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Notre salaire

Une fois n'est pas coutume, nous sommes d'accord avec les syndicats et les mutuelles quand ils défendent la sécurité sociale et son mode de financement (voir l'article en lien ici).


La sécu, c'est notre salaire. Le politique n'a rien à y faire, les employeurs n'ont rien à y faire. Que dirait-on si le politique ou l'employeur commençait à regarder les dépenses des employés? Ce serait intrusif et déplacé.

Il y a mieux. Les salaires qui passent par le truchement des caisses ont une histoire. Au départ, ce sont des caisses de grève illégales. Sous la pression de la force de ces caisses illégales, les autorités ont encouragé des caisses de sécurité sociales gérées par les mutuelle. Toutes ces caisses, légales, tolérées ou obligatoires fonctionnaient par cotisation. Elles créaient de la valeur économique sans employeur et étaient directement liées aux salaires.

C'est le sens politique de ce salaire-là, indépendant de l'emploi et de l'employeur, qu'il nous faut défendre.

Et étendre.

Et universaliser.

Parce qu'on n'a pas besoin d'actionnaire pour travailler, on n'a pas besoin d'enrichir des propriétaires en leur laissant la gestion de l'économie.

On n'en a pas besoin et on a mieux à faire que sacrifier nos meilleurs années à l'engraissement de propriétaire.
La cotisation a ouvert une nouvelle pratique de l'économie - comme les coopératives l'ont fait à leur manière. Il ne faut pas refermer la brèche, il faut faire tomber le mur.

Quelle paix sans justice?

On nous envoie ceci, un commentaire critique aux très employistes interventions de la CSC, du syndicat chrétiens belge.

Notre modèle économique n'est pas fait que d'activités dans l'emploi. Notre modèle socio-économique confère aux pensionnés, aux invalides, aux malades, aux chômeurs (avec ou sans complément d'entreprise), à tous les prestataires sociaux ainsi qu'aux fonctionnaires, une activité qui n'est ni réductible ni conditionnée à l'emploi. Cette activité produit des dizaines de milliards de notre PIB : les prestations sociales.

L'emploi est aujourd'hui devenu, par les prétentions des partenaires sociaux et du gouvernement à en faire un passage obligé de toute activité économique, un instrument de destruction sociale.

Une simple demande de ma part : que les représentants des travailleurs salariés, de tous les travailleurs salariés (qu'ils soient affiliés ou non, qu'ils soient employés, ouvriers ou prestataires sociaux - pensionnés, invalides, malades, chômeurs avec ou sans complément d'entreprise), représentent TOUS les travailleurs salariés et

1. ne se contente pas de représenter les salariés dans l'emploi

2. ne se substituent pas à l'UCM, à l'UNIZO ou au Boerenbond pour représenter et défendre les travailleurs indépendants - même si ces derniers, tout comme les entrepreneurs, méritent notre respect.

La concertation sociale doit redevenir un dia-logue social (salarié / employeur) où les intérêts des uns et des autres sont clairement représentés. Elle doit cesser d'être cette communion dans l'emploi qui est un peu la Pax Romana ou la paix de cimetière dont tu parles.

Ce texte réagit à un texte du représentant de la CSC:


QUELLE PAIX, SANS JUSTICE ?
Notre gouvernement et les représentants patronaux appellent chaque jour à la paix sociale. Mais de quelle paix parlent-ils ?
On connaît la paix des cimetières : là où toute vie a été écrasée, plus aucun bruit, plus aucun mouvement n’est à craindre - ni à espérer.
On connaît aussi la Pax Romana : la paix par la terreur, la division, le découragement – celle que les armées de l’empire romain imposaient aux peuples conquis.
Mais la paix véritable est très différente. Elle est beaucoup plus que l’absence de combats. Dans cette paix véritable, si les gens arrêtent de se battre, ce n’est pas parce qu’ils sont écrasés ; ce n’est parce qu’ils sont découragés et divisés : c’est parce qu’ils peuvent vivre dans un monde suffisamment juste. Il en va de même pour la paix sociale.
Le projet d’accord interprofessionnel négocié ce 30 janvier est évidemment insatisfaisant. Si la CSC a pourtant décidé de soumettre ce projet à ses instances (décision ce mardi 10), c’est pour deux raisons. Primo le gouvernement se tenait derrière la porte, menaçant d’imposer une norme de 0%. Secundo, le texte n’impose pas d’accepter le saut d’index.
Car une chose est sûre : un maximum à négocier (à 0,5% ou à 0,8%...) avec un saut d’index, ce serait une perte énorme pour tout le monde. Certains gagneraient un peu et perdraient le triple ou le quadruple, d’autres – les secteurs les plus faibles, les pensionnés, les inactifs ne feraient que perdre. Pour rappel, une personne de 30 ans perdra, sur sa carrière, environ 30000 € si le saut d’index est appliqué.
Et ce saut d’index (absurde économiquement dans une Europe en déflation où l’urgence est d’augmenter les salaires) n’est pas la seule chose injuste et inacceptable du programme De Wever-Michel : la pension à 67 ans, la quasi suppression des prépensions et du crédit-temps, les coupes dans la santé, les pertes pour les travailleuses à temps partiels et les chômeurs âgés, l’exclusion des chômeurs, la justice fiscale, etc.
C’est pourquoi, pour la CNE, que le pré-accord soit accepté ou pas, il n’y aura pas de paix sociale véritable tant que ce gouvernement maintient ses projets de destruction sociale.
Le but des représentants patronaux, en négociant ce pré-accord, était de diviser les syndicats et de briser le mouvement exceptionnellement puissant que les travailleurs et de nombreux groupes à leur côté ont montré en décembre. A l’heure où j’écris, il n’est pas certain que cet objectif de division soit atteint. On peut comprendre les arguments de la FGTB, qui souligne les défauts évidents de ce texte (une marge salariale faible, pas de suppression de saut d’index). On peut évidemment choisir plutôt le raisonnement de la CSC, qui met en avant les acquis du texte : fin du chantage patronal sur la liaison au bien-être, une marge plus grande que zéro, et pas de confirmation du saut d’index.
Mais quoi qu’il arrive de ce pré-accord (la CNE en décidera ce lundi 9), l’essentiel sera de conserver – et, au besoin, de reconstruire – un front commun syndical et social pour se battre contre un gouvernement au service de l’argent et qui détruit notre modèle social.
C’est ce que la CNE a fait en 2014, c’est ce qu’elle fera en 2015, que je vous souhaite pleine de santé, de bonheur, de solidarité et de combativité. Et remplie d’une paix véritable, qui sera basée sur la justice, et non sur la peur, la division ou la résignation.

Rencontres

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  • Rencontres

À l'occasion de la manifestation syndicale contre les mesures gouvernementales en Belgique, il m'est arrivé de faire quelques rencontres qui, à leur manière, racontent aussi bien la journée que les enjeux de cette histoire.

1. Sur le chemin de la gare, j'ai rencontré une mère de famille qui vient d'apprendre que ses prestations de chômage vont lui être supprimées. C'est le gouvernement précédent qui a pris cette mesure, un gouvernement censé être de gauche, un gouvernement dirigé par Elio Di Rupo, un premier ministre qui appartient au parti socialiste.

La détresse de cette femme est visible, elle ne sait pas comment elle va nourrir ses enfants: son état de santé lui interdit même le recours au travail au noir.

La fin des prestations de chômage votée et décidée par le gouvernement Di Rupo (PS) signifie pour elle et pour des dizaines de milliers comme elle la misère, la galère. Pour la société, l'ensemble de ces mères célibataires va poser un problème: que deviendront leurs enfants, comment vont-ils être élevés et, accessoirement, comment acquerront-ils une qualification qui en fera des producteurs économique utiles à l'économie de notre société? Cette mesure de guerre au salaire, imbécile, cruelle et contre-productive coûte un maximum à la société sur le long terme et elle réduit la production de valeur économique, de salaire, de qualification, de prospérité générale. 

Le parti socialiste belge (mais je crois que les amis français ou grecs pourraient en dire autant) a opté pour un ensemble de mesures ultra-employistes, agressives envers les salariés. On connaît le résultat: crise économique, déflation salariale et misère à grande échelle.

Pourtant ce parti socialiste prétend aujourd'hui s'opposer au gouvernement Suicidois, contre l'austérité et les mesures anti-sociales. Rassurez-vous, les PS présents dans la manif ne faisaient pas allusion à la guerre au salaire décidée et menée par leur parti au sein d'une curieuse coalition.
2. Dans la manifestation, une femme seule marche avec son déambulateur. Elle arbore deux drapeaux belges frappés du blason royal. Renseignements pris en laissant traîner mon oreille, derrière ces drapeaux, cette invalide se bat pour la sécurité sociale, pour ce qui lui permet de vivre, pour sa dignité de productrice.

Le gouvernement suicidois menace de scinder la sécurité sociale - ce qui menace la sécurité d'existence de cette Flamande fière de ses drapeaux. Elle parle aussi des mesures d'activation des invalides. Elle s'inquiète. Il se dit que les chômeurs à 33% seront activés (merci le gouvernement précédent) voire à 66%. Et nous nous inquiétons avec elle. Cette productrice, créatrice de valeur de plein droit risque l'exclusion économique, la misère - elle aussi.
3. Une surprise en se dirigeant vers le café pour éviter l'hypothermie: De Coninck, l'ancienne ministre de l'emploi elle-même, c'est elle qui a organisé l'exclusion de dizaines de milliers de chômeurs du salaire, des prestations de chômage.

Une curieuse présence quand on sait qu'elle n'a rien fait pour contrecarrer la baisse des cotisations sociales, baisse qui aujourd'hui justifie toute la barbarie des mesures promises par la majorité minoritaire (24% d'électeurs en Wallonie, tout de même). On peut regretter que la première rencontre n'ait pu en discuter avec la troisième de sa situation.

4. Devant un bâtiment officiel, nous commençons à papoter avec le gardien. Il nous raconte dans un français savoureux, presque parfait. Les horaires coupés, son dégoût de la politique politicienne après en avoir vu les pratiques, sa rage de payer des impôts pour financer un travail qu'il désapprouve, sa rage de devoir obéir, de devoir protéger des puissants.

  • Perspectives

Des complicités se redéfinissent. Les instants se partagent. Çà et là des colères, çà et là, des drapeaux d'un PS de plus en plus incongru. Puis le plaisir de voir un pays qu'on dit fini uni non autour d'une oiseuse identité collective mais pour la défense du salaire, pour la défense d'un modèle social, pour la défense de la vie ensemble, du droit au repos.

Il nous reste à souhaiter à ce pays comme à tous les autres, une bagarre non pour des emplois mais pour l'émancipation du travail de l'employeur. Nous n'avons pas besoin d'employeur pour produire.

  • Syndicats
Bien des revendications ... rien sur les chômeurs

Ce sont les syndicats qui organisaient la manifestation en front commun. Nous  nous permettons de souligner que les syndicats sont des employeurs aussi. Ce sont des structures plus ou moins baroques qui embauchent (et débauchent) des gens, des employés. En tant que telles, les syndicats ne peuvent pas être démocratiques, ils ne peuvent pas représenter les travailleurs. Quand un mandataire syndical dans une instance quelconque prétend parler au nom des travailleurs, il est sous la coupe de son employeur - c'est le syndicat qui lui envoie ses chèques tous les mois - et doit lui obéir. Mais les dirigeants syndicaux sont des patrons, abondamment payés et, surtout, proches de leurs amis les patrons, les dirigeants politiques et les chefs d'entreprises.

Ce problème est d'autant plus grave que les organes de concertation paritaires s'occupent des salaires, socialisés ou non, des travailleurs en emploi et libérés de l'emploi (les prestations chômage, la sécurité sociale) dans un cadre où se réunissent pour parler de nos salaires

- des représentants des dirigeants syndicaux qui sont des employeurs
- des représentants des chefs d'entreprise qui sont des employeurs
- des représentants des politiques qui sont des employeurs.

Bien des revendications ... rien sur les chômeurs
Pour parler de nos salaires, on ne trouve donc que des employeurs - ce qui explique pourquoi nous ne votons jamais pour des partis qui déclarent officiellement la guerre au salaire alors que nous nous retrouvons toujours avec des programmes de guerre au salaire.

Il serait peut-être temps que les salariés (dans l'emploi ou hors emploi) récupèrent la maîtrise de ce qui est à eux:

- le montant des cotisations sociales
- les éventuelles exemptions de cotisation sociale
- la gestion des prestations sociales.

Après tout, quand Elio DiRupo, Charles Michel, quand Mital ou Bouygue touchent de l'argent, personne n'a son mot à dire sur la façon dont ils les utilisent. Pourquoi n'est-ce pas le cas pour les salariés, pour la sécurité sociale?

  • Slogans pour manif nord-midi (Bastille-Nation)
Ne dites pas:
Réduction du temps de travail
Mais dites:
Travail sans employeur - sans actionnaire.
Je n'ai pas besoin de gaver un actionnaire pour travailler.


Ne dites pas:
La retraite à 60 ans
Mais dites:
Le travail libre, dès 18 ans

Ne dites pas:
Des emplois pour tous
Dites:
Du salaire pour tous
On récupère ce qui est à nous, les salaires, les usines et les bénéfs.
On décide ce qu'on fait, comment on le fait et pourquoi on le fait

Ne dites pas:
PS
Dites:
Que se vayan todos.

Histoire des luttes de chômeurs 2 - Le chômage conjoncturel (1970-1995)

Cet article est écrit avec Riposte-CTE (voir leur site ici), il s'inscrit une suite d'articles retraçant l'histoire des luttes de chômeur 

La première vague des luttes de chômeur, c'était l'auto-production suite aux fermetures d'usine (voir Glaverbel ici et Lip ici, par exemple).

  • Luttes dans les usines

La deuxième vague a déferlé dans les usines: la lutte pour les 36 heures et la pension à 60 ans (voir les ACEC de Charleroi ici, les travailleurs ont obtenu les 36 heures par étape, sans création de poste d'emploi et par augmentation de la productivité).

Extrait du journal de l'UCLMB, 18/9/75
Au sein du mouvement Marxiste-Léniniste très minoritaire dans le mouvement ouvrier, il y avait la revendication d'une allocation de chômage de 100% du salaire. Au sein du mouvement syndical traditionnel, c'était la revendication du plein emploi qui a eu le succès que l'on sait.

  • Les comités de chômeurs

À partir de 1976, il se crée des comités de chômeurs. Ils reprennent la tradition communiste des années 30 (voir Guy Vanthempsche, Le Chômage en Belgique de 1929 à 1940, son histoire, son actualité et notre article sur le pacte social ici): à ce moment-là, il n'y avait que les communistes qui organisaient les chômeurs. En Belgique, on appelait le Parti Communiste, le Parti des Chômeurs. Ces comités sont créés par ce que les sociologues appellent des gauchistes, c'est-à-dire les mouvements trotskyste, anarchiste et marxiste-léniniste. La revendication principale était la lutte contre les exclusions (c'était l'article 143 à l'époque - voir ici), les 36 heures et la pension à 60 ans.

L'article 143 prévoyait l'exclusion du bénéfice des allocations des chômeurs cohabitants de longue durée - y compris les travailleurs à temps partiel. Cette mesure pénalisait essentiellement les femmes en ménage.

  • Les TSE

À Charleroi, en 76 toujours, un comité est créé par des militants syndicaux de base mais ce comité reiciste isolé en Belgique. Il lutte contre les exclusions et revendique l'abolition de l'article 143, la suppression des enquêtes à domicile et le droit au travail.

Ce comité ne tiendra que quelques années du fait du turnover des formations, des stages - c'était tous des jeunes. Suite à quelques actions d'occupation symbolique de l'ONEm, le comité obtiendra quelques améliorations dans les locaux de pointage.

À l'époque, les chômeurs devaient pointer tous les jours, souvent dans des locaux délabrés.

À partir de 1980, les syndicats revoient leur analyse sur le chômage qui ne cesse d'augmenter. Ils arrivent à la conclusion que c'est un chômage structurel, conclusion qui s'imposait après deux siècles.

  • Le Werklosenbond

En Flandre, un Werklosenbond (un syndicat de chômeurs) se crée au début des années 1980. Il donne comme consigne, afin de diminuer les frais de logement, de cohabiter, de vivre à plusieurs. En riposte à ce mouvement-là, le gouvernement de l'époque crée un nouveau statut, les cohabitants.

Beaucoup de membres du Werklosenbond seront accusés de fraude sociale et perdront plusieurs procès. Le Werklosenbond s'écroule financièrement.

À cette période, des militants syndicalistes chômeurs créent le premier comité TSE, Travailleurs sans emploi.

Les principales revendications des comités TSE: suppression de l'article 143, réduction du temps de travail, élection de délégués chômeurs. Mais les dirigeants syndicaux s'opposent à cette dernière revendication et à la suppression de l'article 143. C'est ainsi que Monsieur J.-C. Vandermeeren, secrétaire national de la FGTB déclare le 23 mars 1983:

Si on supprime l'article 143, les libéraux vont proposer la limitation dans le temps des allocations de chômage [il y a trente ans!].
 Or, il faut savoir qu'à la même époque, l'administrateur général de l'ONEm, Maurice André est aussi président de la CGSP Tournai, une centrale de la FGTB.

Quant à l'autre grand syndicat belge, le syndicat chrétien, la CSC, elle
accepte le principe de contrôle mais pas de pointage.
Le pointage sera effectivement supprimé mais bien des années plus tard.

L'article 143 prévoyait l'exclusion du bénéfice des allocations des chômeurs cohabitants de longue durée - y compris les travailleurs à temps partiel. Cette mesure pénalisait essentiellement les femmes en ménage.

  •  Luttes et sabotages syndicaux


En 1986, le comité TSE FGTB Charleroi occupe l'ONEm pendant sept jours contre la diminution des allocations de chômage pour certaines catégories de chômeurs qui tombent au forfait minimum et contre l'article 143. Cette fois, l'action ne remporte pas de vrai succès.

La FGTB nationale et la CSC-Femmes organisent une manifestation à Bruxelles sur les mêmes revendications (abrogation de l'article 143 et contre la diminution des allocations de chômage pour certaines catégories). Il y a 8000 personnes.

Les comités TSE aussi bien de la FGTB que CSC se plaignent beaucoup du manque de soutien des centrales et, à la FGTB, ils proposent de créer une centrale des cLes chômeurs qui ne cherchent pas d'emploiLes chômeurs qui ne cherchent pas d'emploihômeurs, ce qui sera refusé par le congrès.

[Sur ces questions voir notre article sur la démocratie syndicale ici]

À Charleroi, les TSE organisent des élections sociales au bureau de pointage. Ces élections ne seront pas validées par les dirigeants syndicaux alors qu'un délégué a été élu.


  • Les chômeurs qui ne cherchent pas d'emploi

En 1988, un nouveau type de chômeur apparaît - principalement des sidérurgistes ou des métallurgistes, des secteurs à forte tradition syndicale - âgé de plus de 50 ans mais n'ayant pas droit à la prépension (c'est alors 56 ans). Ces chômeurs spécifiques réclament:
- une allocation plus élevée que les 60%: vu les nombreuses années de cotisation, cette allocation doit être majorée
- de ne pas être demandeur d'emploi (à leur âge, ils ne peuvent plus être embauchés).

Pour soutenir leurs revendications, ils organisent une manifestation où il y a 2500 personnes et une occupation d'un jour de la FEB (Fédération des Employeurs de Belgique). Leurs revendications aboutissent en 1993.

En 1991, l'article 143 devient l'article 80 sans que rien ne change fondamentalement. Les chômeurs cohabitants de longue durée sont toujours exclus - ce qui affecte surtout les femmes en ménage.

En 1994, la CSC et quelques sections FGTB organisent une manifestation à Bruxelles où il n'y a plus que mille personnes. La lutte des TSE a marqué le pas à cette période jusqu'au milieu de 1995.

Histoire des luttes de chômeurs - 1. Glaverbel

Histoire des luttes de chômeurs

 Cet article est le premier d'une série qui doit nous amener aux luttes de chômeurs actuelles en Belgique. Il est rédigé en coopération avec le collectif Riposte.CTE, collectif de réflexion et d'action autour du chômage.

 Glaverbel 1975-1981

Le premier article nous emmène à la fin du plein emploi, juste après la crise pétrolière, au moment où le taux de profit atteignait un plancher historique et que les investisseurs commençaient à se sentir des envies de laisser leurs capitaux se balader sur la terre entière.

Dans ce contexte, une entreprise ferme alors qu'elle est bénéficiaire. C'est un des premiers licenciements boursiers connus de l'ère contemporaine. Mais les résistances ont créé des brèches intéressantes, comme cette histoire de conserver un statut de travailleur, un contrat de travail et un salaire alors que l'usine est fermée. Récit.

 I. Contexte: la fermeture de l'usine (1975)


 Présentation du film de Manu Simon, Gilly pour tous (tous avec Gilly).

Les ouvriers refusent l'extinction du four de l'usine de Glaverbel (Charleroi). Ça se passe en 1975. Un comité de grève se constitue, la lutte est lancée. C'est une lutte contre les licenciements, contre le démantèlement de l'usine, contre la fuite des capitaux et les manoeuvres des multinationales qui licencient pour faire plus de profits. L'usine de Glaverbel est occupée et placée sous contrôle ouvrier. Une lutte exemplaire.

La CSC annonce une confiscation de fait des entreprises qui ferment ou qui licencient. La FGTB exige la nationalisation. "Les ouvriers se lèvent comme un seul homme et disent: Capitalistes, nous en avons assez, laissez la place à nous, s'écrie André Henry, figure emblématique de la grève. Après sept semaines, les grévistes font plier la multinationale et obtiennent gain de cause. Aucun licenciement, maintien du salaire. Cette victoire reste encore aujourd'hui un modèle d'un combat ouvrier.
Pendant l'année d'occupation d'usine, les ouvriers ont continué à produire le verre - un arrêt du four lui eût été fatal - et se sont chargés eux-mêmes de commercialiser ce qu'ils produisaient. Ils ont alors démontré (si besoin était) que les travailleurs pouvaient se passer de patron et d'employeur.
  • L'accord Glaverbel

Les ouvriers n'ont pas obtenu la nationalisation mais ils ont obtenu le maintien du salaire, la prépension à 95% du salaire à 58 ans et le retrait de la plainte de l'usine pour vol. Un fonds social est constitué. Il est alimenté à un tiers par Glaverbel et à deux tiers par l'État: il indemnise les anciens travailleurs, appelés les excédentaires, sans emploi à 100% de leur salaire.

Les patrons avaient porté plainte pour vol parce que les ouvriers avaient continué à vendre le verre pendant la grève et l'avait vendu pour leur compte (cf: Lip).

  • La contre-offensive du gouvernement et des hauts responsables syndicaux

Après cette victoire, ça a été la grande contre-offensive de la bourgeoisie, des politiciens et de certains hauts dirigeants syndicaux.

La première attaque a été contre un délégué d'une autre section de Glaverbel Charleroi, délégué qui avait soutenu la grève. Il est licencié sans préavis. S'en suit une grève générale des verriers de Charleroi. Après deux semaines de grève, ce délégué sera réintégré mais son mandat syndical sera retiré (par les dirigeants nationaux syndicaux) pour sept ans.

Pour Jean De Nooze, dirigeant syndical national pour le verre,
les ouvriers de Gilly sont des activistes qui se prétendent militants ouvriers, qui ont transformé la région carolorégienne en chaudron à sorcières qui bout et déborde à tout moment et qui mènent une politique qui sert machiavéliquement les intérêts de Glaverbel et de tout le gouvernement.
En avril 1977, le PS rentre au gouvernement et attaque le fonds social de Gilly qui paie 100% du salaire.
Les ouvriers de Gilly sont des privilégiés et des profiteurs [déjà!].
 Les socialistes qui n'étaient pas dans le gouvernement précédent ne s'estiment pas liés par cet accord. Les travailleurs ripostent: des manifestations, des arrêts de travail, des assemblées, etc. Le fonds social sera prolongé d'un an.

Peu après, ce sont les dirigeants syndicaux nationaux, en front commun qui proposent d'amender les critères qui ouvrent les droits aux indemnités du fonds social:

- diminution du nombre de personnes concernées
- limitation dans le temps
- organisation d'un référendum à bulletins secrets pour l'ensemble des verriers (et non les seuls excédentaires)

  • Les ouvriers font grève pour défendre leur accord

La plupart des sièges verriers boycottent le référendum. Il n'y aura que 41% de oui (de ceux qui ne sont pas concernés). Mais les dirigeants syndicaux en front commun ne tiennent pas compte des résultats et proposent de réaliser les amendements prévus.

Les ouvriers ripostent en faisant grève dans plusieurs sièges. La grève ne sera [évidemment] pas reconnue. Les ouvriers mettront sur pied un large front de soutien politique (PCB - LRT - POUR - RW et quelques militants socialistes) et porteront plainte en justice contre Glaverbel pour non respect des accords. La plainte n'aboutira qu'à un non lieu.

Après 15 jours de grève non reconnue, Glaverbel accepte de négocier. L'accord du fonds social sera prolongé jusqu'en 1980: les ouvriers hors emploi conservent leur ancien salaire.

Les ouvriers protestent auprès du syndicat pour exiger le paiement des indemnités de grève et obtiennent gain de cause [à bon entendeur!].

II. L'entreprise publique d'isolation-rénovation

  • Un projet soudé

Le gouvernement, les dirigeants syndicaux nationaux et Glaverbel s'engagent à transformer Glaverbel en une entreprise publique d'isolation-rénovation pour 270 travailleurs. Ce projet implique une formation (les verriers ne sont pas des maçons) - avec toujours maintien du salaire à 100%.

En juillet 1979, les ouvriers reviennent de vacances et trouvent les portes de leur usine ... soudées avec toutes les machines emportées.

  • Un projet voté

En réaction, les ouvriers créent leur propre projet d'entreprise publique d'isolation-rénovation sous contrôle ouvrier avec l'appui d'universitaires (de Namur). Le projet est soutenu par l'OPI, l'Office de Promotion Industrielle, par le conseil communal de Charleroi. Un projet de loi est déposé au parlement après des visites chez des politiciens, l'occupation de l'ONEm, etc [à bon entendeur!].

Au début 1980, la SETIR formation commence mais les ouvriers exigent que ce soient eux qui choisissent les formateurs, qui établissent leur règlement de travail, de formation, et ils exigent des formations sur chantier et pas seulement en atelier.

L'ONEm refuse et se fait occuper puis le Ministère du Travail est à son tour occupé.

  • Le chant du cygne: SETIR
La société d'isolation SETIR est créée mais les sociaux-chrétiens s'opposent à l'exécution du projet. La CSC et le MOC, tous deux sociaux-chrétiens également, se retirent du projet.

Les ouvriers concernés vont donc visiter le ministère socialiste de l'emploi. Après des heures de séquestration, un subside de 18 millions FB est concédé [l'équivalent avec l'inflation de 1 millions 250 € de 2014].

Dans un premier temps, le PSC bloque le subside; les bureaux de la région Wallonne seront occupés par les ouvriers et la moitié du subside est finalement allouée. Les accords sur le fonds social seront prolongés d'une année.

En juin 1981 SETIR est lancé avec 6 travailleurs, un directeur et une secrétaire (loin des 270 travailleurs initialement prévus).

Deux ans plus tard, la société d'investissements wallonne (SRIW) liquide SETIR alors que le cahier de commande est rempli jusqu'à la fin octobre en s'appuyant avec mauvaise foi sur une loi qui permet la liquidation d'une entreprise qui a utilisé la moitié de son capital.

 Glaverbel est repris à ce moment-là par une multinationale japonaise et les ouvriers sont alors effectivement licenciés alors qu'ils étaient toujours en contrat de travail sans travail avec Glaverbel.
  • Le chômage

Les excédentaires deviennent des vrais  chômeurs. Faute de contrat de travail, les délégués sont exclus de leur mandat par les instances syndicales. Le fonds social est supprimé.

En réaction, certains ouvriers créeront de petites coopératives grâce à un subside de la région wallonne de un million d'€. Ces coopératives concerneront une vingtaine de travailleurs. Ces coopératives n'ont survécu que quelques années.

Principale leçon: pour certains, c'est une demi victoire parce qu'ils n'ont pas obtenu la nationalisation avec contrôle ouvrier, pour d'autres l'allocation de chômage à 100% du salaire pendant huit ans est un pas énorme vers le salaire à vie.

Références:

André Henry, L'Épopée des verriers du Pays Noir, Luc Pire, 2013 (voir un résumé ici).
Union des Communistes (Marxistes-Léninistes) de Belgique, Ripostons aux licenciements, Brochure, 1975.


Ceci n'est pas un pays

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En Belgique, le problème communautaire revient sur la table à tout bout de champ. Que l'on parle salaire, droits sociaux, réseau sociaux, rocade à construire autour d'une ville ou oies bernaches, le débat retombe sur le communautaire. Ce communautaire, si c'était de l'humour, ce serait un running gag, si c'était un outil, ce serait un marteau-piqueur, si c'était une névrose, ce serait un trouble obsessionnel compulsif.


Notez bien que la plupart des gens s'en fichent ou, quand ils ne s'en fichent pas, consacrent leur temps à des activités plus importantes ou plus ludiques selon leur situation mais, dans le champ médiatique du plat pays, le communautaire règne sans partage, des deux côtés de la frontière linguistique.

Bien sûr, on peut expliquer les tensions communautaires par l'histoire, par le fait que, il y a 120 ans, on ne pouvait être jugé qu'en français - ce qui excluait certainement les Flamands mais également les Wallons pas plus à l'aise alors dans la langue de Molière ou les Bruxellois.

Passons, les témoins ont passé le relais. Par contre, un ami m'exposait une thèse intéressante que je vous soumets non comme certitude mais comme hypothèse. Il y a, en Flandre, un gros parti régionaliste, la NVA (mais, tous les 20 ans, un nouveau parti nationaliste naît en ces contrées et fait reculer le précédent dans la marginalité politique) et, en Wallonie, un gros parti socialiste - PS pour les intimes. La NVA tient logiquement un discours indépendantiste musclé - elle est pour ainsi dire payée pour cela - qui n'a pas son pendant wallon (ou bruxellois).

La thèse est celle-ci: la FGTB, syndicat socialiste lié historiquement si ce n'est organiquement au PS, encouragerait la fiscalisation de la sécurité sociale. En effet, en l'état, une sécurité sociale financée par la cotisation sociale oblige à maintenir une institution nationale alors que l'impôt régionalisé pourrait remplir la même fonction. Ce syndicat serait appuyé par la CSC, l'autre grand syndicat belge lié au pôle chrétien-démocrate.


Ce n'est bien sûr qu'une thèse, une idée, inspirée par les prises de position dudit syndicat en faveur de la CSG ou très silencieuse sur la réduction des cotisations sociales. Elle est aussi inspirée par le fait que le dernier lien qui unit tous les Belges, c'est la sécurité sociale.

Quoi qu'il en soit, notre position anti-employique est claire: nous sommes pour la cotisation sociale et son corollaire, la socialisation du salaire parce que cela permet de libérer - fût-ce partiellement - les producteurs du joug de l'emploi, du marché aux esclaves et l'activité du carcan productiviste. Par contre, la fiscalisation vient peser sur les producteurs individuellement et les laisse démunis face à des patrons auxquels ils mendient un pouvoir d'achat en échange de leur force vitale, de leur temps, de leur talent et surtout de leur soumission. L'horreur absolue.

Le sujet de ce blog n'est pas le devenir de la Belgique mais celui de l'emploi à tous les niveaux. Nous défendons résolument la Belgique comme paradigme, comme rien du tout avec la sécurité sociale, nous souhaitons l'extension de ce pays (c'est-à-dire de la sécurité sociale financée par la cotisation sur la valeur ajoutée) à l'ensemble de l'Europe. Réclamons notre Belgitude universelle, notre appartenance à un presque rien fait de cotisations sociales et de sécurité sociale, assumons notre statut universel de producteurs, vivants, incontrôlables, incompréhensibles.
Faisons notre lait des querelles de clocher pour en prendre le suc: laissons les drapeaux, la paix linguistique, les difficiles communes à facilité à ceux qui sont payés pour arborer ces oripeaux et gardons, développons, couvons, nourrissons la sécurité sociale européenne, ce qui se nomme dores et déjà la Belgique.

Le débat portera alors sur le nom de ce grand machin. On pourra peut-être récupérer le nom de Belgique s'ils n'en veulent plus. Ou celui d'Europe mais il est fort connoté et pourrait prêter à confusion. Je laisse le débat ouvert.

Un chrétien de gauche

13 août 2013, 11:07

Il s'agit d'une interview parue dans l'Info, journal d'information de la CSC, le syndicat chrétien (de gauche) belge parue dans le numéro 46 de novembre 2010. Disponible sur la toile à
Info CSC - La solidarité

Benoît Constant, le représentant des jeunes CSC, développe son point de vue sur la solidarité dans le cadre d'une action de sensibilisation. Il présente la solidarité comme souhaitable, comme - si je puis m'exprimer comme cela - planche de salut. Cette planche de salut n'est pas là, elle doit advenir.

Ce paradis tourne autour de cinq axes:

- la solidarité internationale. Dans le monde souhaitable, le Nord est solidaire du Sud, c'est-à-dire que les consommateurs sont solidaires des producteurs du coltan de leur téléphone portable. La forme que doit prendre cette solidarité demeure mystérieuse. Par contre, cette présentation d'une solidarité idéale fait l'impasse sur une solidarité effective: les producteurs du Sud manifestent une solidarité (un peu contrainte, certes) extrême envers les consommateurs du Nord puisqu'ils leur fournissent le coltan de leurs téléphones alors que les consommateurs du Nord ne leur fournissent rien du tout.

- la solidarité entre les générations. Les consommateurs présents doivent éviter de piller les ressources des générations futures. De nouveau, on est dans le registre de la morale, du souhaitable, des voeux pieux. Par contre, de nouveau, on inverse la solidarité effective: ce sont les générations futures qui paieront, d'une manière ou d'une autre, le pillage actuel des ressources. Ce sont les générations futures qui seront solidaires (de manière un peu contrainte) des générations actuelles et non l'inverse.

- par contre, ce qu'ils nomment la solidarité chaude est fait des liens, des échanges 'non utilitaristes' dans des collectifs dans le présent. Ceci appelle deux commentaires: d'une part les autres types de solidarité sont forcément des solidarités froides par opposition et, d'autre part, les autres types de solidarité se distinguent de la solidarité chaude par leur utilitarisme et leur aspect non communautaire. De nouveau, peu de choses concrètes, incarnées se dégagent de la bonne volonté de bien faire.

- la solidarité intergénérationnelle (à ne pas confondre avec la solidarité entre les générations). Nous avons un renversement du renversement: ce sont les vieux qui sont solidaires des jeunes car ils racontent des contes aux enfants et qu'ils paient les voyages des militants. Mais ce renversement sonne comme la confirmation du premier renversement, du genre, 'il est évident que les jeunes sont solidaires avec les vieux mais, vous savez, ils le sont aussi avec les jeunes' et de citer de très petits actes. De nouveau, la formulation de cette solidarité fait l'impasse sur la solidarité effective des vieux avec les jeunes. Elle assimile les personnes âgés aux autres profiteurs (consommateurs, actionnaires, etc.) qui doivent se donner bonne conscience. Dans le passé, ce sont les vieux actuels qui ont construit tout notre appareil productif, ils ont bâti nos maisons, ils ont fait nos routes et nos trains et, surtout, dans le présent, ils sont extrêmement productifs en tant que travailleurs hors emploi. Cette façon de présenter les choses (vous savez les vieux sont utiles quand même) fait l'impasse sur l'utilité effective (et cruciale d'un point de vue économique) des personnes âgées.

- la solidarité entre les revenus mêle la fiscalité et la sécurité sociale. Les amateurs de Friot savent que ces deux choses n'ont rien à voir: la fiscalité redistribue une valeur ajoutée et entérine son fonctionnement alors que les cotisations sociales constituent un salaire formidable (et très productif) puisque déconnecté de l'emploi, les cotisations sont une distribution primaire de la valeur ajoutée, un enjeu de lutte de classe. Cette formulation fait également l'impasse sur la solidarité contrainte principale: les revenus des producteurs sont ponctionnés par les propriétaires; les producteurs sont solidaires (malgré eux) des actionnaires. Par contre, via l'impôt, les jeunes appellent de nouveau à la solidarité des propriétaires envers les producteurs par un retournement dont nous sommes maintenant coutumiers.

On peut résumer la Weltanschauung des jeunes CSC, leur représentation des choses, par un retournement de la solidarité: sont solidaires ceux qui sont en fait bénéficiaires d'un système. Ce système contraint en fait - par la violence éventuellement - ceux dont il faut être solidaires à donner énormément à ceux qui sont censés être solidaires. On voit apparaître des actionnaires solidaires de leurs ouvriers à qui ils prennent 15% de marge brute, des consommateurs de coltan solidaires (mais comment?) des mineurs en train de crever doucement mais sûrement pour leur fabriquer leur machin, on y voit des vieux (mais là, c'est le plus vicieux) mis dans ce rôle de profiteurs généreux alors que les usines, ils les ont construites, les gosses, ils les gardent, les adultes, ils les ont élevés, etc.

Ce retournement permet de rendre la position de profiteur (actionnaire, Occidental, pilleur écologique ou, de manière particulièrement pernicieuse, vieux) habitable, justifiable. Le téléphone portable pille l'Afrique mais il devient honorable parce que solidaire, les actionnaires deviennent honorables parce que solidaires, les personnes âgées deviennent honorables parce qu'elles donnent la pièce à Noël.

Ce qui permet de continuer à fonctionner de la même façon. L'appel à l'avènement d'un idéal cache le souhait de continuer en l'état, ce qui rend ce discours inaudible. Comment mobiliser au changement pour le même?

Pourtant il y a largement de quoi changer le monde dans les paroles du Christ (ou de Mohammed ou de quelque religion que ce soit).
Pour rappel:
- le temps appartient à Dieu, il ne peut créer d'argent
- lenteur et méditation sont les voies de Dieu, le non faire est toujours valorisé
- le royaume de Dieu est inaccessible pour les riches
etc.

Mais, derrière la solidarité, il n'est nullement question de cela, de ces considérations de justice ou d'humanisme. La solidarité ne serait-elle qu'un totem pour évacuer ces lancinants enjeux et demeurer dans le même?