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Les actionnaires ont détourné 25 milliards

Ce ne sont pas les patrons qui ont "économisé" cet argent. Ce sont les actionnaires, les propriétaires qui l'ont retiré de l'économie productive en l'amassant sur des comptes virtuels aux Caïmans ou au Luxembourg.

Les profits profitent aux profiteurs.

L'argent n'a pas été économisé, il a été perdu. Il a été perdu comme moyen de stimuler l'activité pour s'équiper d'écoles, d'universités, de crèches, de transports en commun, pour produire de manière plus écologique ou encore (par exemple) pour assurer la transition énergétique. Il a contribué à jeter dans la misère les producteurs qui auraient pu porter l'ensemble de ces ambitions.
Cet argent a surtout été perdu pour l'ensemble de l'économie comme prestations sociales, comme salaires hors emploi, comme possibilité de formes de vie sans employeur.

La ponction de 25 milliards (en France) représente plus de 1% du PIB. Comme cette ponction se reproduit chaque année et qu'elle prive de l'économie une masse monétaire perdue dans des coffres de propriétaires lucratifs insatiables, on peut parler de saignée.

Mais sous la houlette des Macrons, les employeurs et leurs actionnaires vont encore proliférer au nom de ... l'emploi et au détriment de l'économie, des salaires hors emploi.

Voir l'article de Challenge

Extrait
Les exonérations de cotisations de sécurité sociale ont représenté 27,6 milliards d'euros en 2012 (-2,2% par rapport à 2011), dont 25,6 milliards de cotisations patronales, selon les chiffres publiés vendredi 6 décembre par l'Acoss, la caisse nationale des Urssaf.
Ces exonérations, qui représentent 8,9% du total des cotisations dues aux Urssaf, sont notamment destinées à baisser le coût du travail pour les employeurs. L'Etat compense ce manque à gagner pour la sécurité sociale à hauteur de 90%.
En 2012, le montant global des exonérations est de nouveau en diminution (-2,2%), après une baisse de 5,7% l'année précédente.
Les allègements généraux sur les bas et moyens salaires (inférieurs à 1,6 Smic), mis en place à partir de 1993, représentent 80% de l'ensemble des exonérations. Ils sont en baisse en 2012 (-2,3%), sous l'effet notamment de la modification de la législation relative aux heures supplémentaires.

5% de la masse salariale dans le privé

Dans le secteur privé, les exonérations de cotisations représentent 5% de la masse salariale.
Parallèlement, les Urssaf ont encaissé l'année dernière un total de 316,5 milliards d'euros, un chiffre en hausse de 4% par rapport à 2011.
Cette progression fait suite à une augmentation exceptionnelle de 14,3% en 2011, liée notamment au transfert aux Urssaf du recouvrement des contributions d'assurance chômage et de la cotisation au régime de garantie des salaires.

Les pesticides menacent la santé des agriculteurs

La Nouvelle Revue du Travail (ici) partage un article de Coline Salaris. Il s'agit d'une étude disponible en version intégrale sur la constitution d'un sujet social chez les agriculteurs en lien aux problèmes sanitaires que posent les pesticides. Entre déni, lutte et maladie, les agriculteurs s'interrogent sur leurs pratiques. Cette interrogation reconfigure l'identité paysanne.

Résumé (fourni par l'auteure)

L’organisation récente d’un certain nombre d’agriculteurs en association de victimes des pesticides témoigne de l’engagement nouveau de ces professionnels, classiquement absents du champ des mobilisations dans le domaine de la santé au travail. Alors même qu’elle peut apparaître contradictoire avec leurs pratiques antérieures, la mobilisation de ces agriculteurs permet pourtant de mettre en avant des enjeux de domination spécifiques à ce secteur. Ces enjeux de domination sont à l’origine de résistances à la publicisation réelle du problème « pesticides ». Ils éludent par ailleurs la problématisation de cette question comme véritable enjeu de santé au travail. Mais grâce à un travail de collectivisation de la peine et des expériences, ce regroupement victimaire semble être parvenu à mettre en place une réelle stratégie collective de dénonciation de ce problème. Les agriculteurs phytovictimes semblent ainsi s’imposer comme des acteurs majeurs du processus de prise de conscience autour de la question des pesticides et comme des acteurs inédits de ce nouvel enjeu de santé au travail.

L'agence tout fric

Pour faire des profits, on standardise la production et on évite les pertes, le pourrissement des marchandises. Pour ce faire, pour préserver le profit donc, les entreprises capitalistes ajoutent diverses substances aux aliments. Il faut qu'ils se conservent, qu'ils soient et salés et sucrés, qu'ils titillent le goût, ou qu'ils offrent une saveur, un aspect et une consistance attirantes pour les clients.

Ces stratégies commerciales s'opposent à l'intérêt collectif puisque ces additifs sont des poisons. Les coûts de cette production capitaliste sont externalisés sur la sécurité sociale et sur les consommateurs.

Mais rassurez-vous, l'agro-alimentaire offre des perspectives alléchantes pour les investisseurs (et de nombreuses maladies pour les travailleurs).

Le Soir en publie une liste relayée par Additifs Alimentaires (ici). Bon appétit.




Réflexion sur la violence

Cet article est disponible en PDF ici
  • Introduction

Prenons la scène du syndicaliste interviewé par le présentateur du 20h. La violence avec laquelle ce journaliste somme le syndicaliste licencié après des années de concessions et des mois de lutte d'expliquer sa violence envers les pots de fleurs dans l'entrée de son usine à l'occasion d'un mouvement de grève oblige le syndicaliste à modifier le cadre du débat pour évoquer la violence sociale dont il est l'objet (voir ici, ou, encore plus fort, ici).

Nous avons là trois formes de violence.

Violence I: Le mépris du hors cadre


Le journaliste incarne la violence du mépris d'une caste dirigeante envers les dominés. Au nom d'une prétendue neutralité sociale, il enjoint au dominé de s'expliquer sans devoir, lui, expliquer sa position de quelque manière que ce soit. 
Les dominants maîtrisent les médias, leur langage et le cadre dans lequel les syndicalistes ont l'occasion de s'exprimer. Cette domination mielleuse, cet horizon d'évidence est peut-être la forme la plus perverse, la plus efficace de violence car la victime de violence est exclue du cadre de pensée, en tant que point de vue et en tant que subjectivité. Le dominé est marginalisé, animalisé, réifié dans un entre-soi de moqueurs bourgeois assis sur des certitudes violente. C'est de cette violence dont il est question dans Le dictionnaire des idées reçues, de Flaubert ou dans Mythologies, de Barthes. Les deux auteurs français démontent les a priori bourgeois sur lesquelles s'appuie la violence de la domination.

Violence II: La violence sociale


La violence sociale à laquelle fait allusion le syndicaliste est celle du travailleur qui est dépris de son destin professionnel. 


Il doit accepter la fermeture de l'usine comme il a dû accepter de se taire, lui qui y travaille toute sa vie, quand cette usine a ouvert, quand il s'est agit de déterminer ce qui y serait produit et comment. La violence sociale, c'est le fait d'être traité en mineur économique dans le collectif de production dont on fait partie, c'est le fait d'être prolétarisé, d'avoir un livret ouvrier ou un CV, c'est le monopole de la propriété lucrative qui nous prive de liberté. Car la violence sociale repose toujours sur la privation du droit de propriété d'usage des ressources communes (l'enclosure) et sur la propriété lucrative des outils de production.

Violence III: La violence sur les corps


La violence physique, enfin, dont furent victimes les malheureuses plantes fait écho aux deux premières violences: faute de pouvoir décider de son destin, faute de pouvoir même exprimer la violence de cet exil intérieur, le corps se débat et pose des actes de rages, d'impuissance. 
Cette violence traverse également les innombrables conflits que génère immanquablement l'accumulation capitaliste. Les industriels réalisent alors leurs profits, la valeur accumulée se détruit et les États, dans le chaos apocalyptique de la guerre, tente de réaliser leur production, de sécuriser et d'étendre leurs marchés. Mais les soldats sont tous des prolétaires, rongés par la peur, sans raison de classe de se battre contre des bougres avec qui ils partagent ce point de vue de classe.

Les trois violences ne sont pas du même ordre mais elles sont liées. La violence du mépris de classe naturalise, légitime la violence sociale. La violence physique, quand elle est le fait du prince, appuie les deux premières formes de violence et, quand elle est le fait du dominé, elle tente de les renverser dans une réaction légitime à la menace sur la dignité.

Pour autant, la violence n'est pas toujours payante en terme politique. Par contre, les changements politiques radicaux se font rarement sans la pression populaire, sans une forme ou une autre de contre-violence.

  • Friot et la violence de la valeur économique

Pour Bernard Friot, la valeur peut être comprise sous deux aspects. La valeur d'usage correspond à un travail concret, à la réalisation concrète d'un bien ou d'un service incarné alors que le travail abstrait crée une valeur abstraite qui atteste un rapport de force, une violence sociale. L'attribution de valeur économique à un bien ou un service n'est pas naturelle, elle est l'objet de rapports de force, de pouvoir entre les êtres humains. 

La modalité même d'attribution de valeur économique a tout à voir avec la violence sociale. L'économiste dégage deux types de création de valeur économique, deux façons d'organiser la violence sociale des valeurs économiques. 

La convention capitaliste du travail correspond à la violence sociale de la propriété lucrative, du temps et de l'accumulation. Les prolétaires sont dépossédés de leur propriété d'usage, de leur temps et des richesses qu'ils produisent. 

Par contre, la convention salariale du travail concentre la violence sociale dans les degrés de qualification des travailleurs. Ces degrés reconnaissent une participation à la création de valeur économique par la société et sont susceptibles d'être le siège de lutte, de tensions. La qualification personnelle est ensuite sanctionnée par un salaire attaché à la personne.


  • Lordon et la violence du désir

Entre les désirs de l'employé et de la logique de profit, il y a toujours un décalage. Ce décalage que l'économiste résume par l'angle alpha atteste l'écart irréductible entre la puissance désirant du sujet-producteur et de la logique productive induite par la violence sociale. Le management s'attache à nier cette violence (le désir de l'employé doit être réductible au désir de l'entreprise), à la transformer en attachement (l'employé doit être fidèle à l'entreprise, il doit lui être attaché alors que cette entreprise ne ressent rien puisqu'elle est conduite par un corps d'actionnaires vénaux). L'écart entre les désirs personnels et les désirs attendu par l'encadrement et par l'entreprise incarne d'autant mieux cette violence que l'employeur détient le monopole de la reconnaissance sociale de la légitimité économique.

  • Engels et la violence institutionnelle


Pour Engels, ce sont les infrastructures économiques qui déterminent les superstructures sociales, religieuses ou politiques. Pour faire simple, c'est le moulin à vent qui donne le Moyen-Âge et non la religion, l'organisation sociale ou les enjeux politiques qui donnent le moulin à vent.

Résumé de l'extrait:

La société ante-capitaliste s'organise en gens (mot latin signifiant la famille, prononcé avec le "g" de garage et le "en" comme "haine" et le "s"), en groupes de familles élargies, en tribus. Au moment où l'évolution technique de la production agricole permet la sédentarisation, les champs, les cultures et l'échange, de ce fait, entre gentes.

La sédentarisation a rendu la main d’œuvre nécessaire, ce qui a ouvert la voie de l'esclavage. La maîtrise du fer a amené la division du travail entre artisan et paysans et, avec elle le commerce. Le commerce a fait apparaître les riches et les pauvres et, avec cette stratification sociale, l'apparition de la famille comme unité économique de la société. La division du travail fait aussi apparaître les commerçants, intermédiaires parasites entre les producteurs. Cette organisation du travail rend les anciennes institutions tribales caduques. Elle lui substitue l'État - et ses élections bourgeoises - en intermédiaire soi-disant neutre.

Le développement de la production dans toutes les branches - élevage, culture, artisanat, domestique - permit à la force de travail humaine de créer plus de produits que n'en exigeait son entretien. En même temps, il augmentait la somme de travail journalier qui incombait à chaque membre de la gens, de la communauté familiale ou de la communauté isolée.

L'acquisition de nouvelles forces de travail devint utile. La guerre les fournit [Engels lie les formes deux et trois de la violence dès l'origine]: les prisonniers de guerre furent réduits en esclavage. La première grande division sociale du travail accru la productivité du travail, donc de la richesse. Elle étendit le champ de la production [la création de richesse sociales est liée à la violence sociale et physique](...). De la première grande division sociale du travail, jaillit la première division de la société en deux classes: maîtres et esclaves, exploiteurs et exploités.

(...)

La même cause qui assurait autrefois la prédominance de la femme dans la maison, c'est-à-dire son emploi exclusif au travail ménager, cette même cause assurait désormais l'autorité de l'homme: celui-ci était tout, l'autre, un complément insignifiant.

(...)


Le fer permit [ensuite] de cultiver de plus grandes étendues de terre et de défricher d'immenses espaces boisés. Il donna au travail manuel un instrument d'une dureté et d'un tranchant dont pas une pierre, pas un autre métal ne pouvait fournir l'équivalent. 

(...)

La richesse se développait rapidement, mais comme propriété individuelle. Le tissage, la métallurgie et les autres travaux manufacturiers, qui se distinguaient de plus en plus les uns des autres, créèrent une différenciation croissante des branches de la production. (...) Une activité si variée ne pouvait plus être exercée par les mêmes individus: la deuxième grande division du travail s'opéra, le travail artisanal se sépara de l'agriculture.

(...)

Avec la division de la production en deux grandes branches: l'agriculture et l'artisanat, naît la production destinée expressément à l'échange, la production de marchandise, ainsi que le commerce, non seulement à l'intérieur de la tribu, ou avec ses voisins, mais déjà par mer.

(...)

À côté de la distinction entre hommes libres et esclaves apparaît la distinction entre riches et pauvres. C'est une nouvelle division de la société en classes que provoque la nouvelle division du travail. L'inégalité entre chefs de famille selon les richesses dont chacun est propriétaire privé fait disparaître l'antique communauté villageoise. (...) La terre labourable fut assignée aux familles privées d'abord temporairement, plus tard de façon définitive. Sa transformation intégrale en propriété privée s'opéra graduellement et parallèlement avec la transformation du mariage syndiasmique en monogamie. La cellule familiale commençait à devenir l'unité économique de base de la société.

(...)

La guerre qui autrefois n'était déclarée que pour se venger des offenses ou pour étendre le territoire devenu trop étroit, fonctionne maintenant comme moyen de pillage. Elle devient une industrie permanente. 

(...)
 [L]es organes de l'organisation gentilice se détachent progressivement de leur racine - le peuple, la gens, la phratrie, la tribu - toute l'organisation gentilice se transforme en son contraire: d'une organisation de tribus établie en vue de régler librement leurs propres affaires, elle devient une organisation destinée au pillage et à l'oppression des voisins. Parallèlement à cette transformation, les organes de la volonté populaire deviennent des institutions indépendantes dont la raison d'être est la domination exercée sur le peuple et son oppression. 

(...)


[La civilisation] s'ouvre par un nouveau progrès de la division du travail. Dans une période barbare inférieure, les hommes ne produisaient qu'en vue de leurs propres besoins. L'échange n'intervenait que rarement et portait sur des produits qui se trouvaient par hasard en surabondance. 

(...)

La civilisation consacre et développe toutes les formes antérieures de division du travail. Elle accentue notamment l'opposition entre la ville et la campagne (d'où dérive la possibilité pour la ville de dominer économiquement la campagne, comme dans l'antiquité, ou pour la campagne d'exercer la même prédominance sur la ville, comme au Moyen-Âge). Et elle ajoute une troisième division du travail qui lui est propre, et qui a une importance décisive: elle enfante une classe qui ne s'occupe plus de la production, mais de l'échange des produits, exclusivement: les marchands.

(...)

Voici que, pour la première fois, apparaît une classe qui, sans prendre part d'une façon quelconque à la production, en acquière la direction complète et asservit économiquement les producteurs, qui se fait l'intermédiaire indispensable entre deux producteurs et les exploite tous les deux. (...) Tant que dure la civilisation, elle est appelée à recevoir de nouveaux honneurs et à exercer une domination croissante sur la production - jusqu'au jour où elle produit enfin elle-même quelque chose: les crises commerciales périodiques.

(...)

Les institutions gentilices étaient nées d'une société qui ne connaissait point d'antagonisme internes et elles n'étaient adaptées qu'à une pareille société. Elles ne disposaient d'aucun moyen de contrainte en dehors de l'opinion publique. Maintenant, au contraire, nous sommes en présence d'une société qui, en vertu des conditions générales de la vie économique, dut se diviser en hommes libres et en esclaves, en riches exploiteurs et en pauvres exploités, d'une société qui non seulement est impuissante à résoudre ses antagonismes, mais doit les accentuer de plus en plus. Semblable société avait seulement le choix entre deux solutions: ou bien vivre en état de lutte ouverte, permanente, opposant ses classes entre elles, ou bien se placer sous l'autorité d'une troisième puissance qui, planant en apparence au-dessus des classes en guerre, paralyserait les actes de violence et ne permettrait à la lutte des classes rien de plus que des affrontements soi-disant légaux sur le terrain économique. Les institutions gentilices avaient vécu. Elles avaient succombé sous la pression de la division du travail et de son produit, la division de la société en classes. Elles furent remplacées par l'État.

Engels, Théorie de la violence, 10/18, 1972, pp. 228-233.

Exploitation des sans papier

RTL enquête (très brièvement, ici, en français) sur les conditions de travail des sans papier en Belgique. Leurs salaires insignifiants sont versés de manière aléatoire: les employeurs profitent de leur statut d'illégal. Comme les sans papier ne sont pas légaux sur le territoire, ils ne peuvent faire valoir leurs droits - tout bénéfice pour des employeurs sans scrupules.

Extrait

Un phénomène inquiétant tend à se développer chez nous. De plus en plus de sans papiers sont exploités sur le marché du travail. 1500 dossiers du genre ont été ouverts par la justice. Un de ces esclaves des temps modernes a accepté de nous livrer son témoignage.

Malik est sans-papier. En 2005, il s'est installé en Belgique, et s'est fait embaucher dans une petite entreprise. Mais très vite, son salaire diminue, et varie entre 300 et 600 euros par mois. Il comprend alors que son patron profite de sa situation irrégulière.
"J'avais un boulot stable, et ça allait. Mais un jour, il n'a plus voulu me payer: je considère qu'il m'a arnaqué, qu'il m'a exploité", a expliqué Malik à une journaliste de RTL-TVI.
 Voir nos articles:
racisme
concurrence
salaire
esclavagisme

L'exploitation des émigrés est malheureusement universelle: voir aussi les articles sur les conditions de travail au Qatar (ici), au Liban (ici), dans la Silicon Valley (ici) ou sur le massacre de Aiguës-Mortes (ici), par exemple. Pour l'histoire, on se souviendra des Irlandais que les employeurs faisaient venir en Angleterre pour briser les mouvements sociaux, on se souviendra des Flamands qui descendaient dans les mines du nord de la France et de Wallonie, on se souviendra des Italiens venus extraire le charbon belge, on se souviendra des Algériens qui ont construit les bâtiments et les autoroutes pendant les trente glorieuses, etc. On se souviendra de Zola, fils d'immigrés italiens, de Marie Curie, immigrée polonaise, de Einstein, immigré allemand, de Ionesco, immigré roumain et même de Zemmour, fils d'immigré algériens ou de Sarkozy, petit-fils d'immigré hongrois, on se souviendra d'Onkelinks, de Di Rupo, de De Meyer, tous fils et fille d'immigrés, flamands ou italiens.

Notre opposition à toute forme d'emploi est liée à un rejet de toute forme de concurrence - parmi ces formes de concurrence, celles qui jouent sur l'immigration sont les plus violentes, les plus inhumaines. L'abolition de l'emploi, c'est la libération de l'asservissement des employés aux employeurs via l'aiguillon de la nécessité, aiguillon particulièrement cruel dans le cas des apatrides, c'est l'émancipation du travail, la collaboration, l'apprentissage, la soif de rencontre et l'intelligence commune de l'efficacité ou du plaisir.

Civiliser les organisations syndicales

Le blogue Terrains de lutte reprend un article publié à l'origine dans la revue Agone (n°50) ici en français, en intégralité.

Résumé de l'entretien et extraits.

Contexte de l'entretien avec un DRH
Comment se débarrasser de syndicalistes trop combatifs? C’est tout le travail des professionnels des ressources humaines. Petite leçon de stratégie de domestication syndicale par un DRH.
Cet entretien a été réalisé en avril 2006, avec l’ancien DRH d’une entreprise de papeterie du nord de la France, employant 900 salariés. Au moment de l’entretien, l’entreprise est en cours de restructuration, impliquant la suppression de 500 emplois. Ce DRH est parti à la retraite peu de temps avant, après avoir rempli cette fonction dans l’entreprise depuis 1990. Diplômé de Sciences-po Paris et titulaire d’un DESS en droit social, il avait occupé auparavant le même type de poste dans plusieurs autres grandes entreprises industrielles françaises, au gré d’une carrière professionnelle « dominée par les restructurations ».
Cette image illustre à merveille un article sur la concertation sociale du syndicat FGTB (ici)- et cet entretien

Un fond combatif

 (...)
c’est qu’il y a un vieux fond d’extrémisme quand même. Il paraît que là, dans les circonstances présentes, il y a toujours une centaine de personnes qui sont prêtes, je veux dire à mettre le feu, qui sont prêtes à… abîmer l’outil de travail, etc. Ça c’est un vieux fond de radicalisme qu’on est quand même arrivé à civiliser ou à enrayer, même s’il réapparaît un peu le jour où il y a une crise.
 Promouvoir les mous

 Et précisément, comment étiez-vous alors arrivé à civiliser un peu ces modes de relations entre euh… ?
Ben d’abord en les isolant, en les diminuant…
Vous parlez de syndicalistes ou de salariés ?
 Je parle des syndicalistes qui étaient de cet ordre-là. Maintenant, il n’y en a plus. Mais avant, il y en avait. […] La CGT était le syndicat dominant, de tradition. Mais c’est un syndicat qui n’a pas cessé de perdre, de la vitesse, de l’audience, pour l’excellente raison que ses syndicalistes étaient des gens, j’allais dire mûrs, des gens de confiance, des gens… donc au niveau de l’usine, promouvables… promotables, je sais plus comment… comment on dit, promouvables. Et que l’on a fait passer souvent dans le deuxième collège, en tant qu’agents de maîtrise, qu’on avait par ailleurs du mal à recruter à l’extérieur de l’entreprise de recrutement. Donc, on avait besoin de ces gens avec du savoir-faire. Et donc ce syndicat CGT, maintenant, il est tombé euh, en avant-dernière position en termes d’audience. Il doit représenter, je sais pas, euh… 15 %, quelque chose comme ça.
 Exclure les syndicalistes décidés
Mais on est arrivé à normaliser nos relations à partir du moment où un des syndicalistes est parti. C’était un syndicaliste qui était, j’allais dire un cas psychologique, et qu’on avait, à l’occasion de propos euh… anormaux, tenté de licencier là aussi. Mais ça n’a pas marché, l’inspecteur du travail ne nous a pas suivis, etc. c’est pour ça qu’on a enterré l’affaire. Mais on a réussi à négocier son départ beaucoup plus tard. Il a eu un projet personnel, il nous en a parlé et on a négocié son départ. Faut dire qu’il avait perdu, déjà, de l’audience auprès d’un certain nombre de ses collègues extrémistes parce qu’il avait négocié… il avait fini par signer un accord sur l’individualisation des rémunérations, et ça, ces collègues extrémistes ne le lui avaient jamais pardonné.
 "Normaliser" les relations avec les syndicats - ou la fin de la conflictualité sociale

C’est-à-dire ?
Ben, on arrive… on arrive à normaliser dans la mesure où… je vous indiquais qu’il y avait des grèves euh… à tort et à travers… auparavant, des menaces de grèves, je peux vous dire que… quand j’ai quitté C., il n’y avait plus eu de grève depuis l’année 2000… 2001, donc depuis cinq ans. Donc ça veut dire qu’on a dû arriver, quelque part, à normaliser. Et, ces syndicats n’étaient peut-être pas nécessairement d’accord avec cette évolution, mais on peut ­supposer que le rapport des forces n’était pas suffisant pour qu’ils aillent trop loin. Eh ouais, bon, honnêtement, je pense aussi que la professionnalisation du management, je crois que ça a aussi profondément fait évoluer les gens.

Les cadres techniques deviennent des managers

(...)
[O]n a demandé aux ingénieurs et à l’encadrement opérationnel d’être aussi des managers de leurs salariés. Et on les a accompagnés pour cela, pour changer les modes de relations. On les a incités par exemple à faire des réunions, à avoir des rencontres régulières avec les salariés. […] Ça permet, quand on a des problèmes, de les avoir maintenant en amont, donc d’avoir quand même un dialogue avec la personne, avant qu’éventuellement ce dialogue soit avec les représentants syndicaux. L’important pour nous c’est que l’encadrement discute avec les opérateurs pour désamorcer les problèmes qui peuvent l’être. Sinon, on se retrouve avec la guéguerre habituelle : quand le salarié a un problème, il vient en parler à son chef ou à nous, mais aussi à l’organisation syndicale. Et effectivement, l’organisation souhaite se valoriser en portant tout de suite le problème auprès de nous, dans les instances. C’est normal, c’est son jeu. Et tout de suite, ça risque d’envenimer la situation, etc. C’est pour ça que notre objectif, c’était que le salarié puisse discuter de ses problèmes mais avec la hiérarchie directe.

Le massacre d'Aiguës-Mortes

Le système de production capitaliste suit des cycles. À des périodes euphoriques de croissance succèdent des crises de surproduction. Pour casser les revendications salariales, les revendications de diminution (ou de suppression) de l'emploi des travailleurs, les employeurs les mettent en concurrence entre eux.

La mise en concurrence privilégiée est celle qui repose sur les origines. Le texte dont nous citons un large extrait nous raconte les massacres d'immigrés italiens à Aiguës-Mortes en 1893.

L'employeur met en concurrence des groupes de producteurs définis par leur origine, les groupes se battent entre eux et laissent l'employeur les exploiter. Comment ne pas penser au fascisme, aux partis racialistes ou au travailleurs détachés que le parlement européen vient de légaliser, partis "socialistes" en tête? Contre le bain de sang des nôtres, nous devons trouver l'humble chemin de l'union, nous devons nous souvenir que nous produisons la richesse, nous les salariés, dans l'emploi et hors emploi, quelles que soient nos origines, nos croyances, nos mœurs.

L'article que nous citons est issu du blogue de Matthieu Lépine (ici, en français). Il fait le lien entre la guerre aux salaires, la mise en concurrence des travailleurs et la violence raciste.

Extrait

Contexte
C’est durant la seconde moitié du XIXe siècle, que l’essor puis le triomphe du système capitaliste s’opèrent en France. Ce changement va venir bouleverser les équilibres économiques et sociaux et transformer le monde du travail (recherche du profit, rationalisation du travail, mise en concurrence des travailleurs…).
Avec la révolution industrielle, la France ne possédant pas une population active suffisante, les besoins en main d’œuvre étrangère vont être importants. Comme aujourd’hui, les travailleurs immigrés sont appelés à venir occuper les emplois que les français, les jugeant trop exténuant ou dégradant, n’ont pas voulu occuper. Cette main d’œuvre, essentiellement composée de populations pauvres fuyants la misère et le chômage dans leur pays (Italie, Belgique…), est une aubaine pour les chefs d’entreprise. En effet, exploités car prêts à endurer des conditions de travail précaires, les ouvriers étrangers sont mis en concurrence avec les travailleurs locaux, notamment afin de faire baisser les salaires de ces derniers.
Durant le dernier quart du XIXe siècle, l’Europe va cependant être touchée par la première grande crise du système capitaliste. Comme celle que nous traversons actuellement, elle va provoquer une montée du chômage et être créatrice de frustrations, de désarroi et de colère. Les travailleurs immigrés vont être montrés du doigt et désignés comme seuls responsables. Cette situation va intensifier, voir même parfois générer les violences xénophobes de l’époque.

En 1881 à Marseille, des affrontements violents vont opposer ouvriers français et ouvriers italiens. Trois personnes trouveront la mort. En 1892 à Drocourt (Pas-de-Calais), des ouvriers français vont violemment agresser des mineurs belges, leur reprochant notamment d’accepter des salaires inférieurs aux leurs. Ils seront plus d’un millier à devoir quitter précipitamment la France avec leurs familles. C’est en 1893, que sera cependant atteint le paroxysme des violences xénophobes, avec le massacre des ouvriers agricoles italiens d’Aigues-Mortes.

Aux origines du massacre d’Aiguës-Mortes, la mise en concurrence d’ouvriers français et étrangers
    En 1868, un groupement de propriétaires possédant la quasi-totalité des marais salants d’Aigues-Mortes (Gard) se transforme en une société par actions, la Compagnie des salins du Midi (CSM). Cet événement marque selon Gérard Noiriel, « l’irruption des rapports de production capitalistes » dans la région. Rapidement, cette société va détenir le monopole de la production et du transport du sel.
Ne disposant pas d’une main-d’œuvre locale suffisante, elle va devoir faire appel à des ouvriers agricoles venus d’ailleurs, plus particulièrement des zones montagneuses d’Italie du nord et du centre. En effet, ce pays voisin est à l’époque fortement touché par la crise. Le chômage y est important et une grande partie de la population est plongée dans la misère.  Cette situation offre à la Compagnie des salins du Midi (CSM) l’opportunité de recruter une main d’œuvre peu exigeante prête à supporter des conditions de travail difficiles.
Durant l’été, période de la récolte du sel5, Aigues-Mortes est en effervescence. Près de 2000 ouvriers saisonniers sont à l’époque recrutés. Aux cotés des italiens, on trouve des ouvriers venus des zones montagneuses de France ou encore des chômeurs et des vagabonds venus de tout le pays, ceux que Gérard Noiriel présente comme « les laissés-pour-compte du capitalisme ».
Tous ne sont pas affectés aux mêmes tâches. Si le transport du sel est en général effectué par la main d’œuvre locale, le ramassage, opération la plus pénible, est lui accompli par les ouvriers italiens (1/3 des effectifs). Cherchant à sortir coûte que coûte de la misère ceux-ci acceptent plus facilement des tâches pénibles (journée de travail de plus de 12h, chaleurs importantes, paiement au rendement…).

Cependant, la polémique sur le travail des ouvriers immigrés en pleine période de crise et donc de baisse des effectifs de saisonniers, va pousser la CSM à changer sa logique de recrutement. Ainsi des Français, choisis parmi les ouvriers les plus démunis (chômeurs…), vont être intégrés dans les équipes italiennes de ramassage du sel. C’est dans ces équipes « mixtes » que de violents affrontements vont se produire en août 1893.

 sel
La triste histoire d’un conflit entre exploités

    Au matin du 16 août 1893, de vives tensions vont éclater dans des salins à 8 kilomètres d’Aigues-Mortes. Ne supportant pas la cadence imposée par les italiens, habitués à ce type de tâche, les ouvriers français vont être rapidement dépassés. Cependant, la paie est collective, elle se base sur le rendement de l’ensemble de l’équipe.
Entre les Français, vexés de ne pas tenir la cadence, et les Italiens, pour qui l’enjeu économique est crucial, des conflits vont alors apparaître. La mise en concurrence de ces travailleurs va aboutir à des provocations, des disputes et des bagarres entre eux.
 Plus nombreux, les Italiens vont prendre le dessus sur les ouvriers français lors d’affrontements dans les marais salants. Ceux-ci vont cependant décider de retourner en ville, afin de « chercher des renforts et de se venger ». Là-bas, ils vont tomber sur de nombreux ouvriers frustrés de ne pas avoir été recrutés par la CSM. Associés à leur désarroi, les événements du début de journée dans les salins, vont suffire à les convaincre de chasser les ouvriers italiens. Ainsi, rejoints par une partie des aiguemortais, ils vont être plusieurs centaines jusqu’au lendemain après-midi, armés de marteaux, de manches de pelle ou encore de fusils, à parcourir la ville et les marais à leur recherche. « Vive la France », « mort aux Italiens » scanderont certains d’entre-deux.
C’est le 17 août que les scènes de lynchage seront les plus violentes. Cette chasse à l’Italien fera selon les sources, entre 7 et 17 morts. Pour Gérard Noiriel, « en mettant en concurrence des ouvriers de toutes provenances pour faire baisser les salaires, la Compagnie des salins du Midi a effectivement créé les conditions de cette tuerie ». Pour l’historien, le désarroi des laissés pour compte du capitalisme (ouvriers au chômage, vagabonds…) s’est transformé en violence ce jour-là. Leur colère ne visait pas les Italiens selon-lui, mais ce système qui les avait mis de côté et ne leur donnait pas de place.

Un rapport de l'ONU contre la prostitution infantile

Selon un article de Telesur (ici, en espagnol).

  • Résumé et traduction

Photo Archivo extraite de l'article
La rapporteuse des Nations Unies sur la vente, la prostitution et la pornographie infantiles, Najat Maalla M'jid a signalé que la situation au Honduras était particulièrement préoccupante. Les enfants risquent de tomber dans les griffes des pédophiles du fait de la pauvreté, de l'insécurité et de l'inaccessibilité des organismes de défense.

  • Mise en perspective

À l'heure où les politiques européennes de guerre au salaire nous promettent un devenir économique comparable à ce que traverse le Honduras, nous avons lieu de nous inquiéter pour l'avenir de nos enfants.

La guerre au salaire a été menée avec une rare efficacité dans ce pays, les ressources communes ont été consciencieusement privatisées et l'État a maintenu les privilèges de la propriété lucrative au détriment du bien être de la population ... comme en Grèce, comme en Espagne et, demain, comme en France ou en Belgique. L'essentiel des terres agricoles est accaparé par United Fruit dans ce pays longtemps considéré comme une république bananière. La pauvreté et la disette sont endémiques dans ce pays qui nourrit donc les Américains.

La prostitution infantile est une forme d'emploi extrême qui, par ses côtés insupportables en révèle l'exploitation.

- L'employé doit toujours vendre du 'temps de disponibilité' pendant lequel il doit obéir à l'employeur, pendant lequel il est privé de ses droits civiques les plus élémentaires. Il se soumet, en quelque sorte, aux caprices du client-patron.

- L'enfant subit dans sa chaire et dans son psychisme les outrages de la maltraitance de la prostitution. Comme les médicaments ou les doses radioactives mortelles pour les enfants sont toujours également nuisibles pour les adultes, l'hypersensibilité des enfants révèle que l'emploi-prostitution nous nuit à tous, que nous en gardons des séquelles, des traumatismes, des blessures, que la liberté vendue a un prix: notre bonheur, notre santé.

Un cadre de Wal-Mart passe aux aveux

Dans un article de Alternet (ici, en anglais), un manager anonyme de l'enseigne dévoile ses pratiques employistes dans une interview vérité. Cette entrevue souligne la communauté sociale entre les employés de l'encadrement et les opérateurs non qualifiés: une même emprise du temps, une même déprime salariale, une même prolétarisation du travail, une même obsession du profit des actionnaires.

Résumé et traduction

 Le président Obama a proposé de supprimer les dérogations à la limitation des heures supplémentaires pour les managers salariés à plus de 18.000€ par mois.

Ce manager dit que cette loi serait une bonne chose (ne fût-ce que parce qu'elle obligerait l'employeur à compter les heures supplémentaires).

Il affirme travailler régulièrement 48 heures par semaine et, en période de coup de feu, jusqu'à 60 heures. Cela obère sa vie de famille. Son salaire annuel s'élève à 34.000€. Il passerait plus de temps en famille s'il avait moins de temps d'emploi.

Les heures supplémentaires des managers ne sont pas indemnisées. C'est pourquoi, ils sont utilisés à la place des employés pour faire la caisse, les assortiments, les rayonnages. Les managers ne prennent pas de vraie pause, ils ne prennent pas le temps de déjeuner, etc.

Pour le manager, une régulation du secteur ne diminuerait pas les embauches: Wal-Mart embauche déjà aussi peu que possible: cette politique ne favorise pas les prestations de service à la clientèle (un manager à la caisse ne peut veiller à l'approvisionnement des rayons).

Le travail administratif de gestion du cadre est réduit à néant: les cadres pallient les manques de personnel. Cette politique n'est pas appliquée par toutes les enseignes. Certaines ont une masse salariale élevée mais leurs prestations à la clientèle sont meilleures: ces compagnies conservent une marge élevée. 
 
Il n'y a pas de raison que les heures supplémentaires ne soient pas payées, que Wal-Mart ne rende pas ces heures prestées aux employés [aux associés, dit-on dans le texte original en sabir managérial].

Pour le cadre, il est important que les employés de l'enseigne sachent que l'encadrement n'est pas composé de monstres, bien des managers sont malheureux, brouillés avec la direction - c'est très différent de travailler en magasin ou derrière un bureau en Arkansas, [à la direction du groupe].

Basta enquête sur l'empoisonnement des femmes de ménage

Nolwenn Weiler dans Basta fait le point sur les empoisonnements subis par les femmes de ménage en France ici. Dans le secteur, les emplois sont précaires et pénibles, les horaires sont souvent découpés et ... l'exposition aux substances chimiques toxiques est constante. Extrait.

En France, les 15 000 entreprises du nettoyage emploient 250 000 agents et réalisent un chiffre d’affaires de 9 milliards d’euros. Les contrats sont précaires et le travail pénible. 67% de la main d’œuvre est salariée à mi-temps, pour une moyenne de 23 heures de travail par semaine. La très forte concurrence impose aux travailleurs des cadences élevées, le nombre de m2 qu’ils sont censés nettoyer en une heure ne cesse d’augmenter. La recherche de rentabilité à tout prix influe aussi sur le choix du matériel et des détergents, achetés en fonction de leur prix sans attention pour leurs effets sanitaires. Et quand il faut faire vite, il est difficile, voire impossible, de porter les équipements de protection, d’ailleurs rarement fournis par les employeurs.
« Avec un masque, il est impossible de respirer vite », témoigne une femme. Idem pour les gants, qui font perdre en dextérité. Il y a de toute façon une inconscience totale vis à vis du danger, défaut d’information oblige. Une enquête sur les risques chimiques dans le secteur du nettoyage réalisée par le service de santé au travail d’un syndicat espagnol est à cet égard très révélatrice : 28% des personnes interrogées disposaient de la fiche de sécurité des produits utilisés quotidiennement et seulement 17% connaissaient le nom des produits chimiques. 70% en ignoraient les effets à long terme.

Harcèlement - synthèse provisoire

Le harcèlement est un ensemble de techniques qui visent à anéantir un sujet (le harcelé). Il s'agit de comportements hostiles répétés par un individu ou un groupe contre une personne (le harcelé).

Nous recommandons particulièrement:

L'interview d'Elisabeth Dès, urgentiste (ici).

Une vidéo-interview de Christophe Dejours, psychiatre (ici).

Une interview de Marie-France Hirigoyen, psychiatre (ici).



Il peut s'agir d'actes

- mise au placard

- sabotages

- envoi en mission impossible

- refus de donner les moyens nécessaires pour s'acquitter d'une mission

Il peut s'agir de paroles

- remarques humiliantes, sur le physique, l'état d'esprit, l'ethnie ou le groupe social

- humiliations publiques

- réunions pour des accusations publiques

- remarques répétées sur la qualité du travail ou de la personne, en privé ou en public, par écrit ou par oral

- menaces, plus ou moins explicites

- jugement sur la personne, évaluation de ses qualités intrinsèques

  • Dans le cadre de l'emploi, le harcèlement peut être utilisé pour

- maintenir un climat d'angoisse, d'isolement entre les travailleurs.
Ce climat empêche l'organisation des travailleurs en collectif, il sabote leur pugnacité sociale. Cette tactique les empêche de s'organiser pour gagner davantage de salaire ou de réduire le temps d'emploi, ce qui permet de conserver la part de la valeur ajoutée que les travailleurs produisent dévolue aux dividendes des propriétaires.

- la désignation d'un bouc émissaire (arbitraire, si possible) peut également servir dans le cadre du management par la haine.
Les autres employés, terrorisés à l'idée de subir les avanies du harcelé se taisent, commettent toutes les servilités pour conserver leur poste.

- pousser à la démission (ou à la maladie, ou au suicide) un employé.
La démission (la maladie ou le suicide) permet d'économiser les indemnités de licenciement aux employeurs. Il n'y a pas de petits profits, comme on dit.

  • Une maladie sociale

L'un dans l'autre, le harcèlement professionnel prend des proportions alarmantes. À ce stade, il s'agit d'une épidémie sociale grave. Si les symptômes (et les séquelles médicales) sont individuelles, les problématiques socio-économique dans lesquelles s'inscrit l'emploi expliquent pleinement la genèse de la pandémie.

Nous rappelons que c'est uniquement l'obsession du profit qui génère le harcèlement professionnel (nous ne parlons pas d'autres types de harcèlement ici).

  • Faiblesse syndicale et ébauche de mobilisation du corps médical

Les syndicats sont très peu mobilisés sur la question du harcèlement professionnel - il met souvent en cause, ne fût-ce que en tant que complices d'autres employé - et les médecins ne sont pas toujours à l'aise avec les symptômes psychiatriques d'une maladie sociale.

L'approche médicale peut se heurter à l'écueil de l'individualisation du problème. Si, une fois que le harcèlement a endommagé la santé de l'individu, il doit être soigné à un niveau individuel, la prévention s'impose à un niveau social et économique.

Au niveau économique, il faut dénoncer

- la toute puissance des propriétaires lucratifs,

- les managements tournés vers la rentabilité,

- le compromis de Washington (primat de l'économique sur l'humain) et affirmer le compromis de Philadelphie (primat de l'humain sur l'économique)

- l'apathie des syndicats, de la médecine du travail et de la justice sur ces sujets.

  • Conséquences

Le harcèlement constitue un délit, il est susceptible d'entraîner

- des suicides (avec, en cas de suicide raté, d'éventuelles séquelles)

- des dépressions réactionnelles (des années d'incapacité de travail et, parfois, des séquelles mortelles)

- un manque de confiance en soi (parfois définitif)

- un développement de maladies mentales.

Le crime du harcèlement professionnel est permis, soutenu par la nature de la propriété lucrative et par la nature de l'emploi.

  • Réagir

Si vous êtes menacé par le harcèlement ou si vous avez un proche qui l'est, il faut réagir au plus vite sans sous-estimer le danger encouru.

-  trouvez un médecin sensibilisé au problème et allez consulter au plus vite; si votre médecin n'est pas sensibilisé à ce sujet et ne peut entendre votre problème, trouvez-en un autre

- instruisez méthodiquement un dossier judiciaire en relevant les remarques, en conservant toutes les pièces écrites possibles. Les batailles judiciaires sur le sujet demeurent rares (les syndicats sont mal à l'aise et les harcelés sont trop épuisés pour se défendre juridiquement) mais l'arsenal judiciaire existe

- n'oubliez jamais que vous travaillez pour vivre et non l'inverse, que votre vie est sacrée, que vous êtes infiniment plus important(e) que tous les bilans comptables du monde

- soyez attentifs aux actes de harcèlement professionnel que d'autres subissent

- sensibilisez votre syndicat ou votre délégation des employés sur ce sujet

- maintenez de l'union et de la solidarité entre travailleurs, autant que faire ce peut. Un travailleur isolé qui dérange peut être harcelé, un collectif de travail uni est invincible.

Harcèlement et emploi

Le harcèlement dans l'emploi, un sujet (de plus en plus) d'actualité ...

Extrait

Le harcèlement moral au travail existe pourtant toujours. Comment l'expliquez-vous ?

- J'ai l'impression qu'il y a une banalisation. Il y a eu une prise de conscience et une amélioration avec la loi mais, avec la crise économique, nous assistons à un retour en arrière. Les relations au travail se sont durcies.

Vous observez cet impact de la crise ?

- Je reçois des cas plus graves qu’il y a quelques années. De personnes qui disent "j’ai supporté parce que je n’ai pas le choix, je ne peux pas perdre mon travail". Il y a un durcissement des méthodes de management qui amène les personnes à l'épuisement. Il suffit alors d'un chef tyrannique ou d'un collègue qui veut un peu plus de pouvoir pour que ces personnes épuisées se défendent mal et soient victimes de harcèlement moral.

La fragilité de l'économie augmente donc la vulnérabilité des salariés face au harcèlement ?

- La crise mais aussi le changement de société - cette société de réussite où il faut être le meilleur - peuvent amener des personnes à avoir des comportements inacceptables, sans en être conscientes, pour garder leur poste, pour avancer dans l’échelle hiérarchique.


http://tempsreel.nouvelobs.com/social/20140217.OBS6582/harcelement-moral-au-travail-il-y-a-un-retour-en-arriere.html?xtor=RSS-27

Des mineurs dans les champs de tabac


  Aux États-Unis, 400.000 enfants travaillent dans les champs des fermes familiales pour aider leurs familles sous pression des dettes et de la concurrence des industries. La plupart de ces familles survivent sous le seuil de pauvreté. Les enfants peuvent travailler dès 10 ans (références: Allegra Kirkland, The Nation, ici).

Rassurons-nous en rappelant que, alors que ces petites mains s'empoisonnent aux pesticides ou à la nicotine, elles ne peuvent acheter des cigarettes à l'épicerie du coin.

L'inspection du travail sabotée en France

Les employeurs ont les coudées franches pour multiplier les pratiques esclavagistes. Extrait.

"Les missions de l’Inspection du travail relevaient déjà de la mission impossible. Avec 2250 agents de contrôle pour 1,8 million d’entreprises, soit 800 par personne, on mesure l’ampleur de la tâche. Cette situation est, déjà, un quasi encouragement pour tous ceux qui veulent contourner une législation qui protège les salariés tant la probabilité d’un contrôle est faible. Pourtant, au yeux du ministre du travail, Michel Sapin, il semble que ce soit encore trop."

http://www.regards.fr/web/Courteline-a-l-Inspection-du%2c7430

Chantier interdit au public

Notes de lecture de Nicolas Jounin, Chantier interdit au public, La Découverte, 2009.

Un sociologue s'est fait embaucher, il y a une demi douzaine d'années, comme manœuvre dans la construction pour enquêter sur les conditions de travail dans le secteur.

  • Voici quelques éléments de son enquête.

- Les grandes sociétés de la construction recourent systématiquement à la sous-traitance ce qui permet de sécuriser leurs marges et de se dédouaner de leurs responsabilités quant aux pratiques des employeurs. Parfois, les sous-traitants s'accumulent à tel point que, sur un chantier, le statut de chaque travailleur, leurs salaires et leur encadrement seront différents.

- La gestion du personnel est raciste. À chaque origine correspondent des aptitudes, des qualifications supposées. Les "Maliens" (avec une notion assez élastique du Mali) sont affectés (et compétents) pour le marteau-piqueur par exemple mais l'enquêteur, d'origine française ne peut, a priori, être désigné pour ce poste. Les différents postes seront attribués à différentes ethnies.

- L'humiliation est permanente. Les plaisanteries, les commentaires racistes, les humiliations fusent sans discontinuer. Un Malien sera, par exemple, appelé Mamadou, sans égard pour son prénom.

- La précarité est extrême. Les intérimaires sont embauchés à l'heure, à la journée, à la semaine. On en amène beaucoup sur le chantier pour être sûr d'en avoir assez, on renvoie les autres. L'intérimaire peut travailler des semaines, des mois pour une entreprise sans être sûr d'y travailler le lendemain. Une entreprise aura recours à de la main-d’œuvre intérimaire parfois de manière majoritaire. Les intérimaires accumulent les intérims et deviennent parfois extrêmement qualifiés sans jamais avoir droit à la stabilité professionnelle. 

- Cette précarité permet de faire pression sur les conditions de travail. Les heures supplémentaires gratuites sont nombreuses, les règles de sécurité sont impossibles à respecter du fait de la pression à la rapidité. Les travailleurs travaillent mal, rapidement; ils se font crier dessus, insulter par des contremaîtres stressés.

- Les agences d'intérim gèrent cette main-d’œuvre intérimaire en faisant leur les critères racistes de leurs clients. Elles rabotent les primes, acceptent les faux-papiers grossiers, se constituent des 'portefeuille' d'intérimaires à disposition en cas de coup dur.

- Les salaires sont dérisoires et le demeurent. Sauf quand, au bout d'une ascension sociale improbable, le travailleur accède à une stabilité professionnelle et à des avancements. La probabilité d'avancement est fortement liée à l'origine ethnique des travailleurs: il vaut mieux être européen et, pour les Européens, il vaut mieux être français.

- Les ouvriers sans papier utilisent des faux, parfois grossiers. Ils sont d'autant plus précaires, d'autant plus soumis à l'agence d'intérim, aux contremaîtres ou aux cadences infernales qu'ils ne peuvent, juridiquement parlant, que mal se défendre, qu'ils ne connaissent pas bien la langue. Les entreprises de la construction recourent massivement aux sans-papier via les agences d'intérim.

- Les immigrés sont souvent pris au piège. Ils attendent une improbable stabilisation professionnelle, ils attendent du salaire pour pouvoir faire leur vie au pays alors que la construction fonctionne comme un piège humain où le travail (et son salaire) du lendemain n'est jamais garanti, où les revenus sont insuffisants et trop aléatoires pour pouvoir même ... s'en aller.

- Le secteur appelle de plus en plus des ouvriers détachés par des sociétés bidon de l'est du continent. Les travailleurs détachés ne sont tolérés sur le territoire que dans la mesure où ils sont employés, ce qui les rend corvéables à merci. En outre, ils ne cotisent pas à la sécurité sociale et n'ouvrent aucun droit, ce qui les rend, là aussi, d'autant plus fragiles.

- L'espérance de vie en bonne santé est très réduite dans l'intérim. Faute de trouver rapidement une stabilisation, un statut CDI et une reconnaissance de leur qualification, les ouvriers voient leur santé décliner rapidement du fait de la pression à la productivité, des intempéries, de la violation des règles de sécurité.

  • Note supplémentaire

Au rayon pratiques esclavagistes, il faut aussi mentionner le recours à des faux indépendants. Ils ne dépendant que d'un seul employeur, transformé en 'client'. Ce type de contrat soi-disant commercial fait l'impasse sur les responsabilités de l'employeur et pousse jusqu'au bout la logique de dépendance, le rapport de force défavorable pour l'emploi et contre le salaire, contre le travail.

Ce genre d'"employé" est évidemment corvéable à merci, sous-payé, il peut être licencié dans l'heure et ne fera jamais grève. Il devra également s'indemniser lui-même en cas de maladie ou le jour où ses tempes grisonneront.

Comme toutes les entreprises auront recours aux mêmes pratiques managériales-esclavagistes, les gains de productivité en seront absorbés finalement par le jeu de la concurrence (sauf si un oligopole s'entend sur les prix, ce qui n'est pas exclu dans le secteur, auquel cas, ce sont les profits qui demeurent élevés).

Lock-out d'Ikea au Canada

Ikea pratique le lock-out dans sa filiale de Richmond, en Colombie Britannique (voir ici). Les ouvriers ne touchent plus de salaire depuis le mois de mai. Ce lock-out, ce blocage patronal, fait suite aux mouvements de grève contre la précarisation et la déflation salariale envers les nouveaux embauchés.

Le lock-out est une pratique patronale simple: le patron cesse toute production, il arrête de payer les salaires. Il agit au nom de la propriété lucrative, le patron s'arroge le droit d'abusus sur l'outil de production.

Les employés sont poussés par l'aiguillon de la nécessité, par la misère ou par la faim alors que le patron n'obère ses profits que de manière provisoire.

Cette façon de s'arroger la propriété de l'outil de production jusqu'à son sabotage, ce que nous appelons l'abusus, est liée au droit de la propriété. Il s'agit d'un abus de pouvoir manifeste puisque tout ce qui est la propriété du patron a été payé par les plus-values, par le surtravail des producteurs. Le vol initial du fruit du travail se double d'un sabotage.

Les producteurs sont réduits à la misère et doivent alors céder aux exigences patronales sauf à trouver la parade: le lock out est toujours local (sinon le capital disparaît), si la grève est générale, le rapport de force s'inverse. Le propriétaire voit son bien disparaître rapidement et doit réagir en obéissant aux injonctions des ouvriers.