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La condition ouvrière (II) - le paupérisme

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En termes politiques, parler de pauvres permet de ne pas parler de classes. En ce sens, ce concept est un mouroir politique et il permet, en outre, d'évoquer une légitime urgence. Mouroir politique et stratégie du choc.

Mais ce concept et la façon tour à tour paternaliste et calomnieuse dont il est utilisé permet d'évacuer la question de la distribution des ressources et de leur accès. Il permet de ne pas interroger la violence sociale qui condamne des gens à une existence misérable alors qu'il  y en a qui se gavent.

Pour cet article sur le paupérisme, nous allons suivre le travail de Jean Neuville sur la classe dangereuse du XIXe, les ouvriers. Il a procédé à une récollection de documents historiques retraçant la perception bourgeoise de cette classe et sa construction dans les consciences bien-pensantes.

Mendiants au moyen-âge, ouvrier lors de la révolution industrielle, chômeurs ou "minimexés, rsastes" ou banlieusards, jeunes, aujourd'hui, la figure de la classe dangereuse dans les beaux salons a évolué.

Mais les préjugés de classe et le mépris arrogant de le domination sûre d'elle n'ont pas bougé d'un iota ... depuis le quatrième siècle.

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Source: Jean Neuville dans La condition ouvrière au XIXe siècle, tome 2, L'ouvrier suspect, Éditions vie ouvrière, Bruxelles, 1977, parle de la posture de la bourgeoisie catholique envers les ouvriers.

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1. Les bons pauvres et les mauvais pauvres

Si une prédilection pour la "vertu" de pauvreté et une grande attention vis-à-vis du pauvre - "membre souffrant du Christ" sur terre - sont caractéristiques du Moyen-Âge, il y a aussi, le traversant de part en part, une constante: la distinction entre le vrai pauvre et le faux. Distinction généralement fondée sur la validité ou l'invalidité du pauvre; celui qui est valide est un fainéant, ne méritant aucune considération.
Cette position renvoie aux néolibéraux qui soupçonnent les invalides "d'abuser", qui réclament des contrôles pour bien vérifier qu'ils sont invalides, pour vérifier que ce sont de "bons pauvres".
parmi [les mendiants] que l'on reconnaîtrait comme valides, l'esclave fugitif serait rendu à son maître, l'homme libre astreint au colonat à perpétuité au profit de celui qui l'aurait découvert. Au souci de purger la capitale se joignait celui de renforcer la main-d’œuvre rurale et notamment la main-d’œuvre assujettie que manifestent plusieurs lois de la fin du IVe siècle.
Source de Neuville: Evelyn Patlangean, La pauvreté byzantine au VIe siècle au temps de Justinien: aux origines d'un modèle politique, La Sorbonne, Série Études, Tome 8, p. 69.

Nous voilà rassurés: Deblock, la ministre de la santé belge actuelle, est parfaitement en phase avec Justinien. Les esclaves n'ont qu'à bien se tenir.
Mais la crainte du "mauvais pauvre" se doublait d'une aversion pour l'oisiveté et d'une condamnation sans appel non de la pauvreté et de ce qui la génère mais ... des pauvres eux-mêmes. Neuville cite Vives (De subventione pauperum, 1525).
Parfois [les pauvres] dédaignent l'aumône qu'on leur donne, si elle n'est pas aussi importante qu'ils le désirent; ils la repoussent d'un air fâché et contrarié et avec des paroles injurieuses. L'aumône reçue, ils se rient et se moquent de ceux qui la donnèrent, tant ils sont éloigné de prier Dieu pour ceux-ci.
Bref, le paupérisme et la charité expriment un mépris de classe. Le pauvre ne mérite pas son argent, il est indigne de le gagner et ne méritent pas la réussite. En filigrane, si le pauvre ne mérite pas son argent, le riche, lui, le mérite et a beaucoup de mérite à faire l'aumône.



2. Les clichés sur les pauvres


Tous les clichés contre les pauvres tendent à prouver que les riches ne sont pour rien dans la pauvreté des pauvres, qu'ils la méritent, et qu'il ne faut surtout pas éradiquer la misère (ça viderait les usines). Parmi les clichés utilisés contre les pauvres, depuis la fin de l'antiquité jusqu'aux discours employistes actuels, on a

1. Les pauvres sont dangereux

Citations de Neuville:
Le vagabond était classé avec les truands, trouwanten, ribaulx, dans les non surcéants ou non domiciliés, "c'est-à-dire les gens valides, mendiant par paresse ou exerçant une industrie suspecte, qui n'avaient pas de demeure fixe et qui erraient d'habitude de lieu en lieu. Ces gens qui n'avaient aucune assiette dans la société et qui ne lui offrait aucune garantie, étaient traités par elle en suspect sinon en ennemis. Ils ne jouissaient d'aucune garantie légale ni en matière d'administration ni en matière de juridiction. Ils étaient en tout et pour tout abandonnés à l'action discrétionnaire des princes, de leurs agents, des seigneurs justiciers, des communes ..."
Source de Neuville: Ed. Poulet, Origine ..., Tome 1, n° 941.

C'est beau comme Valls qui parle des Roms ou Sarkozy qui parle des banlieues ... rien de neuf sous le soleil donc, le danger, c'est le pauvre.

2. Les pauvres sont coupables de leur pauvreté. 

Ah! les salauds de pauvres, décidément. En version néo-libérale, cela donne: les chômeurs sont au chômage de leur faute, parce qu'ils ne cherchent pas vraiment d'emploi et peu importe que les conditions d'emploi soient indignes et la condition de se vendre à vil prix à un maître pour une méchante monnaie.

D'autres [pauvres], oisifs, se font une profession de leurs maux, pour la douceur que leur procure le profit [on croirait un discours du FN sur les rsastes!]. Ils ne veulent de nulle manière changer leur mode d'acquérir de l'argent. Et si quelqu'un veut les sortir de leur état de mendicité, ils ne mettent pas moins d'ardeur à s'en défendre que d'autres à garantir leurs richesses. Et ainsi, tout en étant déjà  riches, quoique secrètement [les pauvres sont riches: le fameux mythe des millionnaires avec les allocations familiales existait déjà!], ils demandent encore l'aumône et la reçoivent de ceux auxquels, à meilleur escient, ils devraient la donner.
Source de Neuville: Vives, De subventione pauperum, mars 1525, traduction par R. A. Casanova, pp. 89 sqq.

L'argument est toujours aussi simpliste à travers les siècles: les pauvres ne sont en fait pas pauvres puisqu'ils profitent, il ne faut donc surtout pas les aider. CQFD et, du coup, les riches peuvent être riches sans se poser de question.

3. Les pauvres sont des fainéants et des profiteurs. 

Les riches sont déjà bien gentils de tolérer que les pauvres se laissent dépouiller par eux.

C'est connu, les pauvres crachent à la figure des gentils riches - qui n'y sont bien sûr pour rien dans la pauvreté des pauvres (la charité s'exerce toujours des riches vers les pauvres sans que personne ne se demande pourquoi les pauvres sont pauvres) ... Les pauvres (ou les rsastes, aujourd'hui, ou les travailleurs pauvres qui ne peuvent se payer des chemises) méritent bien leur sort (je résume) et ils sont méchants et incapables. Mais ce n'est pas fini. Les pauvres achètent des écrans géants, c'est bien connu:
Les uns cachent avec une avarice incroyable ce qu'ils recueillent et ne le révèlent pas à leur mort pour qu'on en puisse usage en leur faveur.
D'autres, avec une ostentation et une prodigalité détestable, consomment désordonnément ce qu'ils acquièrent, en repas splendides tels que n'en font pas chez eux les citoyens opulents. Ils gaspillent plus aisément une pièce d'or en chapons et poissons délicats ou en vins généreux que les riches une pièce de cuivre. Ce n'est pas sans raison que l'on a dit que ces pauvres mendient pour le gargotier et non pour eux. Et cela provient de l'assurance où ils sont de trouver demain autant d'argent qu'ils en dépensent et avec la même facilité.
4. Les pauvres dépensent mal leur argent.

Antienne rabâchée parmi toutes, celle-ci, en version moderne, nourrit, par exemple, l'idée que les pauvres sont suréquipés en gadgets high-tech ou encore que les migrants ont des téléphones derniers cri.
D'autres avec une ostentation et une prodigalité détestable, consomment désordonnément ce qu'ils acquièrent, en repas splendides tels que n'en font pas chez eux les citoyens opulents [il s'agit d'un texte du XVIe, donc, une époque ou les disettes et les épidémies ramenait l'espérance de vie des pauvres en-dessous de celle de l'âge de pierre]. Ils gaspillent plus aisément une pièce d'or que les riches une pièce de cuivre. Ce n'est pas sans raison que l'on a dit que ces pauvres mendient pour le gargotier et non pour eux.

Source de Neuville: Vives, De subventione pauperum, mars 1525, traduction par R. A. Casanova, pp. 89 sqq.


5. Il faut mettre les pauvres au travail

Les capitalistes et les industriels aiment les pauvres. Au début de l'ère industrielle, on les a progressivement enfermés dans des asiles, des working house, des camps de travail. Aux États-Unis, le recours à la main-d'oeuvre en prison se fait à échelle industrielle, aux Pays-Bas et dans certains département français, on parle de faire travailler les pauvres qui reçoivent des allocations sociale. Un service de travail obligatoire malheureusement, les actionnaires ne bénéficient pas des sollicitudes du paupérisme.

On ne permettra pas même aux aveugles d'être ou d'aller oisifs: il y a beaucoup de choses en lesquelles ils peuvent s'exercer (...) que d'autres fassent mouvoir des tours ou rouages; que d'autres travaillent dans les pressoirs, aidant à manœuvrer les presses; que d'autres s'évertuent au soufflet dans les ateliers des forgerons (...) aux malades et aux vieillards, que l'on donne aussi des choses faciles à travailler, selon leur âge et leur santé; nul n'est invalide au point que les forces lui manquent entièrement pour faire quoi que ce soit. (...) aux infortunés qui demeurent chez eux, il faut procurer de l'ouvrage ou de l'occupation aux travaux publics: il ne manquera pas de quoi leur donner à travailler pour les autres citoyens [puis, faudrait pas qu'on les paie en plus].
Source de Neuville: Vives, op. cit.


3. La posture du paupérisme


Derrière ces fadaises que nous ressassent encore les politiciens réactionnaires, se cache le vol des pauvres par les riches. Ce vol tient aux institutions de la propriété qui permettent à quelques uns de s'emparer du fruit du travail du grand nombre et de s'accaparer les richesses. En fait, les discours de racisme de classe tenus contre les pauvres - depuis le Moyen-Âge jusqu'à Fillon ou Macron - tendent, en stigmatisant les gens qui sont manifestement les victimes d'un vol, le vol des communs et du droit d'accès aux ressources communes, dédouane les propriétaires de toute responsabilité et leur attribue une essence supérieure, plus digne, plus noble.

La charité dédouane le riche voleur et charge le pauvre volé sous de creux discours moraux.

Rien de neuf sous le soleil chez les "modernes", chez les De Block qui entendent vérifier que les pauvres sont "des bons pauvres qui en ont vraiment besoin", chez les Sarkozy effrayés par l'oisiveté, chez les Macron-Fillon, pères la rigueur pour les nécessiteux (qui dépensent forcément mal leur argent) et pères Noël pour les classes prédatrices.

Le revenu de base pousse cette idée au bout: on ne peut donner qu'aux seuls pauvres (ce serait leur attribuer un "mérite" qu'ils n'ont pas). Il faut donc donner à tous. Et cela permet, comme au Moyen-Âge et comme au XIXe siècle, d'assumer les devoirs de l'employeur à sa place. C'est la technique Walmart, c'est la technique du Speenhamland Act (voir à la fin de l'article ici), c'est la technique du revenu de base.

Citation de Neuville:
J'ai dit encore que les industriels aiment mieux ajouter au salaire un secours qu'un suppléments, parce qu'on peut interrompre le système de secours, tandis que le salaire, une fois haussé, est difficile à baisser. Ce système change l'ouvrier en indigent et charge la charité de ce qu'elle n'est pas destinée à  supporter. (...) je ne crains pas d'être démenti en affirmant que les salaires ne suivent les subsistances  que comme la justice suit le crime, pede claudo, d'un pied boîteux. On met ainsi à la charge de la charité des gens qui ne devraient pas y être.

source de Neuville: Intervention de Charles Perin à l'Assemblée [patronale] de Malines en 1863.



Il s'agit de faire peser sur les classes moyennes la charge des pauvres réduits à des êtres de besoin et de permettre aux capitalistes d'accumuler à l'infini.

Mais cette technique, en opposant les producteurs réduits à l'état de nécessiteux et les producteurs de la classe moyenne porte en elle un danger. Elle peut amener la société à l'explosion ou à la guerre civile, à des bandes de pillards (comme les Pastoureaux), à des jacqueries ou à des pogroms contre les pauvres.

Clochardisation

Depuis quelques jours, les clochards se multiplient dans la petite ville du petit royaume que j'habite. Ils dorment à même le sol, sans avoir trouvé de place dans les centres d'hébergement pour sans abris.

Le petit royaume que j'habite se situe au Nord de l'Europe. Les températures nocturnes y flirtent habituellement avec le zéro degré en cette saison.

Les clochards dorment donc dehors par temps de gel. Ces clochards sont apparus parce que les chômeurs ont été exclus de leurs prestations sociales dans le petit royaume que j'habite. La majorité minoritaire représente 27% des électeurs. Elle a décidé de s'attaquer au chômage en excluant les salariés-chômeurs de leur salaire socialisé.

Les représentants de la majorité du petit royaume expliquent doctement que les chômeurs doivent crever de faim pour trouver un emploi. Ils expliquent que l'emploi est la seule forme digne de travail, la seule façon légitime de gagner de l'argent - en quoi ils sont d'accord avec l'opposition et les syndicats du petit royaume.

Alors, les chômeurs d'hier qui pouvaient se payer un loyer, un coiffeur, des formations, des remises à niveau, des savonnettes et des costumes ne peuvent plus rien se payer. Ils sont à la rue parce que, nous explique le gouvernement, ils doivent chercher un emploi.

Mais quel employeur voudrait d'un clochard dans son entreprise?

Alors demain, les petits commerçants chez qui les anciens-chômeurs-nouveaux-clochards se ravitaillaient vont faire faillite faute de clients. Les propriétaires immobiliers qui louaient leur bien à ces chômeurs n'auront plus ces rentrées et vont, à leur tour, diminuer leur consommation dans les commerces du coin.

En deuxième ligne, donc, les commerces vont faire faillite, la classe moyenne va se paupériser soit faute de clientèle, soit parce qu'elle va devoir garder et financer ses enfants sans emploi jusqu'à leur mort, soit enfin parce qu'elle sera écrasée par les taxes qui payeront les policiers.

Quels policiers? Eh bien, ceux qui éviteront que les nouveaux clochards ne se laissent pas mourir de faim, ceux qui les empêcheront de s'organiser pour piller les magasins ou les banques pour ne pas mourir de faim.

En troisième ligne, les salariés affligés d'un emploi verront leur salaire diminuer puisqu'ils seront menacés par la rue, par la misère absolue. Les usines verront leurs carnets de commande fondre comme neige au soleil puisque les commerçants qui vendent les produits auront fait faillite faute de clients.

Derrière l'armée de prolétaires en haillons que notre gouvernement nous concocte, c'est une guerre à l'économie qui se profile.

Imaginez que l'on donne un salaire inconditionnel à tous. Les commerçants retrouvent leurs clients, les carnets de commandes se remplissent et les clochards sont salariés (éventuellement pour ne rien faire, cela n'a pas beaucoup d'importance), les exigences de qualité de travail et de salaire augmente. L'économie reprend.

Mais ce qui manque à ce petit gouvernement de ce petit royaume docile aux bureaucrates hostiles à la démocratie, c'est une chose devenue rare, un parfum d'aventure collectif, le goût de l'avenir. Ce qui leur manque, c'est l'ambition.

Le fait que, à New-York, dans une grande république, le nombre de sans-abris passe les 60.000 ne console en rien. Cela veut dire que la guerre au salaire et à l'économie fait rage là-bas aussi. En grand.

Aux États-Unis, la précarité affecte l'enseignement

Aux États-Unis, les établissements d'enseignement précarisent une partie sans cesse croissante de leur personnel. Les enseignants deviennent des 'auxiliaires' qui ne travaillent pas plus de 28h semaine (pour éviter de devoir payer l'assurance santé). Ils ne connaissent pas leurs horaires à l'avance et ne peuvent s'engager financièrement sur base de salaires aléatoires de 2000$ par mois.

Ces salaires de 2000$ sont ridiculement insuffisants pour des travailleurs hautement qualifiés qui ont contracté des prêts étudiants de 100.000$ et ne disposent pas d'assurance-santé.

Une gestion du personnel très en décalage par rapport aux valeurs américaines de justice pour tous.

Ces 'auxiliaires' précaires diplômés se sont organisés en syndicat - à l'instar de leurs camarades de Wal-Mart ou de Mac Do.

Référence: Jim Hightower, Alternet, ici (en anglais)

La prostitution de mineures explose au Brésil à l'approche de la coupe du monde

Référence de l'article du Guardian ici.

  • Résumé et traduction

 C'est la demande des fans de football qui amène l'explosion de prostitution de mineurs autour des stades. Fortaleza est considérée comme la capitale de cette pratique.

C'est que la coupe du monde va créer pleins d'emploi en amenant des devises. Depuis 2001 où l'UNICEF estimait à 100.000 le nombre de mineurs dans le prostitution, ce chiffre a été depuis multiplié par cinq.

On peut incriminer la pauvreté extrême, la culture machiste ou la drogue. Bien des jeunes travailleurs du sexe voient la prostitution comme une échappatoire mais le décollage ressemble souvent à un crash.

Les tarifs débutants tournent autour de 12€ la nuit avec les locaux avant d'avoir accès aux boîtes de nuit pour étranger pour des nuits à 65€.

Scène de bar: des touristes allemands dédaignent des prostituées adultes aguichantes à côté d'eux. Ils attendent un signe, ils attendent que des mineurs soient prêtes avec la complicité du bar ou du taxi.

Mais la prostitution enfantine est au deux tiers le fait de client brésiliens, comme dans le cas de Vanessa emmenée par la police alors qu'elle avait ... 13 ans.

  • Mise en perspective
La monstrueuse exploitation de l'homme par l'homme qu'est l'emploi attaque les interdits les plus sacrés, elle sape les bases morales de toute société, elle réduit à la misère les enfants les plus fragiles.

Qu'il y ait des sexualités malsaines ou des penchants pervers de par le monde, c'est un fait. Ce fait pris en soi est un problème psychique, pas social. C'est parce que la misère est installée faute de salaire, parce que les inégalités économiques sont abyssales que cette perversion individuelle devient un problème de société.

Nous considérons pleinement ces enfants comme des productrices, nous appelons à leur émancipation de l'emploi par le salaire - exactement comme les autres producteurs. Non seulement, nous aspirons à la protection de l'enfance, à son exclusion définitive des affres de l'emploi mais nous aspirons à étendre cette protection du vivant, de l'humain à la vie entière, à celle des adultes également.

Les Américains ne peuvent plus payer leur loyer


La guerre aux salaires est aussi menée tambour battant outre-Atlantique avec des résultats remarquables: plus de 21% des États-uniens consacrent plus de la moitié de leurs (maigres) revenus au loyer. Ceci nous promet une implosion du marché immobilier à moyen terme et, vu l'ampleur du problème, une crise bancaire mondiale en prime. 

Félicitation aux politiques qui nous ont convaincus que le problème, c'était le pauvre; félicitation aux journalistes qui nous ont vendu la rigueur, l'austérité et autres fadaises tendances silice, félicitation enfin aux syndicats qui laissent défaire les salaires sociaux, les cotisations sociales, sans hurler, qui signent comme co-gestionnaires de la sécu des plans d'accompagnement, des dégressivités... à mêmes causes, mêmes effets, la misère américaine arrive ici et, avec elle, les locataires surchargés et une crise immobilière apocalyptique. 

 Ce ne sont pas les pauvres qui 'coûtent' à l'économie, c'est la gestion de l'économie à des fins de profit qui 'coûte' aux pauvres.

Think Progress (en anglais)

60% des Français ne font plus partie du projet économique de la France

Un article de l'Humanité nous parle d'un reportage de Jean-Robert Viallet et Hughes Drancy sur ces 60% de Français qui ne sont tout simplement pas intégrés dans le projet économique du pays.


Ils attendent, vivent d'expédients, de petits boulots, mangent de la précarité et du mal-logement. Ils sont en France et dans le reste de l'Europe, ils sont en Europe et aux États-Unis. Ils ont parfois pris acte de leur exclusion et tentent de faire nécessité vertu, parfois, ils tentent de revenir dans le projet économique central.

Une question, une simple question: à quoi rime un projet économique qui exclut 60% de la population? Quelle légitimité, quel sens peut encore avoir une 'science économique', des décisions économiques qui en sont là?

Nous sommes dans la barbarie, dans un régime qui, au nom d'une sulfureuse rationalité économique exclut par millions les gens de l'activité, de la vie sociale. Au nom de l'emploi, on a tout accepté - et tout d'abord, l'emploi. Il nous faut tout refuser, tout repenser avec comme projet central que chacun se sentent légitime au sein d'une société, que chacun puisse y contribuer, que chacun puisse déployer son activité, ses qualifications.

Grève de la faim pour réclamer un travail digne

La logique employiste mène au chômage de masse. Tout sacrifier à l'emploi augmente les exigences des propriétaires et, une fois ces exigences augmentées, les propriétaires peuvent comprimer l'emploi nécessaire à la production. Ensuite, le chômage se nourrit de lui-même en comprimant la demande (nous l'avons déjà expliqué ici, par exemple).



En Espagne, nous apprenons dans un article de Diagonal (en espagnol) qu'un producteur, Mané Flores, sans salaire aucun depuis août 2010 a commencé une grève de la faim pour réclamer un travail digne. Cette grève a commencé le 15 octobre.

Nous précisons bien qu'il parle de trabajo (travail) et non d'empleo, qu'il demande des revenus décents.

Sans prétendre parler à la place de cette personne, nous soulignons cependant qu'elle demande un salaire et un travail digne. L'emploi s'inscrit dans une logique de soumission et, trop souvent, ne correspond pas à une activité digne mais à une production sociopathe de valeur ajoutée.

Nous soutenons cette demande de tout notre coeur et rejoignons le combat pour un travail digne, c'est-à-dire, pour nous, une activité productive, créative, humaine libérée de l'esclavage de la valeur, de l'emploi. Nous voulons un futur, un vivre ensemble, nous voulons des projets, nous voulons pouvoir construire et rêver un monde sans plus attendre le bon vouloir de la rapacité des propriétaires d'entreprises. Nous rêvons de libérer le formidable potentiel humain, de libérer l'activité, de quitter les salles d'attente misérables dans lesquelles nous confine la logique de l'emploi.

Souvenez-vous,
ce qu'ils font à l'un d'entre nous, c'est à chacun d'entre nous qu'ils le font
lo que hacen a uno de nosotros, lo hacen a nosotros todos

Quand les gens qui s'occupent des pauvres les transforment en employiques

Je vous mets en lien un article qu'on m'envoie. Quand les pauvres (CPAS équivalent du RSA) expriment des préoccupations autres que l'emploi, les têtes bien-pensantes qui parlent à leur place, qui s'occupent d'eux, qui prétendent traduire leurs préoccupations les transforment en désir d'emploi.

Lien en français:

 Trends parle à la place des pauvres et dit l'inverse de ce qu'ils disent

L'emploi est la dixième préoccupation des pauvres, selon une étude commandée
par un ministère, derrière le logement, la nourriture ou l'éducation. Autant dire que les pauvres se battent l'oeil de bosser pour un patron: ils veulent une vie décente, à l'abri du froid, des aléas, ils veulent ouvrir le futur de leurs enfants.



Ce n'est pas difficile de se mettre à leur place. Ce n'est évidemment pas leurs préoccupations qui servent l'emploi mais l'emploi qui pourrait éventuellement leur permettre de rencontrer leur préoccupations.

C'est la contrainte, l'aiguillon de la nécessité selon les théoriciens libéraux (Friedman ou Smith) qui poussent les producteurs à vendre leur force de travail. Ils se félicitent de cette contrainte (pas nous, bien sûr puisqu'elle oblige les gens à se vendre sur le marché du travail que nous dénonçons). Cette étude prouve, si besoin était, que les producteurs qui ne peuvent remplir leurs besoins, qui se retrouvent dans la misère la plus noire, veulent s'extraire de cette misère (éventuellement par l'emploi s'il n'y a pas d'autres possibilités).

Les commentaires de cette étude du coordinateur de la cellule d'insertion professionnelle contredisent totalement ce que disent les producteurs exclus. Ils demandent du salaire, des conditions de vie décente, une participation à la vie sociale, pas de l'emploi.

Les producteurs participent de la valeur ajoutée, c'est leur participation en tant qu'acteurs qualifiés qui doit être reconnue (et sanctionnée par un salaire). Il ne s'agit nullement de les pousser dans des emplois misérables, comme on l'a fait en Allemagne avec le plan Hartz IV au nom de 'la vertu du travail' ou autre fadaise qu'on servait déjà aux enfants mineurs au XIXe, 'c'est pour le bien', 'comme ça, ils n'iront pas boire', etc.

Nous dénonçons le paternalisme mielleux qui transforme les producteurs en pauvres, les humains en assistés, les travailleurs en employés.