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La Bastination

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La bastination est un néologisme de notre cru. Pour le moment, il s'agit d'un hapax, d'un mot utilisé une seule fois (par nos soins, donc), mais sa pertinence pourrait le tirer du néant.

La bastination, c'est l'itinéraire prévu et prévisible des manifestations à Paris qui démarrent à Bastille et se terminent à Nation. Ces manifestations rassemblent souvent des militants motivés, des travailleurs traversés d'une fureur légitime ou des jeunes politisés tenants d'une entéléchie révolutionnaire radicale. Mais il ne se passe rigoureusement rien dans ces manifestations. On casse bien un peu de mobilier urbain, on s'énerve un peu sur les forces de l'ordre (qui, il faut être juste, rendent largement cet énervement circonstanciel) mais le parcours, les mots d'ordre, les organisations participantes mêmes s'arrangent pour qu'absolument rien n'émerge de ces rassemblements.

On pourrait qualifier de tels rassemblements de messe ou de rite pour la bonne conscience. Ils prêteraient à sourire s'ils ne contribuaient à tuer le politique, à tuer l'affect individuel et collectif porteur de changement de cadre, s'ils n'étaient pas la meilleure arme pour éviter l'avènement d'un nouveau monde. Ils évacuent les questions politiques, notamment celles de la production, de la pratique de la valeur; on n'y parle pas de propriété des outils de production, de liberté des producteurs, d'émancipation mais on y parle d'emploi et d'augmentation de pouvoir d'achat. La bastination est un mouroir de la volonté politique ou économique, c'est un vaccin contre l'émergence de tous sujets politiques collectifs, c'est un non-événement où rien ne peut et ne doit se passer.

En Belgique, la bastination se fait selon les itinéraires Nord-Midi. Les syndicats sont rigoureusement séparés selon leur couleur et les syndicalistes sont tous revêtus de sac poubelle au couleur de leur syndicat (vert, rouge ou bleu). Quand les travailleurs parlent de grève au finish, ils sont bastinés (victimes de bastination), on les occupe avec des discours vengeurs et on les matraque avec la nécessité de l'union derrière des mots d'ordre creux et des actions encore plus creuse; quand le corps social dans son ensemble rejette des mesures anti-salariales prises par le gouvernement, on distrait les gens, on les promène selon un itinéraire immuable. Quand on veut occuper l'usine, la bastination demande de l'emploi. Quand on veut investir massivement dans les salaires, la bastination quémande aux patrons de sauver le pouvoir d'achat et l'emploi. Quand les plus décidés veulent s'en prendre aux points stratégiques et saboter l'économie, la bastination noie leur énergie dans de vaines processions.


La bastination remplace la lutte par la prière, elle remplace la volonté collective par la supplique envers les puissants et, ce faisant, elle affirme le pouvoir des propriétaire et impuissantise les tenants d'un changement de paradigme, celles et ceux qui entendent affirmer dans les actes un sujet politique, une classe.

On pourrait retranscrire ces dialogues:

- Tu viens faire la révolution?
- Je peux pas, j'ai bastination.

- Tu viens occuper l'usine pour la récupérer?
- Pas possible, j'ai bastination.

La stratégie de bastination instille un sentiment d'impuissance, un fatalisme désespéré dans les franges les plus combatives de la population et, surtout, elle prévient la naissance d'un nouveau monde. La bastination, c'est occuper les gens en les laissant faire joujou avec leurs pétards, c'est les distraire avec de faux problèmes, c'est leur faire intérioriser le caractère soi-disant inéluctable de leur servitude. La bastination, c'est Spartacus qui demande de meilleures conditions d'esclavage sans déranger les points névralgiques de l'Empire Romain.

Il ne faut pas oublier que la bastination est une stratégie de confinement, de conjuration de la puissance collective. Sa seule existence atteste la force de cette puissance, elle atteste notre force et notre puissance.

Le salaire est un investissement

En Belgique, pendant la seconde guerre mondiale, sous l'égide de Henri Fuss (ici), des négociations se sont déroulées entre les différents acteurs sociaux pour créer une sécurité sociale unifiée. Il y avait les syndicats, chrétiens et socialistes et le patronat, chrétien ou libre-penseur. 

Ces différents négociateurs avaient tous mis sur pied des caisses pour couvrir certains risques dès le milieu du 19e siècle (ici).
- les caisses de secours ouvrières, souvent des caisses de femmes, ancêtres des mutuelles, couvrent les risques de santé, financent des primes d'accouchement et, parfois, des frais funéraires, elles sont sectorielles et sont alimentées et gérées par les ouvrières elles-mêmes

- les caisses de grève sont les ancêtres des syndicats (en tant qu'organismes d'indemnisation de grève ou de chômage). Elles sont gérées et financées par les ouvriers eux-mêmes

- les caisses de prévoyance patronales sont gérées et alimentées par les patrons, elles assurent des indemnités pension et maladies professionnelles.

Par ailleurs, en 1936, au terme d'une grève dure, les ouvriers avaient obtenu un embryon de sécurité sociale avec les congés payés et les allocations familiales (ici).

C'est dire que les différents partenaires ont tous dû lâcher du lest lors de la création de la sécurité sociale pendant les négociations menée sous l'égide de Fuss puisqu'ils ont vus leurs caisses leur échapper:
les patrons, les ouvriers, les ouvrières et l'État ont tous perdu le pouvoir de décision et de gestion de leurs différentes caisses mais cette perte a été compensée par la participation à la gestion de la caisse unique
Cette caisse unique de sécurité sociale a été massivement alimentée alors que les salaires augmentaient eux aussi. Dans le contexte de l'après guerre, les différents acteurs ont accepté d'être dépossédés de leurs caisses respectives et d'augmenter les taux de cotisation parce que le salaire sous ses formes socialisées était perçu par tous comme un gigantesque investissement, comme une façon de reconstruire un pays ruiné par la guerre et l'occupation. Cet investissement a eu des effets radicaux et immédiat: il a permis la reconstruction d'un pays amputé d'une partie de sa population active par la guerre en un temps très réduit.

Cette acceptation de cette réalité économique - sous l'égide d'un spécialiste international du chômage - fait aujourd'hui rêver tant cette réalité simple semble devoir être répétée non seulement dans le camp des employeurs et des actionnaires mais aussi dans le camp des syndicats de travailleurs ou des progressistes:
  1. le salaire est un investissement
  2. le plus grand investissement à la Libération a été consenti sous forme de salaires socialisés
  3. cet investissement a été couronné de succès économiquement parlant
  4. il a été accepté comme tel par l'ensemble des acteurs économiques (syndicats de productrices et de producteur, patronat et gouvernement) dans un modèle de cogestion
  5. l'ensemble des politiques s'attaquant aux salaires socialisés et aux salaires individualisés n'a produit aucune prospérité, n'a nullement résorbé le chômage, n'a permis d'entreprendre aucun projet politique ou économique d'envergure
 
Source: Wikipédia
Ces réalités simples doivent être rappelées à l'heure où les politiques austéritaires de guerre contre les salaires socialisés et individualisés font sombrer dans la crise l'ensemble du continent européen (d'ailleurs, à l'instant où le Portugal se démarque de ces politiques anti-salariales, il se démarque aussi du marasme économique continental).
Les salaires socialisés ne sont pas des coûts. Ils sont une création de richesse, une forme d'investissement formidable. Faute de comprendre ce truisme, l'ensemble des productrices et des producteurs se condamne à l'impuissance.

Par contre, la propriété lucrative, elle, demeure un coût et pour les productrices et les producteurs et pour la société ... mais nous en avons déjà parlé.

Merci patron

Les syndicats réclament de l'emploi, le leader empapillonné de l'opposition ambitionne de promouvoir l'emploi, les partis dits d'extrême gauche veulent taxer capital et capitaliste pour ... faire de l'emploi.

Comme je ne suis pas du genre à ne pas partager mon ignorance, je vous fais part de mes petites réflexions sur le sujet.

Si on veut de l'emploi, si on lutte pour de l'emploi, si on exige de l'emploi, si on ambitionne de l'emploi, le jour où on l'obtient, on dit merci.

On dit merci patron. Merci de nous donner de l'emploi
- c'est curieux, certains employistes voient pourtant bien que le patron embauche parce qu'il gagne de l'argent ce faisant, d'autres, poussant l'analyse encore plus loin voient que l'emploi capitaliste est un vol de valeur ajoutée

- pourtant, en dépit de toutes ces considérations qui devraient obérer la notion même d'emploi, les employistes de gauche réclament et ambitionnent l'emploi.
Mais, puisque l'emploi est l'objet d'une quête, le jour où est embauché, on oublie la lutte des classes, les revendications salariales, les luttes syndicales pour l'amélioration des conditions de travail: on est tellement content d'avoir un emploi: c'est d'ailleurs ce que nous disent les patrons, ne te plains pas, il y en a dix qui attendent; de quoi tu te plains, tu as un emploi, etc.

Donc, si réclamer un emploi, ambitionner un emploi est parfaitement légitime à un niveau individuel (pour ne pas crever de faim, pour faire court), assimiler cette démarche à une revendication politique soumet l'employé à l'employeur, tue les revendications sociales et syndicales, ce qui est profondément ... réactionnaire.

Et anti-économique mais, ça, c'est une autre histoire dont j'ai déjà parlé en long en large et en travers dans ce blogue.

Que la droite conservatrice formule le politique en des termes réactionnaires, c'est légitime et opportun. La pensée conservatrice doit avoir voix au chapitre dans une société démocratique, elle doit être représentée et doit être une option pour les électeurs, pour les producteurs.

Par contre, si la gauche politique, si la gauche syndicale veulent occuper le champ politique de la gauche, il est nécessaire qu'elles cessent de formuler leur horizon politique en termes réactionnaires, faute de quoi, les électeurs et les syndicalistes de gauche demeureront orphelins de toute représentation politique.

Pour formuler la demande d'emploi en termes de gauche, en termes progressistes, c'est simple. Ce qu'on veut, derrière l'emploi, c'est la dignité du salaire du producteur et la maîtrise des outils de production, la socialisation des outils de production.

Quelle paix sans justice?

On nous envoie ceci, un commentaire critique aux très employistes interventions de la CSC, du syndicat chrétiens belge.

Notre modèle économique n'est pas fait que d'activités dans l'emploi. Notre modèle socio-économique confère aux pensionnés, aux invalides, aux malades, aux chômeurs (avec ou sans complément d'entreprise), à tous les prestataires sociaux ainsi qu'aux fonctionnaires, une activité qui n'est ni réductible ni conditionnée à l'emploi. Cette activité produit des dizaines de milliards de notre PIB : les prestations sociales.

L'emploi est aujourd'hui devenu, par les prétentions des partenaires sociaux et du gouvernement à en faire un passage obligé de toute activité économique, un instrument de destruction sociale.

Une simple demande de ma part : que les représentants des travailleurs salariés, de tous les travailleurs salariés (qu'ils soient affiliés ou non, qu'ils soient employés, ouvriers ou prestataires sociaux - pensionnés, invalides, malades, chômeurs avec ou sans complément d'entreprise), représentent TOUS les travailleurs salariés et

1. ne se contente pas de représenter les salariés dans l'emploi

2. ne se substituent pas à l'UCM, à l'UNIZO ou au Boerenbond pour représenter et défendre les travailleurs indépendants - même si ces derniers, tout comme les entrepreneurs, méritent notre respect.

La concertation sociale doit redevenir un dia-logue social (salarié / employeur) où les intérêts des uns et des autres sont clairement représentés. Elle doit cesser d'être cette communion dans l'emploi qui est un peu la Pax Romana ou la paix de cimetière dont tu parles.

Ce texte réagit à un texte du représentant de la CSC:


QUELLE PAIX, SANS JUSTICE ?
Notre gouvernement et les représentants patronaux appellent chaque jour à la paix sociale. Mais de quelle paix parlent-ils ?
On connaît la paix des cimetières : là où toute vie a été écrasée, plus aucun bruit, plus aucun mouvement n’est à craindre - ni à espérer.
On connaît aussi la Pax Romana : la paix par la terreur, la division, le découragement – celle que les armées de l’empire romain imposaient aux peuples conquis.
Mais la paix véritable est très différente. Elle est beaucoup plus que l’absence de combats. Dans cette paix véritable, si les gens arrêtent de se battre, ce n’est pas parce qu’ils sont écrasés ; ce n’est parce qu’ils sont découragés et divisés : c’est parce qu’ils peuvent vivre dans un monde suffisamment juste. Il en va de même pour la paix sociale.
Le projet d’accord interprofessionnel négocié ce 30 janvier est évidemment insatisfaisant. Si la CSC a pourtant décidé de soumettre ce projet à ses instances (décision ce mardi 10), c’est pour deux raisons. Primo le gouvernement se tenait derrière la porte, menaçant d’imposer une norme de 0%. Secundo, le texte n’impose pas d’accepter le saut d’index.
Car une chose est sûre : un maximum à négocier (à 0,5% ou à 0,8%...) avec un saut d’index, ce serait une perte énorme pour tout le monde. Certains gagneraient un peu et perdraient le triple ou le quadruple, d’autres – les secteurs les plus faibles, les pensionnés, les inactifs ne feraient que perdre. Pour rappel, une personne de 30 ans perdra, sur sa carrière, environ 30000 € si le saut d’index est appliqué.
Et ce saut d’index (absurde économiquement dans une Europe en déflation où l’urgence est d’augmenter les salaires) n’est pas la seule chose injuste et inacceptable du programme De Wever-Michel : la pension à 67 ans, la quasi suppression des prépensions et du crédit-temps, les coupes dans la santé, les pertes pour les travailleuses à temps partiels et les chômeurs âgés, l’exclusion des chômeurs, la justice fiscale, etc.
C’est pourquoi, pour la CNE, que le pré-accord soit accepté ou pas, il n’y aura pas de paix sociale véritable tant que ce gouvernement maintient ses projets de destruction sociale.
Le but des représentants patronaux, en négociant ce pré-accord, était de diviser les syndicats et de briser le mouvement exceptionnellement puissant que les travailleurs et de nombreux groupes à leur côté ont montré en décembre. A l’heure où j’écris, il n’est pas certain que cet objectif de division soit atteint. On peut comprendre les arguments de la FGTB, qui souligne les défauts évidents de ce texte (une marge salariale faible, pas de suppression de saut d’index). On peut évidemment choisir plutôt le raisonnement de la CSC, qui met en avant les acquis du texte : fin du chantage patronal sur la liaison au bien-être, une marge plus grande que zéro, et pas de confirmation du saut d’index.
Mais quoi qu’il arrive de ce pré-accord (la CNE en décidera ce lundi 9), l’essentiel sera de conserver – et, au besoin, de reconstruire – un front commun syndical et social pour se battre contre un gouvernement au service de l’argent et qui détruit notre modèle social.
C’est ce que la CNE a fait en 2014, c’est ce qu’elle fera en 2015, que je vous souhaite pleine de santé, de bonheur, de solidarité et de combativité. Et remplie d’une paix véritable, qui sera basée sur la justice, et non sur la peur, la division ou la résignation.

Rencontres

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  • Rencontres

À l'occasion de la manifestation syndicale contre les mesures gouvernementales en Belgique, il m'est arrivé de faire quelques rencontres qui, à leur manière, racontent aussi bien la journée que les enjeux de cette histoire.

1. Sur le chemin de la gare, j'ai rencontré une mère de famille qui vient d'apprendre que ses prestations de chômage vont lui être supprimées. C'est le gouvernement précédent qui a pris cette mesure, un gouvernement censé être de gauche, un gouvernement dirigé par Elio Di Rupo, un premier ministre qui appartient au parti socialiste.

La détresse de cette femme est visible, elle ne sait pas comment elle va nourrir ses enfants: son état de santé lui interdit même le recours au travail au noir.

La fin des prestations de chômage votée et décidée par le gouvernement Di Rupo (PS) signifie pour elle et pour des dizaines de milliers comme elle la misère, la galère. Pour la société, l'ensemble de ces mères célibataires va poser un problème: que deviendront leurs enfants, comment vont-ils être élevés et, accessoirement, comment acquerront-ils une qualification qui en fera des producteurs économique utiles à l'économie de notre société? Cette mesure de guerre au salaire, imbécile, cruelle et contre-productive coûte un maximum à la société sur le long terme et elle réduit la production de valeur économique, de salaire, de qualification, de prospérité générale. 

Le parti socialiste belge (mais je crois que les amis français ou grecs pourraient en dire autant) a opté pour un ensemble de mesures ultra-employistes, agressives envers les salariés. On connaît le résultat: crise économique, déflation salariale et misère à grande échelle.

Pourtant ce parti socialiste prétend aujourd'hui s'opposer au gouvernement Suicidois, contre l'austérité et les mesures anti-sociales. Rassurez-vous, les PS présents dans la manif ne faisaient pas allusion à la guerre au salaire décidée et menée par leur parti au sein d'une curieuse coalition.
2. Dans la manifestation, une femme seule marche avec son déambulateur. Elle arbore deux drapeaux belges frappés du blason royal. Renseignements pris en laissant traîner mon oreille, derrière ces drapeaux, cette invalide se bat pour la sécurité sociale, pour ce qui lui permet de vivre, pour sa dignité de productrice.

Le gouvernement suicidois menace de scinder la sécurité sociale - ce qui menace la sécurité d'existence de cette Flamande fière de ses drapeaux. Elle parle aussi des mesures d'activation des invalides. Elle s'inquiète. Il se dit que les chômeurs à 33% seront activés (merci le gouvernement précédent) voire à 66%. Et nous nous inquiétons avec elle. Cette productrice, créatrice de valeur de plein droit risque l'exclusion économique, la misère - elle aussi.
3. Une surprise en se dirigeant vers le café pour éviter l'hypothermie: De Coninck, l'ancienne ministre de l'emploi elle-même, c'est elle qui a organisé l'exclusion de dizaines de milliers de chômeurs du salaire, des prestations de chômage.

Une curieuse présence quand on sait qu'elle n'a rien fait pour contrecarrer la baisse des cotisations sociales, baisse qui aujourd'hui justifie toute la barbarie des mesures promises par la majorité minoritaire (24% d'électeurs en Wallonie, tout de même). On peut regretter que la première rencontre n'ait pu en discuter avec la troisième de sa situation.

4. Devant un bâtiment officiel, nous commençons à papoter avec le gardien. Il nous raconte dans un français savoureux, presque parfait. Les horaires coupés, son dégoût de la politique politicienne après en avoir vu les pratiques, sa rage de payer des impôts pour financer un travail qu'il désapprouve, sa rage de devoir obéir, de devoir protéger des puissants.

  • Perspectives

Des complicités se redéfinissent. Les instants se partagent. Çà et là des colères, çà et là, des drapeaux d'un PS de plus en plus incongru. Puis le plaisir de voir un pays qu'on dit fini uni non autour d'une oiseuse identité collective mais pour la défense du salaire, pour la défense d'un modèle social, pour la défense de la vie ensemble, du droit au repos.

Il nous reste à souhaiter à ce pays comme à tous les autres, une bagarre non pour des emplois mais pour l'émancipation du travail de l'employeur. Nous n'avons pas besoin d'employeur pour produire.

  • Syndicats
Bien des revendications ... rien sur les chômeurs

Ce sont les syndicats qui organisaient la manifestation en front commun. Nous  nous permettons de souligner que les syndicats sont des employeurs aussi. Ce sont des structures plus ou moins baroques qui embauchent (et débauchent) des gens, des employés. En tant que telles, les syndicats ne peuvent pas être démocratiques, ils ne peuvent pas représenter les travailleurs. Quand un mandataire syndical dans une instance quelconque prétend parler au nom des travailleurs, il est sous la coupe de son employeur - c'est le syndicat qui lui envoie ses chèques tous les mois - et doit lui obéir. Mais les dirigeants syndicaux sont des patrons, abondamment payés et, surtout, proches de leurs amis les patrons, les dirigeants politiques et les chefs d'entreprises.

Ce problème est d'autant plus grave que les organes de concertation paritaires s'occupent des salaires, socialisés ou non, des travailleurs en emploi et libérés de l'emploi (les prestations chômage, la sécurité sociale) dans un cadre où se réunissent pour parler de nos salaires

- des représentants des dirigeants syndicaux qui sont des employeurs
- des représentants des chefs d'entreprise qui sont des employeurs
- des représentants des politiques qui sont des employeurs.

Bien des revendications ... rien sur les chômeurs
Pour parler de nos salaires, on ne trouve donc que des employeurs - ce qui explique pourquoi nous ne votons jamais pour des partis qui déclarent officiellement la guerre au salaire alors que nous nous retrouvons toujours avec des programmes de guerre au salaire.

Il serait peut-être temps que les salariés (dans l'emploi ou hors emploi) récupèrent la maîtrise de ce qui est à eux:

- le montant des cotisations sociales
- les éventuelles exemptions de cotisation sociale
- la gestion des prestations sociales.

Après tout, quand Elio DiRupo, Charles Michel, quand Mital ou Bouygue touchent de l'argent, personne n'a son mot à dire sur la façon dont ils les utilisent. Pourquoi n'est-ce pas le cas pour les salariés, pour la sécurité sociale?

  • Slogans pour manif nord-midi (Bastille-Nation)
Ne dites pas:
Réduction du temps de travail
Mais dites:
Travail sans employeur - sans actionnaire.
Je n'ai pas besoin de gaver un actionnaire pour travailler.


Ne dites pas:
La retraite à 60 ans
Mais dites:
Le travail libre, dès 18 ans

Ne dites pas:
Des emplois pour tous
Dites:
Du salaire pour tous
On récupère ce qui est à nous, les salaires, les usines et les bénéfs.
On décide ce qu'on fait, comment on le fait et pourquoi on le fait

Ne dites pas:
PS
Dites:
Que se vayan todos.

Goblet prélève les cotisations

Article disponible en PDF ici

Un internaute a bien voulu transcrire les propos du secrétaire général de la FGTB (voir Anne Demelenne ici). Il s'agit d'une interview du journal Le Soir (ici, en français). Nous n'avons pas accès à l'édition abonnés donc, si l'internaute avait commis quelque imprécision dans sa citation, merci de nous le signaler. Le texte cité est décalé et en caractères distincts, nos commentaires sont dans la même police que le paragraphe que vous lisez.

A l’origine, le chômage est une assurance, qui comble un accident de la vie. Aujourd’hui, on se dirige vraiment vers un système d’assistance. Et c’est contraire à la philosophie de la Sécurité sociale. A l’origine, on a prélevé une partie du salaire (les charges sociales) pour les reverser en cas de coup du r de la vie, c’est un salaire différé. En faisant de l’assistance, on casse cette philosophie et on s’en prend à la cohésion sociale.

À l'origine, la sécurité sociale a été un compromis entre les travailleurs en emploi qui ne voulaient plus du capitalisme et des patrons qui ne voulaient pas de révolution. Les travailleurs à la Libération étaient armés contrairement aux autorités civile. La sécurité sociale n'est donc nullement "à l'origine" une assurance mais c'est une conquête des travailleurs avec un rapport de force à leur avantage. Le système d'assurance est le modèle qui prévalait avant la seconde guerre mondiale; c'est ce modèle que la sécurité sociale a rendu heureusement obsolète. Les allocations de chômage ne devaient pas être une "assurance contre les accidents de la vie" mais bien un élément décisif dans le rapport de force entre les travailleurs et les patrons.

Le fait qu'un représentant d'un syndicat pourtant largement impliqué dans les luttes et les conquêtes de la Libération fasse l'impasse sur ces faits historiques atteste son malaise par rapport à la lutte de classe, à la conflictualité ou au rapport de force. Le secrétaire général craint le rapport de force ou - pour le dire plus clairement - la victoire sociale et politique sous quelque forme que ce soit. Il aurait besoin de régner sur une armée de vaincus qu'il ne dirait pas autre chose.

A l’origine, on a prélevé une partie du salaire (les charges sociales [sic!]) pour les reverser en cas de coup dur de la vie, c’est un salaire différé. En faisant de l’assistance, on casse cette philosophie et on s’en prend à la cohésion sociale.

Cette fable reproduit les chansons patronales mot pour mot. Après avoir conjuré la conflictualité, le secrétaire général reprend la version de l'histoire patronale à son compte. Les cotisations de la sécurité sociale n'ont jamais été prélevées sur les salaires, elles ont été ajoutées aux salaires. Le fait de reprendre la version patronale fait croire que les salariés sociaux, les chômeurs, les retraités, les invalides, coûtent aux autres travailleurs, ce qui est une aberration comme nous l'avons prouvé ici. Il nomme d'ailleurs la partie de la valeur ajoutée que créent les salariés sociaux, des "charges" comme le font les patrons. En réalité, ces cotisations se sont ajoutées aux salaires au terme de luttes sociales. En faisant passer une partie des producteurs, les salariés sociaux, pour des coûts pour les autres producteurs, ceux qui sont en emploi, le syndicaliste divise sa base sociale. En divisant sa base sociale, il la rend impuissante mais peut lui vendre facilement une colère sans objet, une frustration, une rancœur aux origines obscures.

D'autre part, en qualifiant les salaires socialisés de salaires différés, le secrétaire général légitime le recours à la personnalisation assurantielle patronale. Il justifie ce qu'il prétend dénoncer - ce qui lui permet, effectivement, de continuer à dénoncer toute sa vie sans que rien ne change.

Le paradoxe, c'est que Goblet accuse le patronat de faire ce que lui fait. Il casse la "cohésion sociale" en prétendant que les salariés sociaux sont des coûts. Il y a mieux. La définition de la valeur économique est l'enjeu d'une lutte de classe. En reprenant telle quelle la définition des patrons, le secrétaire général fait l'impasse sur les enjeux politiques de cette définition. Pour lui comme pour les patrons, ce qui crée de la valeur, c'est l'emploi, c'est le travail soumis à des propriétaires lucratifs qui veulent générer du profit. Pour eux, le reste est certainement utile, mais n'est assurément pas du travail. On voit bien la violence de ce genre de vision du monde qui soumet la reconnaissance de l'utilité sociale a bon vouloir tout puissant des actionnaires.

Une fois de plus, le secrétaire insiste sur la nécessité de la "cohésion sociale", c'est-à-dire de l'absence de conflictualité.

On parle d’une baisse de la norme de norme de croissance des soins de santé, qui module les hausses budgétaires de la Sécurité sociale. Certains font passer ces réformes pour anodines, mais on touche aux fondements ! Il suffit de se rendre sur le terrain. Et que voit-on ? Que de plus en plus de gens vont à l’hôpital pour un diagnostic, puis reportent les soins parce que cela leur coûte trop cher. C’est ça la réalité. Et c’est inquiétant : ce n’est pas digne d’un pays qui se déclare à la pointe dans ce domaine-là.
Je tenterai d'être court pour gloser ce dernier extrait. Essentiellement, implicitement, le droit moral qui évoqué pour dénoncer les mesures du gouvernement (que nous dénonçons avec lui, bien sûr) est fondé sur des considérations qui réduisent les travailleurs à des êtres de besoin. Inutile de dire que cette façon très "dame patronnesse" de se représenter la société nie toute conflictualité, de nouveau et, surtout, tue dans l’œuf toute aspiration à la dignité, à la justice et à la liberté. C'est que, ces notions transposées dans le monde de l'emploi interrogent le pouvoir des propriétaires lucratifs, cela interroge le fait qu'il faille s'ennuyer toute une vie active durant pour obéir à des patrons qui veulent gagner de l'argent. Les êtres de besoin ne se posent pas la question de la légitimité de l'emploi, du cadre de travail, du mode de salaire, de qui décide qui fait quoi, quand et pour quoi. Il est vrai qu'une carrière entière vouée à sacrifier l'ouvrage, l'art, la créativité, l'humour, l'amour au seul impératif de soumission aux puissances de l'argent pousse les employés à se précipiter vers les syndicats.

Histoire des luttes de chômeurs 2 - Le chômage conjoncturel (1970-1995)

Cet article est écrit avec Riposte-CTE (voir leur site ici), il s'inscrit une suite d'articles retraçant l'histoire des luttes de chômeur 

La première vague des luttes de chômeur, c'était l'auto-production suite aux fermetures d'usine (voir Glaverbel ici et Lip ici, par exemple).

  • Luttes dans les usines

La deuxième vague a déferlé dans les usines: la lutte pour les 36 heures et la pension à 60 ans (voir les ACEC de Charleroi ici, les travailleurs ont obtenu les 36 heures par étape, sans création de poste d'emploi et par augmentation de la productivité).

Extrait du journal de l'UCLMB, 18/9/75
Au sein du mouvement Marxiste-Léniniste très minoritaire dans le mouvement ouvrier, il y avait la revendication d'une allocation de chômage de 100% du salaire. Au sein du mouvement syndical traditionnel, c'était la revendication du plein emploi qui a eu le succès que l'on sait.

  • Les comités de chômeurs

À partir de 1976, il se crée des comités de chômeurs. Ils reprennent la tradition communiste des années 30 (voir Guy Vanthempsche, Le Chômage en Belgique de 1929 à 1940, son histoire, son actualité et notre article sur le pacte social ici): à ce moment-là, il n'y avait que les communistes qui organisaient les chômeurs. En Belgique, on appelait le Parti Communiste, le Parti des Chômeurs. Ces comités sont créés par ce que les sociologues appellent des gauchistes, c'est-à-dire les mouvements trotskyste, anarchiste et marxiste-léniniste. La revendication principale était la lutte contre les exclusions (c'était l'article 143 à l'époque - voir ici), les 36 heures et la pension à 60 ans.

L'article 143 prévoyait l'exclusion du bénéfice des allocations des chômeurs cohabitants de longue durée - y compris les travailleurs à temps partiel. Cette mesure pénalisait essentiellement les femmes en ménage.

  • Les TSE

À Charleroi, en 76 toujours, un comité est créé par des militants syndicaux de base mais ce comité reiciste isolé en Belgique. Il lutte contre les exclusions et revendique l'abolition de l'article 143, la suppression des enquêtes à domicile et le droit au travail.

Ce comité ne tiendra que quelques années du fait du turnover des formations, des stages - c'était tous des jeunes. Suite à quelques actions d'occupation symbolique de l'ONEm, le comité obtiendra quelques améliorations dans les locaux de pointage.

À l'époque, les chômeurs devaient pointer tous les jours, souvent dans des locaux délabrés.

À partir de 1980, les syndicats revoient leur analyse sur le chômage qui ne cesse d'augmenter. Ils arrivent à la conclusion que c'est un chômage structurel, conclusion qui s'imposait après deux siècles.

  • Le Werklosenbond

En Flandre, un Werklosenbond (un syndicat de chômeurs) se crée au début des années 1980. Il donne comme consigne, afin de diminuer les frais de logement, de cohabiter, de vivre à plusieurs. En riposte à ce mouvement-là, le gouvernement de l'époque crée un nouveau statut, les cohabitants.

Beaucoup de membres du Werklosenbond seront accusés de fraude sociale et perdront plusieurs procès. Le Werklosenbond s'écroule financièrement.

À cette période, des militants syndicalistes chômeurs créent le premier comité TSE, Travailleurs sans emploi.

Les principales revendications des comités TSE: suppression de l'article 143, réduction du temps de travail, élection de délégués chômeurs. Mais les dirigeants syndicaux s'opposent à cette dernière revendication et à la suppression de l'article 143. C'est ainsi que Monsieur J.-C. Vandermeeren, secrétaire national de la FGTB déclare le 23 mars 1983:

Si on supprime l'article 143, les libéraux vont proposer la limitation dans le temps des allocations de chômage [il y a trente ans!].
 Or, il faut savoir qu'à la même époque, l'administrateur général de l'ONEm, Maurice André est aussi président de la CGSP Tournai, une centrale de la FGTB.

Quant à l'autre grand syndicat belge, le syndicat chrétien, la CSC, elle
accepte le principe de contrôle mais pas de pointage.
Le pointage sera effectivement supprimé mais bien des années plus tard.

L'article 143 prévoyait l'exclusion du bénéfice des allocations des chômeurs cohabitants de longue durée - y compris les travailleurs à temps partiel. Cette mesure pénalisait essentiellement les femmes en ménage.

  •  Luttes et sabotages syndicaux


En 1986, le comité TSE FGTB Charleroi occupe l'ONEm pendant sept jours contre la diminution des allocations de chômage pour certaines catégories de chômeurs qui tombent au forfait minimum et contre l'article 143. Cette fois, l'action ne remporte pas de vrai succès.

La FGTB nationale et la CSC-Femmes organisent une manifestation à Bruxelles sur les mêmes revendications (abrogation de l'article 143 et contre la diminution des allocations de chômage pour certaines catégories). Il y a 8000 personnes.

Les comités TSE aussi bien de la FGTB que CSC se plaignent beaucoup du manque de soutien des centrales et, à la FGTB, ils proposent de créer une centrale des cLes chômeurs qui ne cherchent pas d'emploiLes chômeurs qui ne cherchent pas d'emploihômeurs, ce qui sera refusé par le congrès.

[Sur ces questions voir notre article sur la démocratie syndicale ici]

À Charleroi, les TSE organisent des élections sociales au bureau de pointage. Ces élections ne seront pas validées par les dirigeants syndicaux alors qu'un délégué a été élu.


  • Les chômeurs qui ne cherchent pas d'emploi

En 1988, un nouveau type de chômeur apparaît - principalement des sidérurgistes ou des métallurgistes, des secteurs à forte tradition syndicale - âgé de plus de 50 ans mais n'ayant pas droit à la prépension (c'est alors 56 ans). Ces chômeurs spécifiques réclament:
- une allocation plus élevée que les 60%: vu les nombreuses années de cotisation, cette allocation doit être majorée
- de ne pas être demandeur d'emploi (à leur âge, ils ne peuvent plus être embauchés).

Pour soutenir leurs revendications, ils organisent une manifestation où il y a 2500 personnes et une occupation d'un jour de la FEB (Fédération des Employeurs de Belgique). Leurs revendications aboutissent en 1993.

En 1991, l'article 143 devient l'article 80 sans que rien ne change fondamentalement. Les chômeurs cohabitants de longue durée sont toujours exclus - ce qui affecte surtout les femmes en ménage.

En 1994, la CSC et quelques sections FGTB organisent une manifestation à Bruxelles où il n'y a plus que mille personnes. La lutte des TSE a marqué le pas à cette période jusqu'au milieu de 1995.

Histoire des luttes de chômeurs - 1. Glaverbel

Histoire des luttes de chômeurs

 Cet article est le premier d'une série qui doit nous amener aux luttes de chômeurs actuelles en Belgique. Il est rédigé en coopération avec le collectif Riposte.CTE, collectif de réflexion et d'action autour du chômage.

 Glaverbel 1975-1981

Le premier article nous emmène à la fin du plein emploi, juste après la crise pétrolière, au moment où le taux de profit atteignait un plancher historique et que les investisseurs commençaient à se sentir des envies de laisser leurs capitaux se balader sur la terre entière.

Dans ce contexte, une entreprise ferme alors qu'elle est bénéficiaire. C'est un des premiers licenciements boursiers connus de l'ère contemporaine. Mais les résistances ont créé des brèches intéressantes, comme cette histoire de conserver un statut de travailleur, un contrat de travail et un salaire alors que l'usine est fermée. Récit.

 I. Contexte: la fermeture de l'usine (1975)


 Présentation du film de Manu Simon, Gilly pour tous (tous avec Gilly).

Les ouvriers refusent l'extinction du four de l'usine de Glaverbel (Charleroi). Ça se passe en 1975. Un comité de grève se constitue, la lutte est lancée. C'est une lutte contre les licenciements, contre le démantèlement de l'usine, contre la fuite des capitaux et les manoeuvres des multinationales qui licencient pour faire plus de profits. L'usine de Glaverbel est occupée et placée sous contrôle ouvrier. Une lutte exemplaire.

La CSC annonce une confiscation de fait des entreprises qui ferment ou qui licencient. La FGTB exige la nationalisation. "Les ouvriers se lèvent comme un seul homme et disent: Capitalistes, nous en avons assez, laissez la place à nous, s'écrie André Henry, figure emblématique de la grève. Après sept semaines, les grévistes font plier la multinationale et obtiennent gain de cause. Aucun licenciement, maintien du salaire. Cette victoire reste encore aujourd'hui un modèle d'un combat ouvrier.
Pendant l'année d'occupation d'usine, les ouvriers ont continué à produire le verre - un arrêt du four lui eût été fatal - et se sont chargés eux-mêmes de commercialiser ce qu'ils produisaient. Ils ont alors démontré (si besoin était) que les travailleurs pouvaient se passer de patron et d'employeur.
  • L'accord Glaverbel

Les ouvriers n'ont pas obtenu la nationalisation mais ils ont obtenu le maintien du salaire, la prépension à 95% du salaire à 58 ans et le retrait de la plainte de l'usine pour vol. Un fonds social est constitué. Il est alimenté à un tiers par Glaverbel et à deux tiers par l'État: il indemnise les anciens travailleurs, appelés les excédentaires, sans emploi à 100% de leur salaire.

Les patrons avaient porté plainte pour vol parce que les ouvriers avaient continué à vendre le verre pendant la grève et l'avait vendu pour leur compte (cf: Lip).

  • La contre-offensive du gouvernement et des hauts responsables syndicaux

Après cette victoire, ça a été la grande contre-offensive de la bourgeoisie, des politiciens et de certains hauts dirigeants syndicaux.

La première attaque a été contre un délégué d'une autre section de Glaverbel Charleroi, délégué qui avait soutenu la grève. Il est licencié sans préavis. S'en suit une grève générale des verriers de Charleroi. Après deux semaines de grève, ce délégué sera réintégré mais son mandat syndical sera retiré (par les dirigeants nationaux syndicaux) pour sept ans.

Pour Jean De Nooze, dirigeant syndical national pour le verre,
les ouvriers de Gilly sont des activistes qui se prétendent militants ouvriers, qui ont transformé la région carolorégienne en chaudron à sorcières qui bout et déborde à tout moment et qui mènent une politique qui sert machiavéliquement les intérêts de Glaverbel et de tout le gouvernement.
En avril 1977, le PS rentre au gouvernement et attaque le fonds social de Gilly qui paie 100% du salaire.
Les ouvriers de Gilly sont des privilégiés et des profiteurs [déjà!].
 Les socialistes qui n'étaient pas dans le gouvernement précédent ne s'estiment pas liés par cet accord. Les travailleurs ripostent: des manifestations, des arrêts de travail, des assemblées, etc. Le fonds social sera prolongé d'un an.

Peu après, ce sont les dirigeants syndicaux nationaux, en front commun qui proposent d'amender les critères qui ouvrent les droits aux indemnités du fonds social:

- diminution du nombre de personnes concernées
- limitation dans le temps
- organisation d'un référendum à bulletins secrets pour l'ensemble des verriers (et non les seuls excédentaires)

  • Les ouvriers font grève pour défendre leur accord

La plupart des sièges verriers boycottent le référendum. Il n'y aura que 41% de oui (de ceux qui ne sont pas concernés). Mais les dirigeants syndicaux en front commun ne tiennent pas compte des résultats et proposent de réaliser les amendements prévus.

Les ouvriers ripostent en faisant grève dans plusieurs sièges. La grève ne sera [évidemment] pas reconnue. Les ouvriers mettront sur pied un large front de soutien politique (PCB - LRT - POUR - RW et quelques militants socialistes) et porteront plainte en justice contre Glaverbel pour non respect des accords. La plainte n'aboutira qu'à un non lieu.

Après 15 jours de grève non reconnue, Glaverbel accepte de négocier. L'accord du fonds social sera prolongé jusqu'en 1980: les ouvriers hors emploi conservent leur ancien salaire.

Les ouvriers protestent auprès du syndicat pour exiger le paiement des indemnités de grève et obtiennent gain de cause [à bon entendeur!].

II. L'entreprise publique d'isolation-rénovation

  • Un projet soudé

Le gouvernement, les dirigeants syndicaux nationaux et Glaverbel s'engagent à transformer Glaverbel en une entreprise publique d'isolation-rénovation pour 270 travailleurs. Ce projet implique une formation (les verriers ne sont pas des maçons) - avec toujours maintien du salaire à 100%.

En juillet 1979, les ouvriers reviennent de vacances et trouvent les portes de leur usine ... soudées avec toutes les machines emportées.

  • Un projet voté

En réaction, les ouvriers créent leur propre projet d'entreprise publique d'isolation-rénovation sous contrôle ouvrier avec l'appui d'universitaires (de Namur). Le projet est soutenu par l'OPI, l'Office de Promotion Industrielle, par le conseil communal de Charleroi. Un projet de loi est déposé au parlement après des visites chez des politiciens, l'occupation de l'ONEm, etc [à bon entendeur!].

Au début 1980, la SETIR formation commence mais les ouvriers exigent que ce soient eux qui choisissent les formateurs, qui établissent leur règlement de travail, de formation, et ils exigent des formations sur chantier et pas seulement en atelier.

L'ONEm refuse et se fait occuper puis le Ministère du Travail est à son tour occupé.

  • Le chant du cygne: SETIR
La société d'isolation SETIR est créée mais les sociaux-chrétiens s'opposent à l'exécution du projet. La CSC et le MOC, tous deux sociaux-chrétiens également, se retirent du projet.

Les ouvriers concernés vont donc visiter le ministère socialiste de l'emploi. Après des heures de séquestration, un subside de 18 millions FB est concédé [l'équivalent avec l'inflation de 1 millions 250 € de 2014].

Dans un premier temps, le PSC bloque le subside; les bureaux de la région Wallonne seront occupés par les ouvriers et la moitié du subside est finalement allouée. Les accords sur le fonds social seront prolongés d'une année.

En juin 1981 SETIR est lancé avec 6 travailleurs, un directeur et une secrétaire (loin des 270 travailleurs initialement prévus).

Deux ans plus tard, la société d'investissements wallonne (SRIW) liquide SETIR alors que le cahier de commande est rempli jusqu'à la fin octobre en s'appuyant avec mauvaise foi sur une loi qui permet la liquidation d'une entreprise qui a utilisé la moitié de son capital.

 Glaverbel est repris à ce moment-là par une multinationale japonaise et les ouvriers sont alors effectivement licenciés alors qu'ils étaient toujours en contrat de travail sans travail avec Glaverbel.
  • Le chômage

Les excédentaires deviennent des vrais  chômeurs. Faute de contrat de travail, les délégués sont exclus de leur mandat par les instances syndicales. Le fonds social est supprimé.

En réaction, certains ouvriers créeront de petites coopératives grâce à un subside de la région wallonne de un million d'€. Ces coopératives concerneront une vingtaine de travailleurs. Ces coopératives n'ont survécu que quelques années.

Principale leçon: pour certains, c'est une demi victoire parce qu'ils n'ont pas obtenu la nationalisation avec contrôle ouvrier, pour d'autres l'allocation de chômage à 100% du salaire pendant huit ans est un pas énorme vers le salaire à vie.

Références:

André Henry, L'Épopée des verriers du Pays Noir, Luc Pire, 2013 (voir un résumé ici).
Union des Communistes (Marxistes-Léninistes) de Belgique, Ripostons aux licenciements, Brochure, 1975.


La démocratie syndicale en Belgique

Cet article est disponible en PDF ici

Dans un rapport récent de la confédération internationale des syndicats (ici), la Belgique est classée comme un pays démocratique au niveau syndical.

Ce rapport est écrit sur base des rapports des syndicats eux-mêmes. Cela pose problème quand les syndicats sont des machines de pouvoir pro-gouvernementales, quand la corruption et le népotisme y sabotent le respect du droit et des intérêts des travailleurs.

Il y a tout lieu à croire que le syndicat double (triple en comptant le petit syndicat libéral) CSC-FGTB joue un rôle de courroie de transmission du pouvoir politique - incompatible avec la démocratie sociale.

1. Les syndicats en Belgique sont censés représenter les travailleurs or les élections sociales sont organisées de telle sorte que seuls les travailleurs en emploi sont représentés. Les retraités, les invalides et la masse des chômeurs, adhérant et cotisant ne sont pas représentés dans les instances dirigeantes des syndicats et, partant, ces instances ne doivent leur rendre aucun compte.

2. La gestion de la sécurité sociale est censée être paritaire or l'annonce régulière de modifications de son fonctionnement - notamment des conditions de prestation pour les chômeurs ou les pré-pensionnés - de la part du gouvernement sans la moindre concertation préalable prouve que les cogestionnaires (patrons et syndicats) font de la figuration dans ces instances.

Pourtant, nous rappelons que l'intégralité de la sécurité sociale est un salaire et qu'elle doit en conséquence être gérée par les seuls salariés et par leurs représentants élus. Ces représentants doivent rendre des comptes à leur mandants - ce qu'ils n'ont jamais fait au niveau de la base en Belgique. De ce fait, les décisions concernant les salaires socialisés sont pris au nom des salariés sans qu'ils soient consultés, sans que leurs représentants leur rendent des comptes et sans qu'ils aient voie au chapitre. Que dirait-on si les patrons et les gouvernements s'occupaient de la gestion des salaires individuels et que les représentants des salariés pour cette gestion étaient d'aimables potiches?

3. Les rapports de bon voisinage entre partis politiques et syndicats sont tellement cordiaux que, régulièrement, des responsables syndicaux nationaux figurent sur les listes des partis politiques correspondants (CDH pour la CSC ou PS pour la FGTB). Variante intéressante, c'est parfois le ou la conjointe d'un ou d'une responsable syndical(e) national(e) qui occupe un poste en vue dans le parti politique frère. Cette ambiance de syndicat à la chinoise favorise certainement les rapports incestueux entre les syndicats et les partis politiques mais, par rapport aux droits des travailleurs, le népotisme et le syndicalisme de copains constitue un danger certain.

4. La liberté syndicale est fortement entravée puisque, pour créer un nouveau syndicat qui soit un interlocuteur social, il faut un nombre minimum de membres (50.000 voir le site officiel du SPF emploi, travail et concertation sociale ici). Cette règle limite la représentation syndicale aux trois grands syndicats, des syndicats d'État inscrits dans une logique de concertation, très peu combatifs.

5. D'autre part, en Belgique toujours, ce sont les syndicats qui détiennent les mandats de la délégation et non les délégués de sorte que la hiérarchie syndicale prend l'habitude de se débarrasser des délégués trop remuants, ce sont les permanents qui décident pour les délégués et, au sein des permanents, ce sont les hauts responsables régionaux ou nationaux qui décident. Cette façon de faire obère la démocratie sociale de manière particulièrement voyante quand les secrétaires généraux des syndicats passent dans des partis politiques ou quand leur conjoint occupe une place de choix dans les structures partisanes. Tout fonctionne comme si c'était les électeurs qui devaient se justifier auprès des élus de base, comme si les parlementaires devaient rendre des comptes aux ministres.

 En conséquence, en Belgique, les droits sociaux sont régulièrement sabotés par le gouvernement et par les employeurs avec la complicité active des organisations syndicales. Ceci qualifie la Belgique comme pays de catégorie 3 ou 4 dans le rapport susmentionné. 

Civiliser les organisations syndicales

Le blogue Terrains de lutte reprend un article publié à l'origine dans la revue Agone (n°50) ici en français, en intégralité.

Résumé de l'entretien et extraits.

Contexte de l'entretien avec un DRH
Comment se débarrasser de syndicalistes trop combatifs? C’est tout le travail des professionnels des ressources humaines. Petite leçon de stratégie de domestication syndicale par un DRH.
Cet entretien a été réalisé en avril 2006, avec l’ancien DRH d’une entreprise de papeterie du nord de la France, employant 900 salariés. Au moment de l’entretien, l’entreprise est en cours de restructuration, impliquant la suppression de 500 emplois. Ce DRH est parti à la retraite peu de temps avant, après avoir rempli cette fonction dans l’entreprise depuis 1990. Diplômé de Sciences-po Paris et titulaire d’un DESS en droit social, il avait occupé auparavant le même type de poste dans plusieurs autres grandes entreprises industrielles françaises, au gré d’une carrière professionnelle « dominée par les restructurations ».
Cette image illustre à merveille un article sur la concertation sociale du syndicat FGTB (ici)- et cet entretien

Un fond combatif

 (...)
c’est qu’il y a un vieux fond d’extrémisme quand même. Il paraît que là, dans les circonstances présentes, il y a toujours une centaine de personnes qui sont prêtes, je veux dire à mettre le feu, qui sont prêtes à… abîmer l’outil de travail, etc. Ça c’est un vieux fond de radicalisme qu’on est quand même arrivé à civiliser ou à enrayer, même s’il réapparaît un peu le jour où il y a une crise.
 Promouvoir les mous

 Et précisément, comment étiez-vous alors arrivé à civiliser un peu ces modes de relations entre euh… ?
Ben d’abord en les isolant, en les diminuant…
Vous parlez de syndicalistes ou de salariés ?
 Je parle des syndicalistes qui étaient de cet ordre-là. Maintenant, il n’y en a plus. Mais avant, il y en avait. […] La CGT était le syndicat dominant, de tradition. Mais c’est un syndicat qui n’a pas cessé de perdre, de la vitesse, de l’audience, pour l’excellente raison que ses syndicalistes étaient des gens, j’allais dire mûrs, des gens de confiance, des gens… donc au niveau de l’usine, promouvables… promotables, je sais plus comment… comment on dit, promouvables. Et que l’on a fait passer souvent dans le deuxième collège, en tant qu’agents de maîtrise, qu’on avait par ailleurs du mal à recruter à l’extérieur de l’entreprise de recrutement. Donc, on avait besoin de ces gens avec du savoir-faire. Et donc ce syndicat CGT, maintenant, il est tombé euh, en avant-dernière position en termes d’audience. Il doit représenter, je sais pas, euh… 15 %, quelque chose comme ça.
 Exclure les syndicalistes décidés
Mais on est arrivé à normaliser nos relations à partir du moment où un des syndicalistes est parti. C’était un syndicaliste qui était, j’allais dire un cas psychologique, et qu’on avait, à l’occasion de propos euh… anormaux, tenté de licencier là aussi. Mais ça n’a pas marché, l’inspecteur du travail ne nous a pas suivis, etc. c’est pour ça qu’on a enterré l’affaire. Mais on a réussi à négocier son départ beaucoup plus tard. Il a eu un projet personnel, il nous en a parlé et on a négocié son départ. Faut dire qu’il avait perdu, déjà, de l’audience auprès d’un certain nombre de ses collègues extrémistes parce qu’il avait négocié… il avait fini par signer un accord sur l’individualisation des rémunérations, et ça, ces collègues extrémistes ne le lui avaient jamais pardonné.
 "Normaliser" les relations avec les syndicats - ou la fin de la conflictualité sociale

C’est-à-dire ?
Ben, on arrive… on arrive à normaliser dans la mesure où… je vous indiquais qu’il y avait des grèves euh… à tort et à travers… auparavant, des menaces de grèves, je peux vous dire que… quand j’ai quitté C., il n’y avait plus eu de grève depuis l’année 2000… 2001, donc depuis cinq ans. Donc ça veut dire qu’on a dû arriver, quelque part, à normaliser. Et, ces syndicats n’étaient peut-être pas nécessairement d’accord avec cette évolution, mais on peut ­supposer que le rapport des forces n’était pas suffisant pour qu’ils aillent trop loin. Eh ouais, bon, honnêtement, je pense aussi que la professionnalisation du management, je crois que ça a aussi profondément fait évoluer les gens.

Les cadres techniques deviennent des managers

(...)
[O]n a demandé aux ingénieurs et à l’encadrement opérationnel d’être aussi des managers de leurs salariés. Et on les a accompagnés pour cela, pour changer les modes de relations. On les a incités par exemple à faire des réunions, à avoir des rencontres régulières avec les salariés. […] Ça permet, quand on a des problèmes, de les avoir maintenant en amont, donc d’avoir quand même un dialogue avec la personne, avant qu’éventuellement ce dialogue soit avec les représentants syndicaux. L’important pour nous c’est que l’encadrement discute avec les opérateurs pour désamorcer les problèmes qui peuvent l’être. Sinon, on se retrouve avec la guéguerre habituelle : quand le salarié a un problème, il vient en parler à son chef ou à nous, mais aussi à l’organisation syndicale. Et effectivement, l’organisation souhaite se valoriser en portant tout de suite le problème auprès de nous, dans les instances. C’est normal, c’est son jeu. Et tout de suite, ça risque d’envenimer la situation, etc. C’est pour ça que notre objectif, c’était que le salarié puisse discuter de ses problèmes mais avec la hiérarchie directe.

Fontion publique et service public

Enfin, presque. En fait, ils défilent pour défendre le service publique, ce qui n'a rien à voir et est - de notre humble point de vue anti-employiste - tout à fait contre-productif. La notion de service public se positionne du point de vue du client, de la prestation et, implicitement, de la force de travail, de la rémunération du travail à la pièce alors que la fonction publique se place du point de vue du producteur, de son statut et de sa qualification - une pratique du travail infiniment moins nuisible. C'est cette pratique qui doit être universalisée à l'ensemble des travailleurs et non la qualité d'une quelconque prestation professionnelle.

Extrait de l'article de l'Humanité (ici, en français)

De Bastille à Montparnasse, 22 000 cheminots ont envahi les rues de Paris, cet après-midi, pour garantir l’avenir du service public de la SNCF et dénoncer fermement la réforme ferroviaire, actuellement en préparation par le gouvernement. Un énième « avertissement » a été lancé au gouvernement par les fédérations syndicales CGT, UNSA et SUD-Rail.

(...) Une foule à hauteur de 22 000 cheminots, venus de toute la France, peut-on voir du haut d’un immeuble parisien. Contre le projet de loi préparé actuellement par le gouvernement pour la plus grande entreprise nationale publique, la SNCF, après avoir échoué à corriger la dette colossale du rail en séparant cette dernière du Réseau ferré de France, les cheminots « ne laisseront pas faire », a assuré Gilbert Garrel, secrétaire général de la fédération CGT Cheminots. Présentant cette manifestation comme un « avertissement qui doit conduire le gouvernement à revoir sa copie », les organisations syndicales dénoncent la volonté du gouvernement de vouloir diviser la SNCF en trois établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) : la « maison mère » ; l’infrapôle et le RFF (Réseau ferré de France) actuel. Une scission « directement liée au quatrième paquet ferroviaire européen et à la libéralisation complète du transport de voyageurs prévue pour 2019»

Le rapport de la Confédération Internationale des Syndicats

L'Ituc (Confédération des syndicats, en français) a publié son atlas des pays selon le respect du droit de l'emploi (ici, en anglais). Cette organisation a un point de vue employiste (ce qui n'est pas très grave quand il s'agit d'information) et son classement repose sur des critères exclusivement législatifs, notamment des critères relatifs à la liberté syndicale (sauf la catégorie 5+, voir ci-dessous).

Ce biais n'est pas nécessairement inintéressant, il s'appuie sur un remarquable travail de fourmi mais il fait l'impasse sur les salaires (les salaires minimums, les salaires sociaux ou les salaires effectifs), sur la quantité horaire de travail, sur les congés payés, sur les limites à la propriété lucrative, sur les considérations écologiques, sur le harcèlement qui sont au cœur de l'entreprise actuelle.

  • Le classement

La catégorie 5+ reprend les pays en guerre où l'État ne peut faire appliquer la loi - la législation sociale n'a plus lieu d'être dans ces pays.

Centrafrique, Libye, Palestine, Somalie, Soudan du Sud, Soudan, Syrie, Ukraine

On comprend l'intérêt des employeurs à faire entrer l'Ukraine dans un espace de concurrence libre et non faussée!

La catégorie 5 reprend les pays où l'emploi est un enfer. Le droit social existe éventuellement mais il n'est pas appliqué et les travailleurs sont confrontés à l'arbitraire, à l'autocratie patronale la plus débridée.

Algérie, Bangladesh, Biélorussie, Cambodge, Chine, Colombie, Côte d'Ivoire, Égypte, Fidji, Grèce, Guatemala, Inde, Laos, Malaisie, Nigeria, Philippine, Qatar, Corée, Arabie Saoudite, Swaziland, Turquie, Émirats Arabes Unis, Zimbabwe, Zambie 
Exploit remarquable pour l'Europe de la paix, pour l'Europe sociale puisque l'un de ses membres se retrouve dans la catégorie des pays de l'emploi les plus pourris.

La catégorie 4 reprend les pays dans lesquels il y a des violations de droits systématiques, dans lesquels les droits sociaux sont menacés par les gouvernements ou les entreprises.

Argentine, Bahreïn, Botswana, RD Congo, Salvador, Haïti, Honduras, Hong-Kong, Indonésie, Iran, Irak, Jordanie, Kenya, Koweït, Liban, Mali, Mauritanie, Maurice, Mexique, Maroc, Myanmar, Népal, Oman, Pakistan, Panama, Pérou, Sierra Léone, Thaïlande, États-Unis d'Amérique, Yémen

On remarquera que les frères ennemis: Iran-Irak ou États-Unis-Pakistan se réconcilient quand il s'agit de bafouer les droits syndicaux.

La catégorie 3 reprend les pays dans lesquels les gouvernements ou les compagnies interviennent contre les droits des travailleurs, droits souvent lacunaires.

Australie, Bahamas, Bénin, Bolivie, Brésil, Bulgarie, Burundi, Canada, Tchad, Chili, Costa-Rica, Djibouti, Équateur, Éthiopie, Géorgie, Ghana, Israël, Lesotho, Madagascar, Mozambique, Namibie, Paraguay, Pologne, Portugal, Congo, Roumanie, Singapour, Sri Lanka, Taïwan, Tanzanie, Ouganda, Grande-Bretagne, Venezuela

La catégorie 2 reprend les pays dans lesquels les droits existent mais sont compromis dans leur exercice par les attaques répétées du gouvernement ou des compagnies.

Albanie, Angola, Belize, Bosnie-Herzégovine, Burkina-Faso, Cameroun, Croatie, République Tchèque, Dominique, Hongrie, Irlande, Jamaïque, Japon, Lettonie, Macédoine, Malawi, Moldavie, Nouvelle-Zélande, Russie, Rwanda, Sénégal, Serbie, Espagne, Suisse

La présence de la Suisse dans cette catégorie prouve qu'il ne suffit pas d'être un pays riche pour que les droits syndicaux soient respectés. Ce pays fait d'ailleurs son entrée dans cette catégorie du fait de la dégradation des droits syndicaux là-bas.

La catégorie 1 reprend les pays où les travailleurs jouissent de la liberté d'association et, généralement, ont des droits respectés.

Barbade, Belgique, Danemark, Estonie, Finlande, France, Allemagne, Islande, Italie, Lituanie, Monténégro, Pays-Bas, Norvège, Slovaquie, Afrique du Sud, Suède, Togo, Uruguay.

La présence de la Belgique dans cette catégorie interroge la finesse d'une étude basée sur les témoignages syndicaux: la liberté syndicale y est fortement entravée puisque, pour créer un nouveau syndicat qui soit un interlocuteur social, il faut un nombre minimum de membres (60.000). Cette règle limite la représentation syndicale aux trois grands syndicats, des syndicats d'État inscrits dans une logique de concertation, très peu combatifs. La FGTB, par exemple, a, à plusieurs reprises, exclu des membres trop intègres dans leur lutte pour les travailleurs. Ces syndicats ne vont évidemment pas faire rapport de leurs propres pratiques anti-démocratiques.

D'autre part, en Belgique toujours, ce sont les syndicats qui détiennent les mandats de la délégation et non les délégués de sorte que la hiérarchie syndicale prend l'habitude de se débarrasser des délégués trop remuants, ce sont les permanents qui décident pour les délégués et, au sein des permanents, ce sont les responsables qui décident. Cette façon de faire obère la démocratie sociale de manière particulièrement voyante quand les secrétaires généraux des syndicats passent dans des partis politiques ou quand leur conjoint occupe une place de choix dans les structures partisanes.

  • Cinq pays
Le rapport fait ensuite le tour de cinq pays exemplaires de leur niveau de liberté syndicale.

Le Cambodge (5) utilise la violence armée contre les revendications légitimes des travailleurs. Ils travaillent dans des conditions dangereuses, sont menacés, etc.

 Le Koweït (4) dont les immigrés connaissent des conditions de travail particulièrement pénibles intimide et menace les représentants syndicaux et les organisateurs de grèves légales.

Le Ghana (3) en dépit d'un cadre légal favorable ne combat pas les discriminations et restreint le droit de grève.

En Suisse (2), les droits des représentations des travailleurs sont souvent sapés par sous-informations des intéressés. Les délégations syndicales demeurent marginales.

Le droit d'association et de grève est pleinement reconnu en Uruguay (1). Les syndicats n'en rapportent aucune plainte et, logiquement, ce pays accède à la première catégorie. Ce pays connaît pour le moment une forte mobilisation pour le salaire chez les enseignants - mobilisation qui n'est pas entravée.

La charte sociale européenne

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  • La charte

Nous informons nos aimables lecteurs que 47 pays ont signé la charte sociale européenne en 1961. Cette charte a force de loi dans les pays signataires et stipule, notamment:

  • structure de soins accessible et efficace pour l’ensemble de la population ;
Ceci interdit spécifiquement tout recours à des mutuelles (complémentaires, obligatoires) payantes et imposent un financement de la santé par la seule cotisation (ou par l'impôt).
  • politique de prévention des maladies, y compris garantie d’un environnement sain ;
Ceci interdit spécifiquement toute activité économique, industrielle susceptible de dégrader ledit environnement.
  • élimination des risques en milieu professionnel pour assurer en droit et en pratique la santé et la sécurité au travail ;
  • protection de la maternité.
  • interdiction du travail forcé ;
Ceci exclut toute forme d'esclavage, notamment l'emploi sous la menace du chômage.
  • interdiction du travail des enfants ;
  • conditions de travail spécifiques entre 15 et 18 ans ;
  • droit de gagner sa vie par un travail librement entrepris ;
  • politique économique et sociale pour assurer le plein emploi ;
Tous les pays où le taux de chômage excède les 5% contreviennent à cet article.
  • conditions de travail équitables en matière de rémunération et de durée du travail ;
Ceci implique l'abolition de la rémunération à la tâche, à la force de travail et impose la qualification du travailleur comme source de salaire.
  • protection contre le harcèlement sexuel et moral ;
Ceci impose la fin de la fonction social d'employeur, de son pouvoir sur ses employés: on peut organiser l'activité de production de manière hiérarchique mais personne ne peut s'arroger le droit disposer de la carrière d'autrui puisque ce type de pouvoir permet le harcèlement sexuel et moral.
  • liberté de constituer des syndicats et des organisations d’employeurs pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux ; liberté individuelle d’y adhérer ou non ;
Cette liberté est fortement limitée dans certains pays. En Belgique, par exemple, le seuil du nombre d'adhérents pour pouvoir prétendre s'organiser en syndicat rend la création de nouveaux syndicats techniquement impossible.
  • promotion de la consultation paritaire, de la négociation collective, de la conciliation et de l’arbitrage volontaire ;
La consultation paritaire impose la représentation de toute les parties au pro rata de leur importance. Les chômeurs, les retraités ou les invalides doivent, par exemple, être représentés dans toutes les décisions qui les concernent, qu'elle soient relatives aux prestations de la sécurité sociale ou aux cotisations sociales.
  • protection en cas de licenciement ;
Ceci impose d'attacher le salaire à la personne et non au poste de travail.
  • droit de grève ;
  • accès à l’emploi pour les personnes handicapées.
Par ailleurs, la charte détaille les droits humains que les signataires doivent respecter. Ces droits sont eux aussi rarement compatible avec la vente forcée de la force de travail dans l'emploi:
  • protection contre la violence et la maltraitance ;
 La violence du vol du temps des travailleurs par les propriétaires lucratifs est interdites. La maltraitance de la mise en minorité de l'emploi est interdite.
  • interdiction de toute forme d’exploitation (sexuelle ou autre) ;
 Tout surtravail est un vol, toute plus-value liée au travail d'autrui est un vol et sont des formes d'exploitation interdites.
  • protection juridique de la famille (égalité des époux entre eux et vers les enfants, protection des enfants en cas de rupture) ;
Ceci impose un droit à un salaire personnel inconditionnel.
  • droit à la sécurité sociale, à l’assistance sociale et à des services sociaux ;
Cet article est directement violé par le harcèlement institutionnel des chômeurs, en France, en Belgique ou en Allemagne (entre autres).
  • droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale ;

  • Les recours
Nous citons le site de l'organisation (ici, en français)
Organisations habilitées à saisir le Comité :
– Pour tous les Etats qui ont accepté la procédure :
  1. Confédération européenne des syndicats (CES), BUSINESSEUROPE (ex-UNICE) et Organisation internationale des employeurs (OIE).
  2. Les organisations non gouvernementales (ONG) dotées du statut participatif auprès du Conseil de l’Europe et inscrites sur une liste établie à cette fin par le Comité gouvernemental ;
  3. Les organisations d’employeurs et les syndicats de l’Etat concerné ;
  4. – Pour les Etats qui, en plus, acceptent cette possibilité :
  5. Les ONG nationales.
Le dossier de la réclamation doit contenir les éléments d’information suivants :
  1. les nom et coordonnées de l’organisation réclamante ;
  2. la preuve que la personne qui introduit et signe la réclamation est habilitée à engager l’organisation réclamante ;
  3. l’Etat mis en cause ;
  4. les dispositions de la Charte dont la violation est alléguée ;
  5. l’objet de la réclamation, c’est-à-dire le ou les points sur lesquels l’Etat mis en cause n’aurait pas respecté la Charte, ainsi que les arguments pertinents ; avec documents à l’appui.
À bon entendeur ...

  •  Les États signataires
 Albanie, Andorre, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark,
Estonie, Finlande, France, Géorgie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Moldavie, Monaco, Monténégro, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovénie, Espagne, République slovaque, Suède, Suisse, Macédoine, Turquie, Ukraine, Grande-Bretagne,