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L'emploi appauvrit

Mais oui: plus on travaille en emploi, plus on est pauvres et moins on travaille en emploi plus on a de salaire.
Ce n'est pas de l'emploi qu'il faut (ou alors vraiment le moins possible) mais du salaire.
N'hésitez pas à faire suivre aux syndicats qui braient: "de l'emploi, de l'emploi".

Les Grecs travaillent le plus d'heures en Europe. Heures de travail moyennes par semaine dans des pays de l'Union Européenne en 2013.

Diminution du temps d'emploi

En Suède, selon 7sur7 (ici, en français), se mène une expérience pilote de réduction du temps d'emploi.

De prime abord, à l'heure où les heures supplémentaires contraintes gratuites se multiplient, on peut s'interroger sur la possibilité de contrôle effectif du temps de travail - surtout quand l'inspection du travail est notoirement sous-financée.

Évidemment, comme l'emploi est une mauvaise chose, on ne peut que se réjouir de la diminution du temps qu'on y consacre (cette diminution augmente d'ailleurs l'efficacité du travail presté pendant ce temps, elle augmente la productivité et ne constitue en rien une concession des propriétaires lucratifs) mais cette diminution du temps d'emploi a un effet pernicieux: elle fait croire que l'emploi peut-être supportable, que c'est une violence "nécessaire mais qu'on peut diminuer" alors que nous sommes convaincus que l'emploi n'est pas une violence nécessaire mais une violence absolument contre-productive. Nous croyons que le travail doit être libre (comme le sont les élections, par exemple), libéré du joug de l'emploi et que une heure d'emploi par an, c'est encore une heure de trop.

Par ailleurs, il est piquant que l'exemple "réussi" de diminution de temps d'emploi donné par l'article est surtout un exemple ... d'augmentation de salaire.

Extraits

La Suède expérimente la journée de six heures, payée au même tarif qu'une journée de huit heures, afin de voir si cela permet de faire des économies, avec moins d'arrêts-maladie par exemple.
(...)

Le rythme de travail en Suède surprend souvent les visiteurs étrangers, perplexes sur la possibilité de conjuguer salaires élevés avec tant de loisirs. La clé du succès selon les économistes: une main-d'oeuvre productive et bien formée, capable de s'adapter vite aux nouvelles technologies.

(...)

En 2012, le Suédois moyen a travaillé 1.621 heures au total, selon les derniers chiffres publiés par l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCED). C'est plus que les Pays-Bas, royaume du temps partiel, avec 1.381 heures, ou que la France des 35 heures hebdomadaires, avec ses 1.479 heures, mais moins que le Royaume-Uni avec 1.654 heures et les États-Unis avec 1.790 heures."Nous pourrions travailler davantage, c'est un fait", explique Mme Sahlen.

Le moins peut le plus
Pourtant, au contraire, certains Suédois veulent prouver que travailler moins longtemps peut permettre de gagner et produire autant, en accroissant la productivité. La municipalité sociale-démocrate de Göteborg va expérimenter un projet pour travailler moins longtemps avec des fonctionnaires du secteur des soins aux personnes âgées.

Un groupe travaillera six heures par jour, alors qu'un autre continuera à faire les huit heures habituelles. Dans un an, les autorités municipales analyseront les données pour savoir si la journée de six heures permet de faire des économies, avec moins d'arrêts-maladie par exemple, et décidera si l'expérimentation doit être étendue ou pérennisée.

Pour l'instant, l'expérience se limite au secteur public. (...) Travailler moins doit s'accompagner d'une forte productivité pour rester compétitif.

(...)


Pour les défenseurs du projet, des économies seront faites sur le long terme, en ayant des salariés moins souvent malades au fil des ans, et moins fatigués à l'approche de la retraite. M. Pilhem s'appuie sur l'exemple de l'usine Toyota de Göteborg, où la journée de six heures a été mise en place en 2002 afin de mieux rentabiliser ses installations: une équipe du matin cède la place à une autre de l'après-midi sans coupure.

M. Nilsson a constaté qu'une journée de six heures était plus productive car il y a moins de temps perdu. "À chaque fois qu'on prend une pause, il faut 10 ou 15 minutes avant de se remettre au travail, parce qu'on doit reprendre le fil", expose-t-il.

L'efficacité se reflète dans les salaires puisque dans cet atelier, les techniciens comme lui gagnent 29.700 couronnes (3.300 euros) par mois, bien au-delà du salaire moyen ouvrier de 25.100 couronnes en Suède. "Ça été un énorme succès dès le départ", se félicite la directrice du centre de services Toyota, Elisabeth Jonsson. "Nous avons vu les résultats, et ça a bien fonctionné pour le personnel, pour l'entreprise et pour les clients, donc je ne pense pas que nous ayons déjà envisagé d'y mettre un terme", ajoute-t-elle.

Les voleurs de temps

Sur le temps vendu, la compétitivité ...


"Et pour finir, la grande ville elle-même avait progressivement changé d'aspect. On avait rasé les vieux quartiers et bâti de nouveaux immeubles dépourvus de tout superflu. On s'épargnait la peine de construire des habitations conformes aux goûts de leurs occupants. Autrement, il aurait fallu les faire très différentes les unes des autres. Il était beaucoup moins cher et surtout beaucoup plus rapide de les construire toutes sur le même modèle. Au nord de la grande ville s'étendait déjà de nouveaux quartiers gigantesques. Là s'élevaient d'interminables rangées de casernes qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Toutes les maisons étant identiques, les rues aussi avaient l'air semblables. Ces rues uniformes ne cessaient de se développer et s'étiraient déjà en ligne droite jusqu'à l'horizon - un désert d'ordre! Car tout, chaque centimètre, chaque instant, était scrupuleusement calculé et planifié.

Nul ne semblait remarquer qu'en économisant le temps, c'était autre chose qu'on économisait en réalité. On ne voulait pas voir que la vie s'appauvrissait, se faisait plus monotone et plus froide. Pourtant, les enfants, eux, le sentaient, car personne n'avait plus une seconde à leur consacrer.

Or le temps, c'est la vie. Et la vie habite dans le cœur des hommes.

Et plus les gens l'économisaient, moins ils en avaient."


Michael Ende, Momo

Au Japon, l'emploi coupe la libido

Résumé et traduction de cet article du Guardian (en anglais).

Les jeunes font la grève du sexe. Si certains se contentent de flirts sans lendemain, d'autres se privent carrément de toute relation sexuelle. Il peut s'agir de jeunes gens qui grandissent chez leurs parents ou de jeunes gens complètement isolés.

L'assexualité touche aussi bien les hommes que les femmes. Selon les projections du gouvernement, si un quart d'entre elles ne se marieront pas, c'est plus de 40% d'entre elles qui n'auront pas d'enfant.

Il faut dire que, au pays des journées de travail de 20h, les femmes n'ont pas bonne presse dans le monde de l'emploi. Quand elles se marient, elles perdent encore en prestige et quand elles attendent un enfant, elles deviennent des poids morts pour leur entreprise et quittent leur emploi à 70%: quand on est enceinte, les horaires coupés interminables deviennent insupportables.



La dépression salariale pousse également à ces existences sans famille. C'est que, entre le prix de la vie, des loyers, et les faibles salaires, il est matériellement difficile d'élever convenablement une famille au Japon.

Commentaires

La chasteté nippone n'est donc pas nécessairement choisie - même si, imposée par la force des choses, elle est parfois justifiée. C'est la logique de l'emploi, de la rentabilité, de la mobilisation totale de l'employé qui amène à une dénatalité galopante, à une stérilité de masse, à des plaisirs à la sauvette, sans lendemain.

L'absurde de la logique de l'emploi sape ses propres ressources. Que pourra acheter le yen des actionnaires quand tous les producteurs auront disparu faute de temps, de soin, d'attention, d'amour, de tendresse et de ressources pour continuer la vie? Que vaut une société qui n'admet pas les enfants (et à peine les femmes), que vaut une société qui vieillit inéluctablement faute de valoriser ce que la valeur d'échange ne valorise pas, faute de valoriser la vie gratuite, le temps partagé?

Dans la guerre entre le temps qui rapporte et le temps qui vit, nous prenons parti.

Le patron demande de l'emploi, le chômeur offre de l'emploi

Mais oui, les termes 'offre d'emploi' et 'demande d'emploi' sont des abus de langage. En fait, c'est le travailleur qui propose, qui offre un emploi alors que l'employeur le demande.



La preuve? C'est très simple. En vertu de la loi libérale de l'offre et de la demande, plus un produit est abondant, moins il est cher et, proportionnellement à la demande, plus il est rare, plus il est cher. Nous constatons que, quand le chômage est élevé, le prix de l'emploi baisse, c'est-à-dire que l'emploi est abondant alors que, quand le chômage est bas et les besoins des entreprises élevés, le prix de l'emploi augmente - ce qui atteste sa rareté. Donc, ce sont les chômeurs qui offrent la marchandise nommée 'emploi' et les employeurs qui demandent la marchandise nommée 'emploi' puisque le prix de cette marchandise augmente quand les chômeurs sont rares et diminue quand ils sont nombreux.

Pourquoi ce renversement dans les termes, alors? Simplement, en faisant croire au travailleur qu'il demande un emploi alors que c'est lui qui l'offre, on lui fait également croire à ...

- La toute-puissance de l'employeur.
- Un rapport de force dans lequel il est demandeur alors que ce sont les propriétaires qui le sont.
- Une activité professionnelle dans laquelle il attend patiemment, passivement, des 'opportunités'.
- La valeur, la chance pour l'employé d'être soumis à l'emploi.




Répétons-le aucun de ces mythes urbains aussi bien partagés par les syndicats que par le monde patronal ou politique n'a la moindre once de vérité: si c'était le cas, tout ce beau monde se réjouirait des grèves.

En fait, chaque être humain est usager de son temps. Il en a l'usage et la liberté. Les croyants verront la chose comme un don de Dieu, les athées la verront comme une liberté liée à la condition humaine. De toutes façons, ils seront d'accord pour reconnaître à cette liberté dans le temps un caractère sacré, intouchable, inaliénable.

Le producteur détenteur de cette liberté personnelle doit la vendre sous la pression de l'aiguillon de la nécessité. S'il ne la vend pas, il se condamne, lui et les siens, à un déclassement, à une marginalisation sociale voire à la misère. Cet aiguillon aliène donc la liberté humaine liée au temps (elle est criminelle du point de vue athée et sacrilège, simoniaque du point de vue des croyants).



La marchandise-emploi est donc vendue, 'offerte', par le producteur sur le marché de l'emploi, comme un marchand de fraises propose ses marchandises sur le marché. S'il y a des amateurs, les fraises s'arrachent et les prix s'envolent, s'il n'y a personne pour acheter, le vendeur baisse ses prix jusqu'à la misère. Il en va de la même façon pour le travail organisé par la convention capitaliste de l'emploi.

Le hic, c'est que le demandeur d'emploi, le patron n'est pas poussé par l'aiguillon de la nécessité alors que le vendeur d'emploi, le producteur, est lui tenu de payer ses factures et de nourrir sa progéniture. L'aiguillon induit donc des rapports de force parfaitement déséquilibrés, malsains, contre-productifs. Il faut donc le proscrire.



Pour éviter l'aliénation du temps humain, il nous faut songer non pas à vendre le temps mais à sanctuariser le statut du producteur, ce qui, en outre, rééquilibrerait la balance.

Le vendeur d'emploi (le producteur) ne devrait plus aliéner son temps mais pourrait épanouir son activité dans la liberté intégrale de son temps. Il deviendrait plus libre, ne serait plus soumis au chantage anxiogène de l'aiguillon et ne serait plus contraint à la simonie (pour les croyants) ou à l'indignité (pour les athées). Le demandeur d'emploi (le patron) ne disposerait plus du droit de vie et de mort sociale sur ses employés. De sorte que, de manière assez libérale au fond, le temps de travail se trouverait hors du champ du marché mais la demande et l'offre d'activité pourraient alors s'adapter aux besoins ... du marché.

Emploi et simonie

En ce dimanche où le soleil s'abîme en atermoiements matinaux, je vous propose une saine réflexion sur l'emploi.



Comme le temps appartient à Dieu, l'humain est dépositaire, récipiendaire de ce don.

Et comme la vente d'objets sacrés, d'objets divins, fait l'objet d'une condamnation sans équivoque de la part de l'Église catholique (notamment au deuxième concile de Latran en 1139). L'Église s'est montrée à l'occasion souple sur ses propres pratiques en la matière.

Ergo la vente de temps, propriété de Dieu, est un péché de simonie.

Or, l'emploi rémunère l'humain qui remplit le poste de travail par unité de temps. Il s'agit donc d'une vente de temps.

Donc, et je m'en tiendrai là, l'emploi est un péché de simonie.
L'employeur est également coupable de ce péché puisqu'il achète (et revend avec bénéfice, se rendant coupable d'usure) cette oeuvre sacrée qu'est le temps.

Seule la qualification de l'employé permet la rémunération en dehors du temps.
L'usure ou les dividendes sont une vente de temps et sont condamnables en tant que simonie également.

Au-delà de ces considérations théologiques, nous voulons protéger, préserver, cultiver le temps humain comme une valeur inaliénable, le défendre contre les attaques du temps productif, du temps mercantile, du temps soi-disant utile.

Nous voulons défendre le temps de vivre, le temps de la vie contre les adorateurs du veau d'or, les tenants de la 'compétitivité', du profit et autres fadaises qui confondent lucre et créativité.

La créativité demande du temps

Je vous mets en lien une petite vidéo qui prouve le lien entre la créativité et le temps. Cette vidéo étant en anglais, je vous en donne un petit résumé pour que vous puissiez la suivre sans difficulté. Les enfants doivent décorer un dessin figurant une horloge en 10 secondes puis en 10 minutes. Les différences de créativité sont simplement extraordinaires.



Le lien en anglais (mais compréhensible, les images parlent d'elles-mêmes):

Koreus - Vidéo sur le temps et la créativité

Nous rappelons que le fondement de l'emploi est une relation de temps dans laquelle, en un temps minimum, il faut être le plus productif possible. Dans ce cadre-là, il apparaît au regard de cette vidéo que l'emploi tue la créativité en forçant l'employé à aller vite.

Par ailleurs, nous rappelons que ce qui fonde la valeur ajoutée dans l'économie capitaliste, c'est in fine le temps de travail. La contradiction entre la nécessité de diminuer le temps de travail pour produire les choses, ce qui diminue la valeur ajoutée par le biais de la concurrence, et la nécessité pour les propriétaires d'augmenter la valeur ajoutée plonge régulièrement ladite économie dans des crises.

Une critique sociale du temps

11 août 2013, 09:30
Réflexions sur le rapport au temps, partagées par une amie,
Réflexions que je me permets d'introduire par mes propres réflexions,
Le rapport au temps a aussi un rapport à la production de valeur par l'emploi: ce mode d'organisation quantifie le temps qui devient le référent ultime de la valeur, de l'argent, le fondement et de la rémunération. Le temps vivant est alors rongé par le temps mort, le temps productif: on travaille enfant, on travaille vieillard, on travaille 12 puis 15h par jour, le dimanche, etc.

Voir, pour adolescent (et pour adultes) le merveilleux conte de Michael Ende, Momo.

Mais, même à temps de travail réduit, ce temps de travail sera un temps de motivation, de production, d'organisation extrême des tâches, de hâte.

Songeons au facteur cheval ou à Marie Curie qui, en prenant un temps infini, le temps de l'intelligence ou de l'acte, ont créé des choses - respectivement en architecture et en sciences - absolument uniques.

Bref, voici mon lien:

http://lectures.revues.org/990

Ça y est


ça y est, toi aussi, tu as décidé de franchir le pas,

toi aussi tu penses que tu n'as pas besoin de te vendre pour justifier ton existence,
toi aussi tu penses que le propriétaire n'est pas plus légitime que le producteur,
toi aussi, tu trouves complètement stupide d'obéir à des impératifs de productivité
toi aussi, tu veux passer du temps avec la famille, avec les amis, seulE, à te cultiver, toi aussi tu as cru ce qu'on t'avait raconté gosse - qu'il faut s'aider, respecter l'intérêt commun, passer du temps en famille,

toi aussi, tu aimes la liberté, celle des autres aussi, je veux dire,
toi aussi, tu ne veux pas compter tes sous, investir, risquer, sous-tirer de la valeur à des producteurs, des locataires,
toi aussi, tu veux te consacrer à des choses importantes avant l'heure dernière,
toi aussi, tu aimes la tchatche, le piano, la guitare, la lecture, le chant, le farniente, le bricolage, le jardinage ou la balade (et les ballades du père Brassens), les sudoku, les voyages, les rencontres, la peinture, le ménage, la piscine, etc; toi aussi tout ce qui ne sert à rien - c'est-à-dire tout ce qui est indispensable pour vivre, tout ce qui fait le sel, le sucre, la crème et le reste de la vie,

toi aussi tu veux être actif, ingénieux, paresseux, inventif, drôle, lascif,
toi aussi tu veux de l'activité mais surtout, mais alors surtout, pas d'emploi,
bienvenue!