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Syndicat et patron pour l'emploi


Un employeur nous explique ce qui peut réconcilier patrons et syndicat: l'emploi. Mais oui, au nom de l'emploi, on bazarde le droit, l'environnement, on empoisonne la vie des travailleurs, des travailleuses et de leurs familles, on baisse les salaires (ah, la sacro-sainte compétitivité!), on baisse les "charges", c'est-à-dire les salaires hors emploi.

Transformer la planète en cancer, la vie en névrose, l'enfance et la vieillesse en maladie, l'âge mûr et la santé en malédiction ... au nom de l'emploi!

Merci à ce patron pour sa franchise - malheureusement exacte pour nombre de dirigeants syndicaux. 

Extrait de l'article ici (en français)


Le patron de la Sonaca, une entreprise de construction aérospatiale wallonne qui a su se faire un nom à l'international, était l'invité de Bertrand Henne ce mardi matin. Au lendemain de la grève tournante à Bruxelles et dans les Brabants, et à quelques jours de la grève nationale annoncée le 15 décembre, il estime que syndicats et gouvernements fédéral et régionaux pourraient se concentrer sur leurs intérêts communs pour trouver "assez facilement" des mesures qui pourraient contenter tout le monde. 
  (...)


"Si on se bat dans la rue aujourd’hui, si on manifeste, ou si on réforme au niveau des gouvernements, il faut que l’on garde à l'esprit qu’il y a un vrai sentiment d’urgence, qu’on le fasse pour arriver à quelque-chose", autrement dit que l'on oublie pas l'objectif en ligne de mire: redresser l'économie et créer de l'emploi.
Et selon lui, la concertation est une non seulement encore tout à fait praticable mais permettra justement de prendre conscience qu'il y a finalement plus d'intérêts communs que de points de divergences entre employeurs et travailleurs. "Bien sûr que j'arrive à discuter avec les syndicats. Au niveau de l'entreprise très certainement mais même en dehors, nous constatons le plus souvent que nous avons les mêmes objectifs, à savoir la croissance et l’emploi", indique le CEO.
Dès lors, précise-t-il, "en discutant autant avec des patrons qu'avec des leaders syndicaux, il apparaît qu’on pourrait assez facilement se mettre d’accord sur un panier de mesures équilibrées, qui ne seraient agréables pour personne mais qui pourrait être considérées comme équitables par tout le monde".

"L’emploi ça ne se décrète pas, cela s’attire", a résumé cet ancien de Belgacom. Dès lors, les questions qui se posent selon lui, sont "comment on fait pour baisser le coût du travail et de l’énergie, pour augmenter notre niveau de formation, etc. Pour attirer les investisseurs en Belgique?". Et s'il (ex)pose les questions, c'est qu'il a déjà une idée des réponses qu'il faudrait y apporter.
"Pour les mesures à prendre, il faut sortir du schéma actuel où l’on prend des mesures ponctuelles", estime-t-il. "Nous avons besoin d’un panier d’actions qui vont avoir des effets sur plusieurs années et pouvoir donner une perspective au citoyen sur trois ans, sur cinq ans, sans quoi, on crée de l’anxiété et donc un blocage".

Et parmi les mesures structurelles prônées par ce grand patron, il y a, sans surprise, la réduction des charges sociales. 
Son calcul est simple: "si vous réduisez les charges sociales massivement, sur 20% des emplois en Belgique, cela coûte à l’Etat de 7 à 8 milliards d'euros par an. Cet argent peut être récupéré ailleurs, par exemple, dans une mise à plat des aides à l’emploi qui représentent 11 milliards par an, soit presque totalité de l’impôt des sociétés. Il faut remettre ça à plat et redistribuer cela autrement et beaucoup plus vers les entreprises publiques que vers des Asbl ou des services publics".
L'invité de Bertrand Henne ne précise cependant pas comment ces asbl et services publics sont censés faire pour continuer à fonctionner et assurer le rôle sociétal bien souvent essentiel qui est le leur.

Nous rappelons que la notion-même de "charge" (de prestation, en fait) n'est nullement anti-libérale. Un patron qui est compétent est soumis aux mêmes "charges" que ses concurrents. Pour un libéral, il n'a donc pas besoin d'aide pour s'en sortir, il n'a pas besoin d'exemption de "charge".

Pour un libéral, les concurrents doivent être soumis aux mêmes règles du jeu et, ceux qui ne s'en sortent pas face à une concurrence qui s'en sort, sont ceux qui sont mal gérés - ils doivent disparaître.

Pour un libéral, les secteurs qui ne s'en sortent pas, sont ceux qui n'ont aucune pertinence économique - ils doivent donc disparaître.

Ce qui est regrettable avec les libéraux, au fond, c'est qu'ils ne sont pas libéraux.

Le syndrome du larbin


Nous ne résistons pas au plaisir de vous partager le billet de Jolemanique sur le blogue de Médiapart (ici, en libre accès, en français).
Extraits pour vous mettre en appétit

I) Définition

Chez un individu, le syndrome du larbin est un comportement pathologique visant à prendre systématiquement la défense des classes les plus favorisées au détriment de celles dont il est issu. Ce syndrome diminue les capacités d’analyse du larbin et se traduit par un blocage psychologique l’incitant à agir préférentiellement contre ses propres intérêts au profit de ceux qui l’exploitent.


II) Analyse des symptômes

L’amour démesuré qu’affiche le larbin à l’égard des patrons, des rentiers ou des milliardaires, est l’acte de foi qui structure son discours. Le larbin agit sans discernement de ce qui pourrait être bon pour lui, il intellectualise le débat pour tenter de nous convaincre que piocher chez les riches est toujours la pire des solutions, quand bien même il en serait bénéficiaire. Les arguments économiques qu’il invoque inlassablement n’ont pas servi à forger sa conviction, le syndrome du larbin est malheureusement une vocation qui se trimbale dès le plus jeune âge et contre laquelle il n’existe aucun remède. Le larbin n’a pas choisi d’aimer les riches, il aime les riches parce qu’il est un larbin. De tendance nettement libérale le larbin est celui qui vous vante les bienfaits du bouclier fiscal alors même qu’il ne paye pas d’impôts. C’est encore le même larbin qui voudrait réduire ou supprimer l’impôt sur la fortune même s’il sait qu’il ne sera jamais concerné par la question. Un écervelé victime du syndrome du larbin n’a pas de conscience politique, il vote instinctivement dans l’intérêt de ceux qui l’exploitent pour s’attirer leur bienveillance. Le larbin estime que l’argent qui lui fait défaut, est beaucoup plus utile dans le coffre d’un riche qui pourra ainsi le réinvestir beaucoup plus utilement qu’il ne l’aurait lui même dépensé. Le larbin cautionne tous les sacrifices et les plans d’austérité dont il pourrait être l’objet comme la baisse des salaires, ou encore l’augmentation de l’âge de la retraite même si son travail ne lui convient d’aucune façon et que ses maîtres ne lui offrent aucune perspective d’améliorer sa condition.
 
IV) Quelques exemples

Le larbin réagit vivement à toute discussion qui ose remettre en cause les privilèges des plus fortunés, incapable de se livrer à une argumentation convaincante, ses messages distillent la peur et les intimidations dont il est l’objet. En réaction le larbin brandit instinctivement une succession de termes caractéristiques qu’il essaye de glisser dans son discours tels que : communisme, bolchévisme, tirage vers le bas, la Stasi, Corée du Nord, isolement, dictature socialiste, évasion fiscale, paupérisation, millions de morts...
 
Les quelques messages qui suivent portent la quasi-signature "littéraire" d’un larbin digne de ce nom:
 
- Les riches il faut les bichonner, les câliner, si on les spolie trop ils s’installeront ailleurs.
 
- Le Bolchevisme ? Non merci les Russes ont essayé en 17...
 
- Comme en Corée du Nord ou au Zimbabwe La fortune de Bill Gates? Ça fait 3 pizzas par Africain et après on fait quoi Si les riches disparaissent on pourra plus leur vendre des produits de luxe !
 
- Les parachutes dorés c’est une compensation pour dissuader de saboter davantage l’entreprise, divisé par le nombre de salariés ça fait beaucoup moins que dans une seule poche.

Un économiste critique l'activation et la guerre au salaire

Nous traduisons en français un article de Lars P. Syll paru en anglais sur son site (ici, en libre accès).

Traduction

Il y a deux ans, dans le cadre de son prix de sciences économiques de la banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel, Thomas Sargent, dans une interview à la télévision suédoise, déclarait que les travailleurs devaient se préparer à avoir de faibles indemnités de chômage pour être suffisamment incités à chercher de l'emploi.

unemployment

Cette vieille idée mercantiliste n'a que peu de fondements scientifiques. Cependant, il est symptomatique que les politiciens de droite et les économistes néo-classiques - comme Robert Lucas et Thomas Sargent - ressortent cette vieille recette miracle du chapeau. Comme leurs prédécesseurs des années 1920, ils suggèrent que la baisse des salaires est le bon moyen de renforcer la compétitivité d'économies déclinantes, de remettre l'économie en marche, de créer de l'emploi, de provoquer la croissance qui se débarrassera des dettes qui s'accumulent et d'équilibrer les budgets de l'État.

Mais recommander de résoudre les problèmes économiques en baissant les indemnités de chômage et en sabrant dans les salaires, dans ces temps difficiles, devrait être plutôt interprété comme un signe de la noyade de la confiance envers notre système économique. Les coupes de salaires et la baisse des prestations de chômage - bien sûr - ne sauvent ni la compétitivité ni l'emploi.

Ce dont nous avons besoin par dessus tout en ces temps, c'est de stimulation et de politiques économiques qui augmentent la demande

Au niveau sociétal, les coupes de salariales ne font qu'augmenter le risque de chômage de masse. Penser que l'on peut résoudre une crise économique de cette façon, c'est revenir à ces théories économiques et à ces politiques que John Maynard Keynes a démontées implacablement dès les années 1930. Ce sont des théories et des politiques qui ont mis des millions de personnes au chômage à travers le monde.

C'est une erreur atomique de penser qu'une politique de coupe générale des salaire va renforcer l'économie. Au contraire. Les effets cumulés des coupes salariales sont catastrophiques, comme l'a démontré Keynes. Ces coupes enclenchent un cercle vicieux de déflation qui fait augmenter les dettes des individus et des sociétés puisque la dette nominale n'est pas affectée par la diminution des prix et des salaires. Dans une économie qui s'est reposée de plus en plus sur des dettes croissantes et sur l'emprunt, [ces coupes] seraient la porte d'entrée d'une crise de la dette avec une chute des investissements, un chômage plus élevé. En bref, cette politique nous amène au seuil de la dépression.

Le danger pendant pour les économies aujourd'hui, c'est de ne pas trouver de consommateurs et d'investisseurs. La confiance et la demande effective doivent être rétablies. Le problème de nos économies n'est pas du côté de l'offre. la demande est - pour le dire crûment - simplement insuffisante pour faire tourner les roues de l'économie. Suggérer que la solution, c'est de baisser les salaires et les allocations de chômage, c'est prescrire des catastrophes encore plus graves.

Ovocytes congelés

Messages sponsorisés:

on me charge de vous dire que faire des enfants, c'est bien joli, mais il ne faudrait pas que ça gâche votre carrière, votre emploi.

on me charge de vous dire que les enfants, c'est encombrant, ça empêche d'obéir complètement à l'employeur (et de bénéficier peut-être de dérisoires augmentation)

on me charge de vous dire que si vous faites des enfants, vous risquez d'être lourdé(e)s

on me charge de vous dire que la vie est un coût, l'enfance un parasitage encombrant, la parentalité une obligation gênante

on me charge de vous dire que, travailleurs dans l'emploi ou hors emploi êtes des coûts et que l'actionnaire, le patron sont des "entrepreneurs" (mais on ne m'a pas dit s'ils pouvaient faire des enfants)

on me charge de vous dire qu'on n'a plus les moyens ni le temps de faire des enfants

Le dernier fermera la lumière, merci.

Source ici.

Merci not' bon maître

Le Travail à tout prix nous fait suivre un article de Contretemps (ici, en français)

Pour répondre aux injonctions de mise au travail (traduisez à l'emploi, traduisez en esclavage) venant du patronat, le texte de Contretemps apporte un curieux éclairage. Dans le Sud des États-Unis, les revenus sociaux étaient interrompus en été pour que les saisonniers bossent comme il faut. On pourrait donc voir ces revenus sociaux comme des subventions aux propriétaires terriens, comme une façon de leur offrir une main d’œuvre prête à l'emploi. En y réfléchissant, le revenu de base souffre de la même tare. Avec ce minimum vital, le prolétariat demeure prêt à servir les patrons pour les emplois "sérieux", pour "vraiment gagner de l'argent", etc. Un peu comme le Speenhamland Act (1795-1834) en Angleterre en son temps, cette allocation qui a été coupée au moment où les industriels ont eu besoin de bras (voir Polanyi, La Grande transformation)

Quelle est la fonction de ces politiques?

Premièrement, l’existence de la pauvreté garantit que le « sale travail » soit accompli. Chaque économie en dispose : travail physiquement salissant ou dangereux, temporaire, sans avenir et sous-payé, indigne, subalternes. Ces emplois peuvent être attribués en les rémunérant par de plus hauts salaires que ceux du travail « propre », ou en imposant à des gens qui n’ont aucun autre choix d’effectuer le sale travail pour de faibles revenus. En Amérique, la pauvreté sert à fournir un réservoir de main d’œuvre acceptant – ou, plutôt, incapable de refuser – le sale travail à bas coût. En effet, cette fonction est tellement importante que dans certains États du Sud, les aides sociales ont été coupées durant les mois d’été, lorsque les pauvres sont nécessaires pour travailler dans les champs.
De plus, le débat autour des prestations s’est focalisé sur l’impact qu’ont les revenus de transfert sur les incitations à travailler, les opposants argumentant souvent que de tels revenus réduiraient les incitations – plutôt, la pression – pour les pauvres à mener le sale travail nécessaire, si les salaires ne dépassent pas les revenus de transfert. En outre, de nombreuses activités économiques impliquant du sale travail dépendent lourdement des pauvres ; restaurants, hôpitaux, branches de l’industrie vestimentaire et alimentaire, entre autres, ne se maintiendraient pas dans leur forme actuelle sans leur dépendance envers les salaires de misère qu’ils versent à leurs employés.
"The Positive Functions of Poverty”, American Journal of Sociology, sep.1972

Travail du dimanche ou shadokkisme


On nous envoie un article qui s'interroge sur le travail du dimanche.
Voici l'argument ultime des partisans du travail dominical en emploi:

La plupart de ceux qui travaillent le dimanche le font sur base volontaire et je vous assure qu’il y a beaucoup de candidats ! La question de savoir si la société doit respirer un jour par semaine est dépassée, elle ne le fait déjà plus…

Pour aller plus loin dans cette logique, sacrifions l'enfance, la vieillesse, la nuit, les fêtes religieuses ou nationales. Quand ce sera fait, on pourra dire que, comme ça se fait déjà, on n'a qu'à continuer. Puis, comme tout le monde le fera, ceux qui ne veulent pas le faire seront bien obligés de le faire. Puis, sinon, ceux qui ne veulent pas travailler la nuit, le dimanche, ceux qui ne veulent pas faire travailler leurs enfants crèveront de faim, comme à la grande époque.
Quand les enfants et les vieillards seront de retour à la mine, on nous expliquera sans doute que, comme on le fait déjà, on n'a qu'à continuer. Le jour où les employés seront déchus de leurs droits les plus fondamentaux dans l'entreprise, on n'aura qu'à continuer ce qu'on fait déjà ... ah, c'est déjà le cas?

Le cobaye tourne dans sa roue, de plus en vite et, dans un mouvement shadokkien, il doit continuer par peur de ce qui se passerait s'il arrêtait.

http://www.lalibre.be/debats/ripostes/le-repos-dominical-est-il-une-notion-depassee-542158bc357030e61041b2c2

Contrôle des chômeurs en France

On m'envoie ceci.

S'ils étaient libéraux et qu'ils constataient que les chômeurs ne voulaient pas chercher de l'emploi, ils devraient augmenter l'attractivité de l'emploi. Ils ne sont donc pas libéraux, ils sont totalitaires.

Ils ne s'agit pas de contrôler la motivation au travail - réelle et très efficace chez les chômeurs comme chez les autres - mais la motivation à l'emploi, à la vente de la force de travail à des propriétaires lucratifs. Les propriétaires lucratifs achètent la force de travail pour faire du profit. Pour cela, ils pillent les ressources naturelles, dégradent la santé mentale et physique de population entière et transforment la joie de l'acte, du faire ensemble, le désir et la puissance de l'être humain libre.

C'est cela qu'ils veulent contrôler. Ils veulent s'assurer que des formes de vie alternatives, des manières de créer de la richesse hors emploi puissent être les moins praticables possibles. Ce qu'ils contrôlent, c'est notre liberté; ce qu'ils corsètent, c'est notre puissance; ce qu'ils sabrent, c'est notre désir.

Mais le cœur de la vie traversera cette passe, le rythme du pas ira toujours plus loin que l'agitation du chiffre. Contrôles ou pas, nous avons cessé de croire dans leur "racontabilité", dans leurs tristes fadaises de comptes pas drôles, nous avons entrevu une lumière que nous ne pourrons plus éteindre. Après avoir appris à marcher, à nager, à courir, il ne nous sera plus possible de ramper.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20140902trib000846927/francois-rebsamen-veut-sanctionner-les-chomeurs-demotives.html

 Pour la fine bouche, Le Point rappelle le programme de Sarkozy: contrôler les chômeur et Le Monde Diplomatique fait les comptes, calculatrice en main, des montants de toutes les fraudes.

Workfare

Cet article est disponible en PDF ici

Un blogueur anglais écrit une lettre aux amateurs de workfare. Le workfare, c'est l'État qui prend soin par le travail. Ce mot a été composé comme celui de welfare (l'État qui prend soin par le bien-être voir notre article sur la sécurité sociale anglaise ici) ou le warfare (l'État qui prend soin par la guerre).

Le workfare est inspiré du producérisme, l'idéologie qui conditionne le droit de vivre à la vente de la force de travail à un employeur: l'État donne de l'argent aux chômeurs à condition qu'ils travaillent pour un employeur, gratis. Des expériences de travail gratuit ont déjà été menée pour les sans abris en Allemagne ou aux Pays-Bas (ici et ici), pour les minorités ethnique, en Hongrie (ici) et, pour les prisonniers, aux États-Unis (ici).

Voici la lettre traduite et résumée de Another Angry Voice (ici, en anglais) aux supporters du workfare. Il ne s'agit pas d'une lettre anti-employiste (nous en respectons le ton) mais elle a l'intérêt de décrire les effets catastrophiques du producérisme outre-Manche ... et ici.

- La stigmatisation des chômeurs est une manière de détourner l'attention sur le symptôme et non sur le mal. Les chômeurs subissent le chômage et, avec un chômage de masse, il est difficile de leur attribuer des caractéristiques intrinsèques sans tomber dans la mauvaise foi. Par contre, l'armée de réserve de chômeur permet d'atteindre le point d'équilibre du chômage (voir le NAIRU) qui évite toute inflation et maintient la pression sur les salaires. Cette armée de réserve permet de maintenir les taux de profit mais ces profits sont engloutis à l'échelle nationale par le fait qu'il n'y ait pas d'emploi pour des millions de personnes qui n'ont pas de salaire pour soutenir la demande.

La plupart des chômeurs sont des travailleurs ordinaires qui n'ont pas d'emploi parce que l'économie est mal gérée. Dans leur immense majorité, ils préféreraient vivre avec un vrai salaire plutôt qu'avec les indemnités misérables que leur octroie l'État [en Angleterre, la sécurité sociale est organisée par l'État, par l'impôt].

Si vous êtes fâché, il faudrait peut-être l'être contre les gens qui ont mal géré l'économie, qui ont organisé le chômage pour comprimer les salaires.
Incriminer les victimes
Pour chaque offre d'emploi, il y a des centaines de candidatures, il y a des millions de sans emploi qui recherchent des centaines de milliers d'emplois. Il y a plus de chômeurs que d'offres d'emploi. C'est le système qui est dysfonctionnel, pas les chômeurs.

Ce ne sera que quand le public mettra la pression sur l'État pour abandonner les pseudo théories économiques néolibérales qui exigent une masse de chômeurs que le plein emploi reviendra.

Si le plein emploi revient jamais et qu'il y a plein d'offres d'emploi pour tous ceux qui veulent travailler (comme c'était le cas au début des années 50 et à la fin des années 70), alors vous pourrez vous sentir libres d'en vouloir à la minorité de gens qui choisit de rester sans emploi alors qu'il y a plein d'emplois disponibles - en attendant, réservez votre rancœur aux vrais coupables.

Une aide orwellienne

- L'"aide" aux chômeurs ressemble souvent à un cadeau empoisonné qui les entraîne dans la misère: ils sont tenus d'interrompre leur formation, leur apprentissage ou leur travail bénévole pour faire des tâches ineptes payées au lance-pierre. Ils doivent prester ces travaux forcés pour des compagnies qui réduisent du coup leur masse salariale. Les chômeurs au travail forcé remplacent alors des gens qui auraient été payés pour le faire sans que cet emploi ne leur fasse acquérir la moindre expérience professionnelle autre que le nettoyage du sol ou l'ouverture de caisses.

- Six mois à nettoyer les sols ou à déballer des caisses qualifieront en tous cas infiniment moins que six mois de travail bénévole, d'apprentissage. Les employeurs qui embauchent des travailleurs forcés plutôt que des travailleurs motivés, à la recherche d'un emploi, d'une qualification ou d'une expérience ne sont pas n'importe qui: il est très improbable qu'ils embauchent les chômeurs au terme de leur "expérience" de six mois à déballer les caisses.
 Le "workfare" ne marche pas
Les chômeurs qui subissent le workfare ont le même taux de retour à l'emploi qu'un groupe test de chômeurs qui ne le subissent pas (soit, 18%). Le travail gratuit obligatoire est aussi efficace que rien du tout mais coûte 300 millions de livres (360 millions €) aux contribuables. Donc, il vaut mieux ne rien faire du tout.

 Des subventions aux compagnies

À y regarder de plus près, le workfare n'est pas un plan contre les chômeurs "paresseux" mais c'est un plan pour subventionner les compagnies sous la forme de main d'oeuvre gratuite. Tous ceux qui ont un emploi moyennement ou faiblement qualifié devraient s'inquiéter de l'extension voulue du workfare. Ce serait contraire aux intérêts de l'employeur de conserver des travailleurs payés avec les droits du travail alors qu'il suffit de les licencier et de les remplacer par des esclaves du worfare qui ne doivent pas être payés, qui ne jouissent pas de droit et peuvent être licenciés à l'envi.

Les seuls bénéficiaires du workfare, ce sont les compagnies qui veulent diminuer leurs coûts en remplaçant le travail payé par du travail gratuit et les compagnies parasites qui veulent administrer ce plan gouvernemental de confiscation.

Totalitarisme

Les gens qui pensent que le gouvernement a le droit de confisquer le travail des individus sont des supporters de l'État totalitaire. Ce type de personne croit que le peuple existe pour servir les intérêts du gouvernement et non que le gouvernement existe pour servir les intérêts du peuple.

Approuver le vol du travail des individus par le gouvernement est une pente très dangereuse car on voit mal alors un gouvernement applaudi parce qu'il vole le travail des gens ne pas être tenté de voler la propriété aussi. [Nous sommes tellement d'accord qu'on ne voit pas non plus pourquoi le vol de travail par des compagnies qu'est l'emploi n'est pas non plus la voie vers le totalitarisme]

À quoi sert l'Assurance Nationale?

 L'assurance nationale n'est pas un revenu mais une assurance que les travailleurs sont obligés de payer [il s'agit de la version anglaise de la sécu]. Obliger quelqu'un à payer une assurance quand il travaille puis conditionner les versements des indemnités de cette assurance à des prestations forcées et gratuite est contraire au droit, c'est une fraude.
Commentaires: dans les pays bismarkiens (la Belgique, la France ou l'Allemagne), les salaires sont socialisés, le chômage est un salaire de plein droit. Il est attaché au salaire, aux droits ouverts comme salariés. Il n'est pas lié au "j'ai cotisé, j'ai droit" du modèle assurantiel anglais mais est attaché au statut d'une personne (à qui effectivement, on n'a pas fait de cadeau quand il s'agissait de payer les cotisations sociales). Déchoir un citoyen de son statut, de ses droits pose également des problèmes juridiques bien qu'ils soient d'une autre nature que dans le modèle assurantiel. Il faudrait que les autorités puissent expliquer au nom de quelle loi le chômeur peut-être déchu de son statut de salarié (qu'il cherche de l'emploi ou non, d'ailleurs).

Est-ce que vous travailleriez pour trois euros de l'heure?

Même si vous considérez les allocations de chômage misérables de 88€ par semaine comme un salaire, faire travailler un adulte plus que 11h par semaine pour les recevoir casse le salaire minimum et les droits des pauvres victimes.

Est-ce que vous travailleriez 30 h par semaine pendant six mois pour trois euros de l'heure outre l'assurance chômage que vous avez déjà payée quand vous travailliez?

Si oui, vous êtes cinglé. Si non, pourquoi voulez-vous que d'autres le fassent?


Si le travail mérite d'être fait, il mérite qu'on paie quelqu'un pour le faire

Pour chaque chômeur forcé à travailler dans un de ces plans de confiscation financés par le contribuable, il y un emploi mal payé, peu qualifié en moins dans l'économie et donc un chômeur en plus ailleurs. Les seuls bénéficiaires, ce sont les intérêts des compagnies qui sont subventionnées par l'argent des contribuables pour avoir du travail gratuit.

Si nous permettons au gouvernement de saper le droit du travail et le salaire minimum comme ceux qui subventionnent le secteur des compagnies, il y a aura finalement des millions de personnes qui seront chassées de leur emploi et qui seront remplacées par des victimes du workfare.

Les gens qui n'ont pas réfléchi aux conséquences du workfare ont un gros problème parce qu'ils soutiennent les plans de confiscation de travail, ils soutiennent la paupérisation et le chômage qui sont justement les prétextes à ces plans.

Ce ne sont pas les "profiteurs oisifs" qui sont responsables de la pauvreté et du chômage mais ce sont les penseurs paresseux et réactionnaires qui suivent la propagande qui incrimine le symptôme et non la cause, des soutiens de cette sorte sont anti-progressistes de manière caricaturale et hérétiques en termes économiques.
     

La diminution des cotisations ne fait pas baisser le chômage

L'Humanité nous apprend que, en dépit des constantes baisse de cotisations sociales en France, le taux de chômage n'a cessé d'augmenté.

Image extraite de l'article de l'Humanité ici
Nos pistes pour faire baisser le chômage? Interdire l'emploi, ôter des mains des employeurs le pouvoir exorbitant de qualifier un poste et qualifier les travailleurs eux-mêmes. Pour ce faire, il suffit de socialiser les salaires sur le modèle de la sécurité sociale (mais pour l'intégralité du salaire) et la valeur ajoutée (pour que les travailleurs récupèrent la propriété d'usage de leur outil de travail, de leur travail et du fruit de leur travail).

La baisse des cotisations ne fait que baisser la valeur ajoutée, le PIB produit par unité de temps - ce qui n'aide certainement pas à sortir de la crise (et du chômage).

La chasse au chômeur, en 38, déjà

Der Spiegel - Chômeur, Réfractaire au travail?
Je vous mets en lien ici un très bel article de Page de Suie sur le harcèlement dont étaient victimes les chômeurs en 1938 en Allemagne. Ils devaient porter un triangle noir et se retrouvaient dans les camps sous le doux nom de Arbeitsscheu Reich (réfractaires au travail).

Extrait

"On sait déjà que dans l’Allemagne nazie il ne faisait pas bon être coco, homo, roms, juifs, etc… Mais ce qu’on sait moins c’est qu’ils ont inventé avec 70 ans d’avance la chasse aux chômeurs! Ils les appelaient les «réfractaires au travail du Reich».

Les «ASR» – Arbeitsscheu Reich – étaient des individus, hommes ou femmes, considérés comme aptes au travail mais qui, soit ont refusé à deux reprises une proposition d’emploi sans raisons valables ou soit étaient chômeurs de longue durée – ça ne vous rappelle pas quelque chose ? – , ou qui ont accepté un emploi mais, après une courte période, ont démissionné sans motif valable. Du coup, ils se retrouvèrent accusés de ne pas vouloir "s’intégrer à la communauté" car non-conformistes, alcooliques, drogués et/ou sans domicile fixe, ils sont illico classées comme asociaux par l’administration nazie."
 Les nazis ont donc mené des opérations contre les inadaptés de l'emploi (voir ici, sur Wikipédia, en allemand) en les envoyant dans des camps équipés d'un triangle noir.

- En avril 1938 entre 1200 et 2000 'asociaux' furent envoyés à Buchenwald.

- En mai-juin 1938, c'est le refus de l'emploi qui est assimilé à un refus de s'assimiler au Reich (dont acte). La police criminelle (KP en allemand) envoie alors 9000 personnes dans les camps.

- Cette politique s'est poursuivie. En 1943, selon Himmler, c'est quelques 70.000 réfractaires à l'emploi qui ont été persécutés implacablement.

Les chômeurs doivent travailler pour rien à Rotterdam

Selon cet article du Figaro (ici, en français) qui a un peu plus d'un an, les chômeurs à Rotterdam doivent prester une journée de travail gratuite par semaine s'ils veulent conserver leurs allocations.

Il s'agit d'un logique employiste poussée à son paroxysme.

- on culpabilise les chômeurs qui doivent 'se reprendre en main'. Le chômeur ne subit pas le chômage mais en est responsable.

- on lie des prestations salariales, des droits salariaux à des conditions. Le droit se gagne et devient un privilège, ce qui le rend d'autant plus facile à sucrer au moment opportun - avec l'hallucinante complicité des syndicats et des salariés.

- on fait travailler gratuitement des producteurs sans emploi au lieu d'embaucher des employés avec de vrais salaires. Il s'agit d'une déqualification de poste d'une part, puisque les balayeurs ne sont pas reconnus comme qualifiés, leur poste est déconsidéré, leur savoir-faire et leur pratique professionnelle sont niés et, d'autre part, il s'agit d'une déqualification des producteurs en travail forcé eux-mêmes. Leur qualification disparaît dans la gangue de l'emploi et, en disparaissant, la communauté se prive d'une source de valeur ajoutée appréciable.

- tout cela se fait au nom du syllogisme boiteux du mérite (voir ici), de l'idée malsaine que les seuls êtres humains à avoir le droit de vivre sont ceux qui sont efficaces au sens économique du terme. Une telle idéologique producialiste ne produit que des aberrations puisque l'être humain se construit d'abord en dehors de l'emploi; c'est l'emploi et l'économique qui récupèrent ces précieuses constructions humaines et les parasite.