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Socialisme ou barbarie?

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En regardant récemment un reportage d'Al Jezira sur l'esclavage en Angleterre1, une réalité s'est imposée à l'esprit. Indépendamment des choix éditoriaux de la chaîne qatarie peu portés à interroger les pratiques en la matière dans les pays du Golfe, des calculs politiques plus ou moins tordus qui peuvent présider au choix du cadre, il m'apparaissait comme une évidence que tous les esclaves dont il était question dans ce reportage étaient des employés forcés, non rémunérés, c'est-à-dire des esclaves qui travaillaient pour produire des marchandises à prix, des biens ou des services – en l'occurrence, dans le reportage, du cannabis et du nettoyage de voiture – pour des patrons, c'est-à-dire des propriétaires lucratifs. L'esclavagisme en Angleterre – qui concerne 30.000 personnes, donc, toujours selon le reportage – frappe donc des secteurs de l'économie capitaliste. Il ne s'agit pas de relations féodales, de liens liges ou de traces de l'ancien régime. Il s'agit d'entreprises avec des profits, des investisseurs, des chiffres d'affaire, etc. Comme les esclaves des plantations qui produisaient des marchandises à prix vendues selon des règles et des pratiques capitalistes, les esclaves anglais actuels ne s'inscrivent que dans l'économie capitaliste.


Malheureusement, c'est, au fond, le programme, l'ambition de nos dirigeants actuels. Il faut réduire les coûts salariaux, c'est-à-dire, en poussant peu à peu les choses à l'extrême, rétablir l'esclavage sous des formes plus ou moins assumées. Nous y sommes déjà, en fait. Les entreprises avec des esclaves sont en concurrence avec des entreprises avec des employés. Si les coûts de production sont moindres avec des esclaves, le monde politique nous explique, au nom de la concurrence et de la compétitivité, qu'il faut une modération salariale et un assouplissement du droit du travail. Peu à peu, de réforme en réforme, sous la pression de la concurrence, c'est bien l'esclavage capitaliste qui finit par s'imposer si l'on prolonge la tendance.

C'est que, depuis près de quarante ans maintenant en Europe, les politiques entendent préserver ou restaurer le taux de profit des entreprises, le retour sur investissement des investisseurs en réduisant peu à peu les droits sociaux du monde de l'emploi. Sous la pression d'un chômage de masse qui ménage les intérêts des actionnaires, le temps de travail augmente, les heures supplémentaires ne sont plus payées, les salaires stagnent ou diminuent et les statuts se précarisent. Là où une famille de classe moyenne pouvait se contenter d'un salaire dans les années soixante, il lui en faut deux aujourd'hui pour une qualité de vie comparable. Là où les conventions collectives et l'extension des prestations sociales apportaient de solides garanties sur l'avenir, il faut compter aujourd'hui sur des carrières précaires où même la solvabilité des ménages devienne problématique pour trouver un logement.

Si ce mouvement ne cesse pas, il n'y a pas de raison pour que l'ensemble des producteurs européens ne se retrouvent dans des conditions dignes de celles des esclaves. Il n'y a pas de limite à la cupidité des propriétaires d'entreprise – aussi sympathiques soient-ils à titre individuels, pas de limite non plus à la pression de la concurrence. Comme ces politiques de guerre aux salaires, de réduction des coûts diminuent la demande en biens et services en comprimant lesdits salaires, elles contraignent le monde de l'entreprise à produire à moindre coût, c'est-à-dire à faire … une guerre au salaire. C'est dire que non seulement les patrons qui ont la fibre esclavagiste exploitent leurs employés mais, par le truchement de la concurrence même les patrons les plus humanistes y sont contraints. Ce cercle vicieux déflationniste induit une crise économique et plonge les producteurs dans la misère, dans la famine.

Mais il n'y a pas de plancher. D'abord, on fait sauter la semaine de quarante heures (puis celle de cinquante, puis de soixante, etc.), puis le droit du travail, puis la protection sociale, puis les salaires socialisés, puis les limites d'âge, puis les barèmes salariaux, puis le droit d'association. On peut voir les os des producteurs blanchir les champs, on peut voir des malheureuses proposer des prestations sexuelles pour deux pommes-de-terre pourries, on peut voir les enfants enfermés à la mine. Il n'y a absolument aucune limite comme l'attestent les témoignages sur le XIXe anglais.

L'accumulation ou la socialisation


Cette voie de l'accumulation de quelques-uns amène une baisse du taux de profit comme l'avait souligné Rosa Luxemburg. Elle avait aussi souligné que cette voie amènerait soit à la barbarie – les enfants qui travaillent, la fin du droit du travail, etc. - soit au socialisme, c'est-à-dire, a minima, à la socialisation des moyens de production.

La socialisation des moyens de production, c'est la démocratisation des outils de production, c'est l'abolition de la propriété lucrative et l'avènement de la propriété d'usage des producteurs. Bien sûr, les esprits chagrins diront qu'une telle perspective est chimérique et qu'elle n'abolira pas toutes les contradictions qui traversent le corps sociale.

Si la seconde objection paraît difficilement contestable, elle n'en rend pas pour autant la perspective de la barbarie plus désirable. Reste la première, la question de la possibilité du socialisme compris comme socialisation des moyens de production. Cette perspective s'inscrit aussi bien dans un déjà-là (que l'on pense aux coopératives ou à la partie de la valeur ajoutée générée sans employeur, sans pression à la productivité à travers la sécurité sociale) que dans l'utopie en tant que perspective du corps social dans son ensemble. Cette notion d'utopie renvoie à d'autres utopies, politiques celles-là qui ont triomphé aux XVIIIe et XIXe siècles, portées par les Lumières.

L'avènement de l'utopie du droit et de la démocratie


Le Roi-soleil décidait de tout. Il pouvait en toute légitimité condamner ou gracier qui il voulait. La justice n'était pas affaire de loi – ou plutôt, quand des lois existaient, le principe souverain leur prévalait – mais c'était une affaire de personnes, de relations interpersonnelles avec le roi, ses représentants ou avec le seigneur ou l'ayant-droit local. Alors qu'elle pouvait être taxée d'utopique au départ, l'ambition politique des Lumière a remisé ces pratiques dans les livres d'histoire. La notion de droit a constitué une petite révolution. Alors que
auparavant, la décision de justice était question d'arbitraire, la loi s'instituait en universel individuel. Tous les individus étaient jugés à l'aune d'une même loi. À partir de ce moment-là, le corps politique n'évaluait plus les mérites ou les turpitudes de tel ou tel individu. Il s'est mis à légiférer, c'est-à-dire à chercher des lois qui puissent s'appliquer à l'ensemble du corps social et à en évaluer la pertinence à l'usage ou a priori, selon ses propres convictions.

C'est dire que la notion de loi et celle de nation (au sens très large de corps politique doté de législateurs universels) ont été inventées à partir d'idéaux et qu'elles se sont imposées au terme de luttes politiques et de rapports de force sociaux. Elles ont rendu le droit civil à la fois universel dans ses formulations – le crime est puni pour tout le monde, il est poursuivi quelles que soient les convictions du criminel – et profondément individuel dans ses applications puisqu'il a toujours été appliqué à des individus. La prison condamne l'individu en fonction d'un loi, l'amende doit être acquittée par icelui, etc.

L'économie des Lumières


Les grandes révolutions des Lumières ont chamboulé la pratique du droit quand elles ne l'ont pas créée. Pour autant, il reste un domaine dans lequel les Lumières ont échoué à universaliser le droit, c'est celui de l'économie. La démocratie contrôle et légifère sur les mœurs, sur les contrats civils, sur les normes sanitaires mais elle s'arrête aux frontières de l'entreprise et du PIB. La question du socialisme ou de la barbarie pose pourtant cette question d'extension et d'universalisation du droit à la sphère économique comprise au sens large. Pour reprendre l'esprit du droit civil, une socialisation de l'économique doit être universelle en son principe et individuelle en son application. Les deux exemples d'ébauche de ce qui est à entreprendre s'inscrivent de manière inégale dans ce paradigme des Lumières.

Alors que la sécurité sociale tend à être universelle dans son principe, elle est, de toute façon, individuelle dans son application puisque les prestations sont versées à des individus mais elle tend à être universelle dans son principe dans la mesure où les droits ouverts par la sécurité sociale sont universels et non individuels. De la même façon que tous les justiciables bénéficient universellement de la protection de la justice à titre individuel, la sécurité sociale doit être universelle mais ses droits doivent être ouverts à titre individuel. Conditionner les droits de la sécurité sociale à la rectitude d'un parcours professionnel, c'est comme si on conditionnait le droit d'être défendu du vol à sa propre probité : ce serait non seulement inapplicable mais cela saperait les bases philosophiques-mêmes du droit, c'est-à-dire l'universalité en principe et l'individualité en application.

Mais la sécurité sociale n'est qu'une partie du salaire. Or, c'est l'ensemble de l'économie qui devrait appliquer les principes de droit et de démocratie. Et c'est là que l'autre expérience de démocratie économique que nous avons mentionnée, les coopératives, peut avoir force d'exemple. Voyons comment on pourrait appliquer les principe du droit et de la démocratie à l'ensemble de l'économie.

L'économie, c'est
  • la valeur ajoutée produite chaque année – qui devrait donc, pour suivre les principes du droit, être attribuée démocratiquement, être universelle en principe et individuelle en application. La distribution de la valeur ajoutée entre les salaires (qu'ils émargent d'un employé ou d'un prestataire) et les investissements doit être décidée par le corps social, librement, par l'ensemble des individus qui le composent
  • les outils de production. Ils doivent être tous, par principe universel, gérés par leurs propriétaires d'usage. La notion de propriété lucrative ne peut être conservée puisqu'elle est une négation du droit et de la liberté des individus, des collectifs de travail et du corps social dans son ensemble au seul profit des propriétaires lucratifs
  • la nature de la production, ses modalités d'organisation et la gestion des ressources naturelles communes. Elles doivent être déterminées par les intéressé(e)s

Ces principes de démocratie économiques sont ceux qui sont pratiqués dans les coopératives. Un homme, une femme, une voix. Ils ne sont donc pas, eux non plus, de l'ordre des utopies irréalisables puisqu'ils fonctionnent déjà à plus ou moins grande échelle.

La voie de l'esclavage, celle que Luxemburg appelait la barbarie, n'est pas inévitable puisque des pistes concrètes d'extension du droit, de la démocratie à la politique existent. Que l'on nomme l'universalisation de ces pistes « socialisme » ou non ne change pas grand-chose à l'affaire. Si nous ne devenons pas des êtres de droits en économie comme nous le sommes devenus en politique, nous risquons de redevenir des esclaves, de perdre la Lumière qui nous reste.


Workfare

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Un blogueur anglais écrit une lettre aux amateurs de workfare. Le workfare, c'est l'État qui prend soin par le travail. Ce mot a été composé comme celui de welfare (l'État qui prend soin par le bien-être voir notre article sur la sécurité sociale anglaise ici) ou le warfare (l'État qui prend soin par la guerre).

Le workfare est inspiré du producérisme, l'idéologie qui conditionne le droit de vivre à la vente de la force de travail à un employeur: l'État donne de l'argent aux chômeurs à condition qu'ils travaillent pour un employeur, gratis. Des expériences de travail gratuit ont déjà été menée pour les sans abris en Allemagne ou aux Pays-Bas (ici et ici), pour les minorités ethnique, en Hongrie (ici) et, pour les prisonniers, aux États-Unis (ici).

Voici la lettre traduite et résumée de Another Angry Voice (ici, en anglais) aux supporters du workfare. Il ne s'agit pas d'une lettre anti-employiste (nous en respectons le ton) mais elle a l'intérêt de décrire les effets catastrophiques du producérisme outre-Manche ... et ici.

- La stigmatisation des chômeurs est une manière de détourner l'attention sur le symptôme et non sur le mal. Les chômeurs subissent le chômage et, avec un chômage de masse, il est difficile de leur attribuer des caractéristiques intrinsèques sans tomber dans la mauvaise foi. Par contre, l'armée de réserve de chômeur permet d'atteindre le point d'équilibre du chômage (voir le NAIRU) qui évite toute inflation et maintient la pression sur les salaires. Cette armée de réserve permet de maintenir les taux de profit mais ces profits sont engloutis à l'échelle nationale par le fait qu'il n'y ait pas d'emploi pour des millions de personnes qui n'ont pas de salaire pour soutenir la demande.

La plupart des chômeurs sont des travailleurs ordinaires qui n'ont pas d'emploi parce que l'économie est mal gérée. Dans leur immense majorité, ils préféreraient vivre avec un vrai salaire plutôt qu'avec les indemnités misérables que leur octroie l'État [en Angleterre, la sécurité sociale est organisée par l'État, par l'impôt].

Si vous êtes fâché, il faudrait peut-être l'être contre les gens qui ont mal géré l'économie, qui ont organisé le chômage pour comprimer les salaires.
Incriminer les victimes
Pour chaque offre d'emploi, il y a des centaines de candidatures, il y a des millions de sans emploi qui recherchent des centaines de milliers d'emplois. Il y a plus de chômeurs que d'offres d'emploi. C'est le système qui est dysfonctionnel, pas les chômeurs.

Ce ne sera que quand le public mettra la pression sur l'État pour abandonner les pseudo théories économiques néolibérales qui exigent une masse de chômeurs que le plein emploi reviendra.

Si le plein emploi revient jamais et qu'il y a plein d'offres d'emploi pour tous ceux qui veulent travailler (comme c'était le cas au début des années 50 et à la fin des années 70), alors vous pourrez vous sentir libres d'en vouloir à la minorité de gens qui choisit de rester sans emploi alors qu'il y a plein d'emplois disponibles - en attendant, réservez votre rancœur aux vrais coupables.

Une aide orwellienne

- L'"aide" aux chômeurs ressemble souvent à un cadeau empoisonné qui les entraîne dans la misère: ils sont tenus d'interrompre leur formation, leur apprentissage ou leur travail bénévole pour faire des tâches ineptes payées au lance-pierre. Ils doivent prester ces travaux forcés pour des compagnies qui réduisent du coup leur masse salariale. Les chômeurs au travail forcé remplacent alors des gens qui auraient été payés pour le faire sans que cet emploi ne leur fasse acquérir la moindre expérience professionnelle autre que le nettoyage du sol ou l'ouverture de caisses.

- Six mois à nettoyer les sols ou à déballer des caisses qualifieront en tous cas infiniment moins que six mois de travail bénévole, d'apprentissage. Les employeurs qui embauchent des travailleurs forcés plutôt que des travailleurs motivés, à la recherche d'un emploi, d'une qualification ou d'une expérience ne sont pas n'importe qui: il est très improbable qu'ils embauchent les chômeurs au terme de leur "expérience" de six mois à déballer les caisses.
 Le "workfare" ne marche pas
Les chômeurs qui subissent le workfare ont le même taux de retour à l'emploi qu'un groupe test de chômeurs qui ne le subissent pas (soit, 18%). Le travail gratuit obligatoire est aussi efficace que rien du tout mais coûte 300 millions de livres (360 millions €) aux contribuables. Donc, il vaut mieux ne rien faire du tout.

 Des subventions aux compagnies

À y regarder de plus près, le workfare n'est pas un plan contre les chômeurs "paresseux" mais c'est un plan pour subventionner les compagnies sous la forme de main d'oeuvre gratuite. Tous ceux qui ont un emploi moyennement ou faiblement qualifié devraient s'inquiéter de l'extension voulue du workfare. Ce serait contraire aux intérêts de l'employeur de conserver des travailleurs payés avec les droits du travail alors qu'il suffit de les licencier et de les remplacer par des esclaves du worfare qui ne doivent pas être payés, qui ne jouissent pas de droit et peuvent être licenciés à l'envi.

Les seuls bénéficiaires du workfare, ce sont les compagnies qui veulent diminuer leurs coûts en remplaçant le travail payé par du travail gratuit et les compagnies parasites qui veulent administrer ce plan gouvernemental de confiscation.

Totalitarisme

Les gens qui pensent que le gouvernement a le droit de confisquer le travail des individus sont des supporters de l'État totalitaire. Ce type de personne croit que le peuple existe pour servir les intérêts du gouvernement et non que le gouvernement existe pour servir les intérêts du peuple.

Approuver le vol du travail des individus par le gouvernement est une pente très dangereuse car on voit mal alors un gouvernement applaudi parce qu'il vole le travail des gens ne pas être tenté de voler la propriété aussi. [Nous sommes tellement d'accord qu'on ne voit pas non plus pourquoi le vol de travail par des compagnies qu'est l'emploi n'est pas non plus la voie vers le totalitarisme]

À quoi sert l'Assurance Nationale?

 L'assurance nationale n'est pas un revenu mais une assurance que les travailleurs sont obligés de payer [il s'agit de la version anglaise de la sécu]. Obliger quelqu'un à payer une assurance quand il travaille puis conditionner les versements des indemnités de cette assurance à des prestations forcées et gratuite est contraire au droit, c'est une fraude.
Commentaires: dans les pays bismarkiens (la Belgique, la France ou l'Allemagne), les salaires sont socialisés, le chômage est un salaire de plein droit. Il est attaché au salaire, aux droits ouverts comme salariés. Il n'est pas lié au "j'ai cotisé, j'ai droit" du modèle assurantiel anglais mais est attaché au statut d'une personne (à qui effectivement, on n'a pas fait de cadeau quand il s'agissait de payer les cotisations sociales). Déchoir un citoyen de son statut, de ses droits pose également des problèmes juridiques bien qu'ils soient d'une autre nature que dans le modèle assurantiel. Il faudrait que les autorités puissent expliquer au nom de quelle loi le chômeur peut-être déchu de son statut de salarié (qu'il cherche de l'emploi ou non, d'ailleurs).

Est-ce que vous travailleriez pour trois euros de l'heure?

Même si vous considérez les allocations de chômage misérables de 88€ par semaine comme un salaire, faire travailler un adulte plus que 11h par semaine pour les recevoir casse le salaire minimum et les droits des pauvres victimes.

Est-ce que vous travailleriez 30 h par semaine pendant six mois pour trois euros de l'heure outre l'assurance chômage que vous avez déjà payée quand vous travailliez?

Si oui, vous êtes cinglé. Si non, pourquoi voulez-vous que d'autres le fassent?


Si le travail mérite d'être fait, il mérite qu'on paie quelqu'un pour le faire

Pour chaque chômeur forcé à travailler dans un de ces plans de confiscation financés par le contribuable, il y un emploi mal payé, peu qualifié en moins dans l'économie et donc un chômeur en plus ailleurs. Les seuls bénéficiaires, ce sont les intérêts des compagnies qui sont subventionnées par l'argent des contribuables pour avoir du travail gratuit.

Si nous permettons au gouvernement de saper le droit du travail et le salaire minimum comme ceux qui subventionnent le secteur des compagnies, il y a aura finalement des millions de personnes qui seront chassées de leur emploi et qui seront remplacées par des victimes du workfare.

Les gens qui n'ont pas réfléchi aux conséquences du workfare ont un gros problème parce qu'ils soutiennent les plans de confiscation de travail, ils soutiennent la paupérisation et le chômage qui sont justement les prétextes à ces plans.

Ce ne sont pas les "profiteurs oisifs" qui sont responsables de la pauvreté et du chômage mais ce sont les penseurs paresseux et réactionnaires qui suivent la propagande qui incrimine le symptôme et non la cause, des soutiens de cette sorte sont anti-progressistes de manière caricaturale et hérétiques en termes économiques.
     

La guerre contre le salaire en Europe

MyEurop résume les attaques dont est victime le salaire minimum de par l'Europe ici. Nous résumons. La guerre contre les salaires est toujours menée au nom de l'emploi. Cette guerre ne crée pas le moindre emploi (avec les salaires, ce sont les carnets de commandes des entreprises qui se vident) mais dégonfle par contre avec beaucoup d'efficacité les salaires.

En France, Pascal Lamy et Pierre Gattaz, chef d'une petite officine patronale (le Medef) évoquent l'idée d'emplois payés moins que le SMIC (pour les jeunes pour Gattaz).

Cette idée nauséeuse est évidemment à condamner avec la plus grande fermeté: ce sont les salaires qui soutiennent l'économie, ce sont les salaires sociaux qui doivent relancer une économie et servir de base à sa démocratisation, indispensable au regard des enjeux écologiques. Il faut libérer l'économie des propriétaires lucratifs et de l'avidité.

En Grèce, la déglingue du salaire, la guerre au salaire a déjà remporté des victoires significatives. Extrait
Le Smic a, en effet, été grignoté de 22% (passant de 751 à 586 euros brut, soit 487 euros net), assorti d'une diminution complémentaire de 10% prévue pour les jeunes de moins de 25 ans).

En Allemagne où le SMIC sera d'application le premier janvier 2018, il sera obéré par de nombreuses exceptions. Extrait.
Ce texte prévoit une rémunération de 8,50€ brut de l’heure pour tous les secteurs d’activité et trois exceptions:
  • Les chômeurs de longue durée qui retrouvent un emploi pourront être rémunérés en dessous de ce smic horaire durant les six premiers mois de  leur contrat.
  • Les mineurs pourront être rémunérés en dessous de cette barre symbolique des 8,50€. Le but de la ministre du travail Andrea Nahles est d’inciter les jeunes à poursuivre leurs études et leurs formations au lieu d’entrer trop tôt sur le marché du travail.
  • Les stages de moins de 6 semaines échappent au Smic. En revanche, passées 6 semaines, les étudiants et apprentis recevront les 8,50€ de l’heure réglementaires
 En Grande-Bretagne, le SMIC instauré par Tony Blair connaît lui aussi de nombreuses exceptions. Extrait.

Le salaire horaire minimum est actuellement de 3,72£ (4,39 euros) pour les 16-17 ans, 5,03£ (5,93 euros) pour les 18-20 ans et 6,31£ (7,44 euros) pour les autres. Un jeune de moins de 18 ans peut donc être rémunéré 41% de moins qu’un adulte de plus de 20 ans pour le même emploi. Le taux pour les 16-17 ans a été mis en place en 2004: le gouvernement s'est aperçu que de nombreux jeunes de cette classe d’âge étaient exploités par leurs employeurs.
(...)
Une enquête publiée un mois plus tôt sur les années 2008-2010 était pourtant formelle: le salaire minimum des jeunes n’avait pas influé sur le nombre d’emplois, mais plutôt sur les revenus: une hausse de 3% des taux juniors avait entraîné une réduction d’environ 10% des heures travaillées, ce qui s’était traduit par une perte d’environ 7% des revenus.

 En Espagne, les patrons font eux aussi pression pour instaurer un SMIC jeune encore plus misérable. Pourtant, ce pays, avec un chômage massif et un SMIC à 645€ constitue une preuve vivante de l'inanité de la guerre au salaire pour diminuer le chômage. Dont acte.

Nous proposons exactement l'inverse: une guerre à l'emploi pour augmenter les salaires.

Zéro heure ou esclavage en joint venture

Cette vidéo ici de France Télévision nous amène sur les traces du contrat zéro heure qui sévit en Grande-Bretagne.

Ce contrat n'implique aucun engagement de l'employeur (en terme de durée de travail, d'horaire de travail et, du coup, de salaire) et demande à l'employé d'être disponible 24heures sur 24. L'employé, lui, est tenu de ne pas chercher de l'emploi ailleurs. C'est alors la culture de la peur et de la précarité, la culture de la pauvreté et de l'angoisse qui s'imposent, minant les bases sociales du travail par un employisme extrémiste.

Comme les producteurs sont en concurrence, ces pratiques esclavagistes s'imposent à moins de menacer les marges des propriétaires lucratifs.


Il y a plusieurs modes de rémunération du travail:

- la qualification du travailleur est pratiquée dans la fonction publique. Elle permet de détacher le travail (aussi bien dans sa dimension concrète que dans sa dimension abstraite, économique) de la rémunération et permet, ce faisant, d'avoir un travail déconnecté de toute considération lucrative

- la qualification du poste est le mode de rémunération le plus pratiqué dans le privé. C'est alors l'employeur qui prend l'avantage puisqu'il peut désigner les travailleurs qui auront accès à la qualification du poste, ce qui le met dans un rapport de force, ce qui lui permet d'imposer la logique lucrative aux employés.

- la qualification du poste a pourtant été une avancée par rapport à la rémunération à la force de travail. Dans la rémunération à la force de travail, il n'y a plus de convention collective, de barème, il n'y a plus que l'angoisse du journalier qui essaie de remplir sa gamelle en fonction du travail qui est disponible ou non. Le journalier va alors exécuter n'importe quel ordre, accepter n'importe quelle condition de travail sous la pression de la nécessité. L'employeur est alors tout-puissant. Ce chantage, cette position de pouvoir absolue de l'employeur permet d'externaliser les risques de la production sur l'employé (c'est éminemment pro-cyclique, cela renforce les tendances des cycles économiques), et transforme sa vie en lutte permanente, en concurrence permanente sans que vienne s'immiscer quelque droit que ce soit pour tempérer l'exploitation.

Le contrat zéro heure est un retour à la rémunération de la force de travail, la forme la plus sauvage, la plus violente de rémunération du travail.

La flexibilité des contrats zéro heure contre la famille

En Grande-Bretagne, les contrats zéro heure (sans engagement horaire de l'employeur) détruisent la vie de famille puisque l'employé est transformé en variable d'ajustement ultime par la flexibilisation. Il doit être disponible tout le temps et, en échange, n'a absolument aucune garantie ni de salaire, ni d'horaire de travail.

Un article de Zoe Williams (en anglais, ici) dans le Guardian fait le point.

  • Résumé et traduction

La discrimination des femmes enceintes s'accentuent avec les contrats zéro heure (ici).

Les pères en contrat zéro heure renoncent à leur congé paternité (contrairement à 80% des pères à haut salaire) et les mères retournent à leur emploi bien avant le délai légal des six mois (contrairement à leurs congénères à haut revenu). Le contrat zéro heure vide de leur substance les congés paternité et maternité.

Il faut savoir que, selon l'étude ici (en anglais), 75% des travailleurs en zéro heure ne savaient pas combien ils toucheraient à la fin de la semaine et 42% étaient prévenus moins de 12h à l'avance de leur prise de poste.

Les travailleurs en zéro heure - un million d'intéressés - sont trop précarisés pour jouir des droits sociaux dont ils bénéficient théoriquement. Ils manquent de moyens financiers pour faire valoir ces droits devant un tribunal.

Si de jure la situation n'est pas assimilable à celle des ateliers du XIXe, de facto, elle s'y apparente.

La 'grande' guerre fut une guerre de prédation

Un article du Guardian nous rappelle les enjeux économiques de la première guerre mondiale. Les guerres sont avant tout les symptômes de la guerre sociale en cours pour l'accaparement des ressources; elles sont la partie émergée de l'iceberg de l'exploitation de l'homme par l'homme au nom de la propriété lucrative.

Extrait
"Contrairement à la seconde guerre mondiale, le bain de sang de 1914-18 n'était pas une simple guerre. C'était un pillage industriel sauvage perpétré par un gang des pouvoirs impériaux coincés dans une lutte à mort pour capturer et s'accaparer des territoires, des marchés et des ressources."

À toute guerre, il faut poser la question: "cui bono?", à qui profite le crime. Et qui en est victime, qui étaient les poilus crevant sur pied, de peur, d'humidité? Qui a fait des affaires avec la guerre, qui en a profité? Pour qui a-t-on abattu les soldats qui refusaient de se battre contre leurs frères de l'autre côté?
 
 
 




L'employisme et la guerre au salaire ont transformé l'Angleterre en pays en voie de développement

C'est la thèse








Un sondage révèle qu'un tiers des jeunes femmes ne peuvent pas faire face

  • Traduction et résumé d'un article du Guardian
Selon un sondage, si les jeunes femmes pensent qu'elles ont plus d'opportunités professionnelles et plus de chance de concilier la parentalité et l'emploi, le tableau devient ensuite beaucoup plus sombre.

Selon ce sondage, un tiers des femmes pense qu'il n'aura jamais un salaire égal, un cinquième pense qu'il aura moins de respect et un statut moindre que leurs mères, près d'un tiers pense qu'il sera moins heureux et deux tiers pensent qu'ils seront sujets à plus de troubles alimentaires et à des maladies mentales.

Le sondage révèle également que 40 % des jeunes femmes sont souvent seules, 46 % ne savent pas à qui elles peuvent faire confiance ; 36 % disent ne pas pouvoir faire face à la vie, se sentir seules, et une sur quatre déclare qu'elle ne peut trouver une oreille en cas de difficultés.

Une recherche de YWT du sondage a regardé les qualifications, les emplois, le logement, la santé, les liens familiaux et les perspectives. Alors que plus de 58 % des jeunes femmes semblent sécurisées et dans l'emploi, 42 % sont aux prises avec des problèmes de déqualifications, des relations difficiles avec les partenaires et la famille, la dette, la pauvreté , le logement et la dépression. Cinq pour cent des jeunes femmes diplômées souffrent également de dépression et d'isolement.

Le rapport dit que les jeunes femmes sont souvent orientées vers des apprentissages stéréotypés, tels que la garde d'enfants, la coiffure, qui sont faiblement payés. Actuellement, alors qu'il y a 10 candidats pour chaque poste hautement qualifié, il y a 45 candidats pour les postes vacants dans le secteur peu valorisés. 

Les privatisations et la précarité minent l'économie irlandaise

Les travailleurs en repos doivent être disponibles pour travailler à n'importe quelle heure du jour si leur entreprise le souhaite ou l'emploi poussé dans la logique ultime jusqu'à l'esclavage.

Traduction et résumé de l'article de Diagonal (en espagnol):

L'austérité frappe aussi bien le Nord attaché à la Grande-Bretagne que la république du Sud. Ils découpent le secteur public en tranches de salami dans lesquelles ils opèrent des coupes graduelles.



Depuis les accords du Vendredi Saint en 1998, la réconciliation entre les Irlande été placée dans le carcan de libéralisation. Le textile et la construction avaient déjà été affectés par le libre-échange.

Le 'développement' du Sud reposait sur la spéculation immobilière et sur le secteur de la construction de sorte que, quand la bulle a éclaté, tout s'est écroulé.

Actuellement, le retour de la croissance cache une précarisation et une dégradation des conditions d'emploi. Les contrats d'emploi instables et insuffisamment payés pour permettre aux travailleurs de survivre se sont étendus à tous les secteurs. Ce sont d'abord les femmes qui paient cette violence sociale.

37% des nouveaux contrats sont des temps partiels.
32% des nouveaux contrats sont soumis à des horaires aléatoires - jusqu'aux fameux contrats de 0h où l'employé doit être à disposition de l'entreprise sans qu'elle s'engage sur la moindre quantité de travail rémunéré. En Grande-Bretagne, par exemple, 22% des employés du privé (5,5 millions de personnes) ne sont pas assurés de prester plus de trois heures par semaine. Ces contrats de 0h ne garantissent évidemment aucune rémunération en cas de maladie et aucun congé payé.

Commentaires

Nous nous battons pour le salaire et contre l'esclavagisme de l'emploi. Ici, on voit que les choses prennent la tournure d'une guerre de classe. Nous appelons les Irlandais (et les Anglais) à s'organiser, à faire valoir le droit et leurs droits, à étendre le salaire, à le socialiser, à quitter la logique délétère de l'emploi.

Nous rappelons que, à force de comprimer les petits salaires, l'importance de la partie réalisée (dépensée) de la valeur ajoutée diminue, ce qui comprime la production de valeur.

La compression de la production de valeur amène le chômage de masse faute de marché solvable (voir compétitivité ou productivité).

C'est le petit jeu qui se joue à l'échelle de l'Europe pour le moment. C'est une crise de surproduction. Il faudra sortir par les salaires de cette crise (et nous appelons la socialisation du salaire pour sortir de l'emploi) soit au niveau de nations qui établiront des douanes pour ce faire, soit au niveau de l'Europe.

Dans cette seconde hypothèse, la concurrence entre producteurs, mortelle pour les salaires et pour les conditions de travail, devra être a minima jugulée par une législation sociale commune, une sécurité sociale commune et une fiscalité commune.

L'huile de palme nourrit l'enclosure à Sumatra

Qu'est-ce que l'enclosure? Au moyen-âge, il y avait des terres communales, des moulins communaux, des fours communaux. Cela n'avait rien à voir avec une quelconque municipalité, avec de quelconques élections dans lesquelles la griserie du pouvoir émousse les amitiés les plus fidèles, non. Il s'agit de propriétés, de biens communs, utilisables par tous.



À l'aube de la révolution industrielle, ces biens communs ont été privatisés à tour de bras. Ceci a eu comme conséquence que les gens devaient louer leur bras pour avoir accès aux fruits de la terre au lieu de travailler eux-mêmes une terre commune pour se nourrir.

L'Angleterre s'est tournée vers l'élevage à ce moment-là: le bétail est un capital qui se transporte mieux, s'exporte mieux et se conserve mieux que les légumes que faisaient pousser auparavant les peasants. Ce phénomène est connu sous le nom d'enclosure (voir Polanyi, La Grande Transformation).

En Angleterre, les paysans sans terre ont eu droit à une allocation misérable de survie (la Speenhamland), allocation payée par les impôts des classes moyennes - qui ont commencé à s'appauvrir - et distribuée par les paroisses. Les misérables après avoir été privés de leur terre devaient se contenter d'une allocation chiche alors qu'ils avaient été des paysans fiers et dignes. Les manufactures naissantes pouvaient embaucher les misérables moins chers puisqu'ils avaient déjà de quoi survivre. C'est ainsi que les classes moyennes ont dû payer les salaires que l'industrie anglaise ne souhaitait pas payer - ce qui a rendu ladite industrie la plus concurrentielle du monde à l'époque, comme vous devez vous imaginer.

Le jour où l'industrie eut besoin de davantage de bras, que croyez-vous qu'il arrivât? Mais oui, les paroisses ont coupé les robinets et les misérables se sont précipités à l'usine pour vendre leurs bras à prix cassé.



Et c'est là qu'en sont nos camarades indonésiens (Basta - en français): dépossédés de leurs terres (enclosure), forcés, du coup, à vendre leur force de travail pour les voleurs de terre que sont des multinationales agroalimentaires.

Ils s'organisent néanmoins et ont un avantage tactique sur nos ancêtres: l'huile de palme nécessite beaucoup de soin, les plants doivent commencer à être remplacés, ce qui place les producteurs en situation de force: le travail est nécessaire. Espérons que les luttes là-bas paient, que le droit puisse prévaloir sur le vol de l'enclosure, que l'emploi ne deviennent pas l'horizon, la perspective ultime pour ces gens, espérons que vainquent le droit, la liberté et la justice, que les communautés retrouvent leur âme, leur terre, leur rythme, leur forme de vie.

Asbestose contagieuse en Angleterre

Cloué par la grippe, je me contenterai d'une petite revue de presse. 



BBC nous parle d'une veuve d'un travailleur dans l'asbeste (ou amiante) atteinte par un cancer attrapé ... en respirant les habits de son mari. Comme quoi, non seulement l'emploi peut être mortel mais en plus, c'est contagieux
Article de la BBC, en anglais



Nous rappelons que l'asbestose est un cancer long et atroce. C'est un cancer des poumons provoqué par l'inhalation des poussières d'amiante. Les couvreurs ou, plus récemment, les sauveteurs des Twin Towers sont notamment exposés à cette maladie.

Rappelez-vous,
 what they do to one of us, they do it to all of us.

Service de travail obligatoire pour les chômeurs anglais

D'accord Mister Osborne, mais, mais ...

Le Vif - Osborne veut faire travailler les chômeurs pour rien

Mais, oui, la bonne vieille morale du mérite: il faut travailler pour mériter ses allocations.



Mais pourquoi, les actionnaires sont épargnés par cette nauséeuse culpabilisation?

Mais pourquoi, le personnel politique, les jetons de présence, les dirigeants de tous poils sont épargnés par cette cynique logique?

En un mot, pourquoi, dans un pays prospère, en surproduction, le travail demeure-t-il nécessairement associé à l'esclavage de la vente de la force de travail à un patron, à la soumission à une logique?

Pour rappel, la surproduction, c'est une crise liée à la hausse de productivité. Comme toutes les entreprises sont en concurrence, elles tentent d'augmenter leur productivité. Pour ce faire, elles compriment les salaires et, comme chaque entreprise agit de la même façon, au bout du compte, toutes les entreprises deviennent plus productives alors que les salaires ont été globalement diminués. Comme les salaires sont moindres, les marchandises produites ne trouvent plus acheteurs, ce qui contraint les entreprises à licencier, ce qui diminue les salaires, ce qui empêche les marchandises de trouver preneurs, etc.

Bref, pourquoi le mérite conditionne-t-il un droit à vivre, pourquoi ce mérite est-il lié à un travail? Où vont les vieux, les improductifs, les malades, les enfants, alors?
Puis, mes vacances, mon repos ...
La question que soulève l'esprit banalement réactionnaire d'Osborne, est une question qui traverse toute notre civilisation. Cette question est cruciale, tant qu'on estime que le vivant doit travailler, 'payer de sa personne' pour avoir 'droit' à des indemnités (c'est-à-dire à survivre et à participer à la vie sociale), on ne pourra pas s'en tirer. C'est au contraire l'activité qui doit se justifier, prouver qu'elle n'est pas nocive et servir à l'épanouissement du vivant, de l'humain.


La poste anglaise va-t-elle dérailler?

La privatisation du rail britannique n'a laissé que de mauvais souvenirs outre-Manche à part pour un quarteron d'actionnaires avisés. Déraillements, retard, explosion des tarifs, dégradation des conditions de travail, accidents professionnels à répétition, etc.



Forts de cette expérience intéressante, les pouvoirs publics anglais décident de privatiser la poste. Toute notre amitié, toute notre solidarité aux employés du Royal Mail en lutte contre cette décision stupide.

Du point de vue anti-emploi, les services publiques doivent être requalifiés non en services privés (forcément plus chers et moins efficaces puisqu'ils doivent rémunérer de gourmands et inutiles actionnaires) mais en FONCTION publique.

La fonction publique valorise la qualification de ses membres, des fonctionnaires. C'est cette qualification qui fait la base de la valeur ajoutée créée et pas le poste, la tâche ou l'horaire. La fonction publique attribue un salaire à un producteur sur la base de son statut quand le privé s'échine à qualifier un poste auquel le producteur doit se conformer.

La question de la privatisation - évidement coûteuse, contre-productive, inefficace, dangereuse pose celle du public: le public ne peut constituer une alternative que s'il est porteur d'un rapport alternatif au travail, que s'il fait l'impasse sur la vision utilitariste de l'humain dans l'emploi.

Et, c'est bien en ces termes qu'il faut poser le débat public-privé: le public ouvre la brèche de la fonction publique, du statut du travailleur et du travail hors emploi. Brèche formidable s'il en est.

Dickens

12 août 2013, 09:00
Rappelons que les propriétaires d'esclaves les soumettaient absolument mais avaient intérêt à les nourrir puisqu'ils étaient leur propriété. Ce petit problème est maintenant réglé en Angleterre avec les emplois zéro heure: le propriétaire ne doit plus nourrir sa main d'oeuvre, il se contente de l'utiliser quand il en a besoin, comme il en a besoin et pour ce dont il a besoin.

Les contrevenants sont simplement condamnés au chômage, c'est-à-dire, en Angleterre, à la misère la plus noire.

Autre précision, par rapport au titre de l'article, les employés ne sont pas toujours à l'époque de Dickens mais à nouveau à l'époque de Dickens, cette lamentable dérive de l'employisme le plus sectaire a lieu dans un pays qui a joui de standards sociaux assez élevés il n'y a guère. Car c'est évidemment au nom de l'emploi que ce type de contrat a été inventé.

Big hug to you all.

Salariés sans droit en GB