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Harcèlement contre les malades

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Résumons: les personnes en incapacité de travail sont reconnues inaptes à travailler à 66% (au moins). Le gouvernement veut les sanctionner si elles refusent un plan d'accompagnement vers l'emploi et amputer leurs indemnités de 10%. De deux choses l'une, soit ces personnes sont en incapacité (comme le constate et le vérifie le médecin conseil) et on ne voit pas comment elles retourneraient au travail, soit elles sont capables de travailler et on ne voit pas bien comment le médecin conseil qui les a reconnues incapables de travailler en emploi les enverrait en emploi.
Selon nos calculs, comme cette mesure doit concerner 1.500 personnes selon le gouvernement, elle porte sur des économies de 3 millions d'euros par an maximum, soit moins de deux cent millièmes du budget de l'État. C'est comme si, sur un revenu de 20.000 euros par an, vous économisiez 40 centimes au nom de la crise. 
Mais l'essentiel pour le gouvernement employiste, c'est de jeter l'opprobre sur les plus faibles, sur les malades, c'est de semer la suspicion et, surtout, d'affirmer par cette manœuvre perverse que la seule façon légitime de gagner de l'argent, c'est de vendre une force de travail à un employeur pour qu'il fasse de l'argent.

Comme une bonne partie des maladies - le burn-out, la dépression ou les troubles musculo-squelettiques - est provoquée par le management des employeurs plus soucieux de leurs profits que de la santé de leurs employés, cette mesure revient à renvoyer le malade au charbon, à le renvoyer dans le cadre qui a généré sa maladie. Il s'agit d'envoyer le grippé dans un courant d'air glacial.

Nous rappelons que cette volonté de redresser les réfractaires au travail fait écho aux heures les plus sombres de l'histoire, en Allemagne, en Russie ou en Chine. Nous rappelons également que la rage tracassière puis exterminatrice de régimes hostiles aux gens 'différents', 'autres' peut être vaincue en mobilisant les contre-pouvoirs de type éthique.

En conséquence, nous appelons les églises belges, les catholiques, les protestants, les juifs ou les musulmans, à condamner et à combattre le harcèlement des malades. Nous appelons en particulier la hiérarchie catholique à se prononcer explicitement contre l'esprit et les conséquences de cet arrêté.
Nous appelons également les forces socialistes et communistes à défendre le salaire dans la valeur ajoutée, à faire valoir les cotisations sociales comme part du salaire et les prestations sociales en générales (et les indemnités maladie en particulier) comme salaire de plein droit.

Nous dénonçons cette mesure comme odieuse, nous appelons à la résistance, nous invoquons le serment d'Hippocrate ('tout d'abord ne point nuire') comme justification éthique à la non-collaboration à cette mesure.

Nous appelons enfin à l'humanité la plus simple, la plus triviale, à l'humanisme qui se doit de protéger le plus faible, de laisser une place à tous les membres de la société. Nous appelons à la construction d'une société pour tous ses membres.
Si la mesure peut paraître anodine, son esprit ne l'est pas. Culpabiliser un malade (dans l'optique employiste), c'est rendre la vie illégitime - qu'elle soit malade ou non - c'est violer le contrat entre le soignant et le soigné, c'est faire fi de toute civilisation, de tout art de vivre ensemble.

Nous affirmons le droit à la clause morale de résistance face à une telle mesure. Ils ont le pouvoir et le droit pour eux, nous avons la justice pour nous.


Le comité de gestion de l'INAMI a formulé jeudi un avis sur l'arrêté royal visant à "encourager" le retour au travail des personnes dites en incapacité de travail. Ces...

La Fabrique de l'employabilité - Lien vers des notes de lecture

Sur le blogue Entre les lignes, Entre les mots (ici), nous avons relevé d'intéressantes notes de lecture sur

- Barnier, Canu, Vergne, La Fabrique de l'employabilité, Syllepse.

Nous n'avons pas lu le livre mais nous nous permettons de vous partager ces notes de lecture très complètes - nous vous en recommandons la lecture. La question du glissement pédagogique de la production d'une société à la production de producteurs rentables est un enjeu fondamental.

Il s'agit notamment

- de renvoyer celui qui est formé à sa responsabilité, il doit devenir l'entrepreneur de sa productivité

- d'organiser la formation selon les besoins du marché.

Extrait de la note

Les auteurs soulignent, entre autres, le basculement des années 2000, la place prise par la notion de compétitivité des entreprises, la dénégation des dimensions conflictuelles des rapports sociaux, le nouveau paradigme de « la formation tout au long de la vie », le caractère profondément individualiste de l’employabilité, les présentations enchantées du paritarisme social, l’invention du « gagnant/gagnant » ou du « compromis acceptable »… « Il n’y a pas partenariat ni cause commune mais affrontement à partir d"intérêts fondamentalement divergents, quand bien même ce que gagnera l’un ne sera pas nécessairement totalement défavorable à l’autre (la lutte des classes n’est jamais binaire mais toujours portée par des contradictions) ».
Louis-Marie Barnier, Jean-Marie Canu, Francis Vergne traitent ensuite de la subordination néolibérale de la formation, de la reconfiguration « de la force de travail », du rôle des institutions européennes, de la « Stratégie de Lisbonne »… Ici pas de politique du laisser faire, mais bien une stratégie identifiable, pilotée par des institutions, un « processus de surveillance, de normalisation, de repérage des progrès accomplis ». La formation doit être subordonnée à l’économie des entreprises.
Les auteurs analysent les dimensions comportementales (« apprendre à se bien comporter »), l’auto-évaluation des salarié-e-s, la responsabilité à entretenir leur employabilité… (...) [Les auteurs] n’omettent pas de souligner les contradictions et les résistances à ces nouvelles modalités de formation. Ils indiquent que « le potentiel de la formation professionnelle peut excéder dans son contenu et sa finalité l’horizon des rapports sociaux existants ». Un travail largement socialisé nécessite des collaborations et des solidarités, bref un part importante d’initiative collective.

Une énième proposition de 'réformes' des retraites alarmistes

Un article de La Libre Belgique (ici) se fait le relais d'un think tank de 'jeunes', le 'Groupe du vendredi'. 

Ces 'jeunes' ont tout de même entre 25 et 35 ans (ce qui me vaudrait presque ce qualificatif, j'apprécie). Leur neutralité proclamée ne résiste pas à l'analyse des faits: leur appréhension du problème et leurs propositions ne sont absolument pas neutres.




  • Résumé
Un article de La Libre Belgique se fait le relais d'un think tank de 'jeunes', le 'Groupe du vendredi'. Leur neutralité proclamée ne résiste pas à l'analyse des faits: leur appréhension du problème et leurs propositions ne sont absolument pas neutres.






Tout d'abord, notre attention a été attirée par deux chiffres mis en exergue:
1. celui du montant ANNUEL des pensions légales, assurée par les cotisations sociales, par répartition. Ce montant est un flux de cotisations/prestations repris au PIB. 
2. celui du montant TOTAL de la capitalisation des fonds de pension du deuxième pilier en Belgique. Montant produisant annuellement une rente de 5% en moyenne (variant selon les performances des fonds de pension sur les marchés financiers), soit 3,15 milliards.

L'honnêteté intellectuelle aurait voulu qu'on comparât deux flux et non un flux et un stock – surtout si la valeur du stock en question varie en fonction d'aléas boursiers, inéluctables à l'échelle d'une carrière professionnelle.

La question par ailleurs sous-jacente est de savoir si l'économie doit être fondée en salaires, comme elle l'est avec succès depuis la fin de la dernière guerre, et en partage de la valeur ajoutée ou si elle doit être fondée sur la solidarité financière de fonds spéculatifs.

Voyons maintenant plus en détail les propositions des retraités en herbe.
Nous courons à la catastrophe si nous ne faisons rien. Aujourd'hui, tout va bien ; demain rien n'ira plus sauf à poser des actes de 'réforme' courageuse.
Cette menace est très théorique. La diminution de main-d’œuvre ne signifie pas nécessairement une baisse de la production – si l'on songe à l'agriculture depuis la Libération en raisonnant comme cela, nous devrions mourir de faim aujourd'hui. Pourtant, nous avons toujours à manger.
Les prédictions démographiques sont sujettes à caution. Il faudrait, en tous cas, que l'espérance de vie ne diminue pas, que les apports énergétiques et le système industriel demeurent, eux aussi, inchangés, ce qui est pour ainsi dire inimaginable. Par ailleurs, ces prévisions sont des extrapolations de tendances. En 2050, les baby-boomers seront morts (ce qui diminuera mécaniquement le nombre de papys) et les naissances auront pu reprendre du poil de la bête si les perspectives d'avenir s'améliorent. La question, c'est comment donner le goût à la vie aux gens, comment leur permettre d'avoir envie de fonder des familles, de croire en l'avenir. Comment faire pour cultiver, pour développer la créativité humaine? Il ne s'agit pas de renoncer à l'avance à toute perspective et se dire que, dans trente-cinq ans, tout sera aussi bouché qu'aujourd'hui, il s'agit d'ouvrir les perspectives, pour les 'jeunes' et pour les vieux. Par ailleurs, il faut rappeler que, à la Libération, les personnes âgées étaient moins nombreuses relativement mais les enfants, les bébés, non cotisants étaient, eux, très nombreux et occasionnaient des investissements qu'une société d'après guerre a pu assumer sans problème sur les décombres des villes et des usines bombardées.

Dans la vision du monde de ce groupe du vendredi, la population est un coût. Les vieux, les jeunes, les malades, les vacanciers, les familles sont un coût. Nous signalons que le vieillissement d'une population fait également baisser la proportion de jeunes parmi elle.  
Évidemment, leur vision du monde n'est absolument pas neutre si l'on réfléchit un peu aux faits économiques. Nous ne sommes pas dans une économie sahélienne de subsistance famélique en train de gratter la terre pour trouver de méchantes racines, nous sommes dans une économie de production industrielle de masse. Notre économie parvient à couvrir les besoins de la population. Elle y parvient tellement largement que les entreprises doivent inonder les consommateurs de publicités pour trouver des clients. Depuis 200 ans, notre système économique est confronté exclusivement à des crises de surproduction. Il y a chaque fois eu, à un moment donné, une rupture de la demande par rapport à l'offre.
Les usines produisaient trop par rapport au pouvoir d'achat des salariés. Elles restaient les bras ballants avec leurs invendus, elles licenciaient, ce qui privait de salaire les ouvriers qui cessaient donc d'acheter ce que produisaient les usines. La crise des subprimes n'a rien été d'autre puisqu'il s'est agit d'une bulle boursière autour de la solvabilité d'une partie des salariés US, laquelle a explosé le jour où il a été clair que ... leurs salaires ne leur permettraient pas d'honorer leurs dettes. La crise actuelle est une crise de surproduction.

Nous sommes confrontés à un chômage de masse, pas à une rupture de la main-d’œuvre. De ce fait, si le vieillissement de la population est accompagné d'un droit au salaire pour le troisième âge par les pensions, il soutient durablement la demande et conjure les effets cycliques conjoncturels. Quand il y a de la demande solvable, une entreprise peut produire parce qu'elle a un carnet de commande plein. C'est cette donnée qui permet d'expliquer la stabilité économique de la Belgique dans un contexte de récession générale, pendant que nous cherchions un gouvernement et qu'aucune mesure socio-économique ne pouvait être prise.

Dans l'ensemble de la valeur ajoutée produite par les Belges (PIB), une bonne partie provient de secteurs de l'économie tout à fait déconnectés de l'emploi. Les cotisations sociales sont venues s'ajouter au PIB au moment où on a pris la décision politique de socialiser les salaires. De la même façon, si on supprime ces cotisations, c'est le PIB qui en sera amputé. Les pensions par répartition créent une partie de la valeur ajoutée sans passer par l'emploi. Comme elles sont issue d'une décision politique, elles peuvent aussi bien être étendues (ou supprimées). Comme les cotisations sont instantanément versées aux pensionnés, comme il n'y a pas de décalage dans le temps entre la création de valeur par cotisation et la prestation sociale, il est toujours possible d'adapter la cotisation à de nouveaux besoins de prestation : il suffit de l'augmenter. Cela met la pension par répartition à l'abri de toute spéculation, de toute déconfiture boursière.
Par contre, les pensions par capitalisation – qu'elles soient gérées par des organismes publics ou par des fonds vautours concurrents – sont des pyramides de Ponzi, des produits spéculatifs dangereux. Il y a jusqu'à quarante ans entre l'approvisionnement du fonds et le payement des intérêts ou de la rente. Pendant ces quarante ans, le principal, le capital est censé gonfler mystérieusement sans interruption ni régression. Les intérêts sont censés venir en temps utile couvrir les besoins. Cette fable suppose que l'argent crée de l'argent. Si c'était le cas, il suffirait d'imprimer des billets de banque pour payer les pensions.

  • Illustration et enjeu


Tout d'abord, pour tenter de clarifier, simplifier le propos, voici deux extraits du mémorandum présenté qui apparaissaient en exergue sur la page de la Libre qui le présentait. Avec deux chiffres :

1. celui du montant ANNUEL des pensions du premier pilier. Le premier pilier est la partie de la pension assurée par les cotisations sociales, par les répartitions. Ce montant est le flux de cotisations/prestations sociales pensions - repris au PIB parce qu'il est l'affectation d'une partie de la valeur ajoutée aux pensionnés. 

2. celui du montant TOTAL constituant les fonds de pension du deuxième pilier en Belgique. Montant produisant annuellement une rente de 5% en moyenne (variant selon les performances des fonds de pension sur les marchés financiers), soit 3,15 milliards.

L'honnêteté intellectuelle aurait voulu - au moins - de présenter les soi-disant 2 piliers de pension pour leur réel apport annuel : 35 milliards (1er) vs. 3 milliards (2e).

La question par ailleurs sous jacente est de savoir si l'économie doit être fondée en salaires, comme elle l'est avec succès depuis la fin de la dernière guerre, et en partage de la valeur ajoutée.

Ou si elle doit être fondée sur des fonds spéculatifs dont on espère la solidarité pour le financement de prestations "sociales" par des mécanismes de charité publique ou privée.
Voyons maintenant plus en détail les propositions des retraités en herbe.


  • La vision du monde

Nous courons à la catastrophe si nous ne faisons rien. Aujourd'hui est un bien, demain, ce bien va disparaître sauf à poser des actes de 'réforme'. La 'réforme' est alors la planche de salut, l'acte rédempteur collectif face à une menace. Face à la peur, le rationnel s'efface au profit de l'affectif et les décisions les plus arbitraires peuvent s'imposer.

- Cette menace est très théorique. S'il faut suivre leur logique, nous devrions mourir de faim en Europe: le nombre d'agriculteurs a été divisé par quinze (un agriculteur pour 33 actifs maintenant, un pour deux à la Libération). Pourtant, nous avons toujours à manger. 
Ce groupe, dans son catastrophisme très mainstream, confond la production de biens et de services, la masse salariale et le nombre d'heures ouvrées. Rappelons que, à la Libération, moment où la sécurité sociale fut instaurée en Belgique, le rapport entre actifs et inactifs n'était guère meilleurs que celui que prévoient les statisticiens pour notre avenir: les enfants ne travaillaient guère et étaient nombreux - que l'on songe aux baby-boomers qui vagissaient alors, de manière 'improductive' au sens libéral; les invalides, les blessés de guerre étaient également nombreux et - last but not least - dans leur immense majorité, les femmes ne travaillaient que hors du cadre de l'emploi. L'un dans l'autre, le taux d'activité de la population était inférieur à celui prévu par les démographes. De même, l'Allemagne serait plein marasme économique si seul l'âge de la population importait.

- La productivité permet de produire autant avec moins de personnel - ce qui met la pression, d'ailleurs, sur l'emploi et les salaires
Ceci explique le luddisme ou d'autres mouvements de libération de la machine: les innovations techniques condamnaient les anciens techniciens à la famine parce qu'elles les rendaient inutiles à la production.

- Dans cette vision du monde, la population est un coût. Les vieux, les jeunes, les improductifs sont un coût. Nous signalons que le vieillissement d'une population fait également baisser la proportion de jeunes 'improductifs' parmi elle.
Évidemment, une telle vision du monde n'est absolument pas neutre - elle est même délirante si l'on réfléchit un peu aux faits économiques. Nous ne sommes pas dans une économie sahélienne en train de gratter la terre pour trouver de méchantes racines, nous sommes dans une économie de production de masse. Notre économie parvient à couvrir les besoins de la population. Elle y parvient tellement largement que les entreprises doivent inonder les consommateurs de publicités pour trouver des clients. Les dizaines de crises de notre système de production ont toutes été des crises de surproduction depuis 200 ans. Il y a chaque fois eu, à un moment donné, une rupture de la demande par rapport à l'offre. Les usines produisaient trop par rapport au pouvoir d'achat des salariés. Elles restaient les bras ballants avec leurs invendus, elles licenciaient, ce qui privait de salaire les ouvriers qui cessaient donc d'acheter ce que produisaient les usines. La crise des subprimes n'est rien d'autre puisqu'il s'agit d'une bulle boursière autour de la solvabilité d'une partie des salariés US, laquelle a explosé le jour où il a été clair que ... leurs salaires ne leur permettraient pas d'honorer leurs dettes. La crise actuelle est une crise de surproduction. Nous sommes confrontés à un chômage de masse, pas à une rupture de la main-d’œuvre. De ce fait, si le vieillissement de la population est accompagné d'une solvabilisation du troisième âge par les salaires sociaux, il est une chance de soutenir durablement la demande et de conjurer les effets cycliques conjoncturels: une entreprise produit parce qu'elle a un carnet de commande plein, pas parce qu'elle a de l'argent.
- Les prédictions démographiques sont sujettes à caution. Il faudrait, en tous cas, que l'espérance de vie ne diminue pas, que les apports énergétiques et le système industriel demeurent, eux aussi, inchangés, ce qui est pour ainsi dire inimaginable.
Par ailleurs, ces prévisions sont des extrapolations de tendances. En 2050, les baby-boomers seront morts (ce qui diminuera mécaniquement le nombre de papy) et les naissances auront pu reprendre du poil de la bête si les perspectives d'avenir s'améliorent. La question, c'est comment donner le goût à la vie aux gens, comment leur permettre d'avoir envie de fonder des familles, de croire en l'avenir. Comment faire pour cultiver, pour développer la créativité humaine? Il ne s'agit pas de renoncer à l'avance à toute perspective et se dire que, dans trente-cinq ans, tout sera aussi bouché que aujourd'hui, il s'agit d'ouvrir les perspectives, pour les 'jeunes' (comme moi!) et pour les vieux.
- Pour les 'jeunes', seule la création de valeur ajoutée par l'emploi, dans la convention capitaliste de l'emploi, peut être efficace et créer de la richesse économique. Or, dans notre PIB, dans l'ensemble de la valeur ajoutée produite par les Belges, une bonne partie provient de secteurs de l'économie tout à fait déconnectés de l'emploi. Les cotisations retraites sont venues s'ajouter au PIB au moment de leur création. De la même façon, si on supprime ces cotisations, c'est le PIB qui en sera amputé. Les retraites par répartition créent une partie du PIB, de la valeur ajoutée sans passer par l'emploi. Quand on réduit la valeur ajoutée au seul emploi, ce n'est pas neutre. Cela aboutit, si on pousse la logique jusqu'au bout, à des absurdités genre: sans langage - le langage est acquis hors emploi - comment les soi-disant productifs peuvent produire quoi que ce soit? S'il faut créer davantage de valeur du fait du vieillissement de la population, il est possible de la faire en dehors de l'emploi ou de la propriété lucrative: il suffit d'augmenter les cotisations sociales, ce qui augmentera mécaniquement le PIB d'autant et ce qui permettra à une économie en surproduction de trouver des débouchés.

  • Les propositions
1. Il s'agit de maintenir l'existant (double pilier, mortel à terme pour le premier, celui de la répartition). 
Évidemment, de notre point de vue, toute capitalisation des retraites est intrinsèquement spéculative. Voilà donc des 'jeunes' qui pensent comme les vieux et qui recommandent de ne rien changer. De bon petits, ça, ils iront loin.

2. Rendre transparent: donner à chacun le montant auquel il a droit
C'est une façon subtile de renforcer le principe du 'j'ai cotisé donc j'ai droit' de la retraite assurantielle, de l'inscrire hors du cadre du salaire continué. Ce principe lie la retraite au 'mérite' c'est-à-dire exclusivement à la carrière dans l'emploi. Mais le travail n'est pas l'emploi et le mérite ne se borne pas à vendre sa force de travail. D'autre part, la retraite permet de libérer le travail de l'emploi, justement, sauf si on lie les droits de la retraite à l'emploi. Il faut abaisser l'âge de la retraite et universaliser les droits à la retraite pour favoriser une activité hors emploi le plus tôt possible.

3. Le boys band préconise une harmonisation des retraites
Là, pour le coup, nous sommes d'accord, mais pas comme eux: ils veulent que les fonctionnaires touchent moins de retraite pour qu'ils rejoignent les taux du privé. Nous suggérons évidemment l'exact inverse - mais il est vrai que, pour nous, l'humain en général, le salaire en général et le retraité en particulier ne sont pas des coûts mais des facteurs économiques positifs de première importance (qui produisent de la valeur hors emploi).
Tant qu'à faire, nous suggérons que les indépendants jouissent du même taux de cotisation et des mêmes prestations que les autres salariés - et que ces prestations soient liées à la qualification et non à la carrière consentie par des employeurs. Nous suggérons en tous cas d'augmenter le taux de cotisation en fonction des besoins. Idéalement, il faudrait d'étendre la cotisation à l'entièreté des salaires, ce qui supprimerait les relations d'emploi et permettrait des relations de travail infiniment plus saines et ... plus productives.
 Les mesures 4 (revoir les périodes assimilées) et 5 (la carrière plutôt que l'âge) légitiment et renforcent le concept du 'j'ai cotisé donc j'ai droit' de la retraite assurantielle.
Cette façon de voir limite la légitimité de la valeur économique, de la violence sociale qu'elle condense au seul emploi. Poussons notre logique jusqu'au bout: nous préconisons un salaire continué, lié à la qualification et non à la carrière et, ce, dès la majorité, pour libérer l'activité de l'asservissement à un employeur. Le salarié reçoit de toute façon son salaire et c'est son patron qui doit se battre pour le garder, patron qui paie, lui aussi, de toutes façons, les cotisations sociales.

Dans la même optique, la mesure 6 (responsabiliser les entités fédérées) vise à diviser la sécurité sociale des fonctionnaires 'pour les responsabiliser'.
Dans un contexte où la dette publique créée par le sauvetage des banques et les taux d'intérêt usuraires des années 70-80 expliquent seuls l'austérité obligatoire que nous subissons en Belgique depuis quarante ans, une telle 'responsabilisation' ne manque pas de piquant, surtout pour les entités sous-financées ou pour les entités pauvres.

La mesure 7 (tenir compte de l'espérance de vie) s'inscrit pleinement dans une vision pension=coût. Nous considérons que les salaires socialisés, que les retraites sont un investissement, qu'ils augmentent la productivité, la partie réalisée du capital.
Un retraité va dépenser toute sa retraite alors qu'un gros actionnaire ne va pas dépenser tous ses dividendes. À PIB égal, à valeur ajoutée égale, si la proportion du prix qui part en dividendes baisse au profit de la proportion du prix attribuée aux retraites, la partie du prix qui sera réinjectée dans l'économie productive augmentera, cela soutiendra la demande.

La mesure 8 (ouvrir aux fonctionnaires l'accès au deuxième pilier, les retraites par capitalisation) considère que, quand les retraites sont financées par capitalisation, elles cessent, de manière magique, d'être un coût.
Inutile de dire que, pour un travailleur, le fait de cotiser 300€ par mois pour des retraites ne 'coûte' pas moins cher que d'avoir un salaire ponctionné de 300€ par mois par un fonds de pension (fût-il public). Au passage, par contre, le décalage dans le temps entre la cotisation et la prestation permet toutes les spéculations (et toutes les ruines, tous les crash boursiers version 'cette fois-ci, on ne nous y reprendra plus'), le fonds de pension va ponctionner les prestations de frais divers (mettons 15%, il ne reste que 255€ au salarié, finalement, pour sa pension).  
Implicitement, cette façon de voir prétend que l'argent pris par le propriétaire lucratif, par l'actionnaire ne coûte rien, que c'est un droit naturel, en quelque sorte. En Belgique, le coût moyen de ce 'droit' s'élève à 95% du salaire pour un travailleur moyen (ici) - soit quatre fois plus que le montant des retraites. Nous avons également vu que les retraites en répartition ne coûtaient rien à personne: comme tout le monde paie des cotisations, si on augmente les cotisations, le PIB et la valeur ajoutée augmentent ... et c'est tout.
S'il y a davantage de retraités, il suffit d'augmenter le taux de cotisation. Si la proportion d'inactifs double par rapport au taux d'actif (thèse que nous avons contestée tant les tendances actuelles risquent de ne pas durer): la réalisation des retraites doublera, passant de 27 à 54 milliards (13% du PIB) - très loin des 120 milliards (30% du PIB) que coûtent le capital.
La mesure 9 (verser le second pilier en mensualités) entend solidariser le Belge des fantaisies spéculatives (ou de la corruption) de ses élus.
Cela s'appelle socialiser le risque, une vieille technique des propriétaires lucratifs, des actionnaires pour lesquels, décidément, ce rapport ne prend aucun risque.

La mesure 10 (limiter les déductions fiscales liées à l'épargne-pension) a toute notre faveur. Même si, une fois de plus, cette mesure laisse les retraités à la merci des institutions: si les pouvoirs publics augmentent leur taux d'imposition alors que les retraites par capitalisation sont mensualisées et qu'elles sont ouvertes aux aléas du marché, les retraités peuvent tout perdre.
Nous suggérons au contraire une taxe à 100% sur toute pension capitalisée, sur toute propriété lucrative - simplement pour libérer le travail du joug de l'emploi servile, soumis à la nécessité de créer de la valeur ajoutée pour l'actionnaire. Cette mesure taxatoire serait soumise à l'attribution d'une retraite suffisante pour tous.

Derrière le sujet prétendument 'jeune' et 'neutre' se dessine une vision du monde ultra-libérale qui entend faire perdurer un système d'exploitation, celui de l'emploi, celui du travail soumis aux intérêts vénaux des actionnaires.

Ce groupe de 'jeune' entend utiliser la peur, l'irrationnel pour nous pousser à prendre des décisions contraires aux intérêts des producteurs. Il ne s'agit pas de quémander des miettes du capital une fois vieux, il s'agit de se libérer du rapport du capital à la valeur et, partant, de l'esclavage du travail dans lequel on ne décide pas ce qu'on produit, pour quoi on le produit ou comment on le produit. L'enjeu des retraites, c'est de s'affranchir de la définition de la valeur capitaliste, pas de la légitimer en en étant dépendant.

Quant à ce rapport de 'jeunes neutres' nous ne voyons qu'un rapport de plus, sur commande, des élites réformatrices dans leur guerre au salaire. Dont acte.

La flexibilité des contrats zéro heure contre la famille

En Grande-Bretagne, les contrats zéro heure (sans engagement horaire de l'employeur) détruisent la vie de famille puisque l'employé est transformé en variable d'ajustement ultime par la flexibilisation. Il doit être disponible tout le temps et, en échange, n'a absolument aucune garantie ni de salaire, ni d'horaire de travail.

Un article de Zoe Williams (en anglais, ici) dans le Guardian fait le point.

  • Résumé et traduction

La discrimination des femmes enceintes s'accentuent avec les contrats zéro heure (ici).

Les pères en contrat zéro heure renoncent à leur congé paternité (contrairement à 80% des pères à haut salaire) et les mères retournent à leur emploi bien avant le délai légal des six mois (contrairement à leurs congénères à haut revenu). Le contrat zéro heure vide de leur substance les congés paternité et maternité.

Il faut savoir que, selon l'étude ici (en anglais), 75% des travailleurs en zéro heure ne savaient pas combien ils toucheraient à la fin de la semaine et 42% étaient prévenus moins de 12h à l'avance de leur prise de poste.

Les travailleurs en zéro heure - un million d'intéressés - sont trop précarisés pour jouir des droits sociaux dont ils bénéficient théoriquement. Ils manquent de moyens financiers pour faire valoir ces droits devant un tribunal.

Si de jure la situation n'est pas assimilable à celle des ateliers du XIXe, de facto, elle s'y apparente.

Le changement, c'est hier

François Hollande vient de proposer un pacte de croissance.

Outre l'imbécillité de l'idée de croissance en soi, sans considération pour les ressources naturelles et humaines, outre l'imbécillité économique de confondre la production de biens et de services et la croissance de production de valeur - la croissance est une croissance de production de valeur ajoutée, pas de production économique -, outre le fait que nous ne sommes pas dans une économie famélique mais dans une économie de surproduction, nous devons relever quelques similarités dans la démarche par rapport à ce qui s'est fait aux États-Unis.





Depuis 1980, les syndicats ont opté là-bas pour la négociation (comme en Belgique ou en Italie, par exemple). Pour 'sauver les emploi', ils ont accepté la baisse des avantages extra-légaux, puis la baisse des salaires, puis la dégradation de la condition d'embauche des nouveaux-venus. C'est ce qu'on appelle là-bas le concession bargaining. Le taux de chômage n'a cessé de monter depuis qu'il est pratiqué (en Italie et en Belgique également).


Résultats? Les inégalités ont explosé, les salaires se sont effondrés. Et la demande, en berne, a poussé aussi bien la production de valeur que la production de biens et de services à la baisse.

À même cause, mêmes effets, monsieur le président. Et tout cela au nom de ... (mais, oui, vous l'avez deviné) l'emploi!

La question quinquennale, c'est de savoir si c'est l'emploi qui sert de cheval de Troie à la guerre au salaire ou si c'est la guerre au salaire qui sert de cheval de Troie à l'emploi. Je ramasse les copies dans une demie-heure.

Le PCF analyse les luttes italiennes

Le 18 octobre 2013, il y eut une grève générale en Italie. Nous citons et commentons un article du PCF (ici) de l'époque pour essayer de comprendre la situation locale.

Au niveau global, la botte est en butte avec l'austérité la plus bornée, à l'instar de l'Irlande ou de la Grèce, par exemple. Le chômage y est important, la fonction publique débauche et les salaires stagnent ou diminuent - notamment les salaires sociaux.

Dans ce contexte, on peut s'interroger sur l'atonie des syndicats. Le 18 octobre, pourtant, l'USB a appelé à la grève.
Des mois que les travailleurs italiens attendaient un appel clair à la riposte contre la politique de casse sociale massive. Celui lancé par la confédération syndicale de classe USB, à une grève le 18 octobre suivie d'une manifestation dans les rues de Rome, a été massivement entendu.
L'ampleur de la mobilisation des 18 et 19 octobre a surpris. C'était la première riposte organisée, dans la rue, à la politique de casse sociale du « gouvernement de coalition » Parti démocrate/Parti des libertés gouverné par Enrico Letta, homme de Bruxelles et du capital financier en Italie.
(...)Cette manifestation d'indignation ne doit pourtant oublier la manifestation du vendredi où 50 000 manifestants avaient déjà occupé la place San Giovanni à Rome.
En tête de cortège, immigrés et réfugiés devenus des symboles après la tragédie de Lampedusa, mais aussi les travailleurs précaires, invisibles de la crise, ainsi que les ouvriers de plusieurs entreprises menacées par les plans sociaux.


Manifestation significative aussi car concluant une journée de grève massivement suivie, lancée par la seule USB (Union des syndicats de base), confédération de syndicats de lutte refusant la voie de la concertation sociale suivie par la « troika » syndicale (CGIL, UIL, CISL)
  
L'USB est un tout petit syndicat, il a réussi à mobiliser seul contre les syndicats inscrits dans la concertation. Inventaire du succès du syndicat nouveau-venu. 
Seul contre tous, face au « front commun syndical » de la collaboration sociale, l'USB, qui a adhéré l'an dernier à la Fédération syndicale mondiale avec ses 250 000 adhérents, a réussi son pari.


Le mouvement a connu une forte adhésion dans les services publics – en particulier la santé, l'éducation, les collectivités territoriales –, ainsi que les grandes entreprises menacées par des plans sociaux : la FIAT (automobile), l'ILVA (sidérurgie), SIGMA Tau (industrie pharmaceutique), Telecom Italia ou encore d'Alitalia. 

Toutefois, c'est dans les transports, bastion de l'USB, que l'adhésion a été la plus spectaculaire, paralysant les réseaux de transports urbains (bus, métro, train de banlieue) des grandes villes du nord, de la capitale et des anciennes villes rouge du centre.
Il s'agissait de dénoncer un énième plan d'austérité, une 'loi de stabilité' qui ne manquera pas de plonger l'économie italienne dans le chaos.
Effectivement, la « loi de stabilité » – ou loi des finances – 2014, adoptée par le gouvernement de coalition Parti démocrate/Parti des libertés d'Enrico Letta passe un cap dans l'offensive de classe.
 D'une part, des cadeaux aux entreprises sans précédent, avec 5 milliards d'exonérations de cotisations sociales patronales au nom de la diminution du « coin fiscal », autrement dit de la diminution du coût du travail pour les entreprises.

 
De l'autre, une augmentation du fardeau fiscal pour le commun des Italiens : augmentation de la TVA de 21 à 22 % et hausse des impôts locaux ayant trait au ramassage des déchets et à la taxe foncière.
Dans le même temps, la casse du secteur public continue. Outre les coupes massives sur la santé de 1 milliard sur deux ans, une nouvelle vague de privatisations est prévue à l'horizon 2015 visant notamment les services publics municipaux : ramassage des déchets, transports.


   Le manque d'opposition sociale à la lutte employique des profits contre les salaires est remarquable, là-bas comme en Belgique, ou demeure embryonnaire comme en France ou en Allemagne. Pourtant, il y a péril en la demeure comme l'atteste un document produit par les trois syndicats réformistes et le patronat italien.

 En Italie, l' « union sacrée » ne se limite pas aux forces politiques, elle implique pleinement syndicats et patronat, dans une logique de concertation sociale, sur des positions désormais ouvertement patronales.
Le 2 septembre dernier, la Confindustria (MEDEF italien) signait ainsi un texte commun avec les trois principaux syndicats : la CISL, l'UIL et la CGIL (l'ex-syndicat de classe, proche du PCI), sous le nom : « une loi de stabilité pour l'emploi et la croissance ».

 

Le document, édifiant, défend la nécessité de la réduction du coût du travail pour les entreprises comme moyen de restaurer la compétitivité, donc de relancer l'emploi et la croissance.

 
Le document parle d'un « système fiscal efficace, qui ne soit pas hostile à l'activité des entreprises, ne décourage pas les investisseurs », faisant le choix de « réduire les charges sociales pesant sur le travail et les entreprises ».


Il propose concrètement une longue liste d'exonérations de cotisations sociales pour les entreprises :

 
abolir la composante « travail » de l'impôt sur les sociétés (IRAP), crédits d'impôts pour les entreprises qui investissent dans la recherche, financement public de grands projets d'innovation, d'investissement à des fins privés. La liste est longue encore.

   
Enfin, ce texte insiste sur la nécessité de diminuer les dépenses publiques. D'abord, par une restructuration des collectivités territoriales, dans le sens de l'Europe des régions : suppression des provinces (l'équivalent de nos départements), regroupement des communes, métropolisation.

Ensuite, en instaurant un « spending review », une révision annuelle des dépenses permettant de réaliser des coupes budgétaires ciblées plutôt que linéaires.

Une révision basée elle-même sur les « costi standard », un niveau de dépenses publiques maximal sur lequel devront se baser les futures lois de finance.


Les syndicats, dont la CGIL, partagent pleinement l'optique patronale : réduire le coût du travail (donc impôts, cotisations sociales pour les entreprises), réduire les dépenses publiques (donc services sociaux, allocations), en partant du postulat que les entreprises créent les richesses, l'emploi et non les travailleurs.

On peut rappeler également que le secrétaire actuel du Parti démocrate, premier partisan de l'austérité n'est nul autre que … Guglielmo Epifani, ancien secrétaire-général de la CGIL. C'est comme si Bernard Thibault était demain secrétaire-général du Parti socialiste !
  
Le minimum dans un tel contexte serait que les syndicats appelassent unanimement à la grève au finish. Les syndicats collaborationnistes ne proposent pourtant que quatre heures de grève pour peser sur les parlementaires.
Dans un tel contexte de consensus entre tous les « partenaires sociaux », la grève lancée par l'USB vendredi dernier a mis un coup de pied dans la fourmilière. Elle a contraint les syndicats reconnus officiellement, depuis la loi sur la « représentativité » votée l'an dernier, à durcir leur position.

Pas un hasard si les directions des trois syndicats se sont réunis lundi pour adopter un appel à la grève … de 4 heures d'ici le 15 novembre, date de l'adoption de la « loi de stabilité » au parlement. 
L'alternative politique, le rapport de force social sont encore à construire là-bas comme ici, au sein du monde du travail, au sein des mondes syndical et politique.

L'emploi contre les salaires depuis 1980, aux États-Unis (note de lecture de C. Sauviat)

Vous pouvez trouver l'article que nous résumons in extenso sur le site de l'Ires, ici.

Les salaires états-uniens stagnent depuis 1970 (à l'exception de la seconde moitié des années 1990). Depuis 1980, les syndicats ont accepté les baisses de salaire au nom de l'emploi. Ils ont également accepté la dégradation des conditions de travail au nom de l'emploi, au nom du chantage au chômage, c'est ce qu'on appelle le concession bargaining.

Depuis 1973, les salaires ont décroché par rapport à la productivité qui a, elle, continué à augmenter.

Image extraite de l'article de l'Ires

Ceci a fait exploser les inégalités salariales et a fait perdre globalement 6% du PIB aux salaires au profit des dividendes des actionnaires.

La parenthèse de contrôle des prix et des salaires ouverte par Roosevelt s'est achevée en 1981 avec Reagan.



Le Concession Bargaining est amené par la pression de la concurrence étrangère
de nombreuses concessions sont obtenues par les employeurs, que les syndicats, cédant "aux sirènes de la compétitivité" acceptent en contrepartie de mesures destinées à sécuriser l'emploi ou à renforcer leur rôle dans les entreprises.
Des gels de salaires se répandent, puis des réductions. Une partie du salaire est intégrée dans des primes ce qui permet de réduire l'assiette de cotisation (et donc la qualité des prestations sociales) et laisse inchangée l'échelle des salaires.

Les employeurs introduisent une grille salariale à deux vitesses: les derniers venus touchent des salaires moindres.

Depuis les années 1990, ce sont les compléments de salaires qui disparaissent à leur tour, les primes, les avantages en nature, etc.

Les salaires horaires minimum diminuent depuis la crise de 2008 en dollars constants.

Les fonctionnaires sont à leur tour touchés par le concession bargaining du fait de l'état des finances publiques.

La stagnation des salaires a poussé les ménages à s'endetter pour conserver leur train de vie. Comme les salaires n'augmentaient toujours pas, ces dettes sont devenues ou vont devenir progressivement insolvables, ce qui ne manquera pas de provoquer d'autres crises. Cette spirale infernale risque d'affecter la maigre part socialisée des salaires, le medicare et le medicaid.

Contrôles Onem

Article chiffré sur le harcèlement institutionnel que subissent les chômeurs en Belgique. Les chômeurs exclus se retrouvent au CPAS s'ils survivent nerveusement à ces humiliantes tracasseries; ils n'ont plus de salaire mais une allocation payée par l'impôt.

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20140112_00415854

À ce sujet, Riposte, une sympathique association de chômeurs et de travailleurs propose une action, je cite:


"Si le coeur vous en dit, lâchez-vous, on ne sait jamais ! Demain à 17h20, à la RTBF: "Contrôle des chômeurs. Est-on trop exigeant? "
Voici le commentaire que nous venons de poster:
"Plus on met les chômeurs sous pression, stérile, (car plus d'1 000 000 de personnes sont totalement ou partiellement sans emploi en Belgique pour 60 à 70 000 offres d'emplois répertoriées cumulativement par Forem, Actiris et Vdab !), plus on tire les conditions de travail vers le bas. Les salariés avec emploi qui défendent cette mise sous pression, vexatoire, scie la branche sur laquelle ils sont encore assis, très mal, douloureusement souvent, mais assis quand même. Attention, la branche va craquer, camarades.. plus dure sera la chute !
Jusqu'il y a trente ans, les salariés se battaient pour de meilleures conditions de travail, aujourd'hui ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui doivent "se lever tôt", à survaloriser la souffrance au travail qu'ils subissent, à la vivre ou à l'énoncer en tout cas comme qqch de normal, voire de méritoire, et non de révoltant, d'inacceptable. C'est quoi cette névrose collective au profit des 1% qui s'en frottent les mains ?
Si la majorité des esclaves avaient accusé, dénoncé (comme aujourd'hui nombre de salariés) ceux qui fuyaient leurs maîtres et ceux qui les combattaient au nom de ceux que, eux, acceptaient d'endurer, on en serait encore à l'esclavage !
La chasse aux chômeurs via des contrôles de plus en plus fréquents, tâtillons, absurdes même en pénurie absolue d 'emploi, à laquelle vont s'ajouter les exclusions massives qui se préparent (55 000 au 1er janvier 2015) et que généralise désormais l'article 63§2 (limitation dans le temps des allocations d'insertion), tous ces dispositifs criminels ont pour but d'assurer un niveau d'intensité jamais atteint dans la mise en compétition sur le marché de l'emploi.
Tous les salariés (ou presque) le paieront au prix fort, particulièrement les moins formés et les moins aptes à se défendre, ainsi que les plus rebelles à ces logiques socialement mortifères.
STOP Contrôle "ACRE" (activation du comportement de recherche d'emploi), stop Article 63§2 !
https://www.facebook.com/ConnexionsRTBF

Kessler galvanise les employistes

Nous analysons ici une intervention de Kessler, ancien vice-président du Medef. Sa syntaxe est approximative, le ton est geignard, plaintif. La diction est pâteuse, lasse, enfantine, mais l'orateur fait montre d'un caractère velléitaire en exhibant ses bobos. Il souffre. Il souhaite être plaint, être compris. Il réclame, dans une phase orale, une acceptation de sa personne, de son point de vue. Nous qualifierons cette posture de caliméro. L'orateur se présente en victime.

Vidéo de Denis Kessler - attention âmes sensibles

Mais au sein de sa victimisation, il y a un élément incongru, en décalage total avec ce qui le précède et ce qui le suit - décalage applaudi. Il s'agit du gaz de schiste - très impopulaire parmi la population et très populaire parmi les investisseurs. On pourrait dire que ce propos anti-écologique décalé par rapport aux vieilles revendications est le chiffres de l'intervention à moins qu'il ne s'agisse que d'un prétexte aux ratiocinations habituelles.

En tous cas, le discours de monsieur Kessler illustre le point de vue des actionnaires et, en l'inversant, peut illustrer à merveille le point de vue des producteurs.

C'est édifiant.

Il faut préférer l’accumulation à la redistribution.
C'est une opération. Entre l'accumulation et la redistribution, il y a un troisième terme évacué par cette manière de présenter les choses. La distribution.
Il faut respecter la finance plutôt que la traiter en ennemie. Surtout que l’on peut éventuellement avoir besoin d’elle.
C'est une opération. Ce n'est pas l'économie qui a besoin de la finance mais la finance qui a besoin de l'économie. Présenter la forme de la propriété lucrative comme 'utile' alors qu'elle est parasitaire d'un point de vue productif. Cette façon de présenter les choses défend les privilèges du fructus de la propriété lucrative. Le point de vue est celui des propriétaires lucratifs, curieusement, ce n'est pas celui des patrons qu'il entend représenter.
Nous devons toujours privilégier l’économico-social, le salaire direct aux prestations sociales, le travail plutôt que la politique stupide de réduction et de contingentement du temps de travail. La défiscalisation des heures supplémentaires plutôt que la spoliation fiscale et sociale des revenus du travail de ceux qui bossent.
La confusion entre le travail et l'emploi sert l'idéologie de la soumission de l'employé aux patrons et du patron aux actionnaires. Au nom de la défense producériste des employés, de leur rémunération, on va augmenter le temps d'emploi, augmenter l'offre d'emploi dans un marché saturé, ce qui en diminue le prix, ce qui diminue les salaires. Autant savoir où on met les pieds. 
Nous devons toujours rechercher l’équilibre entre les droits et les devoirs plutôt que l’octroi et ininterrompus de nouveaux droits incessants non financés et sans contrepartie.
En d'autres termes, l'ennemi de monsieur Kessler, c'est le salaire social. Ce qui rend malade l'investisseur, c'est la possibilité de salaire sans la soumission de l'employé au vouloir patronal. Nous prenons acte.
Mesdames et Messieurs, nous devons investir dans le gaz de schiste plutôt que d’envisager le retour à la traction bovine. (Applaudissements)
C'est le chiffre, l'objectif de l'intervention ou, au contraire, le cheval de Troie de cette étrange idéologie.
Il faut privilégier un Etat qui exerce pleinement ses fonctions régaliennes plutôt qu’un Etat touche à tout qui intervient dans quantité de domaines dans lesquels il est inefficace.
L'opposition à l'État s'explique par les rapports de force favorables qu'il est susceptible d'introduire entre les producteurs et les propriétaires. La fonction publique constitue une niche insupportable pour les actionnaires non parce qu'elle est soi-disant inefficace mais parce que, au contraire, elle parvient à être efficace, à produire de la valeur hors emploi, ce qui constitue des oasis insupportables pour les esclavagistes employistes.
S’agissant des entreprises, et c’est notre responsabilité, nous devons préférer encourager les entreprises profitables et indépendantes plutôt que les entreprises sous perfusion, les entreprises qui distribuent des dividendes plutôt que celles qui font des pertes régulières.
Le but des entreprises est révélé: distribuer des dividendes. De nouveau, l'opération d'opposition entre deux termes permet d'évacuer le troisième: l'entreprise qui exerce une activité économique créative de valeur sans distribuer de dividende et sans aide publique. Ce troisième terme comprend toute l'activité économique qui n'est pas soumise aux actionnaires, notamment toute l'économie qui n'est pas concernée par l'argent et la chrématistique.
Nous devons préférer la retraite à la carte à l’indéfendable retraite légale à 62 ans et la nouvelle hausse de cotisations réduisant le pouvoir d’achat des salariés et réduisant les marges des entreprises.
Bien sûr, la retraite par capitalisation est une pyramide de Ponzi comme nous l'avons démontré. Le fait que Kessler la préfère à la répartition, sûre et stable depuis soixante ans dans toute l'Europe, atteste sa volonté d'en détourner une partie dans son secteur, l'assurantiel.
Je préfère les fonds de pension aux régimes avec des trous sans fond.
Je préfère la capitalisation à la répartition.
Moi, je préfère un contrat de travail privé à un statut public, je préfère un contrat à une convention, je préfère une convention à une réglementation.
L'investisseur, le propriétaire lucratif préfère le rapport de force sous l'aiguillon de la nécessité poussé à son paroxysme à la justice, au droit.
Maintenant, si on fait systématiquement le choix inverse de ce que j’ai proposé, la France déclinera, déchoira et merdoiera.
 Le déclin de monsieur Kessler, c'est la baisse du taux de profit. C'est ce qu'il appelle merdoier.

Et, comme nous ne sommes pas chiens, nous appelons de tout notre cœur au merdoiment de la France, à l'anéantissement du taux de profit, à la socialisation des moyens de production, à l'abolition de la propriété lucrative, à l'extension à l'universalisation des retraites par répartition (à partir de 18 ans, mettons), au salaire, à la libération des liens de soumission de l'emploi, à l'abolition du servage à des actionnaires qui ne brillent pas par leurs talents tribunitiens.

Nous appelons à l'intelligence, à la générosité, aux communs, au partage, à la créativité. Nous appelons à remiser les obsessions de monsieur Kessler dans les médias dominants et à vivre notre juste rapport de force.

L'employisme et la guerre au salaire ont transformé l'Angleterre en pays en voie de développement

C'est la thèse