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Enclosure, colonisation et ... sorcière

Naïké Desquesnes nous emmène sur les traces des sorcières dans Le Monde Diplomatique (ici, en français).

Au moment de l'apparition d'une forme primitive du capitalisme, on assiste à un triple mouvement: enclosure des terres communes, colonisation des Amériques et ... chasse aux sorcières.

Voici le résumé que fait Desquesnes de
1. Anne L. Barstow, Witchcraze : A New History of the European Witch Hunts. Our Legacy of Violence Against Women, Pandora, San Francisco, 1994.
2. Silvia Federici, Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, Entremonde-Senonevero, Genève-Marseille, 2014, 430 pages, 24 euros.

[Fédérici] commence par revisiter un concept fondamental de la pensée marxiste pour situer la sortie du système féodal : l’« accumulation primitive », soit l’expropriation terrienne de la paysannerie et la création du travailleur « libre » et indépendant. Seulement voilà : du sort de la travailleuse, Karl Marx ne dit mot. Un constat déjà posé par des féministes depuis les années 1970, qui trouve ici une profondeur historique indispensable pour saisir les liens entre capitalisme et instauration du patriarcat salarié : la femme est petit à petit forcée à faire du travail de reproduction et des tâches domestiques son activité « naturelle », non rémunérée.
Selon Federici, trois éléments fondent le nouvel ordre économique : la privatisation des terres villageoises autrefois collectives, la colonisation du Nouveau Monde et... la chasse aux sorcières. Les clôtures éliminent l’accès universel à des biens de base : le bois, le pâturage, les herbes thérapeutiques. Davantage dépendantes de ces biens communs pour leur subsistance, leur autonomie et leur sociabilité, les femmes sont les premières à pâtir de leur disparition. Si les hommes pauvres partent travailler à la ville, elles restent seules. Elles rejoignent les rangs des vagabonds, empruntent ou chapardent. Accusées de pacte avec le diable, de vols nocturnes ou encore de meurtres d’enfants, deux cent mille d’entre elles sont victimes de procès en sorcellerie sur une durée de trois siècles, selon l’historienne Anne L. Barstow.
En étudiant la répression et la discipline des corps féminins dans l’Europe du Moyen Age, Federici éclaire la condition de toutes les femmes à ce moment de basculement. Car la sorcière, c’est la femme en marge ; et, en attaquant les marges, l’Etat et l’Eglise construisent la norme. Sous l’étiquette de « sorcière », on pourchasse toutes celles qui ne rentrent pas dans le moule : célibataires, libertines, vagabondes, connaisseuses des remèdes traditionnels voués à disparaître au moment où la médecine moderne se met en place et devient l’apanage des hommes de science.

Libéralisme militaire en Centrafrique

  • Résumé et commentaire d'un article de l'Humanité.

Extrait:
Aujourd’hui s’ouvre à Paris le sommet de l’Élysée sur la paix et la sécurité en Afrique. La France veut se repositionner sur les terrains économiques et militaires. En prônant la poursuite de politiques néolibérales tournant le dos au développement.
Le livre blanc de la défense défend pourtant un autre point de vue.
Extrait

Le livre blanc sur la défense et la sécurité, rendu public le 29 avril, pérennise d’ailleurs un maintien global des crédits militaires. Plus question donc d’un désengagement des troupes françaises basées sur le continent. Au contraire. La zone sahélo-saharienne, le golfe de Guinée et la Corne de l’Afrique deviennent des « zones proches d’intérêt prioritaire ». Quant aux diverses bases françaises, elles sont regroupées sous le vocable de « points d’appui militaires en Afrique » dans lesquels apparaît la « zone Mali-Niger-Burkina Faso », directement issue de l’intervention au Mali.
Benoît Hazard, anthropologue spécialiste de l'Afrique de l'Est, résume la situation comme suit:
Extrait

Cette stratégie française s’inscrit dans les politiques de domination menées à l’échelle mondiale par les grandes puissances, en concurrence avec les pays émergents, à commencer par la Chine. À la guerre en kaki se superpose la guerre en col blanc en quelque sorte. « Dans nombre de pays qui composaient autrefois son pré carré, la France n’a plus la main sur le terrain économique et dans le domaine de l’extraction des richesses minières et énergétiques. De nouvelles élites africaines n’hésitent plus à jouer de la concurrence entre les grandes puissances et les pays émergents. D’où cette volonté de Paris de se repositionner dans une nouvelle configuration géopolitique, via l’implication militaire directe dans des conflits locaux »
 Mais cette stratégie sert la vieille idéologie de la colonisation rebaptisée néo-libéralisme dans l'urgence.
Extrait.
L’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, a déployé le volet concomitant : « Afrique-France, pour un nouveau modèle économique. » Les quinze propositions formulées s’inscrivent toutes dans le cadre de politiques néolibérales que sont souvent contraints de mener les pays d’Afrique subissant des pressions politiques autant qu’économiques. Tout est résumé par cette phrase de Moscovici : « L’une des conclusions de ce rapport, c’est qu’il faut donner au secteur privé toute sa place, lui laisser davantage la parole. » Une façon de justifier la poursuite de politiques d’ajustement structurel qui depuis des décennies, sous la houlette du FMI et de la Banque mondiale, brisent les services publics, seuls points d’appui pour des politiques de développement au service des populations. Dans tous les domaines, l’étau de la dépendance économique se resserre à mesure que le secteur privé, représenté par des multinationales occidentales, étend ses tentacules dans tous les domaines.

  • Commentaires

 Nous rappelons à toutes fins utiles que ces politiques cachent mal l'enclosure, le pillage des ressources naturelles partagées, la destruction des modes de production économiques vivriers, l'asservissement de la main-d’œuvre à l'emploi par la misère sont des crimes employiques et doivent être condamnés comme tels, sans considération pour le blabla ethno-colonialiste ou chrématisticien des criminels.

  • Pour Oulala! l'intervention en Centrafrique obéit à une logique de pillage

La France interviendra donc militairement. Mais en faveur de qui ? D’un gouvernement lui-même issu d’un putsch. La France n’est pas à une contradiction près. En revanche, lorsque des intérêts économiques majeurs sont en jeu, la logique est remisée au placard. Comme on peut le lire sur le site officiel du ministère des affaires étrangères, l’Élysée a directement en ligne de mire les ressources naturelles de son ancienne colonie : « En dépit de l’instabilité politique et des risques sécuritaires, Air France, Bolloré (logistique et transport fluvial), Castel (boissons et sucre), Total (stockage et distribution des produits pétroliers), CFAO (distribution automobile) ont maintenu leurs implantations en RCA. L’arrivée en 2007 de France Télécom dans la téléphonie mobile marque un certain intérêt des investisseurs français. Les pillages consécutifs à la prise de Bangui par les rebelles le 24 mars ont fortement perturbé l’activité des entreprises françaises ».
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