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Les signes du burn-out

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Le burn-out est une maladie dangereuse qui peut engager le pronostic vital. Dans le cadre de l'emploi, elle est souvent directement provoquée par l'impératif de profit de la propriété lucrative.

Voici des signes auxquels il faut être attentifs pour dépister le burn-out chez vous, chez un collègue, chez un ami ou un parent. Les chômeurs sont également harcelés et mis sous pression par l'administration. Ils peuvent donc également développer cette maladie (l'emploi pourrit même ceux qui n'en ont pas).

http://www.rtl.fr/culture/bien-etre/burn-out-6-signes-qui-doivent-alerter-7777371586

Résumé:
Armelle Gautier identifie six signes de burn-out (voir l'article de Rtl de Johanna Anselem ici):

1. Intense fatigue
"La plupart du temps ils ne comprennent pas ce qui leur arrivent. Ceux qui sont le plus susceptible de souffrir de burn-out sont des personnes extrêmement actives, très impliquées au travail, qui sont souvent en suractivité"
2. Isolement des autres
"Ils n’ont plus de contrôle sur leurs tâches et leurs activités professionnelles et ressentent une extrême solitude".
3. Signes du corps
"Physiquement, il est fréquent de ressentir des problèmes gastriques comme des crampes d’estomac ou des remontées acides. De plus, les personnes souffrent souvent de troubles du sommeil et, dans certains cas, de troubles alimentaires. Les défenses immunitaires s’affaiblissent et les épisodes inflammatoires se multiplient, comme les angines. Le burn-out peut aussi déclencher des tensions musculaires comme des torticolis ou un mal de dos"
4. Cynisme
Ceux qui en souffrent développent souvent du cynisme vis-à-vis de leur travail. Ainsi, un professionnel de soins ne se souciera plus de ses patients, un enseignant se désintéressera de ses élèves et un agriculteur ne s’occupera plus de son exploitation. Une personne qui souffre se désintéresse de son environnement et de ses activités habituelles. Elle ressent un sentiment d’échec, adopte une attitude distante et voit les choses du côté négatif.
5. Trouble des facultés cognitives
"Il n’est pas rare aussi que les personnes touchées éprouvent des difficultés à fixer leur attention sur quelque chose, à lire et à écrire. Par contre, les activités manuelles sont moins affectées et offrent la possibilité de conserver le sentiment de pouvoir agir sur les choses".
6. Baisse de l'estime de soi
"Les personnes ont la sensation d’avoir échoué dans ce qui leur tenait le plus à cœur et d’être totalement inutiles au monde et aux autres.
"Elles ne ressentent plus rien. Comme si elles étaient anesthésiées, incapables d'éprouver aussi bien de la joie que de la douleur".

Note de lecture - C. Dejours, Aliénation et critique du travail

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Le médecin fait une critique du travail en emploi et non du travail en général. Il s'agit d'un article fondamentale, une synthèse précieuse dont nous vous offrons des extraits. Nous avons voulu résumé mais tous les éléments du texte ci-dessous nous ont semblé importants pour comprendre le psychiatre. Vous trouverez l'article disponible gratuitement en intégralité en ligne ici:

Dejours Christophe, « Aliénation et clinique du travail  », Actuel Marx 1/ 2006 (n° 39), p. 123-144
URL : www.cairn.info/revue-actuel-marx-2006-1-page-123.htm.
DOI : 10.3917/amx.039.0123
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Depuis une petite dizaine d’années, les suicides ont fait leur apparition sur les lieux du travail. Une enquête menée récemment en Basse-Normandie (Gournay et alii, 2004) suggère qu’il y aurait chaque année, en France, plusieurs centaines de suicides et de tentatives de suicide avec séquelles graves, sur les lieux de travail. Le suicide semble de prime abord signer l’aliénation rendue à son extrémité : la mort du sujet.

À y regarder de plus près, toutefois, les résultats de l’analyse sont plus nuancés. Car si le suicide peut être le signe d’une aliénation mentale totale, ce n’est pas toujours le cas. Si, par aliénation mentale, on entend l’effacement de la raison, alors, pas plus dans le suicide que dans les autres configurations psychopathologiques, elle n’est vraiment totale.

Dans le cas de Madame VB (Dejours, 2005), une femme cadre particulièrement brillante qui s’est suicidée à proximité de son lieu de travail en se jetant du haut d’un pont et qui a laissé par écrit des indications précises sur le sens qu’elle entendait donner à son geste, il est clair que les formes spécifiques du management dans l’entreprise high-tech où elle travaillait sont en cause. La discussion de ce cas montre comment les injustices dont elle a été victime ont peu à peu fait décompenser une vulnérabilité psychologique qui, jusque-là, était précisément combattue avec succès par sa passion du travail et par la réussite de sa vie professionnelle. Elle avait, matériellement, les moyens d’échapper à l’injustice dont elle était la cible et pouvait non seulement quitter son entreprise, mais prendre le nouvel emploi qui lui avait été proposé ailleurs. Seulement, elle avait effectivement « décompensé ». Et, à partir de cette rupture de l’équilibre psychique dont l’entêtement est un symptôme, elle s’obstine à lutter contre l’injustice. Elle ne peut pas faire place, psychiquement, à une capitulation qui aurait pu être le premier pas d’un processus de dégagement. En ce sens, elle montre des signes d’aliénation mentale au sens psychopathologique du terme. Mais, dans un autre sens, son geste apparaît comme parfaitement délibéré et se donne, selon ses propres explications, comme un refus souverain d’accepter l’inacceptable, de laisser triompher l’injustice et de contribuer ainsi à faire perdurer l’iniquité qui étend son empire sur l’ensemble des salariés. Elle fait donc aussi preuve d’une volonté bouleversante de résistance. 


Les nouvelles pathologies dans le monde du travail


D’autres pathologies affectent aujourd’hui les travailleurs dans des proportions croissantes.

Les pathologies de surcharge

Ce sont, pour nous, les plus surprenantes parce qu’on nous avait annoncé qu’avec le progrès technique, l’automatisation et la robotisation surtout, se profilait sinon la fin du travail, du moins une diminution considérable de la charge de travail. Et curieusement, c’est le contraire qui se produit, c’est-à-dire qu’on voit apparaître beaucoup de pathologies de surcharge.

Ces pathologies de surcharge, dont le premier tableau connu est caractérisé par le burn out, touchent toutes les professions impliquant une relation d’aide, d’assistance ou de soin. En premier lieu, les travailleurs sociaux, les personnels soignants, les services de proximité et, d’une façon plus générale, les services au public. Cependant, le burn out commence à s’étendre ou, en tout cas, à être reconnu comme tel dans d’autres professions et atteint donc plus généralement le travail dit de « relation de service ».

Autre pathologie de surcharge : le Karôshi, qui est une maladie connue en Europe et aux États-Unis, mais qui a été re-décrite par les Japonais. C’est une mort subite, en général par accident vasculaire cérébral, quelquefois par accident vasculaire cardiaque, qui survient chez des sujets âgés de moins de 40 ans, qui ne présentent aucun facteur de risque vis-à-vis des maladies cardio-vasculaires. En d’autres termes, la seule cause que l’on peut retenir, c’est la surcharge de travail, avec des horaires qui dépassent en général 70 heures par semaine. Précisons qu’il s’agit de la comptabilité japonaise, qui ne tient pas compte notamment du temps consacré aux cercles de contrôle de qualité et de tout ce qui est en plus du temps de travail. Cela fait quand même une quinzaine d’années que cette maladie est reconnue au Japon et provoque toute une série d’initiatives en termes d’association pour lutter contre le Karôshi et pour indemniser les familles des victimes de cette maladie.

Autres pathologies de surcharge : les troubles musculosquelettiques, également appelés lésions par efforts répétitifs. Je tiens à préciser que ce sont des pathologies du corps et non des pathologies mentales. Ce sont des pathologies des extrémités, qui atteignent les gaines, les tendons eux-mêmes et les articulations, avec des épanchements et des inflammations, nécessitant des soins parfois importants (par exemple en cas de syndrome du canal carpien).

Néanmoins, et ceci est très important, on ne peut pas comprendre l’augmentation considérable de ces troubles musculo-squelettiques sans faire une place, au centre du processus, à une atteinte qui porte d’abord sur le fonctionnement psychique (Grenier-Pezé, 2000). Ce sont des manifestations périphériques dont le centre est constitué par une maladie psychique. D’ailleurs, ces troubles musculo-squelettiques apparaissent dans quantités de situations dont on ne se serait pas attendu à ce qu’elles provoquent ce genre de troubles. Le travail de bureau dans le tertiaire ne devrait pas donner ce type de maladies.

   Les pathologies du harcèlement




Elles sont aussi en augmentation. Elles prennent essentiellement la forme soit de syndromes dépressifs, soit de syndromes confusionnels. Ces syndromes confusionnels associent des troubles de la mémoire, qui sont souvent les premiers symptômes, à une désorientation dans l’espace et dans le temps et à des troubles du cours de la pensée. C’est une des formes majeures par laquelle se manifestent les pathologies du harcèlement à la phase aiguë. Enfin, les pathologies du harcèlement peuvent aussi, plus rarement, revêtir la forme de syndromes de persécution – difficiles à soigner – et la forme de troubles psychosomatiques. Il semble, à partir des différents éléments rassemblés, que ce sont essentiellement des pathologies qui touchent la sphère utérine, mammaire et thyroïdienne. Des explications commencent à être esquissées pour comprendre pourquoi ce sont ces pathologies-là qui apparaissent plus souvent que d’autres.
 

Le harcèlement au travail n’est pas nouveau. Il est vieux comme le travail. Ce qui est nouveau, ce sont les pathologies. C’est nouveau parce qu’il y en a beaucoup maintenant, alors qu’il y en avait beaucoup moins autrefois. Entre le harcèlement, d’un côté, et les pathologies, de l’autre, il faut bien invoquer une fragilisation des gens vis-à-vis des manœuvres de harcèlement. Cette fragilisation peut être analysée. Les résultats sont assez précis. Elle est liée à la déstructuration de ce que l’on appelle les ressources défensives, en particulier les défenses collectives et la solidarité. C’est l’élément déterminant de l’augmentation des pathologies. En d’autres termes, les pathologies du harcèlement sont, avant tout, des pathologies de la solitude.

(...)

Lorsque le désert progresse dans le monde du travail, ce ne sont pas seulement les défenses collectives et la solidarité qui régressent. Celui qui s’implique subjectivement dans le rapport à la tâche et s’affronte honnêtement aux difficultés que soulève la gestion du décalage entre le travail prescrit et le travail effectif, acquiert progressivement une expérience du monde qui est d’abord une expérience du réel. L’expérience du réel, c’est-à-dire de ce qui se fait connaître au sujet qui travaille par sa résistance à la maîtrise, est aussi une expérience subjective de l’échec, de l’incertitude, de l’impuissance, du doute. Dans le monde désolé, la connaissance du monde révélée au sujet par l’expérience du réel devient difficile à soumettre à l’appréciation ou au jugement de l’autre parce que, avec la désolation, ont disparu non seulement le « sol » du sens commun, mais aussi la confiance. Or la confiance est un réquisit pour oser parler de son expérience du réel. Le « retour d’expérience » ne consiste pas seulement à exhiber ses exploits, mais aussi à parler de ses échecs par lesquels la résistance à la maîtrise technique se révèle, justement. Mais parler de ses difficultés dans le travail, de ses échecs, de ses doutes, c’est aussi prendre le risque de passer pour incompétent et non pour détenteur d’une expérience critique du monde. Et lorsque, bravant cet obstacle, le travailleur conscient de ses responsabilités prend le risque d’exposer aux autres son expérience, il ne reçoit souvent comme réponse, dans le monde désolé, que le silence, voire le désaveu. Surtout lorsqu’il fait état d’une expérience qui entre en contradiction avec la prétendue maîtrise attestée par les certifications de la qualité totale ou avec la prétention affichée par les contrats d’objectifs, de résultats et de rentabilité.

En d’autres termes, l’expérience authentique du monde obtenue par le truchement de l’expérience du réel devient incommunicable dans le monde désolé des nouvelles techniques de domination du travail. Cette situation peut tourner au tragique. Alors même que le travailleur en cause possède un lien authentique avec le réel, qui le conduit par exemple à douter de la sécurité, de la sûreté ou de la qualité, il se retrouve seul et désavoué, quand il ne devient pas, pour cette raison même qu’il ne consent pas à se taire, la cible d’une manœuvre de déstabilisation stratégique (harcèlement professionnel). Il se trouve alors dans une position psychologiquement scabreuse : ou bien, sous l’effet du désaveu des autres, il finit par douter de la validité de son expérience et il risque alors la dépression, ou bien il continue de plaider seul contre tous les autres et il est alors guetté par les effets délétères de l’auto-référence. Et il risque de dériver vers la paranoïa.
  (...)




Aliénation et déni du réel 


(...) L’aliénation apparaît comme étroitement liée à la mise en impasse de la reconnaissance. Et, pour la clinique du travail comme pour l’anthropologie des techniques, la reconnaissance d’ego par autrui dans le monde du travail ne se réduit pas à un procès intersubjectif d’ego à autrui et vice-versa. La reconnaissance par autrui ne s’applique pas à un ego isolé. Elle porte sur l’authenticité ou la véracité du rapport d’ego au réel médiatisé par le travail. La reconnaissance vise une connaissance d’ego, une expérience d’ego, un rapport d’ego avec le réel. La reconnaissance en clinique du travail est toujours aussi et indissociablement une reconnaissance du réel.
 

En déstructurant les bases de la reconnaissance du travail, les nouvelles méthodes d’organisation du travail poussent d’abord les hommes vers une forme d’aliénation individuelle caractérisée par le terme « d’aliénation sociale ». Mais elles impliquent aussi, au-delà, le risque d’une aliénation collective qui s’installe lorsque se produit une rupture collective du lien avec le réel, que Sigaut propose de nommer « aliénation culturelle ».
 

Les normes de la qualité totale, par exemple, contraignent les travailleurs à dissimuler, plus encore que naguère, les infractions qu’ils doivent faire par rapport aux prescriptions, pour atteindre les objectifs (gestion de l’écart entre la conception de l’organisation du travail et la réalité du procès de travail). Tout le monde est ainsi progressivement appelé à participer à une description déformée et enjolivée de la réalité, qui occulte les infractions mais aussi le réel. Jusques et y compris au niveau des bilans comptables. Ainsi les rapports d’activité risquent-ils de s’écarter de plus en plus de la réalité du travail et de la production.
 
C’est là certainement une des dimensions les plus inquiétantes de « l’aliénation culturelle » qui consiste en ceci que les dirigeants d’entreprise s’auto-congratulent et s’auto-félicitent sur la base de descriptions qui ont perdu le rapport avec le réel. Ils se trouvent alors dans une position similaire à celle de l’état-major de l’armée française, dont les généraux se félicitaient mutuellement de l’invincibilité de la ligne Maginot pendant que les Nazis préparaient les Panzer Divisionen ; ou à celle du comité central d’un parti politique qui a perdu le contact avec le peuple ; ou encore dans une position similaire à ce qui se produit dans une secte.




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Les nouvelles formes de domination dans le monde du travail


 

Prendre au sérieux la régression dans l’ordre de la vie consiste à prendre appui sur la clinique elle-même pour décrire le monde du travail, voire le monde social. Décrire le monde à partir de l’expérience subjective du travail, c’est peut-être se donner les moyens de décrire le monde en partant du réel tel que, précisément, il se révèle, au mieux, par l’expérience du travail, qui est aussi une expérience de souffrance. Partir de la souffrance subjective consiste donc à inverser la flèche de la description par rapport à la tradition sociologique. Y compris par rapport à la démarche marxienne. Selon Marx, l’origine de l’aliénation est dans la propriété privée qui désapproprie l’homme du produit de son activité. La propriété privée est première par rapport à tous les autres chaînons intermédiaires de l’aliénation. L’analyse subjective, à partir de la clinique, suggère que l’élément déterminant serait plutôt la domination et les formes spécifiques du pouvoir par lesquelles elle passe pour devenir efficiente. Et si l’on reste toujours au plus près de la clinique, il faudra peut-être corriger cette première approche trop sommaire encore. Au départ de l’aliénation du travail, il n’y aurait pas tant la propriété privée que la domination et il n’y aurait pas tant la domination que la forme spécifique que prennent, à un moment donné, les rapports entre domination et servitude, entre domination et résistance.


En prenant appui, donc, sur la clinique et la psychopathologie du travail, on parvient à une description particulière des nouvelles formes de la domination qui n’est congruente ni avec celle des sociologues ni avec celle des économistes, sans parler bien sûr de celle des gestionnaires, qui est pourtant celle qui, en fin de compte, inspire aujourd’hui toutes les autres. La description sociologique dominante reprend sans écart signifiant l’idée « d’autonomie » et, avec elle, la « prescription d’autonomie », de « savoir être », etc. (Périlleux, 1998 ; Zarifian, 1998 et, en sens inverse, Ehrenberg, 1998). En revanche, la description des nouvelles formes de la domination à partir de la clinique conduit à identifier comme primum movens l’évaluation individualisée des performances et son couplage avec les normes de la qualité totale.
L’évaluation


Premièrement, l’évaluation individualisée des performances a été rendue possible par le suivi informatisé de l’activité, qui permet le suivi individualisé de chaque opérateur, de ses gestes et de ses modes opératoires. Il faut souligner que ce contrôle n’est pas passif, mais suppose la collaboration de l’agent, qui doit périodiquement ou continûment saisir des données sur son activité dans le terminal ou l’ordinateur. L’auto-contrôle en est la forme achevée, qui est d’ores et déjà répandue aussi bien dans l’industrie que dans les services.

 

L’évaluation individualisée, lorsqu’elle est couplée à des contrats d’objectifs ou à une gestion par objectifs, lorsqu’elle est rassemblée en centre de résultats ou encore en centre de profits, conduit à la mise en concurrence généralisée entre agents, voire entre services dans une même entreprise, entre filiales, entre succursales, entre ateliers, etc.

 

Cette concurrence, lorsqu’elle est associée à la menace de licenciement conduit à une transformation en profondeur des rapports du travail. Elle peut déjà dégrader les relations de travail lorsqu’elle est associée à des systèmes plus ou moins pervers de primes. Mais lorsque l’évaluation n’est pas couplée à des gratifications, mais à des sanctions ou des menaces de licenciement, ses effets délétères deviennent patents. L’individualisation dérive alors vers le chacun pour soi, la concurrence va jusqu’aux conduites déloyales entre collègues, la méfiance s’installe entre les agents. Ceci s’observe très bien chez les employés, les ouvriers et les techniciens, mais aussi chez les cadres, y compris les cadres dirigeants qui sont contraints de se surveiller constamment les uns les autres pour ne pas se laisser distancer et risquer ainsi de perdre le pouvoir dont ils disposent, bien sûr, mais aussi leur sécurité d’emploi.

 

Le résultat final de l’évaluation et des dispositifs connexes est principalement la déstructuration en profondeur de la confiance, du vivre-ensemble et de la solidarité. Et, au-delà, c’est l’abrasion des ressources défensives contre les effets pathogènes de la souffrance et des contraintes de travail. L’isolation et la méfiance s’installent et ouvrent la voie à ce qu’on appelle les pathologies de la solitude, qui me semblent être un des dénominateurs communs des nouvelles pathologies dans le monde du travail.
 
Ensuite, les évaluations peuvent être utilisées comme moyens de pression et génèrent donc des risques importants de surcharge de travail, avec dans leur sillage tout le cortège des pathologies de surcharge que j’ai évoquées auparavant. Les évaluations en question, évaluations individualisées des performances, sont au demeurant critiquables parce qu’elles sont arbitraires. L’évaluation quantitative et objective du travail, en effet, ne peut être que prétexte à l’arbitraire parce qu’il est facile de montrer que l’essentiel du travail n’est pas évaluable objectivement et quantitativement. Il s’ensuit forcément un sentiment confus d’injustice qui a aussi sa part dans l’apparition des décompensations, notamment à forme de syndromes dépressifs et de syndromes de persécution.
La qualité totale  

C’est l’autre secteur, à côté de l’évaluation, qui peut être identifié comme source ou cause de l’aggravation des pathologies mentales au travail. On peut montrer par de multiples approches, aussi bien psychologiques qu’ergonomiques ou sociologiques, que la qualité totale est impossible. Il y a en effet un décalage irréductible entre les prévisions, la planification, les méthodes, c’est-à-dire les prescriptions, d’un côté, le travail effectif ou concret, de l’autre. Contrairement à ce que prétendent de nombreuses doctrines, il n’y a jamais de production parfaite dans le travail, pas plus dans les secteurs industriel ou agricole que dans les secteurs financier ou commercial. Tout le monde en a l’expérience.

 

En imposant la qualité totale, qui est en fait une chimère, on génère inévitablement une course aux infractions, aux tricheries, voire aux fraudes. Car il faut bien satisfaire aux contrôles et aux audits pour obtenir une certification ISO 9 000 ou 13 000, etc. Annoncer la qualité totale, non pas comme un objectif, mais comme une contrainte, génère toute une série d’effets pervers qui vont avoir des incidences désastreuses. Ces fraudes inévitables générées par la qualité totale ont, en effet, un coût psychique énorme, non seulement en termes d’augmentation de la charge de travail – tout le monde peut en témoigner –, mais aussi en termes de problèmes psychologiques. La contrainte à mentir, à frauder, à tricher avec les contrôles met beaucoup d’agents en porte-à-faux avec leur métier, avec leur éthique professionnelle et avec leur éthique personnelle.

 

Il en résulte une souffrance psychique qui est en cause dans les syndromes de désorientation, de confusion, de perte de confiance en soi et de perte de confiance dans les autres, dans les crises d’identité et dans les dépressions pouvant aller jusqu’au suicide, notamment lorsqu’un agent se voit entraîné malgré lui à participer à des pratiques que, moralement, il réprouve.
 
L’analyse clinique des causes d’accroissement de la pathologie mentale au travail renvoie donc, en définitive, à des causes organisationnelles. Aux principes du Scientific Management, avec ses méthodes de surveillance, de contrôle et d’encadrement, s’est bel et bien substitué, jusque sur les chaînes de montage, un nouveau dispositif qui, lorsqu’il associe les deux principes de l’évaluation individualisée des performances et de la qualité totale, engendre des pathologies de surcharge et des pathologies nouvelles.

(...)




Le coaching
 

L’évaluation individualisée des performances casse les solidarités, ce qui, bien sûr, est son objectif premier dans le registre de la domination du travail. Mais elle tend aussi, via la déstructuration de la confiance et les conduites déloyales entre collègues en concurrence, à saper les bases de la coopération. La désolation atteint aussi les cadres et pas seulement les « exécutants ». Le cadre, coupé des autres par l’isolation, seul face à son contrat d’objectifs, ne peut plus bénéficier de l’entraide ni de la coopération. Et il craint de couler. L’entreprise aussi. Un nouveau moyen peut être mis en œuvre : l’assistance individualisée. Modalité nouvelle d’aide à la performance qui fait l’économie de la coopération interne, apportée de l’extérieur par un « coach », en général formé à la psychologie. Peu importent les théories de référence, peu importent les techniques utilisées. Seule compte l’efficacité du coach à entretenir le moral du chef qui vacille, c’est-à-dire en termes plus triviaux, à entretenir son zèle de cadre.
 

Le développement très rapide du coaching montre qu’il répond à une demande exprimée par les cadres et les dirigeants qui sont en souffrance. Le coaching est effectivement pour eux un besoin et est devenu, pour l’entreprise, le moyen acceptable de contrebalancer les effets délétères de l’évaluation individualisée des performances qui déstructure la coopération.

La gestion du stress

L’autre méthode largement utilisée est la « gestion du stress ». Elle vise aussi à corriger les effets pervers de l’organisation du travail qui poussent tendanciellement vers la surcharge de travail, le surmenage, l’épuisement et leur cortège de dégradations de l’activité, d’irritabilité dans les relations avec les collègues et de risque de décompensations psychopathologiques (cf. les pathologies de surcharge).
(...)





Conclusion

 

De tout ce qui a été évoqué précédemment, on pourrait retenir que les nouvelles pathologies surgissant dans le monde du travail témoignent de la désagrégation du « monde » et de la progression de la désolation. À la différence d’Hannah Arendt, toutefois, cette investigation qui part de la clinique conduit à une inversion du chemin causal. Pour Arendt, c’est la destruction du monde qui génère l’animal laborans et la condition de l’homme moderne. Selon la psychodynamique du travail, c’est le travail lui-même et, plus spécifiquement, son organisation, qui constituent l’instrument essentiel d’innovation, d’expérimentation et de transformation de la domination, grâce à laquelle le monde humain et la politique sont défaits.
 

Inhérente à toute stratégie d’organisation du travail, aussi bien dans le taylorisme et dans le modèle japonais (Ohnisme) que dans l’évaluation individualisée des performances, il y a en effet toujours la volonté de diviser les hommes et de contrôler toute velléité d’auto-organisation qui entrerait en concurrence avec l’organisation du travail prescrite.

 (...)

Au centre de l’essence générique de l’homme, il y a le pouvoir et le vouloir de travailler. A condition toutefois que, par travail, on entende rigoureusement le sens philosophique que Marx donne à ce terme, à savoir : le sens du travail vivant. Dans le concept marxien de travail vivant, il y a cette idée que l’accomplissement de l’essence de l’homme est culturel en ceci que la culture est précisément ce par quoi les hommes honorent la vie. Pour Marx, le travail est fondamentalement vivant, individuel et subjectif.
 

L’aliénation ne désignerait pas un état, mais plutôt une direction, une orientation que peut prendre l’être humain lorsqu’il s’engage dans un chemin qui le conduit à nier son essence, c’est-à-dire à répudier la vie, à déshonorer la vie. L’aliénation désignerait moins le renoncement à la liberté que la distraction, voire l’oubli de la dimension axiologique du travail vivant.
 

Si le travail vivant est bien au principe de l’émancipation des êtres humains, alors l’aliénation aurait partie liée avec le risque diabolique de retourner le travail contre lui-même, c’est-à-dire de détourner l’activité humaine du travail vivant pour en faire un travail mort.






(...)

Les nouvelles formes de pathologie mentale au travail montrent que, aujourd’hui, c’est bien plutôt la désolation qui progresse. Parce que les hommes se sont engagés depuis quelques années dans le consentement zélé à développer des formes d’organisation du travail qui détruisent le monde, c’est-à-dire l’espace de la solidarité et du politique, la société d’aujourd’hui entretient un rapport ambigu avec l’aliénation.
 

Le ressort de l’aliénation ne réside pas dans la propriété privée. Il s’instaure bien en deçà, dans la servitude volontaire et ses formes contemporaines qui passent essentiellement par l’adhésion à l’évaluation individualisée des performances. Marx pourtant l’avait déjà montré. Le travail vivant est essentiellement subjectif. Il n’appartient pas au monde visible et, de ce fait, il ne peut pas être évalué objectivement et quantitativement.

 (...)
Les nouvelles formes de souffrance et de pathologie dans le monde du travail témoignent de la défaite de la pensée face aux prophéties contemporaines affirmant, d’un côté, que tout, en ce monde, est mesurable et doit être mesuré, annonçant triomphalement, de l’autre, que le travail est une valeur en voie de disparition.

Bibliographie

  • Arendt H. (1951), The Origins of Totalitarism, New York, Éd. Harcourt, Brace and World Inc. Trad. française : Le Système totalitaire. Les origines du totalitarisme, Paris, Éditions du Seuil, p. 225.
  • Arendt H. (1978), The Life of the Mind, New York, Éd. Harcourt, Brace Jovanovich New York and London Inc. Traduction française par Lucienne Lotringer : La Vie de l’esprit, PUF, 2 tomes, 1981, tome I, pp. 204- 230.
  • Arendt H. (1993), Was ist Politik ?, München, R. Piper GmbH & CoKG. Traduction française : Qu’est-ce que la politique ?, Paris, Éditions du Seuil, 1995, pp. 136-139.
  • Aron R. (2002), Le Marxisme de Marx, Paris, Éditions de Fallois, préface de J. C. Casanova.
  • Bottigelli E. (1972), note de bas de page in Manuscrits de 1844 de Karl Marx, Éditions sociales.
  • Dejours C. (2004), « La fatigue d’être soi : revers de l’émancipation ou signe d’aliénation ? » in Revue Française de Psychosomatique, numéro spécial, Vivre fatigué, Paris, PUF, pp. 27-36.
  • Dejours C. (2005), « Nouvelles formes de servitude et suicide », Travailler, 13, pp. 53-74.
  • Ehrenberg A. (1998), La Fatigue d’être soi. Dépression et société, Paris, Odile Jacob.
  • Gollac M., Volkoff S. (2000), Les conditions de travail, Paris, Éditions de La Découverte, pp. 28-30.
  • Grenier-Pezé M. (2000), « Chroniques de la violence ordinaire. Organisation psychique individuelle, organisation du travail, organisation du système de soins », Travailler, 4, pp. 123-139.
  • Gournay M., Laniece F., Kryvenac I. (2004), « Étude des suicides liés au travail en Basse-Normandie », Travailler, 12, pp. 91-98.
  • La Boetie É. (de) (1574), Le discours de la servitude volontaire, transcription par Charles Teste (1836), Paris, Payot, 1976.
  • Marx K. (1844), Manuscrits de 1844, Paris, Éditions sociales, 1972.
  • Perilleux T. (1998), « L’autonomie est-elle encore un idéal d’émancipation dans le travail », Travailler, 1, pp. 17-40.
  • Sigaut. F. (1990), « Folie, réel et technologie », Techniques et culture. 15, pp. 167-179.
  • Zarifian P. (1998), « Le travail sous l’emprise de la gestion », Travailler, 1, pp. 41-54.



Le burn-out - statistique et interrogation


Je voudrais qu'un employiste versé dans la pédagogie m'expliquât l'intérêt d'organiser l'activité humaine au détriment de la qualité de vie humaine? Je voudrais qu'on m'explique - comme à un enfant de six ans - pour quoi l'emploi est présenté comme un horizon indépassable, comme source de toute légitimité sociale alors qu'il empoisonne (et pas qu'à moitié, un burn-out, c'est atroce) ses disciples.

Ne s'agit-il pas d'une religion malsaine, ne s'agit-il pas d'une secte qui sacrifie ses fidèles, les contraint par la misère et chipe leur temps, leur ressource, leur joie de vivre, leur vie de famille, leurs liens sociaux?





Nous rappelons que 


le burn-out est dû à une gestion managériale qui entend augmenter la productivité (ou qui entend licencier en s'épargnant des primes de licenciement en poussant les employés à bout)

les maladies qui accompagnent le burn-out empêchent l'employé de travailler parfois définitivement, elles nécessitent des médications coûteuses à charge de la sécurité sociale

le faible bénéfice obtenu par les techniques de torture amenant au burn-out est immédiatement englouti par le jeu de la concurrence

en travaillant vite et mal, on produit des choses mal faites, inutiles ou mal pensées.

Extrait

"Technologia s'est fondé sur un sondage mené auprès de 1 000 actifs. Il en ressort que 12,6 % d'entre eux encourent un burn-out, ce qui, rapporté à l'ensemble de la population, porte le nombre de personnes concernées à 3,2 millions d'actifs.

Le cabinet d'experts, qui est notamment intervenu chez France Télécom après la vague de suicides de 2008-2009, relève que le risque de burn-out, caractérisé par un travail excessif et compulsif, est particulièrement élevé chez les agriculteurs (23,5 %), devant les artisans, commerçants et chefs d'entreprise (19,7 %) et les cadres (19 %). Viennent ensuite les ouvriers (13,2 %), les professions intermédiaires (9,8 %) et les employés (6,8 %)."


http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/01/22/plus-de-3-millions-de-francais-au-bord-du-burn-out_4352438_3234.html

Le suicide reconnu comme accident de travail à La Poste

In memoriam

Nous exprimons nos condoléances à la famille et aux proches du cadre qui s'est suicidé. Nous exprimons notre sympathie à toutes les victimes de l'emploi, du management, de la concurrence entre services, entre collègues, entre entreprises ou entre pays.


Nous soulignons la souffrance de cet homme, nous soulignons la souffrance de tous les suicidés du travail avant leur passage à l'acte.

Le suicide d'un cadre de la Poste a été reconnu comme accident du travail par l'inspection du travail (article de l'Humanité ici).

Extrait
L'inspecteur du travail avait raconté qu'en octobre 2012, cet ancien journaliste, qui travaillait depuis une dizaine d'années à la direction de la communication du groupe, s'était vu confier l'intérim de la direction des médias internes, ce qui avait été "une période éprouvante et très anxiogène pour lui". La charge de travail s'était "beaucoup accrue" et l'ambiance dans le service "fortement dégradée". «Au regard de ces éléments et sans préjuger des conclusions de l'enquête de police dont le travail n'est pas terminé, il apparaît qu'il y a bien un lien fort entre le geste fatal (du cadre) et son travail, ce qui devrait conduire à reconnaître son décès en accident du travail», indiquait l'inspecteur, appelant La Poste à faire connaître sa position. Ce cadre stratégique, âgé de 51 ans, s'était suicidé après un arrêt maladie, lié à un syndrome d'épuisement professionnel ("burn-out").

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Sur le burn-out, reportage radio in vivo sur un suicidé à La Poste ('Les pieds sur terre' - Sonia Kronlun - France Culture). Le management à l'origine de ces suicides a tout à voir avec la logique du profit, avec une gestion du travail tournée vers la rentabilité, le gain de temps.

http://www.franceculture.fr/emission-les-pieds-sur-terre-«-burn-out-»-le-combat-d-ilma-2014-01-06

L'employisme augmenterait les risques cardiaques

Article glané sur facebook, je vous le partage.

Référence: Psychomédia ici

Extrait:
Les hommes qui n'expriment pas leurs émotions de colère et de frustration lorsqu'ils se sentent injustement traités au travail ont un risque accru de problèmes cardiaques, selon une étude suédoise publiée dans le Journal of Epidemiology and Community Health.

Constanze Leineweber et ses collègues de l'Université de Stockholm ont mené cette étude avec 2755 employés sans antécédents de crise cardiaque entre 1992 et 2003. Leurs façons de faire face aux traitements injustes au travail étaient évaluées ainsi que différents facteurs de risque.

Durant les dix ans qu'a duré la recherche, 47 des participants ont été victimes d'un infarctus du myocarde ou sont décédés des suites d'une maladie cardiovasculaire.

Les hommes qui disaient qu'en situation d'injustice, ils réagissaient souvent ou parfois en se retirant, ne disant rien, ne se sentant pas bien physiquement ou ayant mauvais caractère à la maison, étaient deux fois plus susceptibles de subir une attaque cardiaque. Mais ceux dont la réaction immédiate étaient de s'éloigner ou de ne rien dire avaient un risque 5 fois plus élevé.
 

Harcèlement, burn-out comme problèmes sociaux de l'emploi

On m'envoie une vidéo-réflexion sur la souffrance au travail. Cette souffrance a un cadre, celui du mode de production, ce mode de production a des acteurs, les producteurs, qu'il rend malades et les actionnaires, les banquiers qu'il enrichit.

Burn-out, Entretien contre les idées reçues

Le burn-out est une maladie sociale, c'est une maladie provoquée par le mode de management du personnel. Si le burn-out se manifeste par des symptômes médicaux, individuels, son origine est psycho-sociale.
De ce fait, il faut également interpeller aussi bien les syndicats que l'inspection du travail sur les risques psycho-sociaux de certains types de management. Dans le cadre d'un management par la haine, par la pression, par le harcèlement, le burn-out doit être considéré comme une MALADIE PROFESSIONNELLE dont l'employeur doit être tenu responsable et qu'il doit indemniser en conséquence.

Nous nous permettons d'insister sur ce point, notamment auprès de nos lectrices, de nos lecteurs syndicalistes afin qu'ils interpellent leurs instances responsables sur le sujet. Qui casse paie. C'est le patron qui provoque le burn-out pour augmenter ses marges, c'est à lui d'indemniser la sécurité sociale et l'intéressé en conséquence.


Pr Pierre Firket démonte quelques idées reçues sur le burn-out. L'occasion pour nous de rappeler à nos lecteurs:

- qu'il faut être très attentifs aux signes avant-coureurs du burn-out, chez soi comme chez les autres, plus on laisse les choses aller loin, plus la maladie devient difficile à soigner

- que le management moderne implique la productivité et l'absence de respect des rythmes de chacun. Ce management, quand il se double de mépris ou de harcèlement professionnel constitue un terreau pour cette maladie

- que l'on travaille pour vivre et non l'inverse, c'est l'importance de la vie qui, éventuellement, pousse à accepter un travail

- que ce sont les gens les plus motivés, les plus soigneux, pour qui le sens du travail est le plus importants qui sont le plus sujets à ce mal

- que cette maladie peut avoir des séquelles mal connues et qu'elle doit être considérée comme une maladie dangereuse



Courage à toutes et à tous. N'hésitez pas à contacter votre syndicat et des professionnels de la santé en cas de doute (certains médecins font l'impasse sur cette maladie, d'autres en sont forts conscients, un médecin peu compréhensif ne veut pas dire que vous n'êtes pas malade).

http://www.rtbf.be/info/societe/detail_ceux-qui-resistent-au-burn-out-sont-les-bons-les-autres-les-mauvais?id=8118439

Rappel des symptômes:

  1. Épuisement professionnel (rien ne paraît surmontable)
  2. Déshumanisation (désinvestissement de la relation à l'autre)
  3. Auto-dépréciation (culpabilité, démotivation)

Le Psychologue - Burn-out


Les cadres se prolétarisent

  Dans un article de Travail et santé, on parle des souffrances médicales des cadres. La liste est édifiante: des crises cardiaques liées au surmenage ou simples burn-out. Par ailleurs, les cadres connaissent de plus en plus le travail de nuit.



Si, dernièrement, ils ont été davantage impliqués dans les décisions de leur service, l'article omet de préciser que cette plus grande implication s'est souvent accompagnée de protocoles de plus en plus rigides, de modes de décision de plus en plus programmés. Ce fait sur lequel l'article fait l'impasse rend les cadres de plus en plus responsables (car ils décident de plus en plus) mais de moins en moins impliqués (car leur décision est programmée par des codes, des normes, des protocoles).

Par contre, alors que la faiblesse des contraintes horaires demeure, les salaires ne suivent pas toujours. Les tâches sont de plus en plus individualisées, les cadres sont de plus en plus en concurrence et leur vie privée (psychique, affective et physique) s'en ressent logiquement.

Plus difficile à vivre pour des travailleurs, des travailleuses qualifiés, c'est l'absence de sens qui saisit ces producteurs à la gorge et la clientélisation des rapports entre collègues qui marque leur atomisation.

Cette désocialisation se marque d'autant plus que le recourt au télétravail se généralise.

"Sans les locaux de l'entreprise, c'est manquer la pause déjeuner, ou la grosse engueulade dans le bureau. On perd une part de la vie collective. Quant à l'entreprise, elle doit accepter de perdre une certaine forme de contrôle de ses travailleurs, ce qui n'est pas simple. Le télétravail ne peut être pérenne que s'il existe une vraie relation de confiance entre le salarié et sa hiérarchie. MyEurop - Le travail, c'est pas vraiment la santé
 Relation de confiance dont nous avons des raisons de croire qu'elle est quelque peu obérée par les relations de travail sus-décrite.

Le fait que les cadres aient (éventuellement) une bonne rémunération ou qu'ils soient (éventuellement) complices de leur exploitation (ou de celle de leur subalternes) de les rend pas moins victimes de la logique de l'emploi.

Au contraire, leur adhésion à une vision du monde employiste les met à la merci de l'exclusion de l'emploi ou de l'ostracisme au sein du monde de l'emploi.

Les désaffections sont nombreuses mais certains se perdent pour ne jamais revenir.

Rappelez-vous,
ce qu'ils font à l'un d'entre nous, c'est à nous tous qu'ils le font.

Acédie et burn-out

8 août 2013, 00:19


Le burn-out est-il un péché ?


Remarque liminaire: cet article se veut une réflexion, en aucun cas un jugement - j'ai moi-même été victime de burn-out.


L'acédie était un péché capital au moyen-âge pour l'église catholique. Elle a depuis été déclassée. L'église lui a substitué la paresse alors que l'acédie traitait d'un problème tout à fait différent. Il s'agissait d'un péché capital, comme je l'ai dit, c'est-à-dire non d'un péché plus important ou plus grave qu'un autre mais d'un péché en rapport avec la tête (caput en latin, comme dans la peine capitale). Selon Wikipédia, l'acédie se manifeste dans un premier temps par une excitation, une hyperactivité, une exaltation trahie par de la logorrhée (parole surabondante), de l'euphorie et de fortes émotions. Cet état euphorique est de loin en loin interrompu par des accès d'agressivité et des comportements amoraux (les pères de l'église parlaient d'éréthisme).

Cette phase ressemble à s'y méprendre aux impératifs de productivité, à ce qui est demandé aux employés : frénésie productive, enthousiasme pour la boîte-mère, conduites compensatoires du week-end, violation des tabous, consommation de stupéfiant (alcool, coke …). Ces conduites se manifestent dans toutes les strates de la société, notamment chez les cadres, et sont liées à un management impitoyable.

Mais revenons à nos pères de l'église. Les études se sont alors succédé au moyen âge et les auteurs parlent de '« cœur dévié, vain et vagabond » d' « esprit instable, errant et fugitif, se tournant de tous côtés, flottant de tous côtés », voulant et ne voulant plus, changeant d'avis, alternant ses désirs, « comme une feuille soulevée par le vent tourbillonnant ». Alors, les « paroles importunes, frivoles et nuisibles, l'instabilité du mouvement de l'esprit et des actions du corps, l'inquiétude également, s'accumulent comme une armée en rangs serrés'. Wikipédia, toujours.
Sans prétendre à l'archéologie médicale, nous avons une hyper-sensibilité, une hyper-sollicitation, une hyper-mobilisation et des mouvements frénétiques. Dans un second temps, les pères de l'église décrivent un état de prostration, une incapacité à poursuivre l'hyperactivité. C'est cet état qu'ils nommaient l'acédie et que Wikipédia résume de la sorte :
… 'l'état acédieux comporte un ensemble de symptômes qui constituent la sémiologie dépressive classique : perturbations affectives, cognitives, conatives, mais aussi troubles somatiques.
On notera, par exemple, que, à l'instar du dépressif l'état acédieux se caractérise par une incapacité à prendre du plaisir, une fatigue chronique, un isolement social, une tristesse, une incapacité à la concentration, aux raisonnements intellectuels suivis et même un amoindrissement des capacités langagières.
Pour ceux qui connaissent le burn out de manière clinique ou personnelle, la comparaison s'impose, entre les descriptions d'Evagre, Cassiens, Bernard de Clervaux ou Adhelme et leur propre expérience. D'abord une mobilisation extrême puis, suite à la sollicitation excessive de l'esprit, un effondrement dans le désintérêt (l'anhédonie, c'est le fait de ne prendre de plaisir à rien – rappelons que nous parlons d'un état mental que l'église considérait comme un péché), la confusion et la fatigue.

Ce qui est intéressant dans cette histoire, c'est que l'interdit, le péché du moyen-âge est devenu un impératif économique, une obligation de société – et je gage que d'autres textes d'autres religions abondent dans le même sens. Pour autant, le côté criminel de ces comportements demeure et son lien aux modalités d'exploitation de la main d'œuvre dans l'emploi est patent. Ce modèle, le cadre sans pitié, sans sommeil, investi dans son travail à 200 %, prêt à tour pour gagner (pas quoi, combien!) est devenu le parangon de la réussite sociale, alors qu'il atteste une pulsion d'auto-destruction mortelle, c'est-à-dire, selon les pères de l'église, un péché.

Le Burn-out

8 août 2013, 00:13
Chers vous, je vous invite à être particulièrement attentif à l'apparition des symptômes de burn-out aussi bien chez vous que chez vos proches.

Le burn-out touche en premier lieu les plus brillants, les plus motivés, il n'est pas signe d'incompétence mais d'engagement (ou de dégagement d'ailleurs, voir article).

Cette maladie, pour citer l'article qui suit
 "touche aussi bien les cadres que les employés.

La concurrence et la productivité dans les entreprises, où tout s'accélère aujourd'hui, provoque des épuisements professionnels graves pour la santé.

La diminution des effectifs dans les entreprises augmente la charge professionnelle du travailleur. Comme le nombre de tâches augmente, il consacre davantage d'heures chaque semaine à son travail.
Cela lui donne le sentiment de devoir toujours en faire "plus dans un espace de temps qui se réduit.

Le manque de reconnaissance est certainement un facteur d'usure également."

Les coûts de cette maladie sont énormes en termes humains (il faut des années pour s'en remettre - et je suis malheureusement bien placé pour en parler)
en termes sociaux (perte de productivité, développement de maladies connexes, coût pour la sécu, etc.).

Cette maladie témoigne de l'acmé du délire employiste: on externalise les coûts d'un gain de productivité infime sur la sécu, on broie la main d'oeuvre pour la remplacer rapidement.

Des structures spécialisées existent partout (notamment dans la ville moyenne où j'habite) qui traitent de ce problème, n'hésitez pas à prendre contact en cas de doute. Des professionnels humains, compétents peuvent vous sauver la peau.

Si un proche est touché, il est à mon humble avis vital de lui témoigner de votre affection, de l'entourer, de donner de la profondeur à son existence - le fait d'être inséré dans un réseau social fort permet de faciliter la résilience et de prévenir la maladie, ce réseau rend moins fragile. L'on ressent une souffrance immense en burn out, on se sent incapable, bon à rien, on n'a plus confiance en soi. En cas de harcèlement professionnel (je reviendrai sur ce problème spécifique à l'occasion), le moi est carrément détruit.

Et, employiste ou non, rappelez-vous, et rappelez-lui que l'on travaille pour vivre, pas pour mourir.

http://www.psy.be/travail/fr/maletre/burn-out.htm

par ailleurs, je vous invite à visionner la vidéo de Christophe Dejours dont le lien est plus bas sur cette même page.