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Enclosure, colonisation et ... sorcière

Naïké Desquesnes nous emmène sur les traces des sorcières dans Le Monde Diplomatique (ici, en français).

Au moment de l'apparition d'une forme primitive du capitalisme, on assiste à un triple mouvement: enclosure des terres communes, colonisation des Amériques et ... chasse aux sorcières.

Voici le résumé que fait Desquesnes de
1. Anne L. Barstow, Witchcraze : A New History of the European Witch Hunts. Our Legacy of Violence Against Women, Pandora, San Francisco, 1994.
2. Silvia Federici, Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, Entremonde-Senonevero, Genève-Marseille, 2014, 430 pages, 24 euros.

[Fédérici] commence par revisiter un concept fondamental de la pensée marxiste pour situer la sortie du système féodal : l’« accumulation primitive », soit l’expropriation terrienne de la paysannerie et la création du travailleur « libre » et indépendant. Seulement voilà : du sort de la travailleuse, Karl Marx ne dit mot. Un constat déjà posé par des féministes depuis les années 1970, qui trouve ici une profondeur historique indispensable pour saisir les liens entre capitalisme et instauration du patriarcat salarié : la femme est petit à petit forcée à faire du travail de reproduction et des tâches domestiques son activité « naturelle », non rémunérée.
Selon Federici, trois éléments fondent le nouvel ordre économique : la privatisation des terres villageoises autrefois collectives, la colonisation du Nouveau Monde et... la chasse aux sorcières. Les clôtures éliminent l’accès universel à des biens de base : le bois, le pâturage, les herbes thérapeutiques. Davantage dépendantes de ces biens communs pour leur subsistance, leur autonomie et leur sociabilité, les femmes sont les premières à pâtir de leur disparition. Si les hommes pauvres partent travailler à la ville, elles restent seules. Elles rejoignent les rangs des vagabonds, empruntent ou chapardent. Accusées de pacte avec le diable, de vols nocturnes ou encore de meurtres d’enfants, deux cent mille d’entre elles sont victimes de procès en sorcellerie sur une durée de trois siècles, selon l’historienne Anne L. Barstow.
En étudiant la répression et la discipline des corps féminins dans l’Europe du Moyen Age, Federici éclaire la condition de toutes les femmes à ce moment de basculement. Car la sorcière, c’est la femme en marge ; et, en attaquant les marges, l’Etat et l’Eglise construisent la norme. Sous l’étiquette de « sorcière », on pourchasse toutes celles qui ne rentrent pas dans le moule : célibataires, libertines, vagabondes, connaisseuses des remèdes traditionnels voués à disparaître au moment où la médecine moderne se met en place et devient l’apanage des hommes de science.

Les pesticides menacent la santé des agriculteurs

La Nouvelle Revue du Travail (ici) partage un article de Coline Salaris. Il s'agit d'une étude disponible en version intégrale sur la constitution d'un sujet social chez les agriculteurs en lien aux problèmes sanitaires que posent les pesticides. Entre déni, lutte et maladie, les agriculteurs s'interrogent sur leurs pratiques. Cette interrogation reconfigure l'identité paysanne.

Résumé (fourni par l'auteure)

L’organisation récente d’un certain nombre d’agriculteurs en association de victimes des pesticides témoigne de l’engagement nouveau de ces professionnels, classiquement absents du champ des mobilisations dans le domaine de la santé au travail. Alors même qu’elle peut apparaître contradictoire avec leurs pratiques antérieures, la mobilisation de ces agriculteurs permet pourtant de mettre en avant des enjeux de domination spécifiques à ce secteur. Ces enjeux de domination sont à l’origine de résistances à la publicisation réelle du problème « pesticides ». Ils éludent par ailleurs la problématisation de cette question comme véritable enjeu de santé au travail. Mais grâce à un travail de collectivisation de la peine et des expériences, ce regroupement victimaire semble être parvenu à mettre en place une réelle stratégie collective de dénonciation de ce problème. Les agriculteurs phytovictimes semblent ainsi s’imposer comme des acteurs majeurs du processus de prise de conscience autour de la question des pesticides et comme des acteurs inédits de ce nouvel enjeu de santé au travail.

Foucault chez les managers - notes de lecture

Cet article est disponible en PDF ici

Note de lecture (d'une note de lecture de Cecilia Beatriz Soria, ici, en espagnol) de

Zangaro, Subjectividad y trabajo. Una lectura foulcaultiana del management, Herramientas, Buenos Aires, 2011.

Les discours managériaux sont considérés dans cette étude comme des dispositifs de pratiques de subjectivation, de construction de sujet. 

Dans le premier chapitre ("Subjectivité et travail"), Zangaro donne des repères foucaldiens, des exemples historiques de dispositifs d'objectivation et de subjectivation. Ces dispositifs font intérioriser par le sujet les réponses attendues par la société. Ils automatisent les obligations auto-imposées. 

De la même façon, les obligations entreprenariales sont intériorisées par une série de techniques. Les formes de gestion entreprenariale s'érigent en dispositifs qui articulent des pratiques de subjectivation et la constitution d'un sujet éthique. L'auteure analyse les textes managériaux comme des documents dans leur dimension de prescriptions de pratiques et de régulation de conduites.

Le management est défini comme dispositif de gouvernement, comme technologies du moi pour opérer sur les corps et les âmes des individus, pour conformer leurs comportements.

Le deuxième chapitre s'inspire des propositions de la Nouvelle sociologie du capitalisme et des Analyses critiques du discours, notamment du Nouvel esprit du capitalisme de Boltanski et Chiapello. Le management amène à justifier sa logique, à construire sa légitimité de telle sorte que les sujets adhèrent à la rationalité du capital

Depuis les années soixante-dix, l'idéologie qui sous-tend le système est celle du nouveau management. C'est cette idéologie qui produit un discours, "des associations d'idées [significados ideacionales], des relations d'identité qui induisent des pratiques sociales" (p.92).

Le troisième chapitre analyse un ensemble de textes sélectionnés. Il décrit comment les arêtes de ces discours, les images utilisées mettent en évidence la façon d'opérer de ces dispositifs. De cette façon, elle examine les associations d'idées du monde du travail et du sujet éthique. Ces associations se comprennent en les analysant selon quatre axes:

- la substance éthique, partie de l'individu qui est le matériaux principal de la conduite morale

- le travail éthique proposé, les actions que doit mener le sujet sur sa substance éthique

- les modes de sujétion, les façons de se lier aux règles et aux obligations qui s'appliquent à la conduite

- la téléologie, l'ensemble des finalités articulées à atteindre.

Un point remarquable qui apparaît dans cette analyse, c'est le recours dans les discours à l'émotionalité et à la conception qui lui est liée d'individu intégral. Les nouvelles formes de gestion prennent l'émotionalité de l'individu comme matière première de la conduite. Cet émotionalité est définie comme l'ensemble des états affectifs du sujet, conçus comme états d'humeur.

En apparence, ces modèles dépassent la dualité corps-esprit du modèle fordiste au profit d'une compréhension de l'individu comme un tout. Cependant, cette dualité devient un trio: corps-esprit-émotionalité. Cette division pallie les défauts du capitalisme puisque l'émotionalité ne se gère pas comme le corporel. Le plus important est de domestiquer, de contrôler les émotions. Il est clair que le but ultime des actions de l'individu est l'augmentation de la productivité. À partir de l'augmentation de la productivité individuelle, on atteint le but suprême, l'augmentation de la productivité de l'entreprise.
 Note: Ici, vous savez que les gains de productivité concrète ne font pas gagner de productivité abstraite, économique, puisque les gains financiers sont absorbés par le jeu de la concurrence: toutes les entreprises obtiennent les mêmes gains par les mêmes pratiques managériales et doivent baisser leur prix, doivent faire disparaître les gains financiers sous la pression des concurrents.

Le quatrième chapitre montre les limites de l'organisation fordiste-tayloriste du travail et les modifications qui y ont été apportées. C'est cet appareil et ses limites qui expliquent l'apparition du modèle de gestion par compétence.

Les caractéristiques de la production post-fordiste ont modifié les demandes et les formes de gestion capitalistes du travail. La totalité des travailleurs, leurs capacités créatives et relationnelles sont mises au service de la valorisation du capital comme jamais auparavant. 

Pour comprendre ce processus, l'auteure analyse trois concepts centraux:

- la motivation

- l'implication

- l'auto-contrôle.

Puisque, en définitive, ce que l'on tente d'atteindre à travers les discours managériaux, c'est une subjectivité impliquée. C'est de cette façon que sont capturés des modes d'extorsion amplifiés du travail, lesquels visent à confondre totalement la vie et le travail [comprendre l'emploi, NDT], "pour que la vie ait du sens, il faut de la stimulation dans le travail" (p. 144). L'auteure explique comment, à partir de la littérature managériale, on efface, on cache la relation instrumentale au travail. Parce que [implicitement] le travail n'est plus un moyen mais un but, c'est la vie.

Bref, les discours entrepreneuriaux reconfigurent les pratiques et les logiques qui placent l'humain au centre de la valorisation du capital. Les textes marquent le renouvellement des dénominations, l'adaptation à une terminologie destinée à soutenir le facteur humain: la motivation, la participation, l'implication, la collaboration, la coopération, le travail en équipe.

De cette façon, le livre rend visible la façon avec laquelle ces domaines de savoir - liés à la nécessité de découvrir des manières inédites d'extraire de la plus-value - peuvent être légitimés par les travailleurs-sujets eux-mêmes. Les dispositifs créés par le management (motivation, disponibilité permanente, la figure du leader, l'image de l'entreprise comme une grande famille, etc.) constituent des stratégies qui affirment que les travailleurs ont mis l'habit, c'est-à-dire qu'ils se s'identifient aux valeurs de l'entreprise, qu'ils s'y sentent reconnus et qu'ils sont disposés à donner leur vie pour elle

Cependant, l'implication n'est pas totale. Il y a des brèches dans cette logique omniprésente. Des formes de résistances se développent comme le désinvestissement, la distanciation et la dépersonnalisation. C'est là qu'apparaissent les fissures dans le mur du nouveau management.

L'homo œconomicus est mort


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  • Résumé

Cette note résume et traduit un article collectif, À la recherche de l'homo œconomicus : expériences comportementales dans 15 sociétés à petite échelle1

L'article démontre de façon comportementale que les sujets de groupes humains isolés, non capitalistes, ne réagissent pas comme le modèle de l'homo œconomicus le prévoit. Ils ne maximisent pas nécessairement leur gain et peuvent renoncer à un gain probable.

  • Note de lecture
 
L'étude constate que les comportements des sujets issus de 17 communautés non capitalistes ne correspondent pas aux prédictions du modèle de l'homo oeconomicus. Les sujets sont souvent motivés par autre chose que leurs propres profits matériels. Beaucoup s'inquiètent de justice et de réciprocité, veulent changer la distribution des ressources matérielle – y compris à leurs dépends – et veulent récompenser ceux qui agissent de manière coopérative et punir ceux qui ne coopèrent pas. Ces déviations par rapport au modèle théorique de l'homo oeconomicus ont de l'importance pour la modélisation de nombre de phénomènes économiques – parmi lesquels la conception des institutions optimales, le droit contractuel et le droit de propriété, les conditions de succès d'action collective ou la résistance de primes salariales non compétitives.
Le jeu ultime (UG en anglais) a été essayé à travers le monde avec des populations étudiées. Le « proposeur » dans ce jeu reçoit l'équivalent d'un jour ou deux de revenus dans la société et doit offrir à une autre personne, le « répondeur ». Le répondeur peut alors soit accepter l'offre, auquel cas, les deux joueurs reçoivent le montant proposé, ou la refuser, auquel cas les joueurs ne reçoivent rien du tout. Si les deux joueurs se conforment au modèle canonique [l'homo oeconomicus], et si tout le monde le sait, il facile de voir que le proposeur saura que le répondeur acceptera toute les offres positives et offrira donc le plus petit montant possible, ce qui sera accepté.
Dans la plupart des champs d'expérience, les sujets ont joué de manière anonyme, ils ne connaissaient pas l'identité de la ou des personnes avec qui ils faisaient équipe. Les enjeux de la plupart des jeux étaient libellés en argent bien que, dans certains cas, le tabac ou d'autres biens aient été utilisés. Dans tous les cas, nous avons testé les participants et nous avons éliminé ceux qui ne semblaient pas comprendre le jeu.

Les offres ont souvent dépassé les 25 %, allant au-delà de 50 % chez les Aché et les Lamelara [alors que le modèle canonique prévoit des offres très faibles]. Les offres dans les sociétés industrielles tournent autour de 50 %, celles des autres sociétés varient entre 15 et 50 %. Le taux de refus des offres de moins de 20 % est compris entre 40 et 60 % dans les sociétés industrielles alors que le taux de refus des offres basses est très faible dans les autres sociétés. Cependant, dans d'autres groupes, on observe un taux de rejet considérable, même des offres de plus de 50 %. Chez les Achuar, les Aché et les Tsimané, on n'observe aucun rejet après 16, 51 et 70 propositions. De plus, alors que les Aché et les Achuar faisaient des offres honnêtes, près de la moitié des offres de Tsimané étaient inférieures à 30 % mais elles furent toutes acceptées. À l'autre extrémité, les répondeurs Hadza ont rejeté 24 % de toutes les offres des proposeurs et 43% des offres en dessous de 20 %. Contrairement aux Hazda qui préfèrent rejeter les offres trop basses, les Au et les Gnau de Papouasie Nouvelle-Guinée ont rejeté aussi bien les propositions honnêtes que les propositions hyper-généreuses (plus de 50%) avec une fréquence presque égale.
Dans les expérience avec les universitaires, les offres sont généralement en phase avec la maximisation des revenus, vu la répartition des refus. Dans notre échantillon, cependant, dans la majorité des groupes, le comportement du proposeur ne correspond pas à la maximisation des revenus. Chez les Tsimané et les Aché, par exemple, les offres en dessous de 20 % n'ont pas été rejetées. Le taux de refus des autres propositions est également de zéro. Cependant, l'offre prévue par le modèle est de 50 % et les offres moyennes sont de 37 % et de 51 % respectivement. Quand c'était possible, nous avons utilisé la relation entre l'importance de l'offre et la proportion de rejet pour évaluer les offres qui maximisaient les revenus dans le groupe considéré. Dans un groupe, les Hazda, les proposeurs approchaient de l'offre maximisant les revenus. Mais les répondeurs Hazda rejetaient régulièrement les propositions généreuses en violation du modèle canonique. Dans tous les autres groupes, les offres moyennes dépassaient l'offre maximisant le revenu, dans la plupart des cas, de manière assez substantielle.

L'indépendance économique individuelle des acteurs économiques des sociétés considérées et leur intégration dans un système capitaliste ne sont pas corrélées de manière significative avec la générosité des offres. Face à une situation d'offre inhabituelle, les gens se réfèrent à leur cadre de vie habituel et, dans une société de don et contre-don, l'acceptation d'une offre généreuse engage à offrir la réciproque à un moment donné alors que les Hazda craignent les conséquences sociales de l'absence de partage

Alors que nos résultats n'impliquent pas que les économistes doivent abandonner le cadre rationnel, ils suggèrent deux révisions majeures du modèle. 
 
1. D'abord, le modèle de l'acteur égoïste, maximisateur de retour matériel est systématiquement violé. Dans toutes les sociétés étudiées, les offres UG sont positives et souvent largement excessive par rapport à l'offre attendue qui maximise les revenus, comme le sont les contributions dans les les jeux de biens public alors que les refus d'offres positives dans certaines sociétés arrivent assez régulièrement.

2. Les choix économiques sont déterminés non par des éléments extérieurs mais par les pratiques économiques des sociétés elles-mêmes, par leur vie quotidienne. 

 

1 In Search of Homo Economicus: Behavioral Experiments in 15 Small-Scale Societies

Auteurs: Joseph Henrich, Robert Boyd, Samuel Bowles, Colin Camerer, Ernst Fehr, Herbert

Gintis, Richard McElreath

Source: The American Economic Review, Vol. 91, No. 2, 2001, disponible à http://www.jstor.org.

L'emploi contre les salaires depuis 1980, aux États-Unis (note de lecture de C. Sauviat)

Vous pouvez trouver l'article que nous résumons in extenso sur le site de l'Ires, ici.

Les salaires états-uniens stagnent depuis 1970 (à l'exception de la seconde moitié des années 1990). Depuis 1980, les syndicats ont accepté les baisses de salaire au nom de l'emploi. Ils ont également accepté la dégradation des conditions de travail au nom de l'emploi, au nom du chantage au chômage, c'est ce qu'on appelle le concession bargaining.

Depuis 1973, les salaires ont décroché par rapport à la productivité qui a, elle, continué à augmenter.

Image extraite de l'article de l'Ires

Ceci a fait exploser les inégalités salariales et a fait perdre globalement 6% du PIB aux salaires au profit des dividendes des actionnaires.

La parenthèse de contrôle des prix et des salaires ouverte par Roosevelt s'est achevée en 1981 avec Reagan.



Le Concession Bargaining est amené par la pression de la concurrence étrangère
de nombreuses concessions sont obtenues par les employeurs, que les syndicats, cédant "aux sirènes de la compétitivité" acceptent en contrepartie de mesures destinées à sécuriser l'emploi ou à renforcer leur rôle dans les entreprises.
Des gels de salaires se répandent, puis des réductions. Une partie du salaire est intégrée dans des primes ce qui permet de réduire l'assiette de cotisation (et donc la qualité des prestations sociales) et laisse inchangée l'échelle des salaires.

Les employeurs introduisent une grille salariale à deux vitesses: les derniers venus touchent des salaires moindres.

Depuis les années 1990, ce sont les compléments de salaires qui disparaissent à leur tour, les primes, les avantages en nature, etc.

Les salaires horaires minimum diminuent depuis la crise de 2008 en dollars constants.

Les fonctionnaires sont à leur tour touchés par le concession bargaining du fait de l'état des finances publiques.

La stagnation des salaires a poussé les ménages à s'endetter pour conserver leur train de vie. Comme les salaires n'augmentaient toujours pas, ces dettes sont devenues ou vont devenir progressivement insolvables, ce qui ne manquera pas de provoquer d'autres crises. Cette spirale infernale risque d'affecter la maigre part socialisée des salaires, le medicare et le medicaid.

Sur le revenu universel

Nous vous résumons un article de Michel Husson (http://alencontre.org/economie/droit-a-l%E2%80%99emploi-ou-revenu-universel.html) susceptible de poser beaucoup de questions, de susciter beaucoup de débats.


  • Résumé partial et partiel:

Les gains de productivité ne créent pas de chômage

En analysant les données macro-économiques sur plus d'un siècle, l'économiste français constate que les gains de productivité, de production de biens et de services par heure de travail prestées n'a jamais augmenté le chômage.


 L'emploi est un esclavage et une voie de socialisation

Il développe ensuite les deux aspects de l'emploi (qu'il confond avec le travail): l'emploi est un vecteur de socialisation, de reconnaissance sociale, de participation à la société mais l'emploi est aussi une forme parfois pernicieuse d'esclavage. Il y aura toujours un décalage entre le désir du producteur et les nécessités de l'emploi.

Thèses de Gorz: les populations en trop s'organisent

Si l'on pense que l'on ne peut s'affranchir dans l'emploi, il faut alors - comme Negri ou Gorz - considérer les marges du salariat, les précaires, les exclus comme l'avant-garde d'une transformation sociale. Mais Husson rappelle que la grande majorité des chômeurs souhaite retrouver une activité et n'a pas suffisamment d'énergie pour organiser un 'après-emploi'.

Gorz pense que, comme l'économie a de moins en moins besoin de populations pour produire, elle doit s'organiser autrement, en:
«une sphère bien à part, clairement circonscrite, dans laquelle prévalent des conduites techniques trivialisées et hors de laquelle s’étend l’espace de l’autonomie complète». Mais il y a là une contradiction: les détenteurs des moyens de production doivent perdre le contrôle sur les choix de production, tandis que l’autogestion par les travailleurs des «grands systèmes» est déclarée impossible. Qui est alors l’agent de cette planification ? Pour Gorz, ce seraient «les associations, les églises, les universités, les clubs et les mouvements se donnant pour but non pas d’exercer sur la société le pouvoir d’Etat mais de soustraire celle-ci à la prise de celui-là afin d’élargir l’espace de l’autonomie et de l’autodétermination, qui est aussi celui des rapports éthiques»
 Mais, entre la nécessaire planification de l'économie et l'impossible planification des désirs, le flou entoure les idéaux économique de Gorz.

Thèses de Negri-Vercellone: le capitalisme est devenu cognitif

Le capitalisme cognitif, cher à Negri ou à Vercellone, tendrait à substituer au capitalisme industriel un capitalisme de la connaissance. Ce capitalisme utiliserait la valeur-savoir pour se construire. Selon Husson, la valeur-savoir est tout simplement intégrée dans la production de valeur ajoutée normale - comme elle l'a toujours été puisque tous les procédés de productions intègrent un aspect cognitif.

Les thèses de Negri ou de Gorz amènent toutes à la notion de revenu universel.  Cette question fait l'impasse sur le devenir du travail-emploi [qui est au cœur de nos préoccupations sur la plateforme].

 Le revenu universel de Passet

Un revenu universel ne résout pas le problème de la dualisation de la société entre ceux qui ont le droit de participer à l'économie productive et les autres qui touchent un revenu au contour imprécis.

Le revenu universel proposé par Passet s'élèverait à quelques 600€ (actuels) par mois par personnes de plus de 20 ans - ce n'est pas beaucoup plus élevé que le filet de sécurité cher aux libéraux. Pour lui, il faut supprimer des systèmes d'aides (c'est-à-dire de salaires sociaux) actuels pour les remplacer par cette allocation.

Cette solution [ce n'est pas la seule proposée] réduit les salaires sociaux, leur substitue un revenu prélevé sur la croissance de PIB à venir. Elle corrobore les discours patronaux de 'coût' du travail et des 'charges' sociales - ce qui en fait une machine idéologique dangereuse en faveur de l'emploi et contre les salaires.

Ce revenu universel ne remet pas en cause la structuration du monde du travail, il ne libère pas l'activité du joug de l'emploi et n'amende pas la distribution de la valeur ajoutée entre le travail et le capital.

Husson veut libérer le travail

Face à ces solutions, Michel Husson prône
- la libération du temps de travail (du joug employiste, dirions-nous)
- réduction du temps d'emploi
- extension des salaires, des droits sociaux
- baisse du pouvoir patronal sur les conditions d'embauche et de travail en emploi
- faire dépérir le marché de l'emploi.
 

La souffrance au travail des soignants, analyse du management

Nous vous mettons en lien un excellent article de la Nouvelle Revue du travail.

Les résultats de la recherche montrent que les réformes hospitalières épuisent aussi bien les ressources organisationnelles, qui aident les individus dans leur effort au travail et dans l’atteinte des objectifs du travail, que les ressources subjectives permettant à l’individu de se définir, impactant ainsi la santé des soignants dans la mesure où l’atteinte à la santé au travail trouve ses origines dans la perte potentielle ou effective des ressources subjectives. Ils soutiennent également que la souffrance au travail est le fruit de déficits dans le rôle de l’encadrement de proximité, car les outils et logiques gestionnaires qui sont introduits dans les établissements de santé, amènent les directions et managers de proximité vers des préoccupations de plus en plus éloignées des difficultés de l’activité quotidienne de soins et de la nécessaire régulation locale que ces dernières imposent.
 Les logiques gestionnaires orientées vers l'efficacité, vers les objectifs chiffrés calquées sur ce qui se passe dans le secteur privé orienté vers les profits des propriétaires lucratifs augmentent la souffrance au travail, en obèrent le sens.

L’évolution des réformes hospitalières amène à une dénaturation de la fonction des établissements de santé qui deviennent des entreprises jugées sur la production de leur activité de soins et la performance économique obtenue par celle-ci. Cette dénaturation fait des établissements de santé un réceptacle d’injonctions où les soignants sont confrontés à des paradoxes souvent difficiles à dénouer : performance économique vs qualité, cadre réglementaire et normatif vs personnalisation de la prise en charge, cloisonnement professionnel vs continuité de l’intervention auprès de patients, valeurs organisationnelles vs valeurs professionnelles. Par ailleurs, elle engendre un processus de déqualification [ce que nous appelons la prolétarisation] des métiers de soin, car il est de plus en plus demandé aux soignants de devenir des techniciens, des gens « efficaces », au regard non plus du travail sur l’humain, mais de la gestion des coûts de leur activité de soins.

Une étude allemande lie santé et harcèlement des chômeurs

Résumé et traduction

Une étude allemande a constaté que les allocataires du fameux Hartz IV souffraient souvent de problèmes de santé.

Si l'étude ne détermine pas si c'est la misère qui rend malade ou la maladie qui rend misérable, elle constate que les maladies mentales touchent plus de 40% des allocataires de Hartz IV - les employés dans leur ensemble sont quelque 20% dans le cas. Il faut savoir que les allocataires de Hartz IV sont des working poors, des travailleurs (éventuellement à plein temps) qui doivent vivre avec quelques 500€ par mois et des allocations logement faméliques.


Nombre de "Hartz IV" souffrent de dépression. Cette maladie rend la recherche d'emploi à peu près impossible. Le harcèlement institutionnel et la pression à accepter n'importe quel emploi contribue en tout cas à la détérioration de la santé psychique des intéressés.

Le pourcentage de diagnostiques psychiatriques a explosé ces dernières années chez les "Hartz IV". Ils voient leur espérance de vie énormément diminuer.

 Mise en perspective

Le lien avec le harcèlement vécu par tous les chômeurs, par tous les travailleurs pauvres en Europe et dans le monde est évident. Tous subissent une maltraitance institutionnelle du fait d'administrations ou d'employeurs criminels. Nous dénonçons les pressions (en Allemagne, elles touchent également les employés) et le harcèlement institutionnel plus ou moins fondé.

Nous soulignons l'impact sanitaire, la souffrance psychique que génèrent ces pratiques totalitaires  et appelons au droit au salaire, à la santé, au respect social, à l'activité inconditionnel.

La productivité diminue le salaire et l'activité par la pression de l'emploi

Je vous mets en ligne un rapport du Massachusset Institute of Technologie (MIT). On y apprend que les gains de productivité ces quarante dernières années ont handicapé les producteurs en faisant pression sur le marché de l'emploi.

Il s'agit d'un paradoxe récurrent (sans vouloir vexer les chercheurs de l'illustre institut): les gains de productivité diminuent les besoins de main d'oeuvre, cette diminution fait pression à la baisse sur les salaires, augmente le chômage.

C'est ce qu'on appelle un crise de surproduction (comme, par exemple, dans les années trente ou comme les décrit Emile Zola dans Germinal, ou Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes). Le chômage créé par les gains de productivité contracte les salaires, donc, et, ce faisant, contracte la demande, ce qui provoque une surproduction, des licenciements et ... un chômage de masse. C'est ainsi qu'on a brûlé le blé dans les locomotives dans les années trente aux USA alors que des gens y mouraient de faim.

L'étude du MIT constate la disparition de la classe moyenne du fait des gains de productivité.

Un gain de productivité n'est pas nécessairement issu de la technique, il est aussi dû à de nouvelles techniques de management. Nous avons alors un producteur maltraité quand il a un emploi, poussé vers le chômage par le fait qu'il devienne davantage productif et hanté par la misère alors que, globalement, on produit plus qu'il ne faut.

A la plateforme, nous nous battons pour le salaire (ce qui solvabiliserait les marchés) et contre l'emploi (ce qui fait exploser la productivité de manière contre-productive et empoisonne l'existence des humains et de leur environnement).

Mais, enfin, si le MIT le dit ....

Lien en anglais:

MIT - Technology is destroying job

ATD quart monde démonte les préjugés sur les pauvres (et les chômeurs)

Résumé de l'article:

L'ATD quart monde démonte les mythes fréquents. Nous résumons et commentons en italique.

Bruno Campagnol sur http://www.agora-photo.com/paris-misere-8019.html


1. Les chercheurs d'emploi-qui-cherchent-vraiment ne trouvent pas de job.

Il faudrait surtout qu'ils trouvassent un salaire et une activité gratifiante, la soumission aux propriétaires est superflue.

2. Le RSA est beaucoup moins bien payé que le SMIC, le salaire minimum.

Effectivement, l'expulsion des chômeurs vers des dispositifs (fiscaux) tels le Rsa ou le CPAS en Belgique correspond non seulement à une réduction du salaire (puisque ces revenus sont financés par l'impôt et non par la valeur ajoutée comme c'est le cas du chômage) mais de revenu pour les intéressés (misérables, rappelons qu'il s'agit d'ATD, pas du Rotary).

3. La très légère différence d'utilisation de soin des titulaires d'assurance médicale gratuite (CMU) s'explique par l'état dégradé de leur santé et non par une mystérieuse boulimie de soins médicaux.

4. Plus une famille a d'enfants, plus elle est misérable

Vous connaissez Dickens ou Zola, les modèles sociaux de nos politiques économiques? Eh bien, on voit que les familles nombreuses ne sont pas prospères.

5. les immigrés ont rapporté 4 milliards nets à la France (les recettes qu'ils génèrent moins les dépenses qu'ils occasionnent).

Lien en français:

Mais oui, je cite la Tribune, comme quoi:
La Tribune - Les pauvres ne profitent pas de la pauvreté