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Handicap salarial

En Belgique, on nous parle de "handicap salarial" en nous disant qu'il faut baisser les salaires individualisés et communs.

Ce n'est pas une affirmation mais une opération de propagande. Les salaires (qu'ils soient individualisés ou qu'ils restent socialisés par la sécurité sociale ou par les impôts) ne sont pas un handicap, un coût. C'est une richesse et commune et individuelle.

On voudrait nous faire croire que, en baissant les salaires, on crée plus de valeur, on devient plus "compétitifs".

C'est là aussi non une affirmation mais une opération de propagande. On crée moins de valeur ajoutée quand on baisse les salaires puisque les salaires sont une des composantes de la valeur ajoutée et on ne devient pas plus compétitifs puisque les pays à bas salaires sont les moins productifs du point de vue des propriétaires lucratifs (les productrices et les producteurs de logiciels informatiques dans la Silicone Valley rapportent davantage que leurs collègues des sweat shops chinois alors que les salaires des premiers est infiniment plus élevé; les investisseurs mettent infiniment plus d'argent dans des pays à hauts salaires, etc.).

Alors pourquoi ces opérations de propagande?

Pour faire pression sur les salaires. Pour réduire la part relative des salaires dans la valeur ajoutée - et augmenter la part relative des profits dans la valeur ajoutée. Pour que les salariés en emploi ou hors emploi se sentent coupables, rasent les murs. Derrière la propagande, il y a un pouvoir qui tend à l'hégémonie, à la domination culturelle chez celles et ceux qui le subissent.

Alors que notre prospérité à chacun est notre prospérité à tous, alors que les profits, les investisseurs et les employeurs sont inutiles à la production, alors que la logique de l'emploi et du profit nous maltraitent parce que nous les avons intériorisées, parce que nous nous sentons coupables de nos salaires.

Cette propagande permet d'éviter ces questions ... au nom de l'emploi, bien sûr.

Un économiste critique l'activation et la guerre au salaire

Nous traduisons en français un article de Lars P. Syll paru en anglais sur son site (ici, en libre accès).

Traduction

Il y a deux ans, dans le cadre de son prix de sciences économiques de la banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel, Thomas Sargent, dans une interview à la télévision suédoise, déclarait que les travailleurs devaient se préparer à avoir de faibles indemnités de chômage pour être suffisamment incités à chercher de l'emploi.

unemployment

Cette vieille idée mercantiliste n'a que peu de fondements scientifiques. Cependant, il est symptomatique que les politiciens de droite et les économistes néo-classiques - comme Robert Lucas et Thomas Sargent - ressortent cette vieille recette miracle du chapeau. Comme leurs prédécesseurs des années 1920, ils suggèrent que la baisse des salaires est le bon moyen de renforcer la compétitivité d'économies déclinantes, de remettre l'économie en marche, de créer de l'emploi, de provoquer la croissance qui se débarrassera des dettes qui s'accumulent et d'équilibrer les budgets de l'État.

Mais recommander de résoudre les problèmes économiques en baissant les indemnités de chômage et en sabrant dans les salaires, dans ces temps difficiles, devrait être plutôt interprété comme un signe de la noyade de la confiance envers notre système économique. Les coupes de salaires et la baisse des prestations de chômage - bien sûr - ne sauvent ni la compétitivité ni l'emploi.

Ce dont nous avons besoin par dessus tout en ces temps, c'est de stimulation et de politiques économiques qui augmentent la demande

Au niveau sociétal, les coupes de salariales ne font qu'augmenter le risque de chômage de masse. Penser que l'on peut résoudre une crise économique de cette façon, c'est revenir à ces théories économiques et à ces politiques que John Maynard Keynes a démontées implacablement dès les années 1930. Ce sont des théories et des politiques qui ont mis des millions de personnes au chômage à travers le monde.

C'est une erreur atomique de penser qu'une politique de coupe générale des salaire va renforcer l'économie. Au contraire. Les effets cumulés des coupes salariales sont catastrophiques, comme l'a démontré Keynes. Ces coupes enclenchent un cercle vicieux de déflation qui fait augmenter les dettes des individus et des sociétés puisque la dette nominale n'est pas affectée par la diminution des prix et des salaires. Dans une économie qui s'est reposée de plus en plus sur des dettes croissantes et sur l'emprunt, [ces coupes] seraient la porte d'entrée d'une crise de la dette avec une chute des investissements, un chômage plus élevé. En bref, cette politique nous amène au seuil de la dépression.

Le danger pendant pour les économies aujourd'hui, c'est de ne pas trouver de consommateurs et d'investisseurs. La confiance et la demande effective doivent être rétablies. Le problème de nos économies n'est pas du côté de l'offre. la demande est - pour le dire crûment - simplement insuffisante pour faire tourner les roues de l'économie. Suggérer que la solution, c'est de baisser les salaires et les allocations de chômage, c'est prescrire des catastrophes encore plus graves.