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Échographie d'une classe

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Méthode


Cet article synthétise l'ensemble des notes de lecture sur l'histoire de la sécurité sociale, ses acteurs et sa genèse que nous avons publiées sur ce site.

La synthèse s'appuie sur des documents de deuxième ou de troisième main. Il ne s'agit donc pas d'un travail d'historien mais d'un travail de journaliste. Tous les documents auxquels il est fait référence sont sourcés dans les articles les résumant.

Thèses


1. La sécurité sociale est une pratique salariale de la valeur qui s'oppose à la pratique capitaliste de la valeur. Comme la bourgeoisie s'opposait économiquement aux pratiques de la noblesse au moyen âge, les producteurs s'opposent économiquement aux pratiques capitalistiques par leurs propres institutions

2. Cette pratique tend à s'imposer à l'ensemble de l'économie. La sécurité sociale régime général en France ou le régime interprofessionnel en Belgique sont des jalons de cette conquête inscrite dans le temps long.
3. Les institutions capitalistes sont: la rémunération par le temps; le marché de l'emploi; la propriété lucrative et la dette.

4. Les institutions des producteurs sont la cotisation comme pratique universelle, la prestation comme droit personnel, la construction d'une base matérielle pour la grève, pour la santé, pour le chômage et pour la retraite. Ces pratiques sont susceptibles de permettre l'activité économique sans propriétaire et sans employeur.


Synthèse


Nous avons en tout cas relevé les faits suivants dans les documents recensés:

1. Au XIXe siècle, les ouvriers organisent des caisses de grève pour éviter la misère en cas de conflit social.
Ces caisses se construisent à mesure que le prolétariat ouvrier s'éloignent matériellement de toute base agricole (voir ici).


2. Les femmes ont créé des caisses en fonction de leurs besoins spécifiques, ce qui permettra d'intégrer la politique familiale ou l'assurance santé dans les caisses de sécurité sociales (voir ici).

3. [supposition logique] Les grèves des hommes n'ont pu tenir que parce qu'elles étaient soutenue par les femmes; les caisses de grève des hommes n'ont pu être alimentées que parce que les femmes donnaient leur accord. De même, les grèves de femme et les cotisations de femme n'ont pu être victorieuses que parce que les hommes les soutenaient ou les acceptaient.
Des tensions au sein du ménage sur un sujet aussi grave condamnaient toute grève à l'échec et, donc, toute grève victorieuse ne l'a été que parce que les membres du ménage ont fait montre de solidarité entre eux.

4. Sous la pression des caisses de grève et des caisses de secours mutuels, les pouvoirs publics en Belgique, après avoir interdit les caisses de secours mutuel, les tolèrent et les encouragent.
Pour les pouvoirs publics, les caisses de secours mutuelle concurrencent les caisses de grève et, pour le faire efficacement d'un point de vue patronal, elles doivent offrir des prestations de qualité et, surtout, ne pas intervenir en cas de grève. C'est donc sous la pression de ces caisses de grève, de cette pratique de la valeur spécifique par cotisation liée à la lutte de classe que la pratique de la valeur par cotisation se généralise (voir ici). De même, en Allemagne, c'est sous la pression de la montée du mouvement socialiste que le Bismarck crée une pratique de la valeur par cotisation et en Angleterre et aux États-Unis, c'est sous la pression du mouvement syndicaliste que l'État se met à intervenir dans le secours ouvrier (voir ici).

5. Alors que,
en France, c'est le principal syndicat prolétaire et l'ensemble de ses membres (de quelque sensibilité politique que ce soit) et les relais prolétaires communistes (Croizat, notamment) dans le monde politique qui mettent en œuvre le régime général obligatoire de la sécurité sociale à la Libération (voir Bernard Friot, La Puissance du salariat, La Dispute, 2012),


en Belgique, la sécurité sociale naît de la concertation sociale entre partenaires (voir ici). Ces partenaires (patrons et ouvriers) s'inquiètent de la paix sociale. Mais ces négociations ont lieu sous la pression de grèves massive pendant et après la guerre, alors que les grévistes engagés dans la résistance sont massivement armés (et que la gendarmerie est désarmée). Elle se fait dans le cadre d'un rapport de force très favorable aux prolétaires. La "paix sociale" est surtout inspirée par la crainte des possibilités qu'ouvrent ces mouvements sociaux puissants et décidés (voir ici). Par la grève de 1936, les producteurs ont obtenu des augmentations de salaire, des augmentations substantielles des allocations familiales et des congés payés (voir ici).

6. En tant que pratique de la valeur spécifique, la sécurité sociale a fait l'objet d'attaques de la bourgeoisie incessantes depuis la Libération que de défenses et de conquêtes de la part du prolétariat.
Du côté défensif, on citera les mouvements contre les réformes des pensions en France ou la forte mobilisation actuelle contre la sape des cotisations sociales en Belgique. Du côté offensif, on citera l'extension du filet de la sécurité sociale, l'existence (maintenant supprimée) à un moment donné d'un salaire-prestation chômage à vie en Belgique ou les embryons d'organisme publics de recherche financés par la cotisation.

7. En Belgique, l'émergence de syndicats unitaires à la Libération a permis aux factions favorables à la collaboration de classe de marginaliser les syndicats les plus combatifs. Ces syndicats unitaires ont pratiqué la cogestion.
Cette attitude a depuis lors souvent créé des tensions entre les producteurs représentés et la ligne politique et sociale de leur représentants. À la Libération, la FGTB s'inquiétait qu'on pût donner de l'argent à des chômeurs qui ne travaillaient pas - ce qui constituait, dès l'origine, une rupture assez violence avec le marxisme dont se réclame ce syndicat puisque Marx considérait le travail à gage comme une forme d'aliénation esclavagiste (voir ici).
8. Le fait que les institutions syndicales ouvrières soient actives dans l'extension de la pratique salariale de la valeur (comme en France, dans le cas de la CGT) ou qu'elles soient moins engagées (comme en Belgique) ne change pas le fait que, dans les deux cas, la création de valeur économique par cotisation-prestation à la personne, la pratique prolétaire de la valeur s'impose par le biais ou en dépit des institutions censées représenter les producteurs.
C'est la force même de cette pratique économique et de la classe qui la porte qui s'impose - que ce soit par les pratiques coopératives, par la sécurité sociale, par les caisses de grève, par les soupes communistes ou par la lutte comme mode de création de valeur ajoutée salariale.
9. Comme la pratique économique de la bourgeoisie s'est imposée au fil du temps sur les pratiques antérieures de la noblesse, la pratique économique prolétaire tend à terrasser en terme d'efficacité la pratique économique propriétaire. Les coopératives résistent mieux à la crise, les pays à sécurité sociale bismarkienne résistent mieux à la crise et, même, en termes capitalistes, les pays les plus productifs sont ceux où la pratique prolétaire de la valeur est la plus avancée, la plus étendue.

10. Dans l'émergence de la pratique prolétaire de la valeur, l'État joue davantage comme une courroie de mise en droit du mouvement, comme une machine enregistreuse des acquis que comme force de création de ladite pratique prolétaire.
L'étatisation de la sécurité sociale aux États-Unis et en Angleterre est liée avec une grande faiblesse des prestations et de la force matérielle de cette pratique. Par contre, dans ces deux pays, des caisses de grève et des pratiques de solidarité concrète entre producteurs sont monnaie courante dans les situations de conflit.

Actuellement, en Europe continentale, le personnel politique est hostile aux pratiques prolétaires de la valeur et tend à les étatiser pour mieux les enterrer. En Allemagne et en Belgique, c'est un tiers du financement de la sécurité sociale qui dépend déjà des impôts. Cette tendance légitime l'interventionnisme de l'État dans les salaires mutualisés des producteurs et constitue, de fait sinon de droit, un vol.

Par ailleurs, le mouvement d'étatisation de la sécurité sociale, de vol de salaire commun, de recul par rapport à une pratique prolétaire de la valeur se fait toujours au nom du combat contre la "pauvreté". Ces discours nient les producteurs comme classe et les réduisent à une condition, à une adversité. La classe-sujet de l'histoire, la classe qui invente une nouvelle pratique de l'économie est réduite à un objet sur lequel les "bonnes âmes" s'apitoient.
11. L'avènement de la sécurité sociale en Belgique montre une unité et une universalité de financement remarquables. L'avènement de la sécurité sociale en France montre un engagement remarquable des représentants de la classe ouvrière.
Mais, dans les deux cas ainsi que dans le cas de l'émergence d'une sécurité sociale en Allemagne ou en Angleterre, la détermination des prolétaires leur a donné un rapport de force permettant l'impossible (voir pour la Belgique ici et ici et, pour la France le film La Sociale).

Conclusion


La pratique prolétaire de la valeur est une pratique de l'économie qui se défait de l'employeur et du propriétaire. La valeur ajoutée est créée par le salaire attribué à la personne sur la base d'une caisse alimentée par des cotisations.

Cette pratique de la valeur permet de répondre aux défis de la crise écologique et de la crise anthropologique du travail actuels. Elle répond à des besoins et à des nécessités qui peuvent la rendre incontournable ... à condition que les producteurs s'assument comme sujet et non comme objet.

Quant à la faisabilité de la chose, les anciens (et les camarades qui se battent partout dans le monde - que l'on pense au courage et à la combativité des mouvements contre la loi travail en France ou pour les 15$ aux États-Unis) nous ont prouvé et nous prouvent tous les jours que rien n'est infaisable.

Dont acte.

La condition ouvrière

Un petit extrait de la philosophe (à ne pas confondre avec la femme politique) qui a eu l’ambition de penser le travail dans le cadre capitaliste. Curieusement l’exploitation en vigueur à l’époque rappelle furieusement les techniques les plus modernes de management.
L’extrait résume le monde de l’emploi en termes poignants. La philosophe s’est essayée à l’usine, dans des années trente que hante un chômage de masse ...
Il y a deux facteurs dans cet esclavage: la vitesse et les ordres. La vitesse: pour “y arriver” il faut répéter mouvement après mouvement à une cadence qui, étant plus rapide que la pensée, interdit de laisser cours non seulement à la réflexion, mais même à la rêverie. Il faut en se mettant devant sa machine tuer son âme pour huit heures par jour, sa pensée, ses sentiments, tout. Est-on irrité, triste ou dégoûté, il faut ravaler, refouler tout au fond de soi, irritation, tristesse ou dégoût: ils ralentiraient la cadence. Et la joie de même. Les ordres: depuis qu’on pointe en entrant jusqu’à ce qu’on pointe en sortant, on peut à chaque moment recevoir n’importe quel ordre. Et toujours, il faut se taire et obéir. L’ordre peut être pénible ou dangereux à exécuter, ou même inexécutable; ou bien deux chefs donner des ordres contradictoires; ça ne fait rien: se taire et plier. Adresser la parole à un chef - même pour une chose indispensable - c’est toujours, même si c’est un brave type (même les braves types ont des mouvements d’humeur) s’exposer à se faire rabrouer; et quand ça arrive, il faut encore se taire. Quant à ses propres accès d’énervement et de mauvaise humeur, il faut les ravaler; ils ne peuvent se traduire ni en paroles ni en gestes, car les gestes sont à chaque instant déterminés par le travail. Cette situation fait que la pensée se recroqueville, se rétracte, comme la chair se rétracte devant un bistouri. On ne peut pas être “conscient”. 
Tout ça, c’est pour le travail non qualifié, bien entendu. (Surtout celui des femmes). 
Et à travers tout ça un sourire, une parole de bonté, un instant de contact humain ont plus de valeur que les amitiés les plus dévouées parmi les privilégiés grands ou petits. Là seulement on sait ce que c’est que la fraternité humaine. Mais il y en a peu, très peu. Le plus souvent, les rapports même entre camarades reflètent la dureté qui domine tout là-dedans.
Simone Weil, La Condition ouvrière, Gallimard, 2002, pp.60-61.

Un déficit démocratique

En France, le "déficit" de la sécu, c'est 10 milliards.

En France, les exemptions de cotisations patronales, c'est 30 milliards.

En France, donc, le bénéfice primaire de la sécu s'élève à 20 milliards mais les cadeaux donnés aux employeurs, aux propriétaires lucratifs, au cac40, aux actionnaires induisent un déficit artificiel.

Et si on arrêtait de pomper une idée qui marche - la sécu par prestations-cotisations - avec une idée qui ne marche pas - l'emploi par les propriétaires lucratifs?

Les actionnaires ont détourné 25 milliards

Ce ne sont pas les patrons qui ont "économisé" cet argent. Ce sont les actionnaires, les propriétaires qui l'ont retiré de l'économie productive en l'amassant sur des comptes virtuels aux Caïmans ou au Luxembourg.

Les profits profitent aux profiteurs.

L'argent n'a pas été économisé, il a été perdu. Il a été perdu comme moyen de stimuler l'activité pour s'équiper d'écoles, d'universités, de crèches, de transports en commun, pour produire de manière plus écologique ou encore (par exemple) pour assurer la transition énergétique. Il a contribué à jeter dans la misère les producteurs qui auraient pu porter l'ensemble de ces ambitions.
Cet argent a surtout été perdu pour l'ensemble de l'économie comme prestations sociales, comme salaires hors emploi, comme possibilité de formes de vie sans employeur.

La ponction de 25 milliards (en France) représente plus de 1% du PIB. Comme cette ponction se reproduit chaque année et qu'elle prive de l'économie une masse monétaire perdue dans des coffres de propriétaires lucratifs insatiables, on peut parler de saignée.

Mais sous la houlette des Macrons, les employeurs et leurs actionnaires vont encore proliférer au nom de ... l'emploi et au détriment de l'économie, des salaires hors emploi.

Voir l'article de Challenge

Extrait
Les exonérations de cotisations de sécurité sociale ont représenté 27,6 milliards d'euros en 2012 (-2,2% par rapport à 2011), dont 25,6 milliards de cotisations patronales, selon les chiffres publiés vendredi 6 décembre par l'Acoss, la caisse nationale des Urssaf.
Ces exonérations, qui représentent 8,9% du total des cotisations dues aux Urssaf, sont notamment destinées à baisser le coût du travail pour les employeurs. L'Etat compense ce manque à gagner pour la sécurité sociale à hauteur de 90%.
En 2012, le montant global des exonérations est de nouveau en diminution (-2,2%), après une baisse de 5,7% l'année précédente.
Les allègements généraux sur les bas et moyens salaires (inférieurs à 1,6 Smic), mis en place à partir de 1993, représentent 80% de l'ensemble des exonérations. Ils sont en baisse en 2012 (-2,3%), sous l'effet notamment de la modification de la législation relative aux heures supplémentaires.

5% de la masse salariale dans le privé

Dans le secteur privé, les exonérations de cotisations représentent 5% de la masse salariale.
Parallèlement, les Urssaf ont encaissé l'année dernière un total de 316,5 milliards d'euros, un chiffre en hausse de 4% par rapport à 2011.
Cette progression fait suite à une augmentation exceptionnelle de 14,3% en 2011, liée notamment au transfert aux Urssaf du recouvrement des contributions d'assurance chômage et de la cotisation au régime de garantie des salaires.

Des anonymes

In memoriam de toutes les victimes de l'attentat, soutien et amitié à leur famille et à leurs proches.
C’est l’horreur qui nous a saisis, ce matin, quand l’incroyable nouvelle est survenue : un attentat sanglant contre Charlie Hebdo, des hommes armés, douze morts, près de vingt blessés. L’horreur, qui nous abasourdit. Et nous laisse sans mots.
L’amitié, ensuite, pour ceux et celles que nous connaissons et que nous aimons, et pour ceux et celles que nous ne connaissons pas. La douleur pour les morts, la désolation pour les blessés, l’amitié et le désir de réconfort pour leurs proches, leurs amis, leurs enfants. Comment vous dire qu’on est avec vous, avec notre tendresse et notre impuissance ? Mais nous sommes avec vous, de tout notre cœur.
Et puis la détermination. Ce sont des journalistes qu’on a voulu tuer, c’est la presse qu’on a voulu abattre, c’est la liberté qu’on a voulu détruire. Eh bien, nous le disons : nous ne céderons pas. Dans les temps difficiles d’aujourd’hui, et les jours sombres qui se profilent, il est vital que la liberté continue, s’exprime, s’affirme. Nous continuerons notre travail d’information et de témoignage, avec encore plus de détermination et d’énergie que jamais.
Ce texte est publié en commun par : Actu Environnement, Arrêt sur images, Basta Mag, Global Magazine, Huffington Post, Libéweb, Mediapart, Politis, Reporterre, Rue 89, Terra Eco, We Demain.

Alors que les noms des célébrités tuées dans l'attentat d'hier circulent partout, RTL nous rappelle les petites mains anonymes que les tueurs fous ont abattus.

Ces mains anonymes sont celles qui construisent le monde, le gardent, l'embellissent, l'entretiennent et le font advenir. Elles ont été tuées le onze septembre, elles ont été tuées à Madrid ou à Londres et, ici, à Paris. Elles sont tuées tous les jours en Irak, en Afghanistan ou au Yémen. Tous les jours.

Bien sûr la liberté d'expression n'est pas une option mais une nécessité. Elle nous est nécessaire pour défendre nos idées, nos points de vue; elle est nécessaire à la liberté de tous et au dynamisme de la société.

La violence emporte dans son aveuglement imbécile des dessinateurs mais aussi des gardiens d'immeuble, des policiers, des correcteurs ou, ailleurs, des secouristes, des pompiers, des marchands ambulants, des conducteurs de bus, des instituteurs, etc. Elle emmène tous les employés dont le tort est d'être là, au mauvais moment, dans l'exercice de leur emploi.

En souvenir de ces victimes anonymes, en souvenir des victimes célèbres qui abhorraient le pouvoir et la notoriété, voici l'extrait de l'article de RTL (disponible ici, en français)
Frédéric Boisseau, un agent de maintenance, salarié chez Sodexo. Il est la première victime des tueurs. Une fois à l'intérieur du bâtiment, ils se sont dirigés vers lui et l'ont abattu avant d'accéder au deuxième étage, où se situe la salle de rédaction de Charlie Hebdo, et d'y faire feu. Le leader mondial des services aux entreprises a d'ailleurs invité jeudi l'ensemble de ses 420.000 collaborateurs présents dans 80 pays à observer une minute de silence en hommage à Frédéric Boisseau.

Le policier chargé de la protection de Charb
Le brigadier Franck Brinsolaro, 49 ans, est également tombé sous les balles. Il est l'un des deux policiers tués dans l'attentat: il était chargé de la protection du dessinateur Charb. Franck [Brinsolaro] était le mari de la rédactrice en chef de l'hebdomadaire L'éveil normand, Ingrid Brinsolaro. Le couple s'était marié récemment et avait deux enfants, dont un de treize mois qu'ils ont eu ensemble. "Ingrid était très discrète sur les activités de son mari. Nous avons appris seulement le jour de l'attentat qu'il assurait la protection de Charb", a indiqué Philippe Rifflet, directeur délégué de l'Eveil normand.
L'hebdomadaire est en deuil et la petite rédaction va se réunir, sans témoin. "L'équipe se retrouve aujourd'hui. Il y a un journal à sortir, nous souhaitons rester entre nous", a déclaré M. Rifflet.

Ahmed Merabet: le second policier abattu, en rue cette fois
Ahmed [Merabet] est le deuxième policier abattu. Il est mort lors de la troisième fusillade avec les forces de l'ordre, survenue lors de la fuite des tueurs. Ahmed [Merabet] a été touché et s'est trouvé à terre, selon la vidéo diffusée sur internet et authentifiée par les enquêteurs. Les deux tueurs sont sortis de leur voiture et se sont approchés à petites foulées du policier. L'un d'eux lui a crié "Tu voulais me tuer!". Le policier a levé la main et dit "Non c'est bon chef", avant d'être abattu d'une balle en pleine tête. D'après certains témoignages, il avait 42 ans était musulman et marié. Ces informations n'ont pas encore été confirmées. Sur Twitter, cette photo est présentée comme étant son portrait.

Elsa Cayat, la psychiatre ayant sa chronique "Le Divan"
Parmi les victimes, la médecin, psychiatre et psychanalyste française Elsa Cayat. Elle collaborait à l'hebdomadaire en signant tous les quinze jours sa rubrique "Le Divan".

Mustapha [Ourrad], le correcteur venu de Kabylie
Mustapha Ourrad est aussi décédé. Il était correcteur à Charlie Hebdo, écrit Le Monde. "Il était né en Algérie, mais se revendiquait "kabyle". Orphelin, il était arrivé en France à vingt ans au terme d'un voyage payé par ses amis", révèle le quotidien français. "Après un parcours chaotique, il avait intégré une maison d'édition puis divers journaux où il était apprécié pour ses qualités de correcteur, son érudition, mais aussi son sens aigu de l'autodérision".

Michel Renaud était là pour rencontrer Cabu
Michel Renaud, était invité ce jour-là. Il est le fondateur du festival clermontois Rendez-vous du carnet de Voyage. Ancien directeur de cabinet du maire de Clermont-Ferrand, il était venu mercredi chez Charlie Hebdo pour rencontrer le dessinateur Cabu et lui rendre des dessins prêtés.

Employistes du dimanche

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En ce moment se discute la légalisation de la généralisation du travail du dimanche en France. Il convient de remettre le travail en emploi en perspective: les commerçants se font concurrence entre eux. Si une partie des commerçants ouvrent le dimanche, ils sont condamnés à tous ouvrir le dimanche faute de quoi ils risquent de disparaître.

Pour une grande enseigne, il est facile de gérer une équipe, de faire tourner les horaires de telle sorte que les travailleurs se retrouvent à la caisse le dimanche à tour de rôle.

Pour un petit commerçant qui est seul ou avec un ou deux employés, c'est intenable: il ne peut se permettre de travailler - ou de faire travailler son employé - systématiquement le dimanche.

Le travail du dimanche en emploi est un acte de guerre des grandes enseignes contre les petits commerçants. Or le commerce de proximité génère plus d'emplois (que mes lecteurs m'excusent cette grossièreté) que les grandes enseignes à chiffre d'affaire égal.

Le travail en emploi du dimanche est donc non seulement un acte de guerre des gros contre les petits mais en plus, c'est une mesure qui tend à diminuer l'emploi.

Une dernière chose. Si vous souhaitez augmenter le chiffre d'affaire du commerce de détail (objectif discutable en soi), il faut qu'il y ait des clients.

Pour qu'il y ait des clients, il faut augmenter les salaires - notamment les salaires socialisés - c'est-à-dire qu'il faut faire exactement l'inverse de ce que fait cet impopulaire gouvernement français pour le moment, ce gouvernement en guerre contre ... les salaires.
 Extrait de l'article du Monde (ici, en français et en libre accès)
Ce texte qui veut, en vrac, baisser les tarifs des notaires, ouvrir des liaisons de bus nationales, raccourcir les délais des prud'hommes, remettre à plat le travail du dimanche, renforcer le contrôle des sociétés d'autoroutes, simplifier l'installation des professionnels du droit, est « tout simplement une vraie loi de gauche », a assuré le ministère.
Emmanuel Macron en a profité pour répondre à Martine Aubry, assurant que son projet de loi était « une avancée sociale ». La maire de Lille avait dénoncé une « régression » dans une tribune au Monde. Dans un entretien au Monde, Jean-Luc Mélenchon s'est également opposé à cette mesure.
Il instaure l'obligation pour toutes les entreprises du secteur du commerce, quelle que soit leur taille, de verser aux salariés travaillant le dimanche « une compensation salariale », ce qui n'était pas obligatoire jusqu'alors dans les six cents zones touristiques existantes.
Le texte consacre par ailleurs l'extension du travail dominical : les maires pourront permettre aux commerces d'ouvrir douze dimanches par an au lieu de cinq actuellement. Le projet de loi veut également créer des « zones touristiques internationales » où le travail le dimanche et le soir sera possible toute l'année.

Simplification du code du travail

On nous signale que le Medef et François Bayrou s'inquiètent de l'épaisseur du code du travail (François s'inquiète pour la femme de l'artisan qui s'occupe de la comptabilité en la prenant sans doute pour une débile légère - ses électrices apprécieront).

Nous avons notre solution. Pour qu'un contrat de travail soit simple, il faut qu'il soit signé entre égaux en droit. Pour que les parties signataires soient égales en droit, il faut que
- elles jouissent d'un salaire garanti que le contrat soit signé ou non
- la propriété de l'outil de production soit une propriété d'usage.

À ces conditions, en pensant aux pauvres électrices de Bayrou, nous avons la solution pour simplifier le code du travail:

article 1
La propriété lucrative est abolie, seule est reconnue la propriété d'usage

article 2
Le salaire est un droit politique universel sur lequel le patron n'a pas de droit de regard.

article 3
c'est tout, je vous en prie, le plaisir est pour moi.
Code du travail: Bayrou démagogue
blogs.mediapart.fr

Un patron contre l'employisme


Un patron souhaite se débarrasser de l'emploi, de l'employeur, pour pouvoir travailler correctement. Avec notre sympathie.

Pour ma part, je préférerai un système où ma rémunération est fixée et où je conserve mes droits sociaux, tout en ayant la liberté de produire comme j’en ai envie (dans le respect de l'intérêt collectif dicté par les lois). Plutôt que le système actuel, où lorsqu’on se refuse à subir le salariat, on devient un sorte de paria, sans droit, obligé de s’aligner sur l’idéologie capitaliste pour espérer un minimum (non garanti!) de confort (une retraite, une prise en charge en cas de maladie grave, un revenu en cas d’absence d’activité, une couverture santé digne de ce nom…).

Quelle autre alternative existe-t-il quand on ne veut pas être le salarié d’un autre ? Pas grand-chose à ma connaissance. A croire que le système veut punir celui qui ose remettre en question le travail subordonné en lui imposant d’adhérer à la doctrine capitaliste, ou le cas échéant, d’en baver sérieusement.

Réponse à M. Macron d'un ex-salarié, ex-chômeur, aujourd'hui à son compte
blogs.mediapart.fr

Contrôle des chômeurs en France

On m'envoie ceci.

S'ils étaient libéraux et qu'ils constataient que les chômeurs ne voulaient pas chercher de l'emploi, ils devraient augmenter l'attractivité de l'emploi. Ils ne sont donc pas libéraux, ils sont totalitaires.

Ils ne s'agit pas de contrôler la motivation au travail - réelle et très efficace chez les chômeurs comme chez les autres - mais la motivation à l'emploi, à la vente de la force de travail à des propriétaires lucratifs. Les propriétaires lucratifs achètent la force de travail pour faire du profit. Pour cela, ils pillent les ressources naturelles, dégradent la santé mentale et physique de population entière et transforment la joie de l'acte, du faire ensemble, le désir et la puissance de l'être humain libre.

C'est cela qu'ils veulent contrôler. Ils veulent s'assurer que des formes de vie alternatives, des manières de créer de la richesse hors emploi puissent être les moins praticables possibles. Ce qu'ils contrôlent, c'est notre liberté; ce qu'ils corsètent, c'est notre puissance; ce qu'ils sabrent, c'est notre désir.

Mais le cœur de la vie traversera cette passe, le rythme du pas ira toujours plus loin que l'agitation du chiffre. Contrôles ou pas, nous avons cessé de croire dans leur "racontabilité", dans leurs tristes fadaises de comptes pas drôles, nous avons entrevu une lumière que nous ne pourrons plus éteindre. Après avoir appris à marcher, à nager, à courir, il ne nous sera plus possible de ramper.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20140902trib000846927/francois-rebsamen-veut-sanctionner-les-chomeurs-demotives.html

 Pour la fine bouche, Le Point rappelle le programme de Sarkozy: contrôler les chômeur et Le Monde Diplomatique fait les comptes, calculatrice en main, des montants de toutes les fraudes.

La guerre des graines

Nous vous partageons ce beau documentaire sur la guerre des graines.


Documentaire "La guerre des graines" - 52'

Cette vidéo montre deux logiques agricoles qui se font la guerre:

- les graines brevetées sont la propriété de grands groupes et enrichissent leurs actionnaires. Elles doivent être achetées chaque année aux compagnies privées, sont stériles, uniformes. Les agriculteurs dépendent des groupes agro-industriels qui peuvent augmenter leur prix ou changer leurs produits. Les récoltes nécessitent beaucoup d'intrants chimiques - ce qui rend le travail d'agriculteur dangereux - les rendements sont supérieurs mais, sur le long terme, les graines uniformes appauvrissent davantage les sols et sont susceptibles d'être emportées en totalité par des maladies. Comme les semences sont parfaitement uniformes, elles résistent moins bien aux prédateurs, aux moisissures. Les semences brevetées rendent le travail agricole répétitif. L'agriculteur doit investir et prendre des risques de nature spéculative puisqu'il achète ses semences à un moment donné et ne sait pas quelle valeur aura sa récolte au moment où elle sera mure.

- les graines libres sont choisie par l'agriculteur selon des procédés qui lui sont propres parmi les graines de sa récolte. Il les échange, peut mélanger les variétés cultivée dans le champ pour améliorer la résistance globale de la récolte aux maladies et aux parasites. Le choix se fait au toucher, au sentir, selon le temps de travail qui est propre à l'agriculteur. Les rendements à court terme sont moindres mais, à long terme, comme il ne faut pas de pesticides ou d'engrais pour nourrir des plantes plus rustiques, les dépenses sont moindres, le temps de travail est réapproprié.

Inutile de dire que les semences brevetées constituent un danger sanitaire pour les populations qui les mangent du fait des intrants chimiques qu'elles requièrent (sans parler des OGM dont les effets sont carrément inconnus ou sujets à controverse) et pour les agriculteurs. Les semences libres, triées par l'agriculteur présentent infiniment moins de risque.

L'Europe entend légiférer pour limiter l'usage des semences libres et encourager les semences à brevet parce que ... c'est bon pour les affaires et les affaires, c'est bon pour l'emploi.

L'Abolition des privilèges


La révolution française dont nous commémorons l'anniversaire a aboli les privilèges de la noblesse (c'était le quatre août 1789). Sous la pression du peuple en colère, elle a institué l'égalité en droit de toutes et de tous.

Il ne reste rien de l'égalité, de la démocratie quand on passe les portes de l'entreprise. Les privilèges demeurent, ils sont l'apanage des actionnaires, des propriétaires de l'entreprise, des employeurs.

Aujourd'hui, les officines de harcèlement des chômeurs les "relookent" pour les rendre employables, comme des objets sexuels qu'il s'agit de faire valoir,

aujourd'hui, le droit à la démocratie, au libre-arbitre ou à la libre-pensée demeure en dehors du monde de l'emploi,

aujourd'hui, ceux qui ont achètent et contrôlent le temps des autres qui n'ont rien et sont contraints de se plier au diktat des premiers.

225 ans après l'abolition des privilèges, tout est à refaire - et en premier lieu à cesser d'écouter les sirènes des "amis" prêts à nous vendre la soumission en kit au nom d'un improbable réalisme. La révolution française est encore à faire, les privilèges sont encore à abolir.

Les festivités sinistres autour du folklore de la commémoration de l'irruption du peuple dans l'Histoire ne sont que des cache-misère à cette réalité: toutes les injustices de l'ancien régime ont été reconstituées, du droit de cuissage à la gabelle, du droit de chasse aux droits de passage, du droit de naissance à la misère des travailleurs. Ces injustices sont le chiffre, le signe d'une économie soumise à l'argent mort, d'une économie de soumission de la vie à l'emploi, à l'utilisation mercantile de l'humain, de la volonté, de la passion et le puissance de nous et nos pairs.

Quel roi faudra-t-il détrôner, quel droit divin faudra-t-il démonter pour que, enfin, la liberté du travail soit libérée du joug de la propriété lucrative, quand les marchands de temps gris en auront-ils fini avec nos nuages, avec nos rêves, avec nos mains, nos cœurs, notre travail social, notre qualification? Quand les propriétaires lucratifs cesseront-ils de nous piller, de ronger notre temps, d'utiliser nos qualifications et notre énergie pour faire de l'argent? Quand abolirons-nous ce privilège exorbitant, le privilège de pouvoir se servir d'un être humain acculé par la misère pour faire de l'argent, quand mettrons-nous l'aiguillon de la nécessité hors la loi, quand mettrons-nous la propriété lucrative hors la loi?

Quand deviendrons-nous des citoyens libres de nos actes, de notre travail, de notre créativité, de notre rapport au temps, de nos rêves, de nos usines et de nos bureaux? quand cesserons-nous de nous incliner devant la noblesse de l'actionnariat, de l'employeur, quand pourrons-nous parler entre égaux au travail, quand pourrons-nous dire ce qu'on pense, décider ce qu'on fait et comment, quand serons-nous des êtres de droits, quand est-ce que la République passera les portes de l'usine ou du bureau? 


Bonne fête à tous, donc et ne vous faites pas distraire par les cérémonies ronflantes: la République doit encore être construite, la citoyenneté doit s'étendre à l'économique, la liberté du producteur doit être proclamée, l'égalité des êtres humains - propriétaires ou producteurs - doit être fondée et la fraternité doit s'incarner pour les chômeurs, pour les retraités, pour travailleurs avec ou sans emploi et passer les portes de l'usine et du bureau.

L'arbre des intermittents cache la forêt des précaires

On nous rappelle que, derrière la réforme du statut d'intermittent, ce sont tous les précaires qui sont sur la sellette, les intermittents servent de paravent à une réforme plus large qui s'attaque aux intérimaires dans le BTP ou dans la restauration.

Par ailleurs, nous répétons qu'il est suicidaire de faire valoir son droit au salaire au nom de l'utilité de la prestation professionnelle: c'est associer le salaire au mérite et le mérite au travail concret. C'est au contraire le statut, le travail abstrait, le salaire qu'il faut avancer en tant que droits du producteur et l'appartenance des travailleurs à la dignité de producteurs, que nous soyons dans l'emploi, dans la précarité ou hors emploi.

On ne sortira du chantage à l'emploi, du modèle assurantiel en pyramide de Ponzi que par ce truchement, on n'émancipera le travail de l'actionnaire et de l'employeur qu'en faisant valoir un salaire déconnecté du travail concret, un salaire pour tout et pour tous les producteurs.

C'est un piège de faire valoir l'utilité des artistes comme justification du salaire. Ce piège peut se refermer sur les artistes eux-mêmes: on aura beau jeu de leur renvoyer leur nombre insuffisant de prestations ou le lien entre leur rémunération sous l'emploi et leur dédommagement comme chômeurs temporaires.

Ce sont les salaires qui créent la valeur économique - et eux seuls - dans un processus que la propriété lucrative des actionnaires parasite. Il faut logiquement affirmer notre droit de salariés à un statut qui nous reconnaisse en tant que tels tout en nous libérant de l'emploi, mode d'organisation de l'activité humaine anxiogène, débilitant, contre-productif, pillant les qualifications humaines et les ressources naturelles.

Nous n'avons nul besoin de la menace, du pouvoir d'un actionnaire pour produire de la valeur économique et n'avons nul besoin de produire de la valeur économique pour produire des choses concrètes, pour "être utiles". Tous les êtres humains sont utiles, tous les êtres humains sont créatifs mais le salaire reconnaît le statut de producteur économique: en tant que tels nous y avons droit.
Ces intermittents qui cachent involontairement la forêt
blogs.mediapart.fr

L'associatif appelle au secours

Des Associations citoyennes alertent sur les mesures d'économie annoncées par Valls. Le secteur associatif va faire les frais de ces mesures et ne sera plus en état de fournir les services éminemment utiles (y compris à l'économie) qu'il fournit actuellement. En outre, les futur-ex travailleurs du secteur seront autant de chômeurs et autant de cotisants en moins pour la sécurité sociale.

Nous nous associons pleinement à cette dénonciation de l'austérité et à la valorisation d'activités non capitalistes. Néanmoins, nous nous permettons

- de suggérer l'extension de la fonction publique, des salaires à la qualification personnelle à l'ensemble du secteur (et aux autres secteurs, d'ailleurs), ce qui permettra aux intéressés de se consacrer pleinement à leurs activités utiles et non à des demandes chronophages de subventions aléatoires

- de répéter que la création de toute valeur économique n'est pas liée à l'emploi mais aux salaires (le travail concret crée les biens et les services concrets): il faut développer les salaires, les déconnecter de l'abominable logique de l'emploi.

Voici la lettre (obligeamment relayée par Reporterre, ici)

Le premier ministre a annoncé mercredi 16 avril la réduction des dépenses publiques de cinquante milliards d’euros en trois ans et de onze milliards de la dotation de l’État aux collectivités d’ici 2017 (soit trois milliards par an).
Ces décisions auraient pour conséquence, si elles sont appliquées, la disparition de très nombreuses associations et de dizaines de milliers d’emplois associatifs. La diminution du montant des dotations publiques constitue en effet la principale variable d’ajustement laissée aux collectivités territoriales pour compenser la perte de leurs ressources tout en maintenant les crédits destinés à exercer leurs compétences obligatoires.
Ce gouvernement, comme les précédents, semble ignorer que les richesses produites par la très grande majorité les 1 300 000 associations sont constituées avant tout de développement humain, de démocratie et de participation à la vie de la cité, de renforcement du lien social et d’épanouissement des personnes.
Paradoxalement, cette annonce tombe au moment même où le premier ministre affirme qu’il a besoin des associations pour gagner la bataille de l’emploi et reconstruire l’espérance, notamment dans les quartiers et les territoires ruraux ou périurbains où le désarroi gagne chaque jour du terrain.
Les ruptures de financements publics ont des conséquences extrêmement graves pour les associations : un recul général de leurs capacités d’agir, y compris pour celles dont l’action ne repose que sur l’engagement bénévole, une forte dégradation des conditions de travail, tant pour les salariés que les bénévoles, la destruction de dizaines de milliers d’emplois qualifiés, porteurs d’expérience et de savoir faire associatifs, leur remplacement partiel par des emplois précaires et sous qualifiés, souvent en substitution de services publics territoriaux détruits par ailleurs.
En particulier la signature de milliers de contrat temporaires dit « emplois d’avenir », destinés à des jeunes peu qualifiés, ne saurait masquer durablement la réalité de ce plan social déguisé.
Les associations petites et moyennes sont les plus frappées par ces mesures et par la multiplication des appels d’offres. À cette approche comptable s’ajoutent toutes les conséquences humaines et les souffrances que cela entraîne par la destruction progressive des liens sociaux.
La réduction aveugle des subventions est un non-sens, car la suppression des actions de prévention et de lien social génère des coûts bien supérieurs de maladie, de sécurité, d’action de réparation, etc….
Le coût des cotisations sociales perdues et des prestations de chômage induites par les licenciements est supérieur au montant des subventions supprimées.
Uniquement préoccupés par leurs effets d’annonce et une vision court-termiste, les pouvoirs publics ne semblent plus s’intéresser à la globalité des choses. Leur seul objectif : appliquer l’idéologie de ce capitalisme libéral dominateur en France, dans l’Union Européenne et dans le monde.

Face à ces décisions inacceptables, nous appelons les associations, en lien avec les collectivités et tous les acteurs qui partagent les mêmes valeurs d’égalité, de liberté, de fraternité et de démocratie, à se mobiliser par tous les moyens, avec leurs bénévoles, leurs salariés, leurs adhérents et usagers, pour résister à leur asphyxie et à la dégradation continue de nos conditions de vie ensemble.
Nous demandons la mise en œuvre de politiques publiques concertées prenant en compte tout le tissu associatif et pas seulement quelques milliers de grosses associations, la restauration de relations avec les acteurs publics fondées sur le partenariat et non sur la commercialisation de prestations, le retour à des financements publics stables et garantis aux associations qui contribuent à l’intérêt général et au bien commun. « La reconduction à l’identique de la circulaire Fillon du 18 janvier 2010, qui tend à réduire les associations à un simple acteur économique, constituerait en l’occurrence une atteinte de plus à la vie associative » déclare Didier Minot, porte-parole du CAC, ajoutant qu’une mobilisation spécifique sur ce dossier était lancée.
Les associations citoyennes refusent le désastre social qui attend la France au bout de cette course à l’austérité (aggravant les déficits publics), expérimenté dans d’autres pays européens comme le Portugal, l’Irlande ou la Grèce, et dans plus de quatre-vingt pays depuis trente ans. Rester silencieux aujourd’hui à ce sujet, c’est faire courir un risque majeur à notre pays à brève échéance.

Civiliser les organisations syndicales

Le blogue Terrains de lutte reprend un article publié à l'origine dans la revue Agone (n°50) ici en français, en intégralité.

Résumé de l'entretien et extraits.

Contexte de l'entretien avec un DRH
Comment se débarrasser de syndicalistes trop combatifs? C’est tout le travail des professionnels des ressources humaines. Petite leçon de stratégie de domestication syndicale par un DRH.
Cet entretien a été réalisé en avril 2006, avec l’ancien DRH d’une entreprise de papeterie du nord de la France, employant 900 salariés. Au moment de l’entretien, l’entreprise est en cours de restructuration, impliquant la suppression de 500 emplois. Ce DRH est parti à la retraite peu de temps avant, après avoir rempli cette fonction dans l’entreprise depuis 1990. Diplômé de Sciences-po Paris et titulaire d’un DESS en droit social, il avait occupé auparavant le même type de poste dans plusieurs autres grandes entreprises industrielles françaises, au gré d’une carrière professionnelle « dominée par les restructurations ».
Cette image illustre à merveille un article sur la concertation sociale du syndicat FGTB (ici)- et cet entretien

Un fond combatif

 (...)
c’est qu’il y a un vieux fond d’extrémisme quand même. Il paraît que là, dans les circonstances présentes, il y a toujours une centaine de personnes qui sont prêtes, je veux dire à mettre le feu, qui sont prêtes à… abîmer l’outil de travail, etc. Ça c’est un vieux fond de radicalisme qu’on est quand même arrivé à civiliser ou à enrayer, même s’il réapparaît un peu le jour où il y a une crise.
 Promouvoir les mous

 Et précisément, comment étiez-vous alors arrivé à civiliser un peu ces modes de relations entre euh… ?
Ben d’abord en les isolant, en les diminuant…
Vous parlez de syndicalistes ou de salariés ?
 Je parle des syndicalistes qui étaient de cet ordre-là. Maintenant, il n’y en a plus. Mais avant, il y en avait. […] La CGT était le syndicat dominant, de tradition. Mais c’est un syndicat qui n’a pas cessé de perdre, de la vitesse, de l’audience, pour l’excellente raison que ses syndicalistes étaient des gens, j’allais dire mûrs, des gens de confiance, des gens… donc au niveau de l’usine, promouvables… promotables, je sais plus comment… comment on dit, promouvables. Et que l’on a fait passer souvent dans le deuxième collège, en tant qu’agents de maîtrise, qu’on avait par ailleurs du mal à recruter à l’extérieur de l’entreprise de recrutement. Donc, on avait besoin de ces gens avec du savoir-faire. Et donc ce syndicat CGT, maintenant, il est tombé euh, en avant-dernière position en termes d’audience. Il doit représenter, je sais pas, euh… 15 %, quelque chose comme ça.
 Exclure les syndicalistes décidés
Mais on est arrivé à normaliser nos relations à partir du moment où un des syndicalistes est parti. C’était un syndicaliste qui était, j’allais dire un cas psychologique, et qu’on avait, à l’occasion de propos euh… anormaux, tenté de licencier là aussi. Mais ça n’a pas marché, l’inspecteur du travail ne nous a pas suivis, etc. c’est pour ça qu’on a enterré l’affaire. Mais on a réussi à négocier son départ beaucoup plus tard. Il a eu un projet personnel, il nous en a parlé et on a négocié son départ. Faut dire qu’il avait perdu, déjà, de l’audience auprès d’un certain nombre de ses collègues extrémistes parce qu’il avait négocié… il avait fini par signer un accord sur l’individualisation des rémunérations, et ça, ces collègues extrémistes ne le lui avaient jamais pardonné.
 "Normaliser" les relations avec les syndicats - ou la fin de la conflictualité sociale

C’est-à-dire ?
Ben, on arrive… on arrive à normaliser dans la mesure où… je vous indiquais qu’il y avait des grèves euh… à tort et à travers… auparavant, des menaces de grèves, je peux vous dire que… quand j’ai quitté C., il n’y avait plus eu de grève depuis l’année 2000… 2001, donc depuis cinq ans. Donc ça veut dire qu’on a dû arriver, quelque part, à normaliser. Et, ces syndicats n’étaient peut-être pas nécessairement d’accord avec cette évolution, mais on peut ­supposer que le rapport des forces n’était pas suffisant pour qu’ils aillent trop loin. Eh ouais, bon, honnêtement, je pense aussi que la professionnalisation du management, je crois que ça a aussi profondément fait évoluer les gens.

Les cadres techniques deviennent des managers

(...)
[O]n a demandé aux ingénieurs et à l’encadrement opérationnel d’être aussi des managers de leurs salariés. Et on les a accompagnés pour cela, pour changer les modes de relations. On les a incités par exemple à faire des réunions, à avoir des rencontres régulières avec les salariés. […] Ça permet, quand on a des problèmes, de les avoir maintenant en amont, donc d’avoir quand même un dialogue avec la personne, avant qu’éventuellement ce dialogue soit avec les représentants syndicaux. L’important pour nous c’est que l’encadrement discute avec les opérateurs pour désamorcer les problèmes qui peuvent l’être. Sinon, on se retrouve avec la guéguerre habituelle : quand le salarié a un problème, il vient en parler à son chef ou à nous, mais aussi à l’organisation syndicale. Et effectivement, l’organisation souhaite se valoriser en portant tout de suite le problème auprès de nous, dans les instances. C’est normal, c’est son jeu. Et tout de suite, ça risque d’envenimer la situation, etc. C’est pour ça que notre objectif, c’était que le salarié puisse discuter de ses problèmes mais avec la hiérarchie directe.

Fontion publique et service public

Enfin, presque. En fait, ils défilent pour défendre le service publique, ce qui n'a rien à voir et est - de notre humble point de vue anti-employiste - tout à fait contre-productif. La notion de service public se positionne du point de vue du client, de la prestation et, implicitement, de la force de travail, de la rémunération du travail à la pièce alors que la fonction publique se place du point de vue du producteur, de son statut et de sa qualification - une pratique du travail infiniment moins nuisible. C'est cette pratique qui doit être universalisée à l'ensemble des travailleurs et non la qualité d'une quelconque prestation professionnelle.

Extrait de l'article de l'Humanité (ici, en français)

De Bastille à Montparnasse, 22 000 cheminots ont envahi les rues de Paris, cet après-midi, pour garantir l’avenir du service public de la SNCF et dénoncer fermement la réforme ferroviaire, actuellement en préparation par le gouvernement. Un énième « avertissement » a été lancé au gouvernement par les fédérations syndicales CGT, UNSA et SUD-Rail.

(...) Une foule à hauteur de 22 000 cheminots, venus de toute la France, peut-on voir du haut d’un immeuble parisien. Contre le projet de loi préparé actuellement par le gouvernement pour la plus grande entreprise nationale publique, la SNCF, après avoir échoué à corriger la dette colossale du rail en séparant cette dernière du Réseau ferré de France, les cheminots « ne laisseront pas faire », a assuré Gilbert Garrel, secrétaire général de la fédération CGT Cheminots. Présentant cette manifestation comme un « avertissement qui doit conduire le gouvernement à revoir sa copie », les organisations syndicales dénoncent la volonté du gouvernement de vouloir diviser la SNCF en trois établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) : la « maison mère » ; l’infrapôle et le RFF (Réseau ferré de France) actuel. Une scission « directement liée au quatrième paquet ferroviaire européen et à la libéralisation complète du transport de voyageurs prévue pour 2019»

Le premier mai

De notre point de vue, le premier mai est la fête des travailleurs, non la fête du travail, même si nous promouvons le travail débarrassé de l'emploi.

Cette fête concerne indifféremment les travailleurs sous le joug de l'emploi que ceux qui ont pu s'en défaire. C'est le salaire qui est le fondement de la création de valeur ajoutée, de valeur économique - que ce salaire soit celui d'un fonctionnaire, d'un employé ou d'un retraité n'a pas d'importance.

Les revendications historiques du premier mai ont toujours tourné autour de

- la réduction du temps d'emploi
- le maintien ou l'augmentation des salaires.

Nous adhérons pleinement à ces revendications (et même à la suppression de l'emploi). Nous rappelons qu'elles sont totalement étrangères au ralliement à des partis employistes plus ou moins bourgeois, que l'appel à voter PS de la FGTB en la circonstance est non seulement incongru mais obscène.

Historiquement, le premier mai commémore une manifestation nationale qui eut lieu à travers les États-Unis en 1886. Il s'agissait de lutter contre l'emploi en réduisant la journée d'emploi à huit heures (durée qui ferait rêver pas mal de cadre, d'ouvriers de la construction ou de caissières, de nettoyeuse à horaire coupé). À l'appel des anarchistes, la mobilisation eut un succès impressionnant, elle rassembla plus de 300.000 participants.
À Chicago, la grève se prolonge et sa répression se solde par des morts. Une bombe explose ensuite qui tue quelques policiers et, par représailles, les autorités vont condamner à mort cinq syndicalistes anarchistes sans la moindre preuve.

Daniel Mermet a emmené ses auditeurs à Chicago pour la circonstance (voir l'émission de radio Là-bas si j'y suis ici).

À l'occasion du centenaire de la Révolution française, depuis 1889, cet événement est commémoré dans le monde entier sous le nom de fête des travailleurs (et non, comme veulent le faire croire les employistes, de fête du travail).

À Fourmies, dans le Nord de la France, le premier mai 1891, les policiers tirent sur les manifestants et font neuf morts.

Le courage de nos glorieux ancêtres, l'intégrité de leur lutte et de leur décision sont des sources d'inspiration pour nous.

La diminution des cotisations ne fait pas baisser le chômage

L'Humanité nous apprend que, en dépit des constantes baisse de cotisations sociales en France, le taux de chômage n'a cessé d'augmenté.

Image extraite de l'article de l'Humanité ici
Nos pistes pour faire baisser le chômage? Interdire l'emploi, ôter des mains des employeurs le pouvoir exorbitant de qualifier un poste et qualifier les travailleurs eux-mêmes. Pour ce faire, il suffit de socialiser les salaires sur le modèle de la sécurité sociale (mais pour l'intégralité du salaire) et la valeur ajoutée (pour que les travailleurs récupèrent la propriété d'usage de leur outil de travail, de leur travail et du fruit de leur travail).

La baisse des cotisations ne fait que baisser la valeur ajoutée, le PIB produit par unité de temps - ce qui n'aide certainement pas à sortir de la crise (et du chômage).

Le massacre d'Aiguës-Mortes

Le système de production capitaliste suit des cycles. À des périodes euphoriques de croissance succèdent des crises de surproduction. Pour casser les revendications salariales, les revendications de diminution (ou de suppression) de l'emploi des travailleurs, les employeurs les mettent en concurrence entre eux.

La mise en concurrence privilégiée est celle qui repose sur les origines. Le texte dont nous citons un large extrait nous raconte les massacres d'immigrés italiens à Aiguës-Mortes en 1893.

L'employeur met en concurrence des groupes de producteurs définis par leur origine, les groupes se battent entre eux et laissent l'employeur les exploiter. Comment ne pas penser au fascisme, aux partis racialistes ou au travailleurs détachés que le parlement européen vient de légaliser, partis "socialistes" en tête? Contre le bain de sang des nôtres, nous devons trouver l'humble chemin de l'union, nous devons nous souvenir que nous produisons la richesse, nous les salariés, dans l'emploi et hors emploi, quelles que soient nos origines, nos croyances, nos mœurs.

L'article que nous citons est issu du blogue de Matthieu Lépine (ici, en français). Il fait le lien entre la guerre aux salaires, la mise en concurrence des travailleurs et la violence raciste.

Extrait

Contexte
C’est durant la seconde moitié du XIXe siècle, que l’essor puis le triomphe du système capitaliste s’opèrent en France. Ce changement va venir bouleverser les équilibres économiques et sociaux et transformer le monde du travail (recherche du profit, rationalisation du travail, mise en concurrence des travailleurs…).
Avec la révolution industrielle, la France ne possédant pas une population active suffisante, les besoins en main d’œuvre étrangère vont être importants. Comme aujourd’hui, les travailleurs immigrés sont appelés à venir occuper les emplois que les français, les jugeant trop exténuant ou dégradant, n’ont pas voulu occuper. Cette main d’œuvre, essentiellement composée de populations pauvres fuyants la misère et le chômage dans leur pays (Italie, Belgique…), est une aubaine pour les chefs d’entreprise. En effet, exploités car prêts à endurer des conditions de travail précaires, les ouvriers étrangers sont mis en concurrence avec les travailleurs locaux, notamment afin de faire baisser les salaires de ces derniers.
Durant le dernier quart du XIXe siècle, l’Europe va cependant être touchée par la première grande crise du système capitaliste. Comme celle que nous traversons actuellement, elle va provoquer une montée du chômage et être créatrice de frustrations, de désarroi et de colère. Les travailleurs immigrés vont être montrés du doigt et désignés comme seuls responsables. Cette situation va intensifier, voir même parfois générer les violences xénophobes de l’époque.

En 1881 à Marseille, des affrontements violents vont opposer ouvriers français et ouvriers italiens. Trois personnes trouveront la mort. En 1892 à Drocourt (Pas-de-Calais), des ouvriers français vont violemment agresser des mineurs belges, leur reprochant notamment d’accepter des salaires inférieurs aux leurs. Ils seront plus d’un millier à devoir quitter précipitamment la France avec leurs familles. C’est en 1893, que sera cependant atteint le paroxysme des violences xénophobes, avec le massacre des ouvriers agricoles italiens d’Aigues-Mortes.

Aux origines du massacre d’Aiguës-Mortes, la mise en concurrence d’ouvriers français et étrangers
    En 1868, un groupement de propriétaires possédant la quasi-totalité des marais salants d’Aigues-Mortes (Gard) se transforme en une société par actions, la Compagnie des salins du Midi (CSM). Cet événement marque selon Gérard Noiriel, « l’irruption des rapports de production capitalistes » dans la région. Rapidement, cette société va détenir le monopole de la production et du transport du sel.
Ne disposant pas d’une main-d’œuvre locale suffisante, elle va devoir faire appel à des ouvriers agricoles venus d’ailleurs, plus particulièrement des zones montagneuses d’Italie du nord et du centre. En effet, ce pays voisin est à l’époque fortement touché par la crise. Le chômage y est important et une grande partie de la population est plongée dans la misère.  Cette situation offre à la Compagnie des salins du Midi (CSM) l’opportunité de recruter une main d’œuvre peu exigeante prête à supporter des conditions de travail difficiles.
Durant l’été, période de la récolte du sel5, Aigues-Mortes est en effervescence. Près de 2000 ouvriers saisonniers sont à l’époque recrutés. Aux cotés des italiens, on trouve des ouvriers venus des zones montagneuses de France ou encore des chômeurs et des vagabonds venus de tout le pays, ceux que Gérard Noiriel présente comme « les laissés-pour-compte du capitalisme ».
Tous ne sont pas affectés aux mêmes tâches. Si le transport du sel est en général effectué par la main d’œuvre locale, le ramassage, opération la plus pénible, est lui accompli par les ouvriers italiens (1/3 des effectifs). Cherchant à sortir coûte que coûte de la misère ceux-ci acceptent plus facilement des tâches pénibles (journée de travail de plus de 12h, chaleurs importantes, paiement au rendement…).

Cependant, la polémique sur le travail des ouvriers immigrés en pleine période de crise et donc de baisse des effectifs de saisonniers, va pousser la CSM à changer sa logique de recrutement. Ainsi des Français, choisis parmi les ouvriers les plus démunis (chômeurs…), vont être intégrés dans les équipes italiennes de ramassage du sel. C’est dans ces équipes « mixtes » que de violents affrontements vont se produire en août 1893.

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La triste histoire d’un conflit entre exploités

    Au matin du 16 août 1893, de vives tensions vont éclater dans des salins à 8 kilomètres d’Aigues-Mortes. Ne supportant pas la cadence imposée par les italiens, habitués à ce type de tâche, les ouvriers français vont être rapidement dépassés. Cependant, la paie est collective, elle se base sur le rendement de l’ensemble de l’équipe.
Entre les Français, vexés de ne pas tenir la cadence, et les Italiens, pour qui l’enjeu économique est crucial, des conflits vont alors apparaître. La mise en concurrence de ces travailleurs va aboutir à des provocations, des disputes et des bagarres entre eux.
 Plus nombreux, les Italiens vont prendre le dessus sur les ouvriers français lors d’affrontements dans les marais salants. Ceux-ci vont cependant décider de retourner en ville, afin de « chercher des renforts et de se venger ». Là-bas, ils vont tomber sur de nombreux ouvriers frustrés de ne pas avoir été recrutés par la CSM. Associés à leur désarroi, les événements du début de journée dans les salins, vont suffire à les convaincre de chasser les ouvriers italiens. Ainsi, rejoints par une partie des aiguemortais, ils vont être plusieurs centaines jusqu’au lendemain après-midi, armés de marteaux, de manches de pelle ou encore de fusils, à parcourir la ville et les marais à leur recherche. « Vive la France », « mort aux Italiens » scanderont certains d’entre-deux.
C’est le 17 août que les scènes de lynchage seront les plus violentes. Cette chasse à l’Italien fera selon les sources, entre 7 et 17 morts. Pour Gérard Noiriel, « en mettant en concurrence des ouvriers de toutes provenances pour faire baisser les salaires, la Compagnie des salins du Midi a effectivement créé les conditions de cette tuerie ». Pour l’historien, le désarroi des laissés pour compte du capitalisme (ouvriers au chômage, vagabonds…) s’est transformé en violence ce jour-là. Leur colère ne visait pas les Italiens selon-lui, mais ce système qui les avait mis de côté et ne leur donnait pas de place.