Nous luttons contre l'emploi sous toutes ses formes.
Il dégrade la qualité de l'environnement, la vie de l'employé.
Nous ne nous opposons pas à l'activité, à la passion, à la patience, à la volonté, au labeur.
Selon la vidéo de Gasland II de John Fox (disponible ici,
gratuitement mais en anglais), le gaz de schiste ne fait pas que des
heureux. Nous avons résumé les conclusions du journaliste indépendant:
-
les nappes aquifères sont empoisonnées parce que les tubes en ciments
par lesquels passent les fluides toxiques utilisés pour fractionner la
roche se fissurent dans 20 à 40% des cas
- une fois les nappes aquifères empoisonnées, l'eau de distribution est impropre à la consommation
-
la pollution atmosphérique (notamment au méthane, inodore et toxique)
est aussi impressionnante. Les habitants proches des puits développent
des cancers, des maladies nerveuses et - des plus riches aux plus
humbles - ils doivent déménager sous peine de voir leurs jours mis en
danger
- aux États-Unis, le gaz est extrêmement bon
marché parce qu'il est abondant. La production de gaz est destinée à
l'exportation vers des pays où il peut être vendu jusqu'à cinq fois plus
cher. Il est transporté dans des bateaux-citernes géants
-
les terres à proximité des puits sont empoisonnées, rendues impropres à
l'agriculture et à l'habitation sans que les habitants ou les
agriculteurs ne soient dédommagés
- les compagnies
gazières ont commencé l'extraction dans le bassin hydraulique majeur de
New-York en Pennsylvanie. Ce bassin donne de l'eau potable à un ensemble
d'agglomérations comptant 50 millions d'habitants. L'extraction du gaz
du schiste a également commencé à la lisère de Los Angeles, au milieu
des puits de pétrole conventionnels. Les puits sont à côté des quartiers
chics ce qui nous vaudra peut-être un film hollywoodien grand public
sur le sujet
- les élites politiques locales sont
régulièrement achetées par les compagnies gazières, se servent des
arguments du pic pétrolier, de l'indépendance énergétique et ... de
l'emploi pour promouvoir la mise à sac des ressources communes en eau,
en terres arables
- (pour les Américains): la
détérioration des lieux de vie et de culture constitue une violation de
la propriété privée, de la liberté de mener son activité
Mother Jones partage 11 graphiques qui montrent l'économie de
l'emploi pour ce qu'elle est: une gigantesque machine à misère (ici, en anglais). Nous
traduisons leurs commentaires.
La
productivité a explosé mais les revenus et les salaires ont stagné pour
la plupart des Américains. Si le revenu médian (celui de la personne qui
compte autant de gens plus riches qu'elle que de gens plus pauvres)
avait augmenté au même rythme que l'économie depuis les années 1970, il
s'élèverait à 92 mille $ au lieu des 50 mille $ actuels.
Évolution depuis 1979 - Productivité - Revenu moyen des 1% les plus riches - Revenus moyens
La croissance revient ...
Évolution du PIB et pic avant la récession
Gel des salaires
Croissance du salaire minimum en valeur réelle depuis 1990: 21%
Croissance du coût de la vie depuis 1990: 67%
Salaire minimum annuel: 15.080$
Revenu nécessaire à la sécurité matérielle pour un travailleur isolé: 30.000$
... mais pas les emplois
Évolution du chômage et pic avant la récession
Part des employés qui travaillent plus de 50 h par semaine (qualifiés - revenus intermédiaires - bas revenus)
Salaire annuel moyen des syndiqués: 47.684$
salaire annuel moyen des non syndiqués: 37.284$
Proportion des travailleurs syndiqués aux USA
Où est mon boulot?
De plus en plus de multinationales US virent leurs employés aux USA et embauchent à l'étranger.
Emplois gagnés (en bleu, à l'étranger) et emplois perdus (en rouge, aux USA)
Pour les Américains dans leur ensemble, la durée moyenne de la semaine
de travail n'a pas beaucoup changé depuis des années. Mais, pour
beaucoup de travailleurs de la classe moyenne, les obligations
professionnelles envahissent le temps libre, le temps en famille. Les
bas salaires ont vu leur semaine de travail diminuer faute d'emploi
disponible.
Week-end chômé légal par pays; congés payés en semaines par pays; congés de maternité en semaines par pays
Peut-être connaissez-vous Le Vagabond des étoiles, un roman de Jack London dans lequel le héros, de plus en plus maltraité par ses geôliers s'évade dans l'espace, dans le temps et dans son imagination pour - aussi entravé soit-il - se créer un monde de liberté et y vivre?
Josh Eidelson dans Salon (ici, en anglais) nous parle d'un prisonnier parti en grève pour dénoncer les conditions de travail esclavagiste en cabane. Dans un article ici, nous vous avions déjà évoqué les conditions de travail dans les prisons françaises.
Le gréviste refuse de travailler ce week-end pour dénoncer le travail gratuit et espère faire tache d'huile. Il appelle les prisonniers à le suivre. Joint au téléphone par le journaliste, l'intéressé, Melvin Ray, explique les conditions de travail en Alabama en prison. Les prisonniers travaillent à la cuisine, à la blanchisserie, ils travaillent dans la chimie et font des plaques d'immatriculation, des meubles. Selon lui, le département de l'agriculture de l'Alabama a évoqué l'idée de remplacer les saisonniers dans l'agriculture par des prisonniers en 2011. En 2012, le sénat de l'état a passé une loi qui autorise le secteur privé à utiliser de la main-d’œuvre en prison. Des prisonniers ont déjà fait grève à St Clair, Holman et Elmore, trois prisons de l'état, plusieurs jours en janvier dernier. Selon Ray - en dépit d'une version officielle très édulcorée - l'essentiel des 1.300 prisonniers de St Clair et presque tous les 1.100 prisonniers de Holman avaient suivi la grève alors. Il a prédit que l'arrêt de travail de ce week-end devrait s'étendre et être plus important que celui de janvier. Il a également accusé la direction d'entraver le mouvement en en menaçant les leaders, en les envoyant au cachot. "C'est un enfer, c'est pour ça qu'ils ont créé ce truc: pour détruire les gens". Les grévistes veulent assurer un programme d'éducation et une vraie réhabilitation, en finir avec la surpopulation, avec la prison à vie sans liberté conditionnelle et "le système de travail libre". Il n'a même aucune prétention à la correction, c'est un empire esclavagiste. Le système pénitentiaire de l'Alabama est soumis à une enquête fédérale mais, selon le bouillant prisonnier, c'est aux prisonniers à conquérir les choses. Le mouvement de grève se veut non-violent - les antécédents de certains détenus excluent le recours à la violence dont ils veulent se défaire.
Si l'arrêt de travail dure une semaine, il peut rester confiné à une seule prison mais, s'il dure deux semaines, il peut s'étendre. Après trois semaines, il pourrait se généraliser. Le syndicat anarchiste [vers lequel vous pouvez trouver un lien dans nos copains] IWW soutient pleinement les grévistes et la plateforme avec lui.
Une petite vidéo en anglais (que nous vous avons traduite ci-dessous) ici nous explique ce que coûtent les bas salaires aux contribuables aux États-Unis. Elle illustre à merveille les aberrations de la politique de l'offre chère à Hollande.
Il s'agit de faire assumer les salaires (vus comme des coûts) par les contribuables, de rendre l'emploi pour ainsi dire gratuit, ce qui l'assimile à de l'esclavage.
Cette guerre au salaire est menée au nom de l'offre, de la réduction des prix. On constate ici, en l'occurrence, que la guerre au salaire et le misérabilisme, l'évergétismecaritatif dégoulinant qui l'accompagne permet de gagner 1,4% du prix pour le consommateur - une proportion ridicule qu'explique aisément le mode de formation des prix: la valeur ajoutée (salaire, investissement
et dividendes) n'est qu'une petite partie du prix surtout composé des
consommations intermédiaires, de l'achat des produits nécessaires à la
transformation.
L'idée de cette guerre au salaire est de rendre l'emploi gratuit et de le financer par l'impôt.
À l'extrême, s'il n'y a plus aucun salaire, on voit mal qui paiera
encore les impôts pour subventionner les revenus des
travailleurs-esclaves. Cette idéologie de réduction du salaire (au nom
de la concurrence) est la même que celle qui amène à réduire les prestations sociales, à exclure les chômeurs (qui ont un salaire) et à les envoyer vers la charité publique (financée par les contribuables).
Traduction (un peu télégraphique) des idées clés de la vidéo. Nous sommes passés à la ligne pour chaque changement d'image.
68 centimes = coût du paquet de chips
avec les salaires inférieurs au minimum vital, avec les bons
alimentaires payés par le contribuable.
Les bons alimentaires sont dus en
dessous d'un revenu de 20.449$ par an pour une famille de deux
personnes (une maman qui travaille à Walmart et une personne à
charge). Cela fait 15.730€ par an, soit 1310€ par mois.
En Ohio, 15 % des employés de
Walmart ont recours aux bons alimentaires selon des analystes, les caissières
gagnent en moyenne 8,81$ (6,80€) l'heure.
L'année dernière, les bons
alimentaires ont représenté 76 milliards de $ (58 milliards €) dont les employés de
Walmart ont dû utiliser 18 %, soit 13 milliards de $ (10 milliards €).
Pour prendre l'Ohio, les employés de
Walmart utilisent 300 millions de $ de bons alimentaires par an pour leurs courses
alimentaires, notamment chez … Walmart.
Une employée qui travaille chez
Walmart va recevoir des bons alimentaires et les dépenser chez
Walmart.
Pour amener cette mère célibataire
avec un enfant à charge au-dessus du seuil éligible pour les bons
alimentaires, en admettant qu'elle travaille 30 heures par semaine, 50 semaines par
an (un profil typique pour ce genre de métier), il faudrait que son
salaire horaire passe de 8,81$ à 13,63$ (10,50€) .
Si Walmart augmentait tous ses
employés, cela coûterait 4,8 milliards $ par an aux propriétaires
de l'enseigne. Si les clients devaient assumer cette augmentation,
les prix devraient augmenter de 1,4 %.
Le paquet de chips passerait de 68
centimes à 69 centimes pour épargner 300 millions $ des contribuables
américains chaque année.
Nous vous traduisons et résumons un article de Jana Kasperkevic paru dans The Guardian (ici, en anglais). Les photos sont extraites de cet article.
Quatre jeunes précaires états-uniens nous partagent leur expérience professionnelle dans des jobs sous-payés. Cet article est un peu long mais il a le mérite d'entrer dans le concret des boulots les plus merdiques, les moins bien payés, ces boulots qui peuplent nos restaurants fast-food ou nos centres commerciaux, ces boulots vous les croisez tous les jours - même si vous êtes fonctionnaires.
Ces témoignages sont per se une charge impitoyable contre l'emploi et un plaidoyer pour le salaire. Ils montrent que ces boulots déconsidérés sont aussi charpentés par la qualification.
Quant on sait la pression subie par les employés aux États-Unis, la situation décrite dans l'article révèle une souffrance au travail indicible. Nous nous surprenons à rêver que ce pays, si prompt à parler de liberté, si prompt à valoriser le travail bien fait, le travail en main,se prenne en main en se débarrassant des propriétaires lucratifs et des employeurs, en affranchissant l'activité de l'emploi.
L'économie de bouts de ficelle est celle qui prévaut depuis maintenant plus de cinq ans. Les boulots bien payés, à plein temps se font rares.
Un dixième des chômeurs américains de longue durée font face à l'emploi intermittent - une semaine, ils ont du travail, une autre ils n'en ont plus. 14% d'entre eux se contentent d'emplois stables à temps partiel.
La seule alternative, c'est de se retirer complètement de l'emploi. Il y a actuellement 3,8 millions d'Américains qui n'ont pas eu d'emploi depuis plus de six mois. 40% d'entre eux environ ont entre 16 et 34 ans. Beaucoup d'entre eux ont leur bac et acceptent cependant des boulots mal payés pour avoir des revenus réguliers. Plus de 18% d'entre eux sont sous-employés et ils sont pourtant fiers du travail qu'ils font ou qu'ils ont fait dans de tels emploi.
Beaucoup de ces jobs sont payés au salaire minimum, souvent moins de trente heures par semaines et exigent beaucoup de travail manuel subalterne. Ils sont l'un des rares choix qui se présentent à celles et ceux qui cherchent du travail. Tout le monde n'est pas capable d'éplucher les offres d'emploi dans le commerce de détail ou dans l'industrie des services. Quatre témoignages.
Caroline Albanese, 23 ans, Long Island, New York
More than just hot air. Photograph: Jezper/Alamy
Au début, la plupart des employés ici à Party City étaient des étudiants qui avaient besoin d'argent de poche pour leur voiture. En 2007, au début, il n'y avait que peu d'employées depuis longtemps, l'une d'elles travaillait de 6h à 16h et allait chercher ses enfants à l'école. Cela payait son loyer. Le manager était plus âgé aussi.Au fur et à mesure que je suis restée là, les employés sont devenus de plus en plus âgés. Comme je sortais de l'école à deux heures, je restais ici de trois heures à neuf heures. Je faisais cela presque tous les jours. Dès que j'ai eu une voiture, j'ai commencé à travailler les week-ends et j'ai commencé à venir plus tôt puisque je ne devais plus me tracasser d'être ramenée. Quand vous êtes au lycée, on ne vous donne pas des tâches aussi difficiles que quand vous êtes plus vieux. Ils mettent plus les filles de 16 ans aux caisses parce qu'ils savent que si vous aviez le choix, vous partiriez en moins de deux mois. Ils ne vont donc pas vous secouer ou vous donner des responsabilités. En deuxième, à l'université, j'avais besoin de plus d'argent parce que je payais mes frais de scolarité, j'ai donc demandé d'avoir un emploi de superviseur. On me laissa alors le choix entre un boulot à plein-temps (et l'école à temps partiel) avec un paie plus élevée - et ce n'était pas vraiment un horaire de temps plein. C'était juste que je serais payée davantage et aurais plus de responsabilités et qu'ils m'appelleraient si quelqu'un devait manquer pour que je le remplace. Je n'aurais pas pu le faire parce que je n'aurais pas pu suivre à l'université, je n'aurais plus pu étudier. Je devais trouver une autre façon d'y arriver: au lieu d'avoir plus d'heures en semaine, je travaillerais plus le week-end et un jour par semaine, quand je n'avais pas classe ou quand j'avais classe le soir. Je travaillais quelque 30 heures par semaine sur trois jours. J'étais alors au comptoir des ballons. 90% de leur commerce est autour des ballons et de tout ce qui est saisonnier. Je me levais alors généralement vers 4 heure du matin, quittais ma maison à 5, arrivais là à 5 heures et demi, avant qu'ils n'ouvrent. J'attendais que le manager nous ouvre les portes et allais directement au comptoir. Je recevais alors les commandes de ballon du jour - jusqu'à un certain point puisque les ballons se dégonflent. Il y en avait des dizaines que je devais gonfler jusqu'à 8 ou 9 heures, je devais les attacher ensemble et en vérifier l'agencement une fois que les commandes avaient été remplies. Une fois que le magasin était ouvert, je devais continuer à remplir les commandes pour le reste de la journée tout en courant partout dans les allées pour descendre les stocks pour le reste de la semaine. On avait des oreillettes avec lesquelles ils m'appelaient si j'étais au comptoir à ballons et qu'ils avaient besoin de moi dans l'allée. Les clients étaient horribles. On dit que c'est parce que le magasin est situé dans la partie riche de Long Island que les clients sont très chics. Je pense que c'est comme cela qu'on voit l'industrie du service: que l'on attend d'elle qu'elle fasse tout pour vous. À la fin, j'étais tellement fatiguée. C'était un travail subalterne. Les magasins étaient jonchés de paillettes, de confettis. Les enfants aimaient toucher des choses qu'ils n'auraient pas dû toucher. Il fallait balayer beaucoup. Souvent, ce n'était pas dur mais c'était épuisant parce qu'on était debout, à attacher des ballons, à monter et descendre des échelles, à gérer des clients difficile tout en s'assurant que le magasin reste propre et en se débrouillant avec la gestion de l'espace de travail. Il fallait obéir aux managers, y compris à ceux qui ne vous aimaient pas. Il y a beaucoup d'endroits avec des pointeuses pour entrer et sortir comme tout le monde savait quand vous arriviez et quand vous partiez. Les gens qui sont là quand vous travaillez font une coupure pour gagner l'argent dont ils ont besoin. Quand je suis partie parce que j'avais trouvé un emploi ailleurs, les gens étaient heureux, non par jalousie mais parce qu'ils étaient soulagés que j'aie pu m'en aller.
Ng Ju San, 25 ans, Chinatown, New York, NY
Mon premier emploi aux États-Unis, c'était au Macdo. J'avais alors 19 ans et c'était le seul job que je pouvais décrocher puisque je venais juste d'arriver aux USA de Malaisie. Je ne pense pas que j'aurais pu avoir un autre boulot. J'ai donc étonnamment décroché ce job Macdo.
While working at McDonald's isn't exactly fun, it's not all bad either. Photograph: Graeme RobertsonÀ ce moment-là, je crois que mon anglais n'était pas assez fluide pour être caissière. Le manager m'a donc placée dans l'équipe restaurant. Je devais y préparer les frites, retourner les burgers et m'occuper de l'arrière-cuisine. Je ne parlais jamais aux clients. Il n'y a eu littéralement aucune formation. Le premier jour de travail, votre entraînement, c'est de faire tout ce que fait le gars à côté de vous. S'il retourne le burger, vous retournez le burger. Vous apprenez en faisant, c'est votre formation.
Ma première semaine là, j'ai travaillé cinq jours, par périodes de huit heures. Vous restez debout et bougez. Je devais nettoyer. Je devais passer la serpillière au sol et nettoyer, notamment, la friteuse, la dégraisser. Cette friteuse, c'est une énorme machine en plastique dans laquelle vous jetez vous frites. À la fin de la journée, il faut la dégraisser entièrement, jeter l'huile. Il faut l'essuyer jusqu'à effacer les taches d'huile dessus. C'est une des tâches les plus pénible. Je travaillais le matin de 7h à 15h au Macdo. Je travaillais après de 18h à minuit, dans un restaurant chinois comme serveuse. Je ne pouvais pas aller à l'école car j'avais raté le délai d'automne et il n'y avait rien à faire à part travailler pendant les six premiers mois.
Je suis restée six mois au Macdo avant de commencer à travailler, à 20 ans, au Starbucks. C'était terrible. Il n'y avait aucun Américain d'origine. Beaucoup de travailleurs étaient Porto-ricains, Nicaraguayen ou Dominicains. C'était une bonne expérience d'apprentissage pour moi. J'étais la seule Asiatique, mais je ne me sentais pas étrangère. C'était un bon endroit pour m'habituer à l'environnement de New-York.
Not so bad. Photograph: Stephen Chernin/Getty ImagesLes travailleurs là avaient à peu près mon âge ou un tout petit peu plus. Ce que j'aimais chez Macdo, c'est les gens avec qui je travaillais: je me sentais chez moi. Notamment parce que nous partagions le même passif: les États-Unis ne sont pas leur pays d'origine, ils sont venus ici comme immigrés. L'anglais n'est pas leur langue maternelle. Ils comprennent mes difficultés à communiquer.
Le manager passait son temps à regarder le système "point of sales" (POS), un logiciel pour restaurant qui permet de contrôler que personne n'ait trop d'heures pour ne pas devoir les payer trop. Parfois, il y avait trop de clients, mais le POS faisait remarquer au manager 'Eh, vous payez trop en salaire'. Il disait alors: 'Oh, vous devez rentrer chez vous'. Même lorsque tout le monde travaillait au maximum parce que les commandes rentraient. Il vous renvoyait tout de même parce que l'algorithme lui disait qu'il avait trop de frais et qu'il fallait qu'il coupe jusqu'à ce qu'il n'améliore les profits. Ceux qui restaient se retrouvaient avec encore plus de commandes mais moins de collègues pour travailler.
À Starbucks, c'est moins agité. C'est plus froid, plus calme. Très différent de Macdo. La clientèle est meilleure, c'est différent. L'environnement est différent. Il n'y a pas cet environnement moite, huileux, gras qu'on associe à Macdo. À Starbucks, je travaillais de 25 à 30 heures semaine et allais à l'école à temps plein. Je travaillais systématiquement pendant les week-ends et les vacances. Dans ce secteur, quand tout le monde est en vacances, vous ne l'êtes pas, vous devez travailler. Après ces deux boulots, j'ai eu un emploi de réceptionniste juridique dans une association sans but lucratif au centre ville. Au Macdo, je gagnais 7,25 $ l'heure (5,6€). À Starbucks, je gagnais un peu plus de 8$ (6,2€). Il fallait travailler très dur dans les endroits. C'était un travail manuel, alors que, dans le travail de réceptionniste et comme traductrice, je gagne 15$ (11,5€) l'heure juste pour être assise et ne rien faire.
Jessica Flores, 24 ans, Queens, New York
Je travaille dans un supermarché, Waldbaums. C'est une épicerie. J'étais caissière mais, maintenant, je suis un volant. Je suis un superviseur en fait. Je fais un peu de travail de bureau. Je m'assure que tout l'argent des registres soit correct, je vérifie la monnaie. Je nettoie le magasin. Si un caissier a un problème, ils doivent m'appeler pour que je puisse régler les choses avant qu'un manager soit impliqué.
Cashier wanted. Photograph: Mark Lennihan/AP PhotoCela fait plus de six ans que je travaille ici. J'ai commencé en Octobre 2007. C'était mon premier job, en fait. Je suis encore à l'école. Le magasin est juste au coin de la rue où je vis. C'est un emploi syndiqué, ce n'est donc pas si mal et il me reste du temps libre pour me concentrer sur les cours.
J'ai toujours travaillé à temps partiel. L'entreprise, outre les managers, n'engagerait aucun emploi à plein temps maintenant. Ils avaient quelques temps plein mais ils sont partis à la retraite. Et depuis que l'Obamacare a fait son apparition, même si vous le voulez, personne ne peut être à plein temps. Mon entreprise n'est pas si bonne. Ils diminuent sans arrêt le nombre d'heures de travail. À un moment, je faisais 35 heures par semaine. Maintenant, j'en fais 27. C'est le maximum qu'ils vous donnent pour une semaine. Mon horaire change toutes les semaines - toujours entre 20 et 27 heures.
En ce moment, je suis des cours en ligne et j'essaie d'obtenir une licence de vétérinaire. Outre ce job, je travaille dans deux cliniques. J'essaie d'en obtenir un autre. Si tout marche bien pour moi, je pourrai alors quitter ce boulot. Les employés sont mélangés ici. La plupart des gens du matin sont des travailleurs plus âgés qui travaillent pour l'entreprise depuis 20 ans. C'est leur principale source de revenu. À partir de 15h, ce sont surtout des jeunes qui sont à la fac, de 22 ou 23 ans. À Waldbaums, tout le monde commence avec le salaire minimum. Chaque année, vous avez une petite augmentation. Comme volant, je n'ai pas vraiment été augmenté. C'était un contrat syndical - notre syndicat n'est pas très bon - avec la compagnie qu'il n'y aurait pas d'augmentation avec un an, pas d'augmentation pour qui que ce soit. Je fais la même chose que ce que je faisais avant.
James Lanning, 23 ans, Brooklyn, New York
Je travaille à The Bean, un salon de café à New-York. D'habitude, je travaille de 15h à 1h du matin. Je suis chef d'équipe. Il y d'habitude trois personnes par équipe tout le temps. Je doit m'assurer que tout soit fait dans le magasin. Je dois contrôler les gens autour. En fait, je dois m'assurer du boulot et suis responsable de tout ce qui doit être fait.
Votre barman pourrait avoir un master. Photograph: Andrew Bret Wallis/Getty Images J'ai commencé comme barman une semaine avant Noël. Je n'ai travaillé que quelques mois ici. Après un mois et demi au travail, j'ai eu une promotion. Mon boulot, c'est préparer des boissons, m'assurer que le magasin soit propre, vérifier les poubelles, nettoyer le comptoir - typiquement le genre de chose que vous faites dans n'importe quel job d'industrie de service dans lesquels vous devez être à l'aise pour nettoyer la vaisselle ... et pour les poubelles, ce qui est universel. J'ai été diplômé à l'université de New-York en 2012. Un master en journalisme et études africaines, mais je n'ai jamais poursuivi. J'ai déménagé pour six mois à Silver Spring (Maryland). C'est à près de 20 km au nord de Washington DC. J'ai eu un job comparable à celui que j'ai ici dans une pizzeria. J'ai travaillé comme caissier et je m'occupais des commandes. J'ai alors emménagé ici. Et, une fois que je suis revenu, je suis retourné à Brooklyn, je suis devenu barman. J'ai rebondi dans ce genre de travail d'industrie des services depuis que je suis diplômé. Au The Bean, j'ai commencé à 6,9€ de l'heure. Tout le monde commence là. Maintenant, je gagne 7,7€. Je travaille au moins 40 heures par semaine et mes heures supplémentaires sont payées. Ils sont très complaisant pour les horaires, très compréhensifs. Il y a beaucoup de rotation (turnover), comme dans les salons de café ou les restaurants mais il y a toujours de 12 à 15 employés à tout le temps de telle sorte que les gens ne doivent pas faire des heures supplémentaires s'ils ne le souhaitent pas. Il y a des gens de tous horizons - la majorité sont dans l'enseignement supérieur ou sont diplômés. Quelques personnes sont plus âgées, elles étudient l'art ou la musique. C'est en quelque sorte pourquoi je travaille ici en ce moment. Il n'y a que deux personnes qui ont plus de 26 ans. J'ai beaucoup de prêts étudiants. J'en ai pour un moment à les rembourser. La partie la plus difficile de ce genre de boulot, c'est les gens - pas les gens avec qui vous travaillez mais les managers et les propriétaires. À The Bean particulièrement, ils sont étonnants et compréhensifs. Dès que vous avez besoin de repos, ils vous disent de simplement leur faire savoir. Avec les clients, il y en a toujours un ou deux ... Je comprends les gens qui ont eu une mauvaise journée.
Souvent les gens disent 'Oh, ne vous inquiétez pas. Vous allez trouver un vrai travail bientôt'. Surtout quand vous avez un master, que vous avez été dans l'enseignement supérieur. En fait, c'est assez humiliant comme chose à entendre, pour être franc, puisque je ne vois pas le problème à être barman ou quoi que ce soit. Tant que vous travaillez, tant que subvenez aux besoins de votre famille, je pense qu'il n'y a pas de raison d'en être honteux.
Dans un article de Alternet (ici,
en anglais), un manager anonyme de l'enseigne dévoile ses pratiques
employistes dans une interview vérité. Cette entrevue souligne la
communauté sociale entre les employés de l'encadrement et les opérateurs
non qualifiés: une même emprise du temps, une même déprime salariale, une même prolétarisation du travail, une même obsession du profit des actionnaires.
Résumé et traduction
Le
président Obama a proposé de supprimer les dérogations à la limitation
des heures supplémentaires pour les managers salariés à plus de 18.000€
par mois. Ce
manager dit que cette loi serait une bonne chose (ne fût-ce que parce
qu'elle obligerait l'employeur à compter les heures supplémentaires). Il
affirme travailler régulièrement 48 heures par semaine et, en période
de coup de feu, jusqu'à 60 heures. Cela obère sa vie de famille. Son salaire annuel s'élève à 34.000€. Il passerait plus de temps en famille s'il avait moins de temps d'emploi. Les
heures supplémentaires des managers ne sont pas indemnisées. C'est
pourquoi, ils sont utilisés à la place des employés pour faire la
caisse, les assortiments, les rayonnages. Les managers ne prennent pas
de vraie pause, ils ne prennent pas le temps de déjeuner, etc.
Pour
le manager, une régulation du secteur ne diminuerait pas les embauches:
Wal-Mart embauche déjà aussi peu que possible: cette politique ne
favorise pas les prestations de service à la clientèle (un manager à la
caisse ne peut veiller à l'approvisionnement des rayons). Le
travail administratif de gestion du cadre est réduit à néant: les
cadres pallient les manques de personnel. Cette politique n'est pas
appliquée par toutes les enseignes. Certaines ont une masse salariale
élevée mais leurs prestations à la clientèle sont meilleures: ces
compagnies conservent une marge élevée. Il
n'y a pas de raison que les heures supplémentaires ne soient pas
payées, que Wal-Mart ne rende pas ces heures prestées aux employés [aux
associés, dit-on dans le texte original en sabir managérial].
Pour
le cadre, il est important que les employés de l'enseigne sachent que
l'encadrement n'est pas composé de monstres, bien des managers sont
malheureux, brouillés avec la direction - c'est très différent de
travailler en magasin ou derrière un bureau en Arkansas, [à la direction du groupe].
Traduction et résumé d'un article de The Nation (ici)
Les élus locaux et nationaux à travers le monde répondent aux diminutions budgétaires par le recours à des contractants privés pour remplir les missions de services publics - la fameuse "solution par les marchés" pour une crise fiscale. Mais, dans les comptes, les économies supposées de ces mesures de sous-traitance se révèlent souvent moins importantes qu'annoncé. Une enquête du Centre du Colorado pour l'Étude des Politiques (ici, en anglais) de l'Université du Colorado souligne le prix réel de la sous-traitance au privé de prérogatives gouvernementales telles que la santé et les soins: une infrastructure sociale affaiblie, des inégalités économiques accrues et mitage des institutions civiques. Avoir recours à un contractant privé pour un service - comme le péage d'un pont ou un site internet pour la sécurité sociale, peut avoir du sens sur papier pour un gouvernement national ou régional. La récession a assurément mis la pression fiscale sur les politiques locaux. Mais l'analyse de l'étude montre que, souvent, quand les officiels s'adressent aux compagnies privées bon marché pour servir le public, les coûts cachés émergent finalement sous la forme de déclin économique, de mauvaise gestion et de faible qualité de services. Les bénéficiaires de ces "partenariat public-privé" (PPP) sont les contractants alors que la société porte le poids du manque de supervision et de contrôle public sur l'argent des contribuables. Une analyse de la contractualisation de la santé publique (ici, en anglais) dans plusieurs centaines de pays a démontré que "Bien que l'accès aux soins primaires ait augmenté, la qualité et la quantité de soin de bien-être aux bébés et de soins à domicile pour les personnes âgées ont diminué. Le coût de fourniture des soins a diminué, mais au 'prix' d'un accès et une qualité réduits dans certains endroits clé."
Résumé et traduction d'un article de Steven Hsieh dans The Nation (ici, en anglais).
Le Houston Chronicle a publié une enquête exhaustive des blessés et des accidents parmi les travailleurs du pétrole et du gaz au Texas. De 2007 à 2012, il y a eu 664 morts sur les puits aux États-Unis, dont 40% au Texas. En 2012, 79 travailleurs ont perdu des membres, 82 ont été écrasés, 92 ont été brûlés et 675 ont eu des os cassés en travaillant sur les champs de pétrole. Le manque d'inspecteurs fédéraux est épinglé (économie d'impôts oblige). Normalement, l'inspection du travail (Occupational Safety and Health Administration) ne doit enquêter que sur les accidents mortels ou provoquant au moins trois hospitalisations. De ce fait, seuls 150 des 18 mille accidents de travail du secteur ont été soumis à enquête.
Aux États-Unis, 400.000 enfants travaillent dans les champs des fermes
familiales pour aider leurs familles sous pression des dettes et de la
concurrence des industries. La plupart de ces familles survivent sous le
seuil de pauvreté. Les enfants peuvent travailler dès 10 ans
(références: Allegra Kirkland, The Nation, ici).
Rassurons-nous en rappelant que, alors que ces petites mains s'empoisonnent aux pesticides ou à la
nicotine, elles ne peuvent acheter des cigarettes à l'épicerie du coin.
Aux États-Unis, les établissements d'enseignement précarisent une partie sans cesse croissante de leur personnel. Les enseignants deviennent des 'auxiliaires' qui ne travaillent pas plus de 28h semaine (pour éviter de devoir payer l'assurance santé). Ils ne connaissent pas leurs horaires à l'avance et ne peuvent s'engager financièrement sur base de salaires aléatoires de 2000$ par mois.
Ces salaires de 2000$ sont ridiculement insuffisants pour des travailleurs hautement qualifiés qui ont contracté des prêts étudiants de 100.000$ et ne disposent pas d'assurance-santé.
Une gestion du personnel très en décalage par rapport aux valeurs américaines de justice pour tous.
Ces 'auxiliaires' précaires diplômés se sont organisés en syndicat - à l'instar de leurs camarades de Wal-Mart ou de Mac Do.
Référence: Jim Hightower, Alternet, ici (en anglais)
Vous pouvez trouver l'article que nous résumons in extenso sur le site de l'Ires, ici.
Les salaires états-uniens stagnent depuis 1970 (à l'exception de la seconde moitié des années 1990). Depuis 1980, les syndicats ont accepté les baisses de salaire au nom de l'emploi. Ils ont également accepté la dégradation des conditions de travail au nom de l'emploi, au nom du chantage au chômage, c'est ce qu'on appelle le concession bargaining.
Depuis 1973, les salaires ont décroché par rapport à la productivité qui a, elle, continué à augmenter.
Image extraite de l'article de l'Ires
Ceci a fait exploser les inégalités salariales et a fait perdre globalement 6% du PIB aux salaires au profit des dividendes des actionnaires.
La parenthèse de contrôle des prix et des salaires ouverte par Roosevelt s'est achevée en 1981 avec Reagan.
LeConcession Bargaining est amené par la pression de la concurrence étrangère
de nombreuses concessions sont obtenues par les employeurs, que les syndicats, cédant "aux sirènes de la compétitivité" acceptent en contrepartie de mesures destinées à sécuriser l'emploi ou à renforcer leur rôle dans les entreprises.
Des gels de salaires se répandent, puis des réductions. Une partie du salaire est intégrée dans des primes ce qui permet de réduire l'assiette de cotisation (et donc la qualité des prestations sociales) et laisse inchangée l'échelle des salaires.
Les employeurs introduisent une grille salariale à deux vitesses: les derniers venus touchent des salaires moindres.
Depuis les années 1990, ce sont les compléments de salaires qui disparaissent à leur tour, les primes, les avantages en nature, etc.
Les salaires horaires minimum diminuent depuis la crise de 2008 en dollars constants.
Les fonctionnaires sont à leur tour touchés par le concession bargaining du fait de l'état des finances publiques.
La stagnation des salaires a poussé les ménages à s'endetter pour conserver leur train de vie. Comme les salaires n'augmentaient toujours pas, ces dettes sont devenues ou vont devenir progressivement insolvables, ce qui ne manquera pas de provoquer d'autres crises. Cette spirale infernale risque d'affecter la maigre part socialisée des salaires, le medicare et le medicaid.
Dans un article d'Alternet (ici, en anglais) nous apprenons les résultats d'une étude comparative de deux sociétés de stations-service.
Dans une société, les salaires sont bas, l'accueil des clients est de piètre qualité du fait de la charge de travail excessive et des salaires insuffisants des employées. Les clients fuient cet endroit sinistre.
Dans l'autre société, les salaires sont nettement plus élevés. Les horaires sont tenables, les conditions de travail infiniment meilleures et ... les profits plus élevés: les clients sont au rendez-vous, l'ambiance est plus chaleureuse et les prix sensiblement les mêmes.
De notre point de vue, il ne s'agit bien sûr pas de faire l'apologie du profit. Il s'agit de dénoncer le management par la haine, par la dévalorisation du personnel comme des aberrations contre-productives, anti-économiques et, surtout, inhumaines.
Bien que l'économique ne soit certainement pas la solution.
Traduction et résumé d'un article de Paul Krugman (prix d'économie de la banque de Suède 2008) paru dans le New-York Times (ici). Nous soulignons et mettons les intertitres.
Contexte
Les allocations de chômage viennent d'être coupées pour plus d'un million d'Américains. Le shopping professionnel a cessé avec la crise.
En conséquence , le sort des chômeurs, déjà terrible, est sur le point de devenir encore pire. Évidemment, ceux qui ont un emploi sont beaucoup mieux lotis. Pourtant, la faiblesse persistante du marché du travail a des répercussions sur eux, aussi. Alors parlons un peu de la situation des travailleurs .
Certaines
personnes voudraient vous faire croire que les relations de travail
sont comme toute autre opération de marché: les travailleurs ont
quelque chose à vendre, les employeurs veulent acheter ce qu'ils
offrent et ils passent tout simplement un accord. Mais
quiconque a déjà occupé un emploi dans le monde réel (...) sait que ce n'est pas comme ça.
Le
fait est que l'emploi implique généralement un rapport de force : vous
avez un patron qui vous dit ce qu'il faut faire et, si vous refusez,
vous pouvez être viré. Cela ne doit pas être une mauvaise chose. Si les employeurs apprécient leurs travailleurs , ils n'auront pas des exigences déraisonnables. Mais ce n'est pas une opération simple. (...)
Donc,
l'emploi est une relation de pouvoir et le chômage élevé a
considérablement affaibli la position déjà faible de travailleurs dans
cette relation.
Nous
pouvons réellement quantifier cette faiblesse en regardant le taux de
démissions - le pourcentage de travailleurs qui quittent volontairement
leur emploi (au lieu d'être viré) chaque mois. Évidemment, il y a beaucoup de raisons pour lesquelles un travailleur peut vouloir quitter son emploi. Abandonner un emploi pour en trouver un autre est cependant un risque, à moins que le travailleur ait déjà
un nouvel emploi en vue, il ou elle ne sait pas combien de temps il
faudra pour trouver un nouvel emploi et comment cet emploi tiendra la comparaison avec l'ancien.
Et
le risque du papillonnage est beaucoup plus grand lorsque le
chômage est élevé. Il ya beaucoup plus de gens qui cherchent un
emploi qu'il y a de création d'emploi. En
conséquence, on peut s'attendre à voir la hausse des taux de départ
en période d'expansion tomber en période de marasme - et, de fait, il
baisse. Il a même
plongé pendant la récession 2007-2009 et n'a depuis que partiellement
rebondi, ce qui reflète la faiblesse et l'insuffisance de la reprise
économique.
Conséquences sur le monde du travail
Les employeurs mènent la guerre pour l'emploi et contre le salaire; les propriétaires s'enrichissent pendant que l'emploi s'apparente de plus en plus à l'enfer sur terre. La peur au travail gonflerait les bénéfices.
Maintenant, pensez à ce que cela signifie pour le pouvoir de négociation des travailleurs. Lorsque l'économie est forte , les travailleurs sont en position de force. Ils
peuvent partir s'ils sont mécontents de la façon dont ils sont traités
et savent qu'ils peuvent trouver rapidement un nouvel emploi s'ils se
laissent aller. Mais, lorsque
l'économie est faible, les travailleurs ont une rapport de force très défavorable et les employeurs sont en mesure de les faire travailler davantage, de les payer moins ou les deux.
Il n'existe aucune preuve que ce qui se passe ? Et comment. La
reprise économique est faible et insuffisante, comme je l'ai dit, tout le fardeau de cette faiblesse est supporté par les
travailleurs. Les
bénéfices des sociétés ont chuté au cours de la crise financière mais ont rapidement rebondi et ils ont continué à monter en flèche. En
effet, à ce stade, les bénéfices après impôts sont plus de 60 pour
cent plus élevés qu'en 2007, avant le début de la
récession. Nous
ne savons pas dans quelle mesure cette hausse du bénéfice s'explique
par la peur - la possibilité de presser les travailleurs
qui savent qu'ils n'ont d'alternative. Mais elle doit au moins être une partie de l'explication. En
fait, il est possible (bien que pas du tout certain) que les
intérêts des entreprises sont en train de faire mieux dans une économie un
peu déprimé qu'ils ne le feraient avec le plein emploi .
Les chômeurs exclus du politique
Cette situation exclut les chômeurs de la représentation politique.
De
plus, je ne pense pas que ce soit trop exagéré de dire que cette
réalité contribue à expliquer pourquoi notre système politique a tourné
le dos à ses chômeurs.Non, je ne crois pas qu'il y ait une cabale secrète, un plan secret des élites pour maintenir la faiblesse de l'économie. Mais
je pense que la principale raison pour laquelle la réduction du chômage
n'est pas une priorité politique est le fait que, alors que l'économie peut être horrible
pour les travailleurs, les entreprises américaines, elles, se portent bien.
Une conclusion employiste que nous ne suivons pas
Puis, de manière classique, l'économiste néo-keynésien prône un retour au plein emploi:
(...) Trop d'Américains vivent actuellement dans un climat de peur économique . Il
y a beaucoup de mesures que nous pouvons prendre pour mettre fin à cet
état de choses, mais le plus important est de mettre les emplois de
retour sur l'ordre du jour .
Solution dans laquelle nous ne nous retrouvons absolument pas. L'emploi n'est pas la solution, du point de vue de la plateforme, mais le problème. Il faut libérer l'activité, le travail, du joug de l'investisseur et de ses dividendes imbéciles, il faut réinventer la société. Pour libérer les chômeurs de l'exclusion sociale, il faut rendre la participation sociale indépendante de l'emploi, que ce soit au niveau de la consommation, de la production, de la vie sociale ou de l'accès à la vie publique.
La
guerre aux salaires est aussi menée tambour battant outre-Atlantique
avec des résultats remarquables: plus de 21% des États-uniens consacrent
plus de la moitié de leurs (maigres) revenus au loyer. Ceci nous promet
une implosion du marché immobilier à
moyen terme et, vu l'ampleur du problème, une crise bancaire mondiale en
prime.
Félicitation aux politiques qui nous ont convaincus que le problème,
c'était le pauvre; félicitation aux journalistes qui nous ont vendu la
rigueur, l'austérité et autres fadaises tendances silice, félicitation
enfin aux syndicats qui laissent défaire les salaires sociaux, les
cotisations sociales, sans hurler, qui signent comme co-gestionnaires de
la sécu des plans d'accompagnement, des dégressivités... à mêmes
causes, mêmes effets, la misère américaine arrive ici et, avec elle, les
locataires surchargés et une crise immobilière apocalyptique.
Ce ne
sont pas les pauvres qui 'coûtent' à l'économie, c'est la gestion de
l'économie à des fins de profit qui 'coûte' aux pauvres.
On nous apprend que, faute de donner un salaire
suffisant à ses employés, l'enseigne états-unienne propose à ses
clients de donner par solidarité, par charité ce que la justice
commanderait à l'enseigne de rendre à ses employés.
De
notre point de vue, c'est une manière de conserver les salaires trop
bas pour l'enseigne, une manière cynique de conserver les dividendes en
réduisant les salaires à rien, une manière d'externaliser les salaires
sur le public qui n'en peut mais.
L'occasion
pour nous de distinguer la solidarité, la charité - des sentiments à
l'origine d'actions éminemment honorables et la justice ou le droit.
Nous nous battons pour la reconnaissance de la valeur produite par les producteurs (dans l'emploi ou hors emploi)
et non pour une quelconque 'charité', une quelconque 'solidarité' venue
des personnes qui peuvent se le permettre. Car c'est là le piège de la
charité: elle est toujours le fait de ceux qui ont envers ceux qui n'ont
pas, des riches envers les pauvres, des propriétaires envers les producteurs, des colons envers les colonisés, des maîtres envers les esclaves. Nous n'en voulons pas, nous voulons abolir la misère, la propriété lucrative, les dettes, la colonisation, l'esclavage (et l'emploi).
Un article fait le point sur la situation du secteur de la construction aux États-Unis. Si je n'ai pu trouver l'équivalent de cet article pour la Belgique, la situation y est cependant parfaitement identique, à savoir:
- les infractions aux règlements de sécurité sont nombreuses. L'application de ces règlements de sécurité est souvent une question de vie ou de mort pour les travailleurs
- l'inspection du travail chargée de faire respecter ces règlements est en sous effectif (en Belgique, elle est aussi parfois corruptible), elle classe l'essentiel des rares plaintes sans suite
- les ouvriers n'osent pas se plaindre de peur de perdre leur emploi. Le choix se fait entre un boulot peu qualifié, un revenu nécessaire et la sécurité au travail. La pression du chômage et la logique de l'emploi sont poussées à l'extrême dans ce secteur. Ce secteur n'est pourtant pas soumis à la concurrence étrangère (aux USA, mais même en Europe).
- il y a eu 400.000 morts dans la construction aux USA ces quarante dernières années (voir notre article), soit plus de six fois le nombre de victimes US au Vietnam.
Nous rappelons qu'il est possible de construire des maisons, des immeubles en toute sécurité à condition de s'affranchir de la pression de l'emploi; nous rappelons qu'il est possible d'être fier et heureux de construire des maisons et des immeubles à condition de s'affranchir de la logique de l'emploi; rappelons que les ouvriers de la construction sont courageux, qu'ils défient les intempérie et, à leurs heurs, la gravitation; rappelons que les ouvriers sont qualifiés, compétents, doués, utiles et que c'est la logique de l'emploi qui les prive de la reconnaissance de ces qualités.
Un article d'Alternet (en anglais)
nous apprend que les frères Koch ont fait installer des oléoducs qui
fuient. Ce n'est pas une première puisque cette fuite fait suite à une
longue série.
Les frères Koch sont des milliardaires, propriétaires
lucratifs d'industries dans les secteurs du pétrole, de la chimie, de
la finance. Ils se sont distingués par leur lobbying intense contre
toute réglementation écologique aux États-Unis. Ils financent notamment
des think tanks comme le Cato Institute, libertarien et conservateur pour freiner, décourager et saboter toute législation écologique.
Par
rapport à l'employisme, il est intéressant de constater que les deux
frères sont des propriétaires directs, sans société à actions. De ce
fait, ils doivent assumer directement leurs responsabilités de
propriétaires et le font en tentant d'arranger les lois, tout
simplement.
On constate que l'esprit du lucre n'a pas
de limite. Il s'arroge le droit de s'accaparer, de détruire, de
gaspiller les ressources communes au nom du droit à la propriété. Cette
notion de propriété est tout à fait abusive - nous lui opposons la propriété d'usage ou la propriété sociale. Mais la logique du gain, de la rapacité
touche aussi bien les ressources naturelles que l'humain. Les
producteurs sont traités de la même façon au nom d'un pseudo droit à la
propriété. En fait, dans l'esprit du droit, la propriété ne peut
entraver le droit à la vie, à la liberté ou à l'activité - ce que fait
le pillage employique.
Pour comprendre ce qu'est le salaire social, rien de tel qu'une petite expédition outre-Atlantique, au pays des hamburgers, de Mother Jones, du soda, de la route 66 et ... sans salaire social.
Tout d'abord un article nous parle des 1,3 millions de salariés de Walmart qui gagnent moins de 25k€ par an. Cela fait 18.500€ par an ou un peu plus de 1.500€ par mois. Pour un Européen, cela fait un salaire chiche mais, tout de même, 1.500€ par mois, il y a moyen d'y arriver.
Sauf que, aux États-Unis, il n'y a pas d'assurance chômage dans ce salaire, pas (ou peu) de retraite, pas d'assurance maladie. Pour avoir droit à ces différentes prestations, le salarié états-unien doit prendre sur son salaire poche et en retirer de substantielles cotisations auprès d'assurances privées. Ces assurances privées prennent d'importantes commissions, ce qui les rend plus chères (et/ou moins efficace en terme de couverture) que la sécurité sociale publique française, allemande, belge ou néerlandaise.
L'assurance chômage-invalidité est impayable mais, pour une assurance-santé aux États-Unis, il faut compter plusieurs centaines d'euros par mois et, surtout, les prestations en cas de maladie sont très aléatoires (les assurances cherchent la petite bête pour ne pas devoir indemniser les frais de santé). De ce fait, sans assurance-santé comprise dans le salaire, les 1.500€ deviennent un salaire individuel très insuffisant.
Il y a également le problème des retraites (reportage vidéo de France 2). Certains employeurs négligent de cotiser à une caisse de pension, d'autres se bornent à proposer une retraite par capitalisation. Les retraites par capitalisation disparaissent au premier coup de bourse venu de sorte que les retraités se retrouvent ... au travail.
Le salaire social, c'est cette différence. En Belgique, les salaires représentent à peu près 250 milliards. Sur ces 250 milliards, 90 sont consacrés à la sécurité sociale, soit un peu plus du tiers. S'il fallait que les salaires dont nous parlions cotisent pour avoir le même niveau de prestation qu'en Belgique, ils devraient y consacrer un peu plus de tiers et se retrouveraient donc avec un revenu poche ... de moins de 1000€.
Dans cet article en anglais nous apprenons que, aux États-Unis, selon un rapport du Centre Pour une Démocratie Populaire, dans l'état de New-York, la construction a un coût. Qu'on en juge.
- La plupart des travailleurs sont des immigrés, 17% de sans papier (comme sur les gros chantiers en Belgique ou en France).
- Les punitions contre les employeurs en cas d'infractions aux règles de sécurité sont symboliques (en Belgique, c'est exactement le même problème): 2000$ pour des blessures jusqu'à 12.000$ pour un mort, ce qui met l'ouvrier au prix de la voiture d'occasion. En outre, l'inspection des lois sociales manque cruellement de personnel pour vérifier l'application des règles de sécurité (c'est aussi le cas en Belgique et en France, encore plus depuis la dernière réforme).
- Il y a eu 400.000 morts dans la construction aux États-Unis depuis 1970 (ce pays a perdu 6,5 fois plus de personnes dans des entreprises de construction qu'au Vietnam, par exemple).