loi qui permet la liquidation d'une entreprise qui a utilisé la moitié de son capital.

 Glaverbel est repris à ce moment-là par une multinationale japonaise et les ouvriers sont alors effectivement licenciés alors qu'ils étaient toujours en contrat de travail sans travail avec Glaverbel.
  • Le chômage

Les excédentaires deviennent des vrais  chômeurs. Faute de contrat de travail, les délégués sont exclus de leur mandat par les instances syndicales. Le fonds social est supprimé.

En réaction, certains ouvriers créeront de petites coopératives grâce à un subside de la région wallonne de un million d'€. Ces coopératives concerneront une vingtaine de travailleurs. Ces coopératives n'ont survécu que quelques années.

Principale leçon: pour certains, c'est une demi victoire parce qu'ils n'ont pas obtenu la nationalisation avec contrôle ouvrier, pour d'autres l'allocation de chômage à 100% du salaire pendant huit ans est un pas énorme vers le salaire à vie.

Références:

André Henry, L'Épopée des verriers du Pays Noir, Luc Pire, 2013 (voir un résumé ici).
Union des Communistes (Marxistes-Léninistes) de Belgique, Ripostons aux licenciements, Brochure, 1975.


L'associatif appelle au secours

Des Associations citoyennes alertent sur les mesures d'économie annoncées par Valls. Le secteur associatif va faire les frais de ces mesures et ne sera plus en état de fournir les services éminemment utiles (y compris à l'économie) qu'il fournit actuellement. En outre, les futur-ex travailleurs du secteur seront autant de chômeurs et autant de cotisants en moins pour la sécurité sociale.

Nous nous associons pleinement à cette dénonciation de l'austérité et à la valorisation d'activités non capitalistes. Néanmoins, nous nous permettons

- de suggérer l'extension de la fonction publique, des salaires à la qualification personnelle à l'ensemble du secteur (et aux autres secteurs, d'ailleurs), ce qui permettra aux intéressés de se consacrer pleinement à leurs activités utiles et non à des demandes chronophages de subventions aléatoires

- de répéter que la création de toute valeur économique n'est pas liée à l'emploi mais aux salaires (le travail concret crée les biens et les services concrets): il faut développer les salaires, les déconnecter de l'abominable logique de l'emploi.

Voici la lettre (obligeamment relayée par Reporterre, ici)

Le premier ministre a annoncé mercredi 16 avril la réduction des dépenses publiques de cinquante milliards d’euros en trois ans et de onze milliards de la dotation de l’État aux collectivités d’ici 2017 (soit trois milliards par an).
Ces décisions auraient pour conséquence, si elles sont appliquées, la disparition de très nombreuses associations et de dizaines de milliers d’emplois associatifs. La diminution du montant des dotations publiques constitue en effet la principale variable d’ajustement laissée aux collectivités territoriales pour compenser la perte de leurs ressources tout en maintenant les crédits destinés à exercer leurs compétences obligatoires.
Ce gouvernement, comme les précédents, semble ignorer que les richesses produites par la très grande majorité les 1 300 000 associations sont constituées avant tout de développement humain, de démocratie et de participation à la vie de la cité, de renforcement du lien social et d’épanouissement des personnes.
Paradoxalement, cette annonce tombe au moment même où le premier ministre affirme qu’il a besoin des associations pour gagner la bataille de l’emploi et reconstruire l’espérance, notamment dans les quartiers et les territoires ruraux ou périurbains où le désarroi gagne chaque jour du terrain.
Les ruptures de financements publics ont des conséquences extrêmement graves pour les associations : un recul général de leurs capacités d’agir, y compris pour celles dont l’action ne repose que sur l’engagement bénévole, une forte dégradation des conditions de travail, tant pour les salariés que les bénévoles, la destruction de dizaines de milliers d’emplois qualifiés, porteurs d’expérience et de savoir faire associatifs, leur remplacement partiel par des emplois précaires et sous qualifiés, souvent en substitution de services publics territoriaux détruits par ailleurs.
En particulier la signature de milliers de contrat temporaires dit « emplois d’avenir », destinés à des jeunes peu qualifiés, ne saurait masquer durablement la réalité de ce plan social déguisé.
Les associations petites et moyennes sont les plus frappées par ces mesures et par la multiplication des appels d’offres. À cette approche comptable s’ajoutent toutes les conséquences humaines et les souffrances que cela entraîne par la destruction progressive des liens sociaux.
La réduction aveugle des subventions est un non-sens, car la suppression des actions de prévention et de lien social génère des coûts bien supérieurs de maladie, de sécurité, d’action de réparation, etc….
Le coût des cotisations sociales perdues et des prestations de chômage induites par les licenciements est supérieur au montant des subventions supprimées.
Uniquement préoccupés par leurs effets d’annonce et une vision court-termiste, les pouvoirs publics ne semblent plus s’intéresser à la globalité des choses. Leur seul objectif : appliquer l’idéologie de ce capitalisme libéral dominateur en France, dans l’Union Européenne et dans le monde.

Face à ces décisions inacceptables, nous appelons les associations, en lien avec les collectivités et tous les acteurs qui partagent les mêmes valeurs d’égalité, de liberté, de fraternité et de démocratie, à se mobiliser par tous les moyens, avec leurs bénévoles, leurs salariés, leurs adhérents et usagers, pour résister à leur asphyxie et à la dégradation continue de nos conditions de vie ensemble.
Nous demandons la mise en œuvre de politiques publiques concertées prenant en compte tout le tissu associatif et pas seulement quelques milliers de grosses associations, la restauration de relations avec les acteurs publics fondées sur le partenariat et non sur la commercialisation de prestations, le retour à des financements publics stables et garantis aux associations qui contribuent à l’intérêt général et au bien commun. « La reconduction à l’identique de la circulaire Fillon du 18 janvier 2010, qui tend à réduire les associations à un simple acteur économique, constituerait en l’occurrence une atteinte de plus à la vie associative » déclare Didier Minot, porte-parole du CAC, ajoutant qu’une mobilisation spécifique sur ce dossier était lancée.
Les associations citoyennes refusent le désastre social qui attend la France au bout de cette course à l’austérité (aggravant les déficits publics), expérimenté dans d’autres pays européens comme le Portugal, l’Irlande ou la Grèce, et dans plus de quatre-vingt pays depuis trente ans. Rester silencieux aujourd’hui à ce sujet, c’est faire courir un risque majeur à notre pays à brève échéance.

Le chiffre du chômage

Toutes nos félicitations aux propriétaires de ce qui fait tourner l'économie: le chômage et l'emploi sont les deux faces d'une même pièce. Le chômage pousse à la baisse les salaires; au nom de l'emploi, on sabre dans les droits sociaux.

Nous rappelons que le chômage en soi n'est absolument pas un problème. Ce qui est un problème, c'est l'accès au travail social, c'est l'accès à l'économique. Ce qui est un problème, c'est le monopole de l'emploi comme forme d'activité légitime à l'heure où il pille la planète, où il laisse les travailleurs exsangues et misérables, où l'obéissance à l'impératif de bénéfices ne fait que nourrir des gens gavés.

Logiquement, alors que toutes les politiques sont axées sur l'emploi (notamment dans les régions où il augmente le plus, en Europe centrale et en Afrique du Nord), c'est le chômage qui augmente et, avec lui, le chantage des propriétaires des outils de production.

C'est vrai que, en passant, la guerre pour l'emploi, contre le salaire et les droits sociaux, la guerre pour le chômage et contre les travailleurs dégonfle les salaires et, ce faisant, vide les carnets de commande. Vieille histoire (voir les crises de 1637, 1720, 1792, 1797, 1810, 1819, 1825, 1836, 1847, 1857, 1866, 1873, 1882, 1890, 1893, 1907, 1923, 1929, 1966, 1971, 1974, 1979, 1980, 1982, 1985, 1987, 1989, 1990, 1992, 1993, 1994, 1997, 1998, 2000, 2001, 2002, 2007, 2009, 2010 - certaines années, il y en a eu plusieurs).

Cette guerre contre les travailleurs, c'est celle de la "compétitivité", de la "libre concurrence". À qui profite le crime?
 
Extraits
 
Environ quatre millions de personnes sont venues grossir les rangs des chômeurs dans le monde en 2013, dont le nombre s'élève désormais à 199,8 millions, selon le rapport annuel sur le travail publié mardi par l'Organisation internationale du travail (OIT), une agence de l'ONU, basée à Genève.
Le taux de chômage en 2013 est "resté largement inchangé à 6%" de la population active, a ajouté le rapport, qui relève cependant que 90% des nouveaux emplois dans le monde seront créés dans les pays en développement à moyen-terme.
(...)

30,6 millions depuis la crise
Le monde compte désormais 30,6 millions de chômeurs de plus qu'avant la crise financière de 2008.

3,3 millions en 2014
Pour 2014, l'OIT s'attend à une hausse de 3,3 millions du nombre des chômeurs dans le monde.

Maintien
"D'ici à 2019, le chômage atteindra 213 millions", prévoit l'organisation internationale, et "le nombre de sans-emplois devrait se maintenir globalement au niveau actuel de 6% jusqu'en 2017".

Hausse en Europe centrale
L'Afrique du Nord et le Moyen-Orient sont les régions qui auront le taux de chômage les plus élevés en 2014 avec des taux respectifs de 12,3% et 11,1%. La plus forte hausse en 2014 concernera l'Europe centrale et du Sud-Est et les pays de l'ancien bloc soviétique où le chômage atteindra 8,3% en 2014. 

Workfare

Cet article est disponible en PDF ici

Un blogueur anglais écrit une lettre aux amateurs de workfare. Le workfare, c'est l'État qui prend soin par le travail. Ce mot a été composé comme celui de welfare (l'État qui prend soin par le bien-être voir notre article sur la sécurité sociale anglaise ici) ou le warfare (l'État qui prend soin par la guerre).

Le workfare est inspiré du producérisme, l'idéologie qui conditionne le droit de vivre à la vente de la force de travail à un employeur: l'État donne de l'argent aux chômeurs à condition qu'ils travaillent pour un employeur, gratis. Des expériences de travail gratuit ont déjà été menée pour les sans abris en Allemagne ou aux Pays-Bas (ici et ici), pour les minorités ethnique, en Hongrie (ici) et, pour les prisonniers, aux États-Unis (ici).

Voici la lettre traduite et résumée de Another Angry Voice (ici, en anglais) aux supporters du workfare. Il ne s'agit pas d'une lettre anti-employiste (nous en respectons le ton) mais elle a l'intérêt de décrire les effets catastrophiques du producérisme outre-Manche ... et ici.

- La stigmatisation des chômeurs est une manière de détourner l'attention sur le symptôme et non sur le mal. Les chômeurs subissent le chômage et, avec un chômage de masse, il est difficile de leur attribuer des caractéristiques intrinsèques sans tomber dans la mauvaise foi. Par contre, l'armée de réserve de chômeur permet d'atteindre le point d'équilibre du chômage (voir le NAIRU) qui évite toute inflation et maintient la pression sur les salaires. Cette armée de réserve permet de maintenir les taux de profit mais ces profits sont engloutis à l'échelle nationale par le fait qu'il n'y ait pas d'emploi pour des millions de personnes qui n'ont pas de salaire pour soutenir la demande.

La plupart des chômeurs sont des travailleurs ordinaires qui n'ont pas d'emploi parce que l'économie est mal gérée. Dans leur immense majorité, ils préféreraient vivre avec un vrai salaire plutôt qu'avec les indemnités misérables que leur octroie l'État [en Angleterre, la sécurité sociale est organisée par l'État, par l'impôt].

Si vous êtes fâché, il faudrait peut-être l'être contre les gens qui ont mal géré l'économie, qui ont organisé le chômage pour comprimer les salaires.
Incriminer les victimes
Pour chaque offre d'emploi, il y a des centaines de candidatures, il y a des millions de sans emploi qui recherchent des centaines de milliers d'emplois. Il y a plus de chômeurs que d'offres d'emploi. C'est le système qui est dysfonctionnel, pas les chômeurs.

Ce ne sera que quand le public mettra la pression sur l'État pour abandonner les pseudo théories économiques néolibérales qui exigent une masse de chômeurs que le plein emploi reviendra.

Si le plein emploi revient jamais et qu'il y a plein d'offres d'emploi pour tous ceux qui veulent travailler (comme c'était le cas au début des années 50 et à la fin des années 70), alors vous pourrez vous sentir libres d'en vouloir à la minorité de gens qui choisit de rester sans emploi alors qu'il y a plein d'emplois disponibles - en attendant, réservez votre rancœur aux vrais coupables.

Une aide orwellienne

- L'"aide" aux chômeurs ressemble souvent à un cadeau empoisonné qui les entraîne dans la misère: ils sont tenus d'interrompre leur formation, leur apprentissage ou leur travail bénévole pour faire des tâches ineptes payées au lance-pierre. Ils doivent prester ces travaux forcés pour des compagnies qui réduisent du coup leur masse salariale. Les chômeurs au travail forcé remplacent alors des gens qui auraient été payés pour le faire sans que cet emploi ne leur fasse acquérir la moindre expérience professionnelle autre que le nettoyage du sol ou l'ouverture de caisses.

- Six mois à nettoyer les sols ou à déballer des caisses qualifieront en tous cas infiniment moins que six mois de travail bénévole, d'apprentissage. Les employeurs qui embauchent des travailleurs forcés plutôt que des travailleurs motivés, à la recherche d'un emploi, d'une qualification ou d'une expérience ne sont pas n'importe qui: il est très improbable qu'ils embauchent les chômeurs au terme de leur "expérience" de six mois à déballer les caisses.
 Le "workfare" ne marche pas
Les chômeurs qui subissent le workfare ont le même taux de retour à l'emploi qu'un groupe test de chômeurs qui ne le subissent pas (soit, 18%). Le travail gratuit obligatoire est aussi efficace que rien du tout mais coûte 300 millions de livres (360 millions €) aux contribuables. Donc, il vaut mieux ne rien faire du tout.

 Des subventions aux compagnies

À y regarder de plus près, le workfare n'est pas un plan contre les chômeurs "paresseux" mais c'est un plan pour subventionner les compagnies sous la forme de main d'oeuvre gratuite. Tous ceux qui ont un emploi moyennement ou faiblement qualifié devraient s'inquiéter de l'extension voulue du workfare. Ce serait contraire aux intérêts de l'employeur de conserver des travailleurs payés avec les droits du travail alors qu'il suffit de les licencier et de les remplacer par des esclaves du worfare qui ne doivent pas être payés, qui ne jouissent pas de droit et peuvent être licenciés à l'envi.

Les seuls bénéficiaires du workfare, ce sont les compagnies qui veulent diminuer leurs coûts en remplaçant le travail payé par du travail gratuit et les compagnies parasites qui veulent administrer ce plan gouvernemental de confiscation.

Totalitarisme

Les gens qui pensent que le gouvernement a le droit de confisquer le travail des individus sont des supporters de l'État totalitaire. Ce type de personne croit que le peuple existe pour servir les intérêts du gouvernement et non que le gouvernement existe pour servir les intérêts du peuple.

Approuver le vol du travail des individus par le gouvernement est une pente très dangereuse car on voit mal alors un gouvernement applaudi parce qu'il vole le travail des gens ne pas être tenté de voler la propriété aussi. [Nous sommes tellement d'accord qu'on ne voit pas non plus pourquoi le vol de travail par des compagnies qu'est l'emploi n'est pas non plus la voie vers le totalitarisme]

À quoi sert l'Assurance Nationale?

 L'assurance nationale n'est pas un revenu mais une assurance que les travailleurs sont obligés de payer [il s'agit de la version anglaise de la sécu]. Obliger quelqu'un à payer une assurance quand il travaille puis conditionner les versements des indemnités de cette assurance à des prestations forcées et gratuite est contraire au droit, c'est une fraude.
Commentaires: dans les pays bismarkiens (la Belgique, la France ou l'Allemagne), les salaires sont socialisés, le chômage est un salaire de plein droit. Il est attaché au salaire, aux droits ouverts comme salariés. Il n'est pas lié au "j'ai cotisé, j'ai droit" du modèle assurantiel anglais mais est attaché au statut d'une personne (à qui effectivement, on n'a pas fait de cadeau quand il s'agissait de payer les cotisations sociales). Déchoir un citoyen de son statut, de ses droits pose également des problèmes juridiques bien qu'ils soient d'une autre nature que dans le modèle assurantiel. Il faudrait que les autorités puissent expliquer au nom de quelle loi le chômeur peut-être déchu de son statut de salarié (qu'il cherche de l'emploi ou non, d'ailleurs).

Est-ce que vous travailleriez pour trois euros de l'heure?

Même si vous considérez les allocations de chômage misérables de 88€ par semaine comme un salaire, faire travailler un adulte plus que 11h par semaine pour les recevoir casse le salaire minimum et les droits des pauvres victimes.

Est-ce que vous travailleriez 30 h par semaine pendant six mois pour trois euros de l'heure outre l'assurance chômage que vous avez déjà payée quand vous travailliez?

Si oui, vous êtes cinglé. Si non, pourquoi voulez-vous que d'autres le fassent?


Si le travail mérite d'être fait, il mérite qu'on paie quelqu'un pour le faire

Pour chaque chômeur forcé à travailler dans un de ces plans de confiscation financés par le contribuable, il y un emploi mal payé, peu qualifié en moins dans l'économie et donc un chômeur en plus ailleurs. Les seuls bénéficiaires, ce sont les intérêts des compagnies qui sont subventionnées par l'argent des contribuables pour avoir du travail gratuit.

Si nous permettons au gouvernement de saper le droit du travail et le salaire minimum comme ceux qui subventionnent le secteur des compagnies, il y a aura finalement des millions de personnes qui seront chassées de leur emploi et qui seront remplacées par des victimes du workfare.

Les gens qui n'ont pas réfléchi aux conséquences du workfare ont un gros problème parce qu'ils soutiennent les plans de confiscation de travail, ils soutiennent la paupérisation et le chômage qui sont justement les prétextes à ces plans.

Ce ne sont pas les "profiteurs oisifs" qui sont responsables de la pauvreté et du chômage mais ce sont les penseurs paresseux et réactionnaires qui suivent la propagande qui incrimine le symptôme et non la cause, des soutiens de cette sorte sont anti-progressistes de manière caricaturale et hérétiques en termes économiques.
     

La diminution des cotisations ne fait pas baisser le chômage

L'Humanité nous apprend que, en dépit des constantes baisse de cotisations sociales en France, le taux de chômage n'a cessé d'augmenté.

Image extraite de l'article de l'Humanité ici
Nos pistes pour faire baisser le chômage? Interdire l'emploi, ôter des mains des employeurs le pouvoir exorbitant de qualifier un poste et qualifier les travailleurs eux-mêmes. Pour ce faire, il suffit de socialiser les salaires sur le modèle de la sécurité sociale (mais pour l'intégralité du salaire) et la valeur ajoutée (pour que les travailleurs récupèrent la propriété d'usage de leur outil de travail, de leur travail et du fruit de leur travail).

La baisse des cotisations ne fait que baisser la valeur ajoutée, le PIB produit par unité de temps - ce qui n'aide certainement pas à sortir de la crise (et du chômage).

Le massacre d'Aiguës-Mortes

Le système de production capitaliste suit des cycles. À des périodes euphoriques de croissance succèdent des crises de surproduction. Pour casser les revendications salariales, les revendications de diminution (ou de suppression) de l'emploi des travailleurs, les employeurs les mettent en concurrence entre eux.

La mise en concurrence privilégiée est celle qui repose sur les origines. Le texte dont nous citons un large extrait nous raconte les massacres d'immigrés italiens à Aiguës-Mortes en 1893.

L'employeur met en concurrence des groupes de producteurs définis par leur origine, les groupes se battent entre eux et laissent l'employeur les exploiter. Comment ne pas penser au fascisme, aux partis racialistes ou au travailleurs détachés que le parlement européen vient de légaliser, partis "socialistes" en tête? Contre le bain de sang des nôtres, nous devons trouver l'humble chemin de l'union, nous devons nous souvenir que nous produisons la richesse, nous les salariés, dans l'emploi et hors emploi, quelles que soient nos origines, nos croyances, nos mœurs.

L'article que nous citons est issu du blogue de Matthieu Lépine (ici, en français). Il fait le lien entre la guerre aux salaires, la mise en concurrence des travailleurs et la violence raciste.

Extrait

Contexte
C’est durant la seconde moitié du XIXe siècle, que l’essor puis le triomphe du système capitaliste s’opèrent en France. Ce changement va venir bouleverser les équilibres économiques et sociaux et transformer le monde du travail (recherche du profit, rationalisation du travail, mise en concurrence des travailleurs…).
Avec la révolution industrielle, la France ne possédant pas une population active suffisante, les besoins en main d’œuvre étrangère vont être importants. Comme aujourd’hui, les travailleurs immigrés sont appelés à venir occuper les emplois que les français, les jugeant trop exténuant ou dégradant, n’ont pas voulu occuper. Cette main d’œuvre, essentiellement composée de populations pauvres fuyants la misère et le chômage dans leur pays (Italie, Belgique…), est une aubaine pour les chefs d’entreprise. En effet, exploités car prêts à endurer des conditions de travail précaires, les ouvriers étrangers sont mis en concurrence avec les travailleurs locaux, notamment afin de faire baisser les salaires de ces derniers.
Durant le dernier quart du XIXe siècle, l’Europe va cependant être touchée par la première grande crise du système capitaliste. Comme celle que nous traversons actuellement, elle va provoquer une montée du chômage et être créatrice de frustrations, de désarroi et de colère. Les travailleurs immigrés vont être montrés du doigt et désignés comme seuls responsables. Cette situation va intensifier, voir même parfois générer les violences xénophobes de l’époque.

En 1881 à Marseille, des affrontements violents vont opposer ouvriers français et ouvriers italiens. Trois personnes trouveront la mort. En 1892 à Drocourt (Pas-de-Calais), des ouvriers français vont violemment agresser des mineurs belges, leur reprochant notamment d’accepter des salaires inférieurs aux leurs. Ils seront plus d’un millier à devoir quitter précipitamment la France avec leurs familles. C’est en 1893, que sera cependant atteint le paroxysme des violences xénophobes, avec le massacre des ouvriers agricoles italiens d’Aigues-Mortes.

Aux origines du massacre d’Aiguës-Mortes, la mise en concurrence d’ouvriers français et étrangers
    En 1868, un groupement de propriétaires possédant la quasi-totalité des marais salants d’Aigues-Mortes (Gard) se transforme en une société par actions, la Compagnie des salins du Midi (CSM). Cet événement marque selon Gérard Noiriel, « l’irruption des rapports de production capitalistes » dans la région. Rapidement, cette société va détenir le monopole de la production et du transport du sel.
Ne disposant pas d’une main-d’œuvre locale suffisante, elle va devoir faire appel à des ouvriers agricoles venus d’ailleurs, plus particulièrement des zones montagneuses d’Italie du nord et du centre. En effet, ce pays voisin est à l’époque fortement touché par la crise. Le chômage y est important et une grande partie de la population est plongée dans la misère.  Cette situation offre à la Compagnie des salins du Midi (CSM) l’opportunité de recruter une main d’œuvre peu exigeante prête à supporter des conditions de travail difficiles.
Durant l’été, période de la récolte du sel5, Aigues-Mortes est en effervescence. Près de 2000 ouvriers saisonniers sont à l’époque recrutés. Aux cotés des italiens, on trouve des ouvriers venus des zones montagneuses de France ou encore des chômeurs et des vagabonds venus de tout le pays, ceux que Gérard Noiriel présente comme « les laissés-pour-compte du capitalisme ».
Tous ne sont pas affectés aux mêmes tâches. Si le transport du sel est en général effectué par la main d’œuvre locale, le ramassage, opération la plus pénible, est lui accompli par les ouvriers italiens (1/3 des effectifs). Cherchant à sortir coûte que coûte de la misère ceux-ci acceptent plus facilement des tâches pénibles (journée de travail de plus de 12h, chaleurs importantes, paiement au rendement…).

Cependant, la polémique sur le travail des ouvriers immigrés en pleine période de crise et donc de baisse des effectifs de saisonniers, va pousser la CSM à changer sa logique de recrutement. Ainsi des Français, choisis parmi les ouvriers les plus démunis (chômeurs…), vont être intégrés dans les équipes italiennes de ramassage du sel. C’est dans ces équipes « mixtes » que de violents affrontements vont se produire en août 1893.

 sel
La triste histoire d’un conflit entre exploités

    Au matin du 16 août 1893, de vives tensions vont éclater dans des salins à 8 kilomètres d’Aigues-Mortes. Ne supportant pas la cadence imposée par les italiens, habitués à ce type de tâche, les ouvriers français vont être rapidement dépassés. Cependant, la paie est collective, elle se base sur le rendement de l’ensemble de l’équipe.
Entre les Français, vexés de ne pas tenir la cadence, et les Italiens, pour qui l’enjeu économique est crucial, des conflits vont alors apparaître. La mise en concurrence de ces travailleurs va aboutir à des provocations, des disputes et des bagarres entre eux.
 Plus nombreux, les Italiens vont prendre le dessus sur les ouvriers français lors d’affrontements dans les marais salants. Ceux-ci vont cependant décider de retourner en ville, afin de « chercher des renforts et de se venger ». Là-bas, ils vont tomber sur de nombreux ouvriers frustrés de ne pas avoir été recrutés par la CSM. Associés à leur désarroi, les événements du début de journée dans les salins, vont suffire à les convaincre de chasser les ouvriers italiens. Ainsi, rejoints par une partie des aiguemortais, ils vont être plusieurs centaines jusqu’au lendemain après-midi, armés de marteaux, de manches de pelle ou encore de fusils, à parcourir la ville et les marais à leur recherche. « Vive la France », « mort aux Italiens » scanderont certains d’entre-deux.
C’est le 17 août que les scènes de lynchage seront les plus violentes. Cette chasse à l’Italien fera selon les sources, entre 7 et 17 morts. Pour Gérard Noiriel, « en mettant en concurrence des ouvriers de toutes provenances pour faire baisser les salaires, la Compagnie des salins du Midi a effectivement créé les conditions de cette tuerie ». Pour l’historien, le désarroi des laissés pour compte du capitalisme (ouvriers au chômage, vagabonds…) s’est transformé en violence ce jour-là. Leur colère ne visait pas les Italiens selon-lui, mais ce système qui les avait mis de côté et ne leur donnait pas de place.

La guerre de l'emploi, la guerre du chômage

Une femme témoigne de son vécu de chômage-emploi au premier ministre très réformiste en Belgique. Chronique brute, émouvante, de la guerre de l'emploi ou de la guerre du chômage, deux faces d'une même pièce, celle de la guerre à la qualification, au droit à vivre librement, celle de la misère, de l'aiguillon de la nécessité, de la dégradation des conditions de travail.

Extrait
Lors du journal télévisé sur RTL-TVI, à la question "que répondez-vous aux chômeurs qui vous critiquent suite à la réforme du système d’allocations de chômage?", M. Di Rupo a répondu: "Je voudrais qu’ils essayent de me comprendre."
Soyons honnêtes: ces personnes-là, celles directement visées par votre réforme, celles qui ne vont plus savoir payer leurs factures, celles qui vont envahir les CPAS ; ces personnes-là ne vont pas essayer de vous comprendre, pas un seul instant. Ces gens-là, vous les brisez ; vous les envoyez se démerder avec des problèmes financiers et professionnels gigantesques, des problèmes dont vous n’avez même pas idée et dont vous n’aurez probablement jamais idée.
Mais il y a ces gens-là et puis il y a les autres. Les gens comme moi. Ceux qui n’ont jamais été au chômage. Ceux qui ont vécu une enfance-adolescence au sein d’une famille relativement aisée. Ceux qui ont la chance d’avoir fait des études, supérieures ou universitaires. Ceux qui ont trouvé un emploi, qui en ont aussi changé au cours des 10 dernières années mais qui ont toujours connu le chômage de très loin.
Et puis, c’est la vie, il arrive parfois ce qu’on peut appeler un "coup dur", un licenciement. Brutal.
En l’occurrence, un licenciement 2 jours après un retour de congé de maternité. Parce que dans notre pays, certains hommes et femmes, chefs d’entreprise, ont cette idée qu’une femme, mère de 2 enfants, n’a "plus le profil requis pour la fonction".
Alors, on se retrouve, subitement, à aller s’inscrire dans un bureau de chômage et à rendre une carte bleue vierge, à la fin du mois, afin de percevoir ces fameuses allocations de chômage.
Mais on ne s’abat pas, on se relève, on n’a pas le choix et on se dit qu’on va rapidement retrouver du travail, que tout cela n’est qu’une mauvaise passe… Mais, vous le savez comme moi, les temps sont durs et le monde professionnel n’ouvre plus ses portes si facilement qu’avant. Comme tout le monde le dit "c’est la crise".
La crise, vous la connaissez encore mieux que nous, finalement…vous ne la subissez pas mais vous êtes supposé travailler pour la traverser…
Pour pouvoir trouver un job, on est prêt à accepter des conditions qu’on n’aurait jamais pensé connaitre: des semaines d’intérim, payées en dessous du barème légal. Puis un PFI. Puis un CDD. Malheureusement non renouvelé parce que l’entreprise a besoin "de fric" et donc, elle préfère engager un jeune homme sorti des études. Qui ne s’absentera pas pour cause de varicelle ou de bronchiolite. Qui pourra travailler jusque 21h parce qu’il n’a pas d’enfants à aller chercher à la crèche ou à l’école.
Une maman, c’est malheureux (?!), c’est elle qu’on appelle quand l’enfant tombe à l’école ou c’est à elle à se débrouiller quand son fils se réveille avec 40° de fièvre.
Alors, on retourne dans la grande valse du chômage. Et on apprend que nos allocations, que l’on a perçu… 3 mois seulement, finalement, vont très prochainement diminuer. Tellement diminuer que payer le remboursement du prêt de sa maison et la crèche de son enfant seront les SEULES dépenses possibles.
Alors, évidemment, avec une famille, une maison à payer, on s’inquiète, on s’affole. On se dit que peu importe l’épanouissement personnel et intellectuel, peu importe le plaisir et le bonheur de travailler, tout ça ne compte manifestement plus ici. Ce qu’il faut, c’est bosser. Envers et contre tout.