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Des anonymes

In memoriam de toutes les victimes de l'attentat, soutien et amitié à leur famille et à leurs proches.
C’est l’horreur qui nous a saisis, ce matin, quand l’incroyable nouvelle est survenue : un attentat sanglant contre Charlie Hebdo, des hommes armés, douze morts, près de vingt blessés. L’horreur, qui nous abasourdit. Et nous laisse sans mots.
L’amitié, ensuite, pour ceux et celles que nous connaissons et que nous aimons, et pour ceux et celles que nous ne connaissons pas. La douleur pour les morts, la désolation pour les blessés, l’amitié et le désir de réconfort pour leurs proches, leurs amis, leurs enfants. Comment vous dire qu’on est avec vous, avec notre tendresse et notre impuissance ? Mais nous sommes avec vous, de tout notre cœur.
Et puis la détermination. Ce sont des journalistes qu’on a voulu tuer, c’est la presse qu’on a voulu abattre, c’est la liberté qu’on a voulu détruire. Eh bien, nous le disons : nous ne céderons pas. Dans les temps difficiles d’aujourd’hui, et les jours sombres qui se profilent, il est vital que la liberté continue, s’exprime, s’affirme. Nous continuerons notre travail d’information et de témoignage, avec encore plus de détermination et d’énergie que jamais.
Ce texte est publié en commun par : Actu Environnement, Arrêt sur images, Basta Mag, Global Magazine, Huffington Post, Libéweb, Mediapart, Politis, Reporterre, Rue 89, Terra Eco, We Demain.

Alors que les noms des célébrités tuées dans l'attentat d'hier circulent partout, RTL nous rappelle les petites mains anonymes que les tueurs fous ont abattus.

Ces mains anonymes sont celles qui construisent le monde, le gardent, l'embellissent, l'entretiennent et le font advenir. Elles ont été tuées le onze septembre, elles ont été tuées à Madrid ou à Londres et, ici, à Paris. Elles sont tuées tous les jours en Irak, en Afghanistan ou au Yémen. Tous les jours.

Bien sûr la liberté d'expression n'est pas une option mais une nécessité. Elle nous est nécessaire pour défendre nos idées, nos points de vue; elle est nécessaire à la liberté de tous et au dynamisme de la société.

La violence emporte dans son aveuglement imbécile des dessinateurs mais aussi des gardiens d'immeuble, des policiers, des correcteurs ou, ailleurs, des secouristes, des pompiers, des marchands ambulants, des conducteurs de bus, des instituteurs, etc. Elle emmène tous les employés dont le tort est d'être là, au mauvais moment, dans l'exercice de leur emploi.

En souvenir de ces victimes anonymes, en souvenir des victimes célèbres qui abhorraient le pouvoir et la notoriété, voici l'extrait de l'article de RTL (disponible ici, en français)
Frédéric Boisseau, un agent de maintenance, salarié chez Sodexo. Il est la première victime des tueurs. Une fois à l'intérieur du bâtiment, ils se sont dirigés vers lui et l'ont abattu avant d'accéder au deuxième étage, où se situe la salle de rédaction de Charlie Hebdo, et d'y faire feu. Le leader mondial des services aux entreprises a d'ailleurs invité jeudi l'ensemble de ses 420.000 collaborateurs présents dans 80 pays à observer une minute de silence en hommage à Frédéric Boisseau.

Le policier chargé de la protection de Charb
Le brigadier Franck Brinsolaro, 49 ans, est également tombé sous les balles. Il est l'un des deux policiers tués dans l'attentat: il était chargé de la protection du dessinateur Charb. Franck [Brinsolaro] était le mari de la rédactrice en chef de l'hebdomadaire L'éveil normand, Ingrid Brinsolaro. Le couple s'était marié récemment et avait deux enfants, dont un de treize mois qu'ils ont eu ensemble. "Ingrid était très discrète sur les activités de son mari. Nous avons appris seulement le jour de l'attentat qu'il assurait la protection de Charb", a indiqué Philippe Rifflet, directeur délégué de l'Eveil normand.
L'hebdomadaire est en deuil et la petite rédaction va se réunir, sans témoin. "L'équipe se retrouve aujourd'hui. Il y a un journal à sortir, nous souhaitons rester entre nous", a déclaré M. Rifflet.

Ahmed Merabet: le second policier abattu, en rue cette fois
Ahmed [Merabet] est le deuxième policier abattu. Il est mort lors de la troisième fusillade avec les forces de l'ordre, survenue lors de la fuite des tueurs. Ahmed [Merabet] a été touché et s'est trouvé à terre, selon la vidéo diffusée sur internet et authentifiée par les enquêteurs. Les deux tueurs sont sortis de leur voiture et se sont approchés à petites foulées du policier. L'un d'eux lui a crié "Tu voulais me tuer!". Le policier a levé la main et dit "Non c'est bon chef", avant d'être abattu d'une balle en pleine tête. D'après certains témoignages, il avait 42 ans était musulman et marié. Ces informations n'ont pas encore été confirmées. Sur Twitter, cette photo est présentée comme étant son portrait.

Elsa Cayat, la psychiatre ayant sa chronique "Le Divan"
Parmi les victimes, la médecin, psychiatre et psychanalyste française Elsa Cayat. Elle collaborait à l'hebdomadaire en signant tous les quinze jours sa rubrique "Le Divan".

Mustapha [Ourrad], le correcteur venu de Kabylie
Mustapha Ourrad est aussi décédé. Il était correcteur à Charlie Hebdo, écrit Le Monde. "Il était né en Algérie, mais se revendiquait "kabyle". Orphelin, il était arrivé en France à vingt ans au terme d'un voyage payé par ses amis", révèle le quotidien français. "Après un parcours chaotique, il avait intégré une maison d'édition puis divers journaux où il était apprécié pour ses qualités de correcteur, son érudition, mais aussi son sens aigu de l'autodérision".

Michel Renaud était là pour rencontrer Cabu
Michel Renaud, était invité ce jour-là. Il est le fondateur du festival clermontois Rendez-vous du carnet de Voyage. Ancien directeur de cabinet du maire de Clermont-Ferrand, il était venu mercredi chez Charlie Hebdo pour rencontrer le dessinateur Cabu et lui rendre des dessins prêtés.

Dans Charlie, Maris défend la rente de base à 400€

Le membre du conseil général de la Banque de France nous explique la nécessité du revenu minimum d'existence (RME) ici.

Nous allons examiner sa proposition à la lumière de nos propres critères.

- Certains revenus de base permettent aux gens de survivre hors du travail. Ce n'est pas le cas de celui-ci puisqu'il s'élèverait à 400€. On ne sait rien faire avec cette somme, elle contraint les récipiendaires à la misère, au travail au noir (ce qui est bien sûr une forme d'emploi), à la précarité, etc.

- Philosophiquement, Maris justifie le RME par la rente de l'héritage des savoirs-faire des ancêtres.

Il l'évalue à 15% du PIB , soit, pour la France, 300 milliards €, effectivement 400€ par mois.
Il cite des sources mais sans expliquer le calcul - à mon sens, sans culture, sans langage, sans civilisation, sans arithmétique, la production du PIB n'existerait pas mais passons.
Le problème de ce genre d'argument est double.

1. Le pauvre devient un rentier, ce qui est retournement de la situation assez vertigineux. C'est la misère qui fait l'aiguillon de la nécessité, c'est elle qui permet les profits de 700 milliards € par an en France.

2. La justification du revenu n'est pas le travail, la production ou même le mérite mais une rente de situation. Les récipiendaires bénéficient d'une largesse, pas d'un droit. Par ailleurs, on voit mal les rentiers que seront devenus les misérables réclamer un régime hostile à la rente alors que cette rente leur mange leurs ressources, leur temps vendu de l'emploi ou leur santé, alors que cette rente les condamne à l'asservissement économique.

- Maris prétend que le revenu de base est rejeté par les libéraux. Indépendamment de la légèreté de l'argument - si les libéraux rejettent la torture animale, faut-il la pratiquer? C'est tout simplement idiot. L'argument est tout à fait faux puisque le chef de file des néoclassiques libéraux, le très tatchérien, très pinochetien et très reaganien Friedman l'appelait de ses vœux et qu'il est ici soutenu par un conseiller de banque. L'initiative actuelle de revenu de base (famélique) européen reçoit le soutien de banquiers, de professeurs d'université libéraux ou de chefs d'entreprise. Cette solution fait porter sur les classes moyennes le 'coût' de la pauvreté sans toucher le moins du monde aux profits. Cette solution n'est donc absolument pas altruiste, il s'agit d'un keynésianisme au rabais (400€, comment osent-ils? sans toucher aux rentiers!).

- Par rapport au monde du travail, ce revenu de base ne diminue absolument pas la contrainte de l'aiguillon de la nécessité (on ne sait rien faire avec 400€ par mois) et ne résout absolument pas les tragédies de l'employisme.

1. Il ne libère pas le travail de la soumission de l'emploi. Concrètement, les travailleurs doivent toujours prester des tâches sur lesquelles ils n'ont pas de prise pour produire une production qui se justifie exclusivement par la valeur ajoutée qu'elle génère sans égard pour la santé des populations, pour l'environnement, pour le confort du travailleur.

2. Il justifie les profits des propriétaires lucratifs par la redistribution. Comme les injustices les plus criantes sont atténuées par ce dispositif, ce qui, paradoxalement, les rend supportables sans en atténuer la dureté.

3. La démocratie reste confinée dans l'absurde enceinte extérieure du travail. La créativité, l'inventivité humaine restent bridées par les passions tristes, ennemies du conatus (voir ici), de l'énergie de vie des producteurs.

- Ce revenu sera contrôlé par des pouvoirs publics qui s'empresseront de le sucrer le jour où les industriels auront besoin de main-d’œuvre - comme cela a été le cas avec le Speenhamland Act.

- Ce revenu risque d'être retiré des salaires réels - c'est ce qui le rend, contrairement à ce qu'affirme Maris, très sympathique auprès de la frange éclairée des libéraux. Il rend - comme Maris l'explique très bien - les employés beaucoup plus flexibles. Ils acquièrent le droit de vivre en attendant de se vendre à l'esclavagiste-employeur suivant dans une liberté irresponsable en pointillé. Ces employés précaires ne pourront pas élever de famille, ils ne pourront pas entreprendre des projets ambitieux, ils seront (encore et toujours) traités comme des mineurs économiques et, entre deux contrats d'esclaves tristes, ils pourront jouer de la guitare et fumer ce qu'ils veulent (merci monsieur Maris).

Le RME n'a absolument aucun intérêt dans une perspective d'émancipation de l'emploi à moins qu'il ne soit
- un salaire socialisé financé par des cotisations sociales
- suffisant pour vivre et faire des projets
- soit accompagné d'une socialisation de la valeur ajoutée, d'une démocratisation de l'économie.

Par ailleurs, on ne comprend pas pourquoi le conseiller de la Banque de France s'obstine à parler de société post-capitaliste pour une mesure qui ressemble à s'y méprendre à un RMI inconditionnel (maintenant RSA socle), mesure qui n'a, semble-t-il, pas suffit à dépasser le capitalisme dans l'hexagone. Sauf que le RSA socle s'élève, lui, à 492,90€, plus de 90€ de mieux que le RME post-capitaliste de Maris. Et ce revenu serait émancipateur de quelque façon?