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Socialisme ou barbarie?

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En regardant récemment un reportage d'Al Jezira sur l'esclavage en Angleterre1, une réalité s'est imposée à l'esprit. Indépendamment des choix éditoriaux de la chaîne qatarie peu portés à interroger les pratiques en la matière dans les pays du Golfe, des calculs politiques plus ou moins tordus qui peuvent présider au choix du cadre, il m'apparaissait comme une évidence que tous les esclaves dont il était question dans ce reportage étaient des employés forcés, non rémunérés, c'est-à-dire des esclaves qui travaillaient pour produire des marchandises à prix, des biens ou des services – en l'occurrence, dans le reportage, du cannabis et du nettoyage de voiture – pour des patrons, c'est-à-dire des propriétaires lucratifs. L'esclavagisme en Angleterre – qui concerne 30.000 personnes, donc, toujours selon le reportage – frappe donc des secteurs de l'économie capitaliste. Il ne s'agit pas de relations féodales, de liens liges ou de traces de l'ancien régime. Il s'agit d'entreprises avec des profits, des investisseurs, des chiffres d'affaire, etc. Comme les esclaves des plantations qui produisaient des marchandises à prix vendues selon des règles et des pratiques capitalistes, les esclaves anglais actuels ne s'inscrivent que dans l'économie capitaliste.


Malheureusement, c'est, au fond, le programme, l'ambition de nos dirigeants actuels. Il faut réduire les coûts salariaux, c'est-à-dire, en poussant peu à peu les choses à l'extrême, rétablir l'esclavage sous des formes plus ou moins assumées. Nous y sommes déjà, en fait. Les entreprises avec des esclaves sont en concurrence avec des entreprises avec des employés. Si les coûts de production sont moindres avec des esclaves, le monde politique nous explique, au nom de la concurrence et de la compétitivité, qu'il faut une modération salariale et un assouplissement du droit du travail. Peu à peu, de réforme en réforme, sous la pression de la concurrence, c'est bien l'esclavage capitaliste qui finit par s'imposer si l'on prolonge la tendance.

C'est que, depuis près de quarante ans maintenant en Europe, les politiques entendent préserver ou restaurer le taux de profit des entreprises, le retour sur investissement des investisseurs en réduisant peu à peu les droits sociaux du monde de l'emploi. Sous la pression d'un chômage de masse qui ménage les intérêts des actionnaires, le temps de travail augmente, les heures supplémentaires ne sont plus payées, les salaires stagnent ou diminuent et les statuts se précarisent. Là où une famille de classe moyenne pouvait se contenter d'un salaire dans les années soixante, il lui en faut deux aujourd'hui pour une qualité de vie comparable. Là où les conventions collectives et l'extension des prestations sociales apportaient de solides garanties sur l'avenir, il faut compter aujourd'hui sur des carrières précaires où même la solvabilité des ménages devienne problématique pour trouver un logement.

Si ce mouvement ne cesse pas, il n'y a pas de raison pour que l'ensemble des producteurs européens ne se retrouvent dans des conditions dignes de celles des esclaves. Il n'y a pas de limite à la cupidité des propriétaires d'entreprise – aussi sympathiques soient-ils à titre individuels, pas de limite non plus à la pression de la concurrence. Comme ces politiques de guerre aux salaires, de réduction des coûts diminuent la demande en biens et services en comprimant lesdits salaires, elles contraignent le monde de l'entreprise à produire à moindre coût, c'est-à-dire à faire … une guerre au salaire. C'est dire que non seulement les patrons qui ont la fibre esclavagiste exploitent leurs employés mais, par le truchement de la concurrence même les patrons les plus humanistes y sont contraints. Ce cercle vicieux déflationniste induit une crise économique et plonge les producteurs dans la misère, dans la famine.

Mais il n'y a pas de plancher. D'abord, on fait sauter la semaine de quarante heures (puis celle de cinquante, puis de soixante, etc.), puis le droit du travail, puis la protection sociale, puis les salaires socialisés, puis les limites d'âge, puis les barèmes salariaux, puis le droit d'association. On peut voir les os des producteurs blanchir les champs, on peut voir des malheureuses proposer des prestations sexuelles pour deux pommes-de-terre pourries, on peut voir les enfants enfermés à la mine. Il n'y a absolument aucune limite comme l'attestent les témoignages sur le XIXe anglais.

L'accumulation ou la socialisation


Cette voie de l'accumulation de quelques-uns amène une baisse du taux de profit comme l'avait souligné Rosa Luxemburg. Elle avait aussi souligné que cette voie amènerait soit à la barbarie – les enfants qui travaillent, la fin du droit du travail, etc. - soit au socialisme, c'est-à-dire, a minima, à la socialisation des moyens de production.

La socialisation des moyens de production, c'est la démocratisation des outils de production, c'est l'abolition de la propriété lucrative et l'avènement de la propriété d'usage des producteurs. Bien sûr, les esprits chagrins diront qu'une telle perspective est chimérique et qu'elle n'abolira pas toutes les contradictions qui traversent le corps sociale.

Si la seconde objection paraît difficilement contestable, elle n'en rend pas pour autant la perspective de la barbarie plus désirable. Reste la première, la question de la possibilité du socialisme compris comme socialisation des moyens de production. Cette perspective s'inscrit aussi bien dans un déjà-là (que l'on pense aux coopératives ou à la partie de la valeur ajoutée générée sans employeur, sans pression à la productivité à travers la sécurité sociale) que dans l'utopie en tant que perspective du corps social dans son ensemble. Cette notion d'utopie renvoie à d'autres utopies, politiques celles-là qui ont triomphé aux XVIIIe et XIXe siècles, portées par les Lumières.

L'avènement de l'utopie du droit et de la démocratie


Le Roi-soleil décidait de tout. Il pouvait en toute légitimité condamner ou gracier qui il voulait. La justice n'était pas affaire de loi – ou plutôt, quand des lois existaient, le principe souverain leur prévalait – mais c'était une affaire de personnes, de relations interpersonnelles avec le roi, ses représentants ou avec le seigneur ou l'ayant-droit local. Alors qu'elle pouvait être taxée d'utopique au départ, l'ambition politique des Lumière a remisé ces pratiques dans les livres d'histoire. La notion de droit a constitué une petite révolution. Alors que
auparavant, la décision de justice était question d'arbitraire, la loi s'instituait en universel individuel. Tous les individus étaient jugés à l'aune d'une même loi. À partir de ce moment-là, le corps politique n'évaluait plus les mérites ou les turpitudes de tel ou tel individu. Il s'est mis à légiférer, c'est-à-dire à chercher des lois qui puissent s'appliquer à l'ensemble du corps social et à en évaluer la pertinence à l'usage ou a priori, selon ses propres convictions.

C'est dire que la notion de loi et celle de nation (au sens très large de corps politique doté de législateurs universels) ont été inventées à partir d'idéaux et qu'elles se sont imposées au terme de luttes politiques et de rapports de force sociaux. Elles ont rendu le droit civil à la fois universel dans ses formulations – le crime est puni pour tout le monde, il est poursuivi quelles que soient les convictions du criminel – et profondément individuel dans ses applications puisqu'il a toujours été appliqué à des individus. La prison condamne l'individu en fonction d'un loi, l'amende doit être acquittée par icelui, etc.

L'économie des Lumières


Les grandes révolutions des Lumières ont chamboulé la pratique du droit quand elles ne l'ont pas créée. Pour autant, il reste un domaine dans lequel les Lumières ont échoué à universaliser le droit, c'est celui de l'économie. La démocratie contrôle et légifère sur les mœurs, sur les contrats civils, sur les normes sanitaires mais elle s'arrête aux frontières de l'entreprise et du PIB. La question du socialisme ou de la barbarie pose pourtant cette question d'extension et d'universalisation du droit à la sphère économique comprise au sens large. Pour reprendre l'esprit du droit civil, une socialisation de l'économique doit être universelle en son principe et individuelle en son application. Les deux exemples d'ébauche de ce qui est à entreprendre s'inscrivent de manière inégale dans ce paradigme des Lumières.

Alors que la sécurité sociale tend à être universelle dans son principe, elle est, de toute façon, individuelle dans son application puisque les prestations sont versées à des individus mais elle tend à être universelle dans son principe dans la mesure où les droits ouverts par la sécurité sociale sont universels et non individuels. De la même façon que tous les justiciables bénéficient universellement de la protection de la justice à titre individuel, la sécurité sociale doit être universelle mais ses droits doivent être ouverts à titre individuel. Conditionner les droits de la sécurité sociale à la rectitude d'un parcours professionnel, c'est comme si on conditionnait le droit d'être défendu du vol à sa propre probité : ce serait non seulement inapplicable mais cela saperait les bases philosophiques-mêmes du droit, c'est-à-dire l'universalité en principe et l'individualité en application.

Mais la sécurité sociale n'est qu'une partie du salaire. Or, c'est l'ensemble de l'économie qui devrait appliquer les principes de droit et de démocratie. Et c'est là que l'autre expérience de démocratie économique que nous avons mentionnée, les coopératives, peut avoir force d'exemple. Voyons comment on pourrait appliquer les principe du droit et de la démocratie à l'ensemble de l'économie.

L'économie, c'est
  • la valeur ajoutée produite chaque année – qui devrait donc, pour suivre les principes du droit, être attribuée démocratiquement, être universelle en principe et individuelle en application. La distribution de la valeur ajoutée entre les salaires (qu'ils émargent d'un employé ou d'un prestataire) et les investissements doit être décidée par le corps social, librement, par l'ensemble des individus qui le composent
  • les outils de production. Ils doivent être tous, par principe universel, gérés par leurs propriétaires d'usage. La notion de propriété lucrative ne peut être conservée puisqu'elle est une négation du droit et de la liberté des individus, des collectifs de travail et du corps social dans son ensemble au seul profit des propriétaires lucratifs
  • la nature de la production, ses modalités d'organisation et la gestion des ressources naturelles communes. Elles doivent être déterminées par les intéressé(e)s

Ces principes de démocratie économiques sont ceux qui sont pratiqués dans les coopératives. Un homme, une femme, une voix. Ils ne sont donc pas, eux non plus, de l'ordre des utopies irréalisables puisqu'ils fonctionnent déjà à plus ou moins grande échelle.

La voie de l'esclavage, celle que Luxemburg appelait la barbarie, n'est pas inévitable puisque des pistes concrètes d'extension du droit, de la démocratie à la politique existent. Que l'on nomme l'universalisation de ces pistes « socialisme » ou non ne change pas grand-chose à l'affaire. Si nous ne devenons pas des êtres de droits en économie comme nous le sommes devenus en politique, nous risquons de redevenir des esclaves, de perdre la Lumière qui nous reste.


Les entreprises autogérées

Basta met en ligne ici des liens vers des sites qui relèvent et qui suivent les initiatives d'autogestion ouvrières de par le monde. Il s'agit de tentatives de libération du travail de l'emploi: elles ont tout notre soutien et toute notre sympathie.

Ces liens sont repris dans la rubrique nos copains (à droite en bas sur la présente page). Nous aurons sans doute l'occasion de vous en reparler. Il s'agit de

- L'association autogestion (en français): http://www.autogestion.asso.fr/
- Workerscontrol.net (en français, en anglais, en espagnol, en allemand, en portugais): http://www.workerscontrol.net/fr

Extrait

Reprise d’entreprises en coopératives, usines autogérées, ateliers occupés par un conseil ouvrier : de l’Argentine à la France, en passant par l’Egypte, ces expérimentations menées par les travailleurs eux-mêmes incarnent-elles « une alternative dans l’organisation des sociétés » ? C’est ce dont sont convaincus les fondateurs du site workerscontrol.net, une bibliothèque de ressources sur le « contrôle ouvrier ». « En assumant le contrôle autonome de leur travail et en refusant le pouvoir de la propriété privée, les travailleurs remettent en question la structure capitaliste des relations de production. »
Lancé en janvier 2011 par trois universitaires de différents pays européens – Dario Azzellini, Ralf Hoffroge et Alan Tuckman – le site WorkersControl.net est la première tentative de rassembler en un seul site différents textes relatifs à la notion de contrôle ouvrier dans différentes langues.
Ce site a pour objectif d’être une bibliothèque ouverte et virtuelle regroupant des documentations et des essais théoriques sur les expériences de contrôle ouvrier d’hier et d’aujourd’hui. Le fait que les travailleurs aient, à différents moments et en différents lieux, pris le contrôle, de façon souvent spontanée, de leur environnement de travail et relancé la production a une portée politique et théorique qui va au-delà du lieu de travail et de l’organisation de la production, préfigurant une alternative dans l’organisation des sociétés. En assumant le contrôle autonome de leur travail et en refusant le pouvoir de la propriété privée, les travailleurs remettent en question, même de façon temporaire, la structure capitaliste des relations de production, ouvrant la voie à une redéfinition de la production sous leur propre contrôle.

La démocratie syndicale en Belgique

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Dans un rapport récent de la confédération internationale des syndicats (ici), la Belgique est classée comme un pays démocratique au niveau syndical.

Ce rapport est écrit sur base des rapports des syndicats eux-mêmes. Cela pose problème quand les syndicats sont des machines de pouvoir pro-gouvernementales, quand la corruption et le népotisme y sabotent le respect du droit et des intérêts des travailleurs.

Il y a tout lieu à croire que le syndicat double (triple en comptant le petit syndicat libéral) CSC-FGTB joue un rôle de courroie de transmission du pouvoir politique - incompatible avec la démocratie sociale.

1. Les syndicats en Belgique sont censés représenter les travailleurs or les élections sociales sont organisées de telle sorte que seuls les travailleurs en emploi sont représentés. Les retraités, les invalides et la masse des chômeurs, adhérant et cotisant ne sont pas représentés dans les instances dirigeantes des syndicats et, partant, ces instances ne doivent leur rendre aucun compte.

2. La gestion de la sécurité sociale est censée être paritaire or l'annonce régulière de modifications de son fonctionnement - notamment des conditions de prestation pour les chômeurs ou les pré-pensionnés - de la part du gouvernement sans la moindre concertation préalable prouve que les cogestionnaires (patrons et syndicats) font de la figuration dans ces instances.

Pourtant, nous rappelons que l'intégralité de la sécurité sociale est un salaire et qu'elle doit en conséquence être gérée par les seuls salariés et par leurs représentants élus. Ces représentants doivent rendre des comptes à leur mandants - ce qu'ils n'ont jamais fait au niveau de la base en Belgique. De ce fait, les décisions concernant les salaires socialisés sont pris au nom des salariés sans qu'ils soient consultés, sans que leurs représentants leur rendent des comptes et sans qu'ils aient voie au chapitre. Que dirait-on si les patrons et les gouvernements s'occupaient de la gestion des salaires individuels et que les représentants des salariés pour cette gestion étaient d'aimables potiches?

3. Les rapports de bon voisinage entre partis politiques et syndicats sont tellement cordiaux que, régulièrement, des responsables syndicaux nationaux figurent sur les listes des partis politiques correspondants (CDH pour la CSC ou PS pour la FGTB). Variante intéressante, c'est parfois le ou la conjointe d'un ou d'une responsable syndical(e) national(e) qui occupe un poste en vue dans le parti politique frère. Cette ambiance de syndicat à la chinoise favorise certainement les rapports incestueux entre les syndicats et les partis politiques mais, par rapport aux droits des travailleurs, le népotisme et le syndicalisme de copains constitue un danger certain.

4. La liberté syndicale est fortement entravée puisque, pour créer un nouveau syndicat qui soit un interlocuteur social, il faut un nombre minimum de membres (50.000 voir le site officiel du SPF emploi, travail et concertation sociale ici). Cette règle limite la représentation syndicale aux trois grands syndicats, des syndicats d'État inscrits dans une logique de concertation, très peu combatifs.

5. D'autre part, en Belgique toujours, ce sont les syndicats qui détiennent les mandats de la délégation et non les délégués de sorte que la hiérarchie syndicale prend l'habitude de se débarrasser des délégués trop remuants, ce sont les permanents qui décident pour les délégués et, au sein des permanents, ce sont les hauts responsables régionaux ou nationaux qui décident. Cette façon de faire obère la démocratie sociale de manière particulièrement voyante quand les secrétaires généraux des syndicats passent dans des partis politiques ou quand leur conjoint occupe une place de choix dans les structures partisanes. Tout fonctionne comme si c'était les électeurs qui devaient se justifier auprès des élus de base, comme si les parlementaires devaient rendre des comptes aux ministres.

 En conséquence, en Belgique, les droits sociaux sont régulièrement sabotés par le gouvernement et par les employeurs avec la complicité active des organisations syndicales. Ceci qualifie la Belgique comme pays de catégorie 3 ou 4 dans le rapport susmentionné. 

Civiliser les organisations syndicales

Le blogue Terrains de lutte reprend un article publié à l'origine dans la revue Agone (n°50) ici en français, en intégralité.

Résumé de l'entretien et extraits.

Contexte de l'entretien avec un DRH
Comment se débarrasser de syndicalistes trop combatifs? C’est tout le travail des professionnels des ressources humaines. Petite leçon de stratégie de domestication syndicale par un DRH.
Cet entretien a été réalisé en avril 2006, avec l’ancien DRH d’une entreprise de papeterie du nord de la France, employant 900 salariés. Au moment de l’entretien, l’entreprise est en cours de restructuration, impliquant la suppression de 500 emplois. Ce DRH est parti à la retraite peu de temps avant, après avoir rempli cette fonction dans l’entreprise depuis 1990. Diplômé de Sciences-po Paris et titulaire d’un DESS en droit social, il avait occupé auparavant le même type de poste dans plusieurs autres grandes entreprises industrielles françaises, au gré d’une carrière professionnelle « dominée par les restructurations ».
Cette image illustre à merveille un article sur la concertation sociale du syndicat FGTB (ici)- et cet entretien

Un fond combatif

 (...)
c’est qu’il y a un vieux fond d’extrémisme quand même. Il paraît que là, dans les circonstances présentes, il y a toujours une centaine de personnes qui sont prêtes, je veux dire à mettre le feu, qui sont prêtes à… abîmer l’outil de travail, etc. Ça c’est un vieux fond de radicalisme qu’on est quand même arrivé à civiliser ou à enrayer, même s’il réapparaît un peu le jour où il y a une crise.
 Promouvoir les mous

 Et précisément, comment étiez-vous alors arrivé à civiliser un peu ces modes de relations entre euh… ?
Ben d’abord en les isolant, en les diminuant…
Vous parlez de syndicalistes ou de salariés ?
 Je parle des syndicalistes qui étaient de cet ordre-là. Maintenant, il n’y en a plus. Mais avant, il y en avait. […] La CGT était le syndicat dominant, de tradition. Mais c’est un syndicat qui n’a pas cessé de perdre, de la vitesse, de l’audience, pour l’excellente raison que ses syndicalistes étaient des gens, j’allais dire mûrs, des gens de confiance, des gens… donc au niveau de l’usine, promouvables… promotables, je sais plus comment… comment on dit, promouvables. Et que l’on a fait passer souvent dans le deuxième collège, en tant qu’agents de maîtrise, qu’on avait par ailleurs du mal à recruter à l’extérieur de l’entreprise de recrutement. Donc, on avait besoin de ces gens avec du savoir-faire. Et donc ce syndicat CGT, maintenant, il est tombé euh, en avant-dernière position en termes d’audience. Il doit représenter, je sais pas, euh… 15 %, quelque chose comme ça.
 Exclure les syndicalistes décidés
Mais on est arrivé à normaliser nos relations à partir du moment où un des syndicalistes est parti. C’était un syndicaliste qui était, j’allais dire un cas psychologique, et qu’on avait, à l’occasion de propos euh… anormaux, tenté de licencier là aussi. Mais ça n’a pas marché, l’inspecteur du travail ne nous a pas suivis, etc. c’est pour ça qu’on a enterré l’affaire. Mais on a réussi à négocier son départ beaucoup plus tard. Il a eu un projet personnel, il nous en a parlé et on a négocié son départ. Faut dire qu’il avait perdu, déjà, de l’audience auprès d’un certain nombre de ses collègues extrémistes parce qu’il avait négocié… il avait fini par signer un accord sur l’individualisation des rémunérations, et ça, ces collègues extrémistes ne le lui avaient jamais pardonné.
 "Normaliser" les relations avec les syndicats - ou la fin de la conflictualité sociale

C’est-à-dire ?
Ben, on arrive… on arrive à normaliser dans la mesure où… je vous indiquais qu’il y avait des grèves euh… à tort et à travers… auparavant, des menaces de grèves, je peux vous dire que… quand j’ai quitté C., il n’y avait plus eu de grève depuis l’année 2000… 2001, donc depuis cinq ans. Donc ça veut dire qu’on a dû arriver, quelque part, à normaliser. Et, ces syndicats n’étaient peut-être pas nécessairement d’accord avec cette évolution, mais on peut ­supposer que le rapport des forces n’était pas suffisant pour qu’ils aillent trop loin. Eh ouais, bon, honnêtement, je pense aussi que la professionnalisation du management, je crois que ça a aussi profondément fait évoluer les gens.

Les cadres techniques deviennent des managers

(...)
[O]n a demandé aux ingénieurs et à l’encadrement opérationnel d’être aussi des managers de leurs salariés. Et on les a accompagnés pour cela, pour changer les modes de relations. On les a incités par exemple à faire des réunions, à avoir des rencontres régulières avec les salariés. […] Ça permet, quand on a des problèmes, de les avoir maintenant en amont, donc d’avoir quand même un dialogue avec la personne, avant qu’éventuellement ce dialogue soit avec les représentants syndicaux. L’important pour nous c’est que l’encadrement discute avec les opérateurs pour désamorcer les problèmes qui peuvent l’être. Sinon, on se retrouve avec la guéguerre habituelle : quand le salarié a un problème, il vient en parler à son chef ou à nous, mais aussi à l’organisation syndicale. Et effectivement, l’organisation souhaite se valoriser en portant tout de suite le problème auprès de nous, dans les instances. C’est normal, c’est son jeu. Et tout de suite, ça risque d’envenimer la situation, etc. C’est pour ça que notre objectif, c’était que le salarié puisse discuter de ses problèmes mais avec la hiérarchie directe.

Démocratie élective et démocratie économique

On m'envoie cette réflexion à partir des thèses d'Étienne Chouard. Je vous la partage.


Le travail, tel qu'il est conçu, sous sa forme capitaliste, nous rend esclave, et dépendant de nos maîtres. Pour croûter, il faut bosser, et pour bosser, faut obéir!! (encore une fois, les traits sont grossiers, mais...) En parallèle de la constitution à réécrire, il faudrait donc réorganiser le travail... Qu'est ce que ça veut dire?
Ça veut dire sortir du capitalisme, vu ici comme étant la privatisation des moyens de production.
Croire en une démocratie, c'est croire en une certaine organisation. Et cette organisation devrait être la même en ce qui concerne le travail. Un seul homme et quelques actionnaires valent-ils mieux que l'ensemble des producteurs/travailleurs pour décider du bien commun? Ou plus exactement de ce qu'on produit et de la façon dont on devrait le faire?! Je peux facilement répondre à cette question...
Nous produisons des biens et services auxquels nous attribuons un prix. Ce prix, c'est la "valeur économique". Une autre façon de concevoir les choses, c'est la "valeur d'usage", c'est-à-dire l'utilité, en gros, qu'on leur accorde.
Le capitalisme définit à lui tout seul, sans concertation, la valeur économique, et il la définit par le temps de travail.. c'est la "valeur travail".................
Quand je parlais plus haut de réorganiser le travail, je voulais dire se réapproprier "la valeur économique". C'est plus délicat à comprendre que l'intérêt d'une démocratie, mais c'est tout aussi essentiel. Sans ça, je donne pas cher de cette si attendue démocratie.
Bernard Friot tente d'apporter une réponse à cette seconde problématique et a surtout le mérite de renseigner quelques notions. A découvrir. (Et à critiquer également)

On licencie dans la presse Française sans compter les pigistes

Dans cet article d'un quotidien employiste
on apprend le licenciement de quelques 1500 journalistes. On apprend aussi que les pigistes ne sont tout simplement pas comptabilisés. Pour France Télévision, par exemple, télévision publique sous le coup de coupes budgétaires 'austères', les licenciements se chiffrent à 361 alors que plus de 1000 pigistes ont été éjectés ou vont l'être.


Dans le secteur des médias, la précarité que cachent ces statistiques, pousse les travailleurs à un conformisme, à une obéissance à leurs supérieurs qui compromet la liberté de la presse. Une presse muselée, c'est une démocratie vidée de sa substance.

Nous rappelons que chômage et emploi sont une même violence, un même chantage, une même terreur, nous rappelons que nous appelons à l'abolition de l'emploi, du chômage (du coup) et de la précarité.

Nous appelons à une libération de la créativité humaine, des potentiels des producteurs.

La représentativité syndicale

Je suis tombé sur un article de soutien (en français) envers un syndicat enseignant sud-coréen.



Les autorités reprochent à ce syndicat de représenter les enseignants retraités et sans emploi. Nous félicitons bien sûr le KTU, le syndicat en question, de sa démarche et appelons tous les syndicats à faire de même.

L'absence de représentation des malades, des invalides ou des retraités pose effectivement un sérieux problème démocratique. Ces producteurs hors emploi ne sont pas représentés lorsqu'il s'agit de prendre des décisions les concernant.

La sécurité sociale, par exemple, est gérée 'paritairement' en Belgique ou en France. Les partenaires sociaux représentés sont l'État, les organisations patronales réactionnaires (les patrons qui veulent entreprendre sans passer leur temps à faire du bénéfice ou à entretenir de malsaines relations de subordination ne sont pas représentés) et les syndicats.

Comme les syndicats organisent leur représentation dans des élections professionnelles dans les entreprises, seuls les travailleurs en contrat stable dans de grandes entreprises sont représentés par les syndicats qui sont, du coup, tentés d'adopter une ligne politique ajustée sur les seuls intérêts de cette catégorie de producteurs, font l'impasse sur les retraités, les malades, les chômeurs et les précaires.

La chose devient cruciale quand le gouvernement entend réduire le salaire social, la cotisation, au nom de la 'compétitivité', de l'emploi ou d'autres fadaises du même tonneau. Les employés en CDI, en bonne santé, dans de grosses boîtes, peuvent admettre faire des concessions sur ce qu'ils ne perçoivent pas (à tort) comme leur intérêt vital. Du coup, les syndicats peuvent signer ce genre d'accord sans se prendre de déculottée aux élections sociales suivantes. La retraite constitue une exception intéressante: comme elle concerne aussi bien les producteurs représentés par les syndicats, ces derniers se montrent beaucoup plus fermes et ... font parfois reculer les réformes les plus fétides. Par contre, pour les allocations de chômage, les choses se passent tout à fait différemment: les syndicats ne sont pas poussés par leur base électorale à être fermes, du coup, ils ne le sont pas et les réformes fétides en matière de chômage passent beaucoup plus rapidement.

Inutile de préciser que nous sommes favorables à une représentation proportionnelle de tous les producteurs dans les syndicats. Des secteurs comme le textile seraient majoritairement constitués de producteurs sans emploi, ce qui les rendraient certainement moins conciliants envers tous les plans d'activation (lire, de harcèlement) ou d'accompagnement (vers la misère) qu'ils signent gentiment aujourd'hui, sans faire de vagues.

Tous les producteurs doivent être représentés ensemble car leurs intérêts sont les mêmes. J'en veux pour preuve qu'un chômage moins 'généreux' pousse les salaires poche vers le bas et qu'une situation de plein emploi avec de bons salaires pousse vers le haut les allocations de chômage.

Nous appelons tous les syndiqués à se battre sur le point de la représentation de tous les producteurs; nous interpellons les syndicats pour qu'ils réorganisent les élections sociales de telle sorte que cette représentation soit effective.

Au moins, qu'un syndicat jaune, qui trahisse un partie des producteurs (sans emploi) se prenne un veste aux élections. C'est le strict minimum.

Toute notre sympathie et tout notre soutien au syndicat coréen, lequel a l'insigne honneur de déranger les autorités, ce dont peu de syndicats européens peuvent malheureusement se targuer.