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Employistes du dimanche

Cet article est disponible en PDF ici

En ce moment se discute la légalisation de la généralisation du travail du dimanche en France. Il convient de remettre le travail en emploi en perspective: les commerçants se font concurrence entre eux. Si une partie des commerçants ouvrent le dimanche, ils sont condamnés à tous ouvrir le dimanche faute de quoi ils risquent de disparaître.

Pour une grande enseigne, il est facile de gérer une équipe, de faire tourner les horaires de telle sorte que les travailleurs se retrouvent à la caisse le dimanche à tour de rôle.

Pour un petit commerçant qui est seul ou avec un ou deux employés, c'est intenable: il ne peut se permettre de travailler - ou de faire travailler son employé - systématiquement le dimanche.

Le travail du dimanche en emploi est un acte de guerre des grandes enseignes contre les petits commerçants. Or le commerce de proximité génère plus d'emplois (que mes lecteurs m'excusent cette grossièreté) que les grandes enseignes à chiffre d'affaire égal.

Le travail en emploi du dimanche est donc non seulement un acte de guerre des gros contre les petits mais en plus, c'est une mesure qui tend à diminuer l'emploi.

Une dernière chose. Si vous souhaitez augmenter le chiffre d'affaire du commerce de détail (objectif discutable en soi), il faut qu'il y ait des clients.

Pour qu'il y ait des clients, il faut augmenter les salaires - notamment les salaires socialisés - c'est-à-dire qu'il faut faire exactement l'inverse de ce que fait cet impopulaire gouvernement français pour le moment, ce gouvernement en guerre contre ... les salaires.
 Extrait de l'article du Monde (ici, en français et en libre accès)
Ce texte qui veut, en vrac, baisser les tarifs des notaires, ouvrir des liaisons de bus nationales, raccourcir les délais des prud'hommes, remettre à plat le travail du dimanche, renforcer le contrôle des sociétés d'autoroutes, simplifier l'installation des professionnels du droit, est « tout simplement une vraie loi de gauche », a assuré le ministère.
Emmanuel Macron en a profité pour répondre à Martine Aubry, assurant que son projet de loi était « une avancée sociale ». La maire de Lille avait dénoncé une « régression » dans une tribune au Monde. Dans un entretien au Monde, Jean-Luc Mélenchon s'est également opposé à cette mesure.
Il instaure l'obligation pour toutes les entreprises du secteur du commerce, quelle que soit leur taille, de verser aux salariés travaillant le dimanche « une compensation salariale », ce qui n'était pas obligatoire jusqu'alors dans les six cents zones touristiques existantes.
Le texte consacre par ailleurs l'extension du travail dominical : les maires pourront permettre aux commerces d'ouvrir douze dimanches par an au lieu de cinq actuellement. Le projet de loi veut également créer des « zones touristiques internationales » où le travail le dimanche et le soir sera possible toute l'année.

Fontion publique et service public

Enfin, presque. En fait, ils défilent pour défendre le service publique, ce qui n'a rien à voir et est - de notre humble point de vue anti-employiste - tout à fait contre-productif. La notion de service public se positionne du point de vue du client, de la prestation et, implicitement, de la force de travail, de la rémunération du travail à la pièce alors que la fonction publique se place du point de vue du producteur, de son statut et de sa qualification - une pratique du travail infiniment moins nuisible. C'est cette pratique qui doit être universalisée à l'ensemble des travailleurs et non la qualité d'une quelconque prestation professionnelle.

Extrait de l'article de l'Humanité (ici, en français)

De Bastille à Montparnasse, 22 000 cheminots ont envahi les rues de Paris, cet après-midi, pour garantir l’avenir du service public de la SNCF et dénoncer fermement la réforme ferroviaire, actuellement en préparation par le gouvernement. Un énième « avertissement » a été lancé au gouvernement par les fédérations syndicales CGT, UNSA et SUD-Rail.

(...) Une foule à hauteur de 22 000 cheminots, venus de toute la France, peut-on voir du haut d’un immeuble parisien. Contre le projet de loi préparé actuellement par le gouvernement pour la plus grande entreprise nationale publique, la SNCF, après avoir échoué à corriger la dette colossale du rail en séparant cette dernière du Réseau ferré de France, les cheminots « ne laisseront pas faire », a assuré Gilbert Garrel, secrétaire général de la fédération CGT Cheminots. Présentant cette manifestation comme un « avertissement qui doit conduire le gouvernement à revoir sa copie », les organisations syndicales dénoncent la volonté du gouvernement de vouloir diviser la SNCF en trois établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) : la « maison mère » ; l’infrapôle et le RFF (Réseau ferré de France) actuel. Une scission « directement liée au quatrième paquet ferroviaire européen et à la libéralisation complète du transport de voyageurs prévue pour 2019»

L'emploi comme argument de vente

Isidro Jiménez Gómez réfléchit le monde de la publicité et de ses fantasmes, publicité qui se sert de l'emploi comme argument de vente dans Diagonal (ici, en espagnol). Nous ne résistons pas au plaisir de traduire et résumer l'article. Cet article parle du discours publicitaire et c'est dans ce cadre qu'il explique l'évolution de l'emploi. Il ne s'agit pas d'une évolution en soi mais d'une évolution de la représentation du travail employée dans les discours publicitaires.

Extrait (traduction et résumé)

Jusqu'où êtes-vous prêts à aller pour avoir un boulot? (Photo extraite de l'article)
 Avant que la crise de 2008 ne transforme l'emploi en luxe, en un imaginaire de cols blanc gris à cravate colorée dans leur cube de verre, la banque Barclays invitait ses employés en voyage à Rio comme récompense. L'employé de bureau voyait alors les heures supplémentaires comme du temps perdu, comme un châtiment divin genre Adam et Ève ou Charlie Chaplin dans Les Temps modernes où le loisir et le tourisme occupaient la place du jardin d'Éden.
La publicité propose une rébellion en édulcorée en kit pour les classes moyennes - genre 4x4. Le cadre qui fuit la ville cherche des contrées exotiques inconnues - et c'est pourquoi l'emploi est devenu l'objet de fantasme. Gillete propose le "travail de ta vie", un poste dans le département communication de la sélection espagnole de football pour le prochain Mondial. "Combiner le travail et la passion est une expérience inoubliable" précise-t-elle.

L'emploi acquière un nouveau statut pour les grandes entreprises, un nouveau pouvoir attractif, la professionnalisation du plaisir devient plus excitante que l'aventure du loisir - ce qu'ING a résumé par un concept "fan professionnel", en offrant 3000€ de salaire mensuel pour accompagner Fernando Alonso au championnat de F1. Les 33.000 candidats ont envoyé leur CV par vidéo sur YouTube.
 L'annonceur affiche alors sa capacité à offrir un emploi attractif, comme s'il n'y avait pas d'autres prestations professionnelles. Il affirme sa responsabilité sociale coopérative, l'emploi acquière une nouvelle valeur et soigne la réputation sociale des grandes multinationales. La banque de Santander, après avoir licencié 3.441 employés, parraine sans complexe la section emploi du journal Expansión. Cependant, le BBVA coutumier des prépensions (plus de 2.300 depuis 2011), diffuse à grand fracas "Yo soy empleo" ["Moi, je suis emploi", Ndt, ça ne s'invente pas] pour aider les entreprises qui créent de l'emploi.  

L'emploi-argument de vente s'explique avec un chômage à plus de 25% [en Espagne], dans ces conditions, ils n'ont pas besoin de "fan professionnels".

Bien que les gérants de supermarché, les concessionnaires automobiles et les énormes boutiques de vêtements pour jeunes fassent valoir chaque semaine un catalogue impressionnant de promesses, ce n'est peut-être pas suffisant. Et si le travail espace d'insatisfaction méthodique devenait le nouvel espace de l'expérience de plaisir?

Tranches de vie précaires

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Nous vous traduisons et résumons un article de paru dans The Guardian (ici, en anglais). Les photos sont extraites de cet article.

Quatre jeunes précaires états-uniens nous partagent leur expérience professionnelle dans des jobs sous-payés. Cet article est un peu long mais il a le mérite d'entrer dans le concret des boulots les plus merdiques, les moins bien payés, ces boulots qui peuplent nos restaurants fast-food ou nos centres commerciaux, ces boulots vous les croisez tous les jours - même si vous êtes fonctionnaires.

Ces témoignages sont per se une charge impitoyable contre l'emploi et un plaidoyer pour le salaire. Ils montrent que ces boulots déconsidérés sont aussi charpentés par la qualification.

Quant on sait la pression subie par les employés aux États-Unis, la situation décrite dans l'article révèle une souffrance au travail indicible. Nous nous surprenons à rêver que ce pays, si prompt à parler de liberté, si prompt à valoriser le travail bien fait, le travail en main,se  prenne en main en se débarrassant des propriétaires lucratifs et des employeurs, en affranchissant l'activité de l'emploi.

L'économie de bouts de ficelle est celle qui prévaut depuis maintenant plus de cinq ans. Les boulots bien payés, à plein temps se font rares.

Un dixième des chômeurs américains de longue durée font face à l'emploi intermittent - une semaine, ils ont du travail, une autre ils n'en ont plus. 14% d'entre eux se contentent d'emplois stables à temps partiel.

La seule alternative, c'est de se retirer complètement de l'emploi. Il y a actuellement 3,8 millions d'Américains qui n'ont pas eu d'emploi depuis plus de six mois. 40% d'entre eux environ ont entre 16 et 34 ans. Beaucoup d'entre eux ont leur bac et acceptent cependant des boulots mal payés pour avoir des revenus réguliers. Plus de 18% d'entre eux sont sous-employés et ils sont pourtant fiers du travail qu'ils font ou qu'ils ont fait dans de tels emploi.
Beaucoup de ces jobs sont payés au salaire minimum, souvent moins de trente heures par semaines et exigent beaucoup de travail manuel subalterne. Ils sont l'un des rares choix qui se présentent à celles et ceux qui cherchent du travail. Tout le monde n'est pas capable d'éplucher les offres d'emploi dans le commerce de détail ou dans l'industrie des services. Quatre témoignages.

Caroline Albanese, 23 ans, Long Island, New York





US Money balloons job Party City
More than just hot air. Photograph: Jezper/Alamy

 Au début, la plupart des employés ici à Party City étaient des étudiants qui avaient besoin d'argent de poche pour leur voiture. En 2007, au début, il n'y avait que peu d'employées depuis longtemps, l'une d'elles travaillait de 6h à 16h et allait chercher ses enfants à l'école. Cela payait son loyer. Le manager était plus âgé aussi.Au fur et à mesure que je suis restée là, les employés sont devenus de plus en plus âgés.
Comme je sortais de l'école à deux heures, je restais ici de trois heures à neuf heures. Je faisais cela presque tous les jours. Dès que j'ai eu une voiture, j'ai commencé à travailler les week-ends et j'ai commencé à venir plus tôt puisque je ne devais plus me tracasser d'être ramenée.
 Quand vous êtes au lycée, on ne vous donne pas des tâches aussi difficiles que quand vous êtes plus vieux. Ils mettent plus les filles de 16 ans aux caisses parce qu'ils savent que si vous aviez le choix, vous partiriez en moins de deux mois. Ils ne vont donc pas vous secouer ou vous donner des responsabilités.

En deuxième, à l'université, j'avais besoin de plus d'argent parce que je payais mes frais de scolarité, j'ai donc demandé d'avoir un emploi de superviseur. On me laissa alors le choix entre un boulot à plein-temps (et l'école à temps partiel)  avec un paie plus élevée - et ce n'était pas vraiment un horaire de temps plein. C'était juste que je serais payée davantage et aurais plus de responsabilités et qu'ils m'appelleraient si quelqu'un devait manquer pour que je le remplace. Je n'aurais pas pu le faire parce que je n'aurais pas pu suivre à l'université, je n'aurais plus pu étudier.

Je devais trouver une autre façon d'y arriver: au lieu d'avoir plus d'heures en semaine, je travaillerais plus le week-end et un jour par semaine, quand je n'avais pas classe ou quand j'avais classe le soir. Je travaillais quelque 30 heures par semaine sur trois jours.

J'étais alors au comptoir des ballons. 90% de leur commerce est autour des ballons et de tout ce qui est saisonnier. Je me levais alors généralement vers 4 heure du matin, quittais ma maison à 5, arrivais là à 5 heures et demi, avant qu'ils n'ouvrent. J'attendais que le manager nous ouvre les portes et allais directement au comptoir. Je recevais alors les commandes de ballon du jour - jusqu'à un certain point puisque les ballons se dégonflent. Il y  en avait des dizaines que je devais gonfler jusqu'à 8 ou 9 heures, je devais les attacher ensemble et en vérifier l'agencement une fois que les commandes avaient été remplies. Une fois que le magasin était ouvert, je devais continuer à remplir les commandes pour le reste de la journée tout en courant partout dans les allées pour descendre les stocks pour le reste de la semaine. On avait des oreillettes avec lesquelles ils m'appelaient si j'étais au comptoir à ballons et qu'ils avaient besoin de moi dans l'allée.

Les clients étaient horribles. On dit que c'est parce que le magasin est situé dans la partie riche de Long Island que les clients sont très chics. Je pense que c'est comme cela qu'on voit l'industrie du service: que l'on attend d'elle qu'elle fasse tout pour vous.

À la fin, j'étais tellement fatiguée. C'était un travail subalterne. Les magasins étaient jonchés de paillettes, de confettis. Les enfants aimaient toucher des choses qu'ils n'auraient pas dû toucher. Il fallait balayer beaucoup. Souvent, ce n'était pas dur mais c'était épuisant parce qu'on était debout, à attacher des ballons, à monter et descendre des échelles, à gérer des clients difficile tout en s'assurant que le magasin reste propre et en se débrouillant avec la gestion de l'espace de travail. 

Il fallait obéir aux managers, y compris à ceux qui ne vous aimaient pas. Il y a beaucoup d'endroits avec des pointeuses pour entrer et sortir comme tout le monde savait quand vous arriviez et quand vous partiez. Les gens qui sont là quand vous travaillez font une coupure pour gagner l'argent dont ils ont besoin. 
Quand je suis partie parce que j'avais trouvé un emploi ailleurs, les gens étaient heureux, non par jalousie mais parce qu'ils étaient soulagés que j'aie pu m'en aller.

Ng Ju San, 25 ans, Chinatown, New York, NY

Mon premier emploi aux États-Unis, c'était au Macdo. J'avais alors 19 ans et c'était le seul job que je pouvais décrocher puisque je venais juste d'arriver aux USA de Malaisie. Je ne pense pas que j'aurais pu avoir un autre boulot. J'ai donc étonnamment décroché ce job Macdo.




US Money mcDonalds work job
While working at McDonald's isn't exactly fun, it's not all bad either. Photograph: Graeme Robertson
À ce moment-là, je crois que mon anglais n'était pas assez fluide pour être caissière. Le manager m'a donc placée dans l'équipe restaurant. Je devais y préparer les frites, retourner les burgers et m'occuper de l'arrière-cuisine. Je ne parlais jamais aux clients.
Il n'y a eu littéralement aucune formation. Le premier jour de travail, votre entraînement, c'est de faire tout ce que fait le gars à côté de vous. S'il retourne le burger, vous retournez le burger. Vous apprenez en faisant, c'est votre formation.

Ma première semaine là, j'ai travaillé cinq jours, par périodes de huit heures. Vous restez debout et bougez. Je devais nettoyer. Je devais passer la serpillière au sol et nettoyer, notamment, la friteuse, la dégraisser. Cette friteuse, c'est une énorme machine en plastique dans laquelle vous jetez vous frites. À la fin de la journée, il faut la dégraisser entièrement, jeter l'huile. Il faut l'essuyer jusqu'à effacer les taches d'huile dessus. C'est une des tâches les plus pénible. Je travaillais le matin de 7h à 15h au Macdo. Je travaillais après de 18h à minuit, dans un restaurant chinois comme serveuse. Je ne pouvais pas aller à l'école car j'avais raté le délai d'automne et il n'y avait rien à faire à part travailler pendant les six premiers mois.

Je suis restée six mois au Macdo avant de commencer à travailler, à 20 ans, au Starbucks. C'était terrible. Il n'y avait aucun Américain d'origine. Beaucoup de travailleurs étaient Porto-ricains, Nicaraguayen ou Dominicains. 

C'était une bonne expérience d'apprentissage pour moi. J'étais la seule Asiatique, mais je ne me sentais pas étrangère. C'était un bon endroit pour m'habituer à l'environnement de New-York.




Starbucks cups
Not so bad. Photograph: Stephen Chernin/Getty Images
Les travailleurs là avaient à peu près mon âge ou un tout petit peu plus. 
Ce que j'aimais chez Macdo, c'est les gens avec qui je travaillais: je me sentais chez moi. Notamment parce que nous partagions le même passif: les États-Unis ne sont pas leur pays d'origine, ils sont venus ici comme immigrés. L'anglais n'est pas leur langue maternelle. Ils comprennent mes difficultés à communiquer.

Le manager passait son temps à regarder le système "point of sales" (POS), un logiciel pour restaurant qui permet de contrôler que personne n'ait trop d'heures pour ne pas devoir les payer trop. Parfois, il y avait trop de clients, mais le POS faisait remarquer au manager 'Eh, vous payez trop en salaire'. Il disait alors: 'Oh, vous devez rentrer chez vous'. Même lorsque tout le monde travaillait au maximum parce que les commandes rentraient. Il vous renvoyait tout de même parce que l'algorithme lui disait qu'il avait trop de frais et qu'il fallait qu'il coupe jusqu'à ce qu'il n'améliore les profits. Ceux qui restaient se retrouvaient avec encore plus de commandes mais moins de collègues pour travailler.

 À Starbucks, c'est moins agité. C'est plus froid, plus calme. Très différent de Macdo. La clientèle est meilleure, c'est différent. L'environnement est différent. Il n'y a pas cet environnement moite, huileux, gras qu'on associe à Macdo.

À Starbucks, je travaillais de 25 à 30 heures semaine et allais à l'école à temps plein. Je travaillais systématiquement pendant les week-ends et les vacances. Dans ce secteur, quand tout le monde est en vacances, vous ne l'êtes pas, vous devez travailler.

Après ces deux boulots, j'ai eu un emploi de réceptionniste juridique dans une association sans but lucratif au centre ville. Au Macdo, je gagnais 7,25 $ l'heure (5,6€). À Starbucks, je gagnais un peu plus de 8$ (6,2€). Il fallait travailler très dur dans les endroits. C'était un travail manuel, alors que, dans le travail de réceptionniste et comme traductrice, je gagne 15$ (11,5€) l'heure juste pour être assise et ne rien faire.

Jessica Flores, 24 ans, Queens, New York

Je travaille dans un supermarché, Waldbaums. C'est une épicerie. J'étais caissière mais, maintenant, je suis un volant. Je suis un superviseur en fait. Je fais un peu de travail de bureau. Je m'assure que tout l'argent des registres soit correct, je vérifie la monnaie. Je nettoie le magasin. Si un caissier a un problème, ils doivent m'appeler pour que je puisse régler les choses avant qu'un manager soit impliqué.




US Money
Cashier wanted. Photograph: Mark Lennihan/AP Photo
Cela fait plus de six ans que je travaille ici. J'ai commencé en Octobre 2007. C'était mon premier job, en fait. Je suis encore à l'école. Le magasin est juste au coin de la rue où je vis. C'est un emploi syndiqué, ce n'est donc pas si mal et il me reste du temps libre pour me concentrer sur les cours. 

J'ai toujours travaillé à temps partiel. L'entreprise, outre les managers, n'engagerait aucun emploi à plein temps maintenant. Ils avaient quelques temps plein mais ils sont partis à la retraite. Et depuis que l'Obamacare a fait son apparition, même si vous le voulez, personne ne peut être à plein temps. Mon entreprise n'est pas si bonne. Ils diminuent sans arrêt le nombre d'heures de travail. À un moment, je faisais 35 heures par semaine. Maintenant, j'en fais 27. C'est le maximum qu'ils vous donnent pour une semaine. Mon horaire change toutes les semaines - toujours entre 20 et 27 heures.

En ce moment, je suis des cours en ligne et j'essaie d'obtenir une licence de vétérinaire. Outre ce job, je travaille dans deux cliniques. J'essaie d'en obtenir un autre. Si tout marche bien pour moi, je pourrai alors quitter ce boulot. Les employés sont mélangés ici. La plupart des gens du matin sont des travailleurs plus âgés qui travaillent pour l'entreprise depuis 20 ans. C'est leur principale source de revenu. À partir de 15h, ce sont surtout des jeunes qui sont à la fac, de 22 ou 23 ans.

À Waldbaums, tout le monde commence avec le salaire minimum. Chaque année, vous avez une petite augmentation. Comme volant, je n'ai pas vraiment été augmenté. C'était un contrat syndical - notre syndicat n'est pas très bon - avec la compagnie qu'il n'y aurait pas d'augmentation avec un an, pas d'augmentation pour qui que ce soit. Je fais la même chose que ce que je faisais avant.

James Lanning, 23 ans, Brooklyn, New York

Je travaille à The Bean, un salon de café à New-York. D'habitude, je travaille de 15h à 1h du matin. Je suis chef d'équipe. Il y d'habitude trois personnes par équipe tout le temps. Je doit m'assurer que tout soit fait dans le magasin. Je dois contrôler les gens autour. En fait, je dois m'assurer du boulot et suis responsable de tout ce qui doit être fait.




US Money job coffee shop barista
Votre barman pourrait avoir un master. Photograph: Andrew Bret Wallis/Getty Images
 J'ai commencé comme barman une semaine avant Noël. Je n'ai travaillé que quelques mois ici. Après un mois et demi au travail, j'ai eu une promotion. Mon boulot, c'est préparer des boissons, m'assurer que le magasin soit propre, vérifier les poubelles, nettoyer le comptoir - typiquement le genre de chose que vous faites dans n'importe quel job d'industrie de service dans lesquels vous devez être à l'aise pour nettoyer la vaisselle ... et pour les poubelles, ce qui est universel.

J'ai été diplômé à l'université de New-York en 2012. Un master en journalisme et études africaines, mais je n'ai jamais poursuivi. J'ai déménagé pour six mois à Silver Spring (Maryland). C'est à près de 20 km au nord de Washington DC. J'ai eu un job comparable à celui que j'ai ici dans une pizzeria. J'ai travaillé comme caissier et je m'occupais des commandes. J'ai alors emménagé ici. Et, une fois que je suis revenu, je suis retourné à Brooklyn, je suis devenu barman. J'ai rebondi dans ce genre de travail d'industrie des services depuis que je suis diplômé. Au The Bean, j'ai commencé à 6,9€ de l'heure. Tout le monde commence là. Maintenant, je gagne 7,7€.

Je travaille au moins 40 heures par semaine et mes heures supplémentaires sont payées. Ils sont très complaisant pour les horaires, très compréhensifs. Il y a beaucoup de rotation (turnover), comme dans les salons de café ou les restaurants mais il y a toujours de 12 à 15 employés à tout le temps de telle sorte que les gens ne doivent pas faire des heures supplémentaires s'ils ne le souhaitent pas.

Il y a des gens de tous horizons - la majorité sont dans l'enseignement supérieur ou sont diplômés. Quelques personnes sont plus âgées, elles étudient l'art ou la musique. C'est en quelque sorte pourquoi je travaille ici en ce moment. Il n'y a que deux personnes qui ont plus de 26 ans.

 J'ai beaucoup de prêts étudiants. J'en ai pour un moment à les rembourser. La partie la plus difficile de ce genre de boulot, c'est les gens - pas les gens avec qui vous travaillez mais les managers et les propriétaires. À The Bean particulièrement, ils sont étonnants et compréhensifs. Dès que vous avez besoin de repos, ils vous disent de simplement leur faire savoir. Avec les clients, il y en a toujours un ou deux ... Je comprends les gens qui ont eu une mauvaise journée. 

Souvent les gens disent 'Oh, ne vous inquiétez pas. Vous allez trouver un vrai travail bientôt'. Surtout quand vous avez un master, que vous avez été dans l'enseignement supérieur. En fait, c'est assez humiliant comme chose à entendre, pour être franc, puisque je ne vois pas le problème à être barman ou quoi que ce soit. Tant que vous travaillez, tant que subvenez aux besoins de votre famille, je pense qu'il n'y a pas de raison d'en être honteux.

Effondrement

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  • Introduction

Dans le Guardian (ici, en anglais), Nafeez Ahmed résume une étude du Centre National de Synthèse Environnementale épaulée par la Nasa (ici, en anglais). Cette étude utilise le modèle HANDY (acronyme anglais pour DYnamique Humaine Et Naturelle).

Selon ses conclusions, l'inégalité de richesses et de ressources a toujours conduit à l'effondrement des empires, aussi sophistiqués, aussi avancés technologiquement soient-ils.

  • Notre analyse

De notre point de vue, la concentration de richesse est nécessairement liée à toute forme de propriété lucrative, elle transforme l'activité économique en une forme plus ou moins civilisée d'esclavage: les travailleurs n'ont plus prise sur la production. Ils ne décident plus de ce qui est produit, comment c'est produit, par qui et à quelle conditions. Par ailleurs, ces travailleurs ont été privés de toutes ressources autonomes, ils ont été victimes d'accaparement de leur terre, de leurs outils productifs (ce que nous appelons l'enclosure).

C'est la pratique capitaliste de la valeur, le fait que nous soyons obligés de vendre notre force de travail à des employeurs sous la contrainte de la nécessité, le fait que le créancier empoche des intérêts, que le propriétaire lucratif de l'entreprise soit rémunéré qui entraînent la concentration de richesse. C'est au mode de production capitaliste qu'il faut s'attaquer pour contrer la tendance à la concentration de richesse. Toute démarche "redistributive" ex post manquera l'enjeu de cette affaire: la libération de l'activité humaine, du travail du joug de l'emploi, de l'activité lucrative. 

  • Résumé et traduction

Pour citer (nous traduisons) ladite étude:

La chute de l'Empire Romain et des empires tout aussi avancés - si ce n'est plus - des Han, des Maurya ou des Gupta, ainsi que l'empire Mésopotamien, atteste le fait que les civilisations complexes et créatives peuvent être fragiles et disparaître.
Le projet identifie les facteurs les plus importants corrélés au déclin de civilisation: la population, le climat, l'eau, l'agriculture et l'énergie (voir notre article sur le pic pétrolier).

Ces facteurs peuvent amener à l'effondrement quand ils se combinent à deux traits sociaux:

La tension sur les ressources liée à la pression sur la capacité écologique [et] la polarisation économique de la société en élite d'un côté et masse de l'autre. [Ce phénomène social] a joué un rôle central dans le processus d'effondrement ces derniers cinq mille ans.
Aujourd'hui, l'extrême polarisation sociale est liée au pillage des ressources:


... les surplus accumulés ne sont redistribués dans la société mais sont contrôlés par une élite. La masse de la population qui produit la richesse n'en reçoit qu'une petite partie (...) juste au-dessus du seuil de subsistance.
Mais, selon l'étude, la technologie ne résoudra pas ces problèmes en augmentant l'efficacité de la production.

Les changements technologiques peuvent augmenter l'efficacité de l'utilisation des ressources mais elle augmente aussi la consommation de ressources par personne de telle sorte que, outre les effets politiques, l'augmentation de la consommation compense souvent l'amélioration de l'efficacité de l'utilisation des ressources.
Si l'on suit ces modélisations de civilisations effondrées, l'effondrement de notre propre civilisation semble difficile à éviter. Les civilisations paraissent
... être durables pendant longtemps mais, même avec un taux d'épuisement optimum et en partant d'un nombre très restreint d'élites, les élites finissent par consommer trop, ce qui provoque une famine dans les masses, cause de l'effondrement de la société. Il faut noter que ce type d'effondrement de Type-L est provoqué par une inégalité qui induit une famine qui fait disparaître les travailleurs plutôt que par un effondrement naturel.

Un autre scénario met l'accent sur le rôle de l'exploitation continue des ressources et fait émerger le fait que avec une accélération de l'épuisement des ressources, le déclin des masses se produit plus rapidement alors que les élites prospèrent encore mais elles les suivent dans leur disparition.

Dans les deux scénarios, les élites ne subissent les dégâts de l'effondrement écologique qu'après les masses. Elles continuent le business as usual malgré la catastrophe pendante - ce fut notamment le cas chez les Romains et les Mayas.

Ces scénarios catastrophe ne sont pas inévitables. Des changements politiques structurels peuvent stabiliser la civilisation. Pour les auteurs de l'étude, il faut réduire les inégalités économique pour garantir une distribution plus juste des ressources et il faut réduire massivement la consommation en s'appuyant sur des ressources renouvelables et en contrôlant la croissance de la population.

Le salaire déconnecté de l'emploi, la qualification, la pratique salariale de la valeur que nous défendons ici contre le chantage de l'emploi et du crédit sont des solutions qui s'inscrivent pleinement dans les recommandations de l'étude.

La retraite des retraites

Extrait de la dépêche Belga relayée par La Meuse (ici)

Les pensionnés ont perdu près de 30% de pouvoir d’achat en dix ans, ont déploré jeudi 500 pensionnés et prépensionnés de la FGTB wallonne réunis à Sambreville pour leur assemblée annuelle. Ils souhaitent l’amélioration de notre système de pensions par répartition, basé sur la solidarité.

Nous partageons le constat du syndicat belge et son attachement inconditionnel au premier pilier, le seul qui soit fiable puisque, faute de décalage dans le temps entre les cotisations et les prestations, il n'est pas soumis à la spéculation. 
Moins de pension, c'est moins de salaire. Moins de salaire, c'est une demande anémiée au moment où les intérêts notionnels coûtent 6 milliards par ans, où les cadeaux fiscaux aux plus grosses entreprises coûtent des milliards (voir ici).

Moins de salaire, c'est aussi une misère qui pousse à bosser pour un patron, pour une petite enveloppe, en loucedé ou dans des sous-contrats; moins de salaire, c'est une consommation de produits frelatés, c'est une consommation de produits fabriqués par des esclaves à l'autre bout du monde ... ou ici.

Comme si les personnes âgées n'avaient pas d'importance, comme si les personnes n'avaient pas d'importance. Mais les profits se portent bien, les dividendes explosent dans le PIB, merci et à vot' bon cœur m'sieur-dame.

Petite précision au syndicat: les salaires sociaux que sont les pensions n'ont rien à voir avec de la solidarité. Ils sont la reconnaissance d'une valeur ajoutée produite hors emploi par des gens qui n'ont pas de patron. Une reconnaissance et un modèle économique alternatif - rien à voir avec un bon cœur, fût-il estampillé de gauche. La valeur ajoutée créée par les pensionnés disparaîtrait s'ils disparaissaient, ce sont les pensionnés qui créent cette valeur ajoutée dans un mode de production étranger à l'emploi. Et ils ont toute notre gratitude pour leur formidable apport social.

http://www.lameuse.be/958727/article/actualite/economie/2014-03-13/les-pensionnes-ont-perdu-pres-de-30-de-pouvoir-d-achat-en-10-ans-selon-la-fgtb

Les salaires employés ... pour payer l'emploi


Vous êtes imposés sur votre salaire pour payer les salaires que les propriétaires d'entreprises ne daignent plus payer, pour augmenter leurs marges.
Les contribuables paient les salaires à la place des patrons - ce qui appauvrit les classes moyennes et enrichit les actionnaires. Mais la classe politique veut aller encore plus loin en envoyant les chômeurs au CPAS, à la charité publique: c'est un appauvrissement via l'impôt des classes moyennes pour un profit (à court terme, il disparaîtra via la concurrence) pour les richissimes.

Inutile de dire que cette politique est menée au nom de l'emploi et de la compétitivité (mais elle obère la productivité réelle, la qualification des travailleurs) et qu'elle génère un chômage de masse et des conditions d'emploi dignes du servage - maladies mentales en plus.

Comment se fait-il que les PS ou les CDH qui sont censés défendre les classes moyennes laissent laminer leur base électorale, laissent disparaître leur salaire? Comment se fait-il que le MR, représentant notamment les petits indépendants et les petits propriétaires, laisse les cahiers de commande de son électorat se dégonfler avec les salaires? J'avoue que je m'y perds - les arcanes de la politique m'échappent.

Comment se fait-il que les syndicats et les partis politiques soient complices de cette guerre au salaire qui fait tant de dégâts humains et écologique? Comment se fait-il enfin que cette situation aberrante en Belgique est celle qui prévaut dans le reste de l'Europe aussi?

http://www.lesoir.be/491261/article/economie/2014-03-12/en-belgique-un-emploi-sur-trois-est-subsidie-par-l-etat

Les lunettes masculines des risques du travail

Dans un article de Diagonal (ici, en espagnol), Ana Alvarez explique pourquoi les risques psychosociaux du travail sont sous-estimés pour les femmes.

  • Résumé et traduction

Les études relatives à la santé au travail sont surtout préoccupées par les capacités reproductrices des femmes. La notion de risque du travail est associée à des hommes sur des échafaudages avec des charges lourdes. On voit moins la nettoyeuse et ses gestes répétés qui lèvent l'équivalent de plusieurs tonnes au bout de la journée, on pense moins aux produits chimiques auxquelles elle est confrontée.

Les risques du travail féminin ne sont pas visibles parce que nous suivons une logique du risque exclusivement masculine. Comme nous associons le risque professionnel à l'exercice de métiers masculins, nous imaginons que les maladies professionnelles des femmes n'en sont pas, qu'elles ont une origine non professionnelle.

Pourtant, ce sont les gestes répétés qui vont générer des troubles musculo-squelettiques chez les femmes.

Les limites chimiques sont calculées selon la physiologie des jeunes hommes, elles devraient être moins élevées pour les femmes puisqu'elles fixent davantage les toxiques sur des graisses statistiquement plus abondantes de 15%.

Comme on n'enquête pas sur la question, les femmes sont moins conscientes du problèmes de santé liés à l'exercice de leur profession. Faute de prévention, elles croient être moins exposées et se protègent moins alors que les professions qu'elles exercent les soumettent à de nombreux risques sanitaires, comme leur exposition aux poisons, par exemple.

La double journée - boulot puis tâches domestiques - affecte particulièrement les femmes. Les risques psycho-sociaux qui en découlent sont systématiquement négligés dans les études de risque professionnel.

Des femmes empoisonnées par un insecticide dans un hôtel ont développé de la fibromyalgie et de la fatigue chronique. Si elles n'avaient pas été diagnostiquées, elles se seraient crues folles, jamais elles n'auraient cru à une maladie professionnelle.

 Il est important d'étudier la spécificité des risques psychosociaux du travail féminin pour en adapter la prévention et en améliorer l'indemnisation.

  • L'UQAM

Lien vers un groupe de recherche québécois (ici, en français) sur le sujet.

Une énième proposition de 'réformes' des retraites alarmistes

Un article de La Libre Belgique (ici) se fait le relais d'un think tank de 'jeunes', le 'Groupe du vendredi'. 

Ces 'jeunes' ont tout de même entre 25 et 35 ans (ce qui me vaudrait presque ce qualificatif, j'apprécie). Leur neutralité proclamée ne résiste pas à l'analyse des faits: leur appréhension du problème et leurs propositions ne sont absolument pas neutres.




  • Résumé
Un article de La Libre Belgique se fait le relais d'un think tank de 'jeunes', le 'Groupe du vendredi'. Leur neutralité proclamée ne résiste pas à l'analyse des faits: leur appréhension du problème et leurs propositions ne sont absolument pas neutres.






Tout d'abord, notre attention a été attirée par deux chiffres mis en exergue:
1. celui du montant ANNUEL des pensions légales, assurée par les cotisations sociales, par répartition. Ce montant est un flux de cotisations/prestations repris au PIB. 
2. celui du montant TOTAL de la capitalisation des fonds de pension du deuxième pilier en Belgique. Montant produisant annuellement une rente de 5% en moyenne (variant selon les performances des fonds de pension sur les marchés financiers), soit 3,15 milliards.

L'honnêteté intellectuelle aurait voulu qu'on comparât deux flux et non un flux et un stock – surtout si la valeur du stock en question varie en fonction d'aléas boursiers, inéluctables à l'échelle d'une carrière professionnelle.

La question par ailleurs sous-jacente est de savoir si l'économie doit être fondée en salaires, comme elle l'est avec succès depuis la fin de la dernière guerre, et en partage de la valeur ajoutée ou si elle doit être fondée sur la solidarité financière de fonds spéculatifs.

Voyons maintenant plus en détail les propositions des retraités en herbe.
Nous courons à la catastrophe si nous ne faisons rien. Aujourd'hui, tout va bien ; demain rien n'ira plus sauf à poser des actes de 'réforme' courageuse.
Cette menace est très théorique. La diminution de main-d’œuvre ne signifie pas nécessairement une baisse de la production – si l'on songe à l'agriculture depuis la Libération en raisonnant comme cela, nous devrions mourir de faim aujourd'hui. Pourtant, nous avons toujours à manger.
Les prédictions démographiques sont sujettes à caution. Il faudrait, en tous cas, que l'espérance de vie ne diminue pas, que les apports énergétiques et le système industriel demeurent, eux aussi, inchangés, ce qui est pour ainsi dire inimaginable. Par ailleurs, ces prévisions sont des extrapolations de tendances. En 2050, les baby-boomers seront morts (ce qui diminuera mécaniquement le nombre de papys) et les naissances auront pu reprendre du poil de la bête si les perspectives d'avenir s'améliorent. La question, c'est comment donner le goût à la vie aux gens, comment leur permettre d'avoir envie de fonder des familles, de croire en l'avenir. Comment faire pour cultiver, pour développer la créativité humaine? Il ne s'agit pas de renoncer à l'avance à toute perspective et se dire que, dans trente-cinq ans, tout sera aussi bouché qu'aujourd'hui, il s'agit d'ouvrir les perspectives, pour les 'jeunes' et pour les vieux. Par ailleurs, il faut rappeler que, à la Libération, les personnes âgées étaient moins nombreuses relativement mais les enfants, les bébés, non cotisants étaient, eux, très nombreux et occasionnaient des investissements qu'une société d'après guerre a pu assumer sans problème sur les décombres des villes et des usines bombardées.

Dans la vision du monde de ce groupe du vendredi, la population est un coût. Les vieux, les jeunes, les malades, les vacanciers, les familles sont un coût. Nous signalons que le vieillissement d'une population fait également baisser la proportion de jeunes parmi elle.  
Évidemment, leur vision du monde n'est absolument pas neutre si l'on réfléchit un peu aux faits économiques. Nous ne sommes pas dans une économie sahélienne de subsistance famélique en train de gratter la terre pour trouver de méchantes racines, nous sommes dans une économie de production industrielle de masse. Notre économie parvient à couvrir les besoins de la population. Elle y parvient tellement largement que les entreprises doivent inonder les consommateurs de publicités pour trouver des clients. Depuis 200 ans, notre système économique est confronté exclusivement à des crises de surproduction. Il y a chaque fois eu, à un moment donné, une rupture de la demande par rapport à l'offre.
Les usines produisaient trop par rapport au pouvoir d'achat des salariés. Elles restaient les bras ballants avec leurs invendus, elles licenciaient, ce qui privait de salaire les ouvriers qui cessaient donc d'acheter ce que produisaient les usines. La crise des subprimes n'a rien été d'autre puisqu'il s'est agit d'une bulle boursière autour de la solvabilité d'une partie des salariés US, laquelle a explosé le jour où il a été clair que ... leurs salaires ne leur permettraient pas d'honorer leurs dettes. La crise actuelle est une crise de surproduction.

Nous sommes confrontés à un chômage de masse, pas à une rupture de la main-d’œuvre. De ce fait, si le vieillissement de la population est accompagné d'un droit au salaire pour le troisième âge par les pensions, il soutient durablement la demande et conjure les effets cycliques conjoncturels. Quand il y a de la demande solvable, une entreprise peut produire parce qu'elle a un carnet de commande plein. C'est cette donnée qui permet d'expliquer la stabilité économique de la Belgique dans un contexte de récession générale, pendant que nous cherchions un gouvernement et qu'aucune mesure socio-économique ne pouvait être prise.

Dans l'ensemble de la valeur ajoutée produite par les Belges (PIB), une bonne partie provient de secteurs de l'économie tout à fait déconnectés de l'emploi. Les cotisations sociales sont venues s'ajouter au PIB au moment où on a pris la décision politique de socialiser les salaires. De la même façon, si on supprime ces cotisations, c'est le PIB qui en sera amputé. Les pensions par répartition créent une partie de la valeur ajoutée sans passer par l'emploi. Comme elles sont issue d'une décision politique, elles peuvent aussi bien être étendues (ou supprimées). Comme les cotisations sont instantanément versées aux pensionnés, comme il n'y a pas de décalage dans le temps entre la création de valeur par cotisation et la prestation sociale, il est toujours possible d'adapter la cotisation à de nouveaux besoins de prestation : il suffit de l'augmenter. Cela met la pension par répartition à l'abri de toute spéculation, de toute déconfiture boursière.
Par contre, les pensions par capitalisation – qu'elles soient gérées par des organismes publics ou par des fonds vautours concurrents – sont des pyramides de Ponzi, des produits spéculatifs dangereux. Il y a jusqu'à quarante ans entre l'approvisionnement du fonds et le payement des intérêts ou de la rente. Pendant ces quarante ans, le principal, le capital est censé gonfler mystérieusement sans interruption ni régression. Les intérêts sont censés venir en temps utile couvrir les besoins. Cette fable suppose que l'argent crée de l'argent. Si c'était le cas, il suffirait d'imprimer des billets de banque pour payer les pensions.

  • Illustration et enjeu


Tout d'abord, pour tenter de clarifier, simplifier le propos, voici deux extraits du mémorandum présenté qui apparaissaient en exergue sur la page de la Libre qui le présentait. Avec deux chiffres :

1. celui du montant ANNUEL des pensions du premier pilier. Le premier pilier est la partie de la pension assurée par les cotisations sociales, par les répartitions. Ce montant est le flux de cotisations/prestations sociales pensions - repris au PIB parce qu'il est l'affectation d'une partie de la valeur ajoutée aux pensionnés. 

2. celui du montant TOTAL constituant les fonds de pension du deuxième pilier en Belgique. Montant produisant annuellement une rente de 5% en moyenne (variant selon les performances des fonds de pension sur les marchés financiers), soit 3,15 milliards.

L'honnêteté intellectuelle aurait voulu - au moins - de présenter les soi-disant 2 piliers de pension pour leur réel apport annuel : 35 milliards (1er) vs. 3 milliards (2e).

La question par ailleurs sous jacente est de savoir si l'économie doit être fondée en salaires, comme elle l'est avec succès depuis la fin de la dernière guerre, et en partage de la valeur ajoutée.

Ou si elle doit être fondée sur des fonds spéculatifs dont on espère la solidarité pour le financement de prestations "sociales" par des mécanismes de charité publique ou privée.
Voyons maintenant plus en détail les propositions des retraités en herbe.


  • La vision du monde

Nous courons à la catastrophe si nous ne faisons rien. Aujourd'hui est un bien, demain, ce bien va disparaître sauf à poser des actes de 'réforme'. La 'réforme' est alors la planche de salut, l'acte rédempteur collectif face à une menace. Face à la peur, le rationnel s'efface au profit de l'affectif et les décisions les plus arbitraires peuvent s'imposer.

- Cette menace est très théorique. S'il faut suivre leur logique, nous devrions mourir de faim en Europe: le nombre d'agriculteurs a été divisé par quinze (un agriculteur pour 33 actifs maintenant, un pour deux à la Libération). Pourtant, nous avons toujours à manger. 
Ce groupe, dans son catastrophisme très mainstream, confond la production de biens et de services, la masse salariale et le nombre d'heures ouvrées. Rappelons que, à la Libération, moment où la sécurité sociale fut instaurée en Belgique, le rapport entre actifs et inactifs n'était guère meilleurs que celui que prévoient les statisticiens pour notre avenir: les enfants ne travaillaient guère et étaient nombreux - que l'on songe aux baby-boomers qui vagissaient alors, de manière 'improductive' au sens libéral; les invalides, les blessés de guerre étaient également nombreux et - last but not least - dans leur immense majorité, les femmes ne travaillaient que hors du cadre de l'emploi. L'un dans l'autre, le taux d'activité de la population était inférieur à celui prévu par les démographes. De même, l'Allemagne serait plein marasme économique si seul l'âge de la population importait.

- La productivité permet de produire autant avec moins de personnel - ce qui met la pression, d'ailleurs, sur l'emploi et les salaires
Ceci explique le luddisme ou d'autres mouvements de libération de la machine: les innovations techniques condamnaient les anciens techniciens à la famine parce qu'elles les rendaient inutiles à la production.

- Dans cette vision du monde, la population est un coût. Les vieux, les jeunes, les improductifs sont un coût. Nous signalons que le vieillissement d'une population fait également baisser la proportion de jeunes 'improductifs' parmi elle.
Évidemment, une telle vision du monde n'est absolument pas neutre - elle est même délirante si l'on réfléchit un peu aux faits économiques. Nous ne sommes pas dans une économie sahélienne en train de gratter la terre pour trouver de méchantes racines, nous sommes dans une économie de production de masse. Notre économie parvient à couvrir les besoins de la population. Elle y parvient tellement largement que les entreprises doivent inonder les consommateurs de publicités pour trouver des clients. Les dizaines de crises de notre système de production ont toutes été des crises de surproduction depuis 200 ans. Il y a chaque fois eu, à un moment donné, une rupture de la demande par rapport à l'offre. Les usines produisaient trop par rapport au pouvoir d'achat des salariés. Elles restaient les bras ballants avec leurs invendus, elles licenciaient, ce qui privait de salaire les ouvriers qui cessaient donc d'acheter ce que produisaient les usines. La crise des subprimes n'est rien d'autre puisqu'il s'agit d'une bulle boursière autour de la solvabilité d'une partie des salariés US, laquelle a explosé le jour où il a été clair que ... leurs salaires ne leur permettraient pas d'honorer leurs dettes. La crise actuelle est une crise de surproduction. Nous sommes confrontés à un chômage de masse, pas à une rupture de la main-d’œuvre. De ce fait, si le vieillissement de la population est accompagné d'une solvabilisation du troisième âge par les salaires sociaux, il est une chance de soutenir durablement la demande et de conjurer les effets cycliques conjoncturels: une entreprise produit parce qu'elle a un carnet de commande plein, pas parce qu'elle a de l'argent.
- Les prédictions démographiques sont sujettes à caution. Il faudrait, en tous cas, que l'espérance de vie ne diminue pas, que les apports énergétiques et le système industriel demeurent, eux aussi, inchangés, ce qui est pour ainsi dire inimaginable.
Par ailleurs, ces prévisions sont des extrapolations de tendances. En 2050, les baby-boomers seront morts (ce qui diminuera mécaniquement le nombre de papy) et les naissances auront pu reprendre du poil de la bête si les perspectives d'avenir s'améliorent. La question, c'est comment donner le goût à la vie aux gens, comment leur permettre d'avoir envie de fonder des familles, de croire en l'avenir. Comment faire pour cultiver, pour développer la créativité humaine? Il ne s'agit pas de renoncer à l'avance à toute perspective et se dire que, dans trente-cinq ans, tout sera aussi bouché que aujourd'hui, il s'agit d'ouvrir les perspectives, pour les 'jeunes' (comme moi!) et pour les vieux.
- Pour les 'jeunes', seule la création de valeur ajoutée par l'emploi, dans la convention capitaliste de l'emploi, peut être efficace et créer de la richesse économique. Or, dans notre PIB, dans l'ensemble de la valeur ajoutée produite par les Belges, une bonne partie provient de secteurs de l'économie tout à fait déconnectés de l'emploi. Les cotisations retraites sont venues s'ajouter au PIB au moment de leur création. De la même façon, si on supprime ces cotisations, c'est le PIB qui en sera amputé. Les retraites par répartition créent une partie du PIB, de la valeur ajoutée sans passer par l'emploi. Quand on réduit la valeur ajoutée au seul emploi, ce n'est pas neutre. Cela aboutit, si on pousse la logique jusqu'au bout, à des absurdités genre: sans langage - le langage est acquis hors emploi - comment les soi-disant productifs peuvent produire quoi que ce soit? S'il faut créer davantage de valeur du fait du vieillissement de la population, il est possible de la faire en dehors de l'emploi ou de la propriété lucrative: il suffit d'augmenter les cotisations sociales, ce qui augmentera mécaniquement le PIB d'autant et ce qui permettra à une économie en surproduction de trouver des débouchés.

  • Les propositions
1. Il s'agit de maintenir l'existant (double pilier, mortel à terme pour le premier, celui de la répartition). 
Évidemment, de notre point de vue, toute capitalisation des retraites est intrinsèquement spéculative. Voilà donc des 'jeunes' qui pensent comme les vieux et qui recommandent de ne rien changer. De bon petits, ça, ils iront loin.

2. Rendre transparent: donner à chacun le montant auquel il a droit
C'est une façon subtile de renforcer le principe du 'j'ai cotisé donc j'ai droit' de la retraite assurantielle, de l'inscrire hors du cadre du salaire continué. Ce principe lie la retraite au 'mérite' c'est-à-dire exclusivement à la carrière dans l'emploi. Mais le travail n'est pas l'emploi et le mérite ne se borne pas à vendre sa force de travail. D'autre part, la retraite permet de libérer le travail de l'emploi, justement, sauf si on lie les droits de la retraite à l'emploi. Il faut abaisser l'âge de la retraite et universaliser les droits à la retraite pour favoriser une activité hors emploi le plus tôt possible.

3. Le boys band préconise une harmonisation des retraites
Là, pour le coup, nous sommes d'accord, mais pas comme eux: ils veulent que les fonctionnaires touchent moins de retraite pour qu'ils rejoignent les taux du privé. Nous suggérons évidemment l'exact inverse - mais il est vrai que, pour nous, l'humain en général, le salaire en général et le retraité en particulier ne sont pas des coûts mais des facteurs économiques positifs de première importance (qui produisent de la valeur hors emploi).
Tant qu'à faire, nous suggérons que les indépendants jouissent du même taux de cotisation et des mêmes prestations que les autres salariés - et que ces prestations soient liées à la qualification et non à la carrière consentie par des employeurs. Nous suggérons en tous cas d'augmenter le taux de cotisation en fonction des besoins. Idéalement, il faudrait d'étendre la cotisation à l'entièreté des salaires, ce qui supprimerait les relations d'emploi et permettrait des relations de travail infiniment plus saines et ... plus productives.
 Les mesures 4 (revoir les périodes assimilées) et 5 (la carrière plutôt que l'âge) légitiment et renforcent le concept du 'j'ai cotisé donc j'ai droit' de la retraite assurantielle.
Cette façon de voir limite la légitimité de la valeur économique, de la violence sociale qu'elle condense au seul emploi. Poussons notre logique jusqu'au bout: nous préconisons un salaire continué, lié à la qualification et non à la carrière et, ce, dès la majorité, pour libérer l'activité de l'asservissement à un employeur. Le salarié reçoit de toute façon son salaire et c'est son patron qui doit se battre pour le garder, patron qui paie, lui aussi, de toutes façons, les cotisations sociales.

Dans la même optique, la mesure 6 (responsabiliser les entités fédérées) vise à diviser la sécurité sociale des fonctionnaires 'pour les responsabiliser'.
Dans un contexte où la dette publique créée par le sauvetage des banques et les taux d'intérêt usuraires des années 70-80 expliquent seuls l'austérité obligatoire que nous subissons en Belgique depuis quarante ans, une telle 'responsabilisation' ne manque pas de piquant, surtout pour les entités sous-financées ou pour les entités pauvres.

La mesure 7 (tenir compte de l'espérance de vie) s'inscrit pleinement dans une vision pension=coût. Nous considérons que les salaires socialisés, que les retraites sont un investissement, qu'ils augmentent la productivité, la partie réalisée du capital.
Un retraité va dépenser toute sa retraite alors qu'un gros actionnaire ne va pas dépenser tous ses dividendes. À PIB égal, à valeur ajoutée égale, si la proportion du prix qui part en dividendes baisse au profit de la proportion du prix attribuée aux retraites, la partie du prix qui sera réinjectée dans l'économie productive augmentera, cela soutiendra la demande.

La mesure 8 (ouvrir aux fonctionnaires l'accès au deuxième pilier, les retraites par capitalisation) considère que, quand les retraites sont financées par capitalisation, elles cessent, de manière magique, d'être un coût.
Inutile de dire que, pour un travailleur, le fait de cotiser 300€ par mois pour des retraites ne 'coûte' pas moins cher que d'avoir un salaire ponctionné de 300€ par mois par un fonds de pension (fût-il public). Au passage, par contre, le décalage dans le temps entre la cotisation et la prestation permet toutes les spéculations (et toutes les ruines, tous les crash boursiers version 'cette fois-ci, on ne nous y reprendra plus'), le fonds de pension va ponctionner les prestations de frais divers (mettons 15%, il ne reste que 255€ au salarié, finalement, pour sa pension).  
Implicitement, cette façon de voir prétend que l'argent pris par le propriétaire lucratif, par l'actionnaire ne coûte rien, que c'est un droit naturel, en quelque sorte. En Belgique, le coût moyen de ce 'droit' s'élève à 95% du salaire pour un travailleur moyen (ici) - soit quatre fois plus que le montant des retraites. Nous avons également vu que les retraites en répartition ne coûtaient rien à personne: comme tout le monde paie des cotisations, si on augmente les cotisations, le PIB et la valeur ajoutée augmentent ... et c'est tout.
S'il y a davantage de retraités, il suffit d'augmenter le taux de cotisation. Si la proportion d'inactifs double par rapport au taux d'actif (thèse que nous avons contestée tant les tendances actuelles risquent de ne pas durer): la réalisation des retraites doublera, passant de 27 à 54 milliards (13% du PIB) - très loin des 120 milliards (30% du PIB) que coûtent le capital.
La mesure 9 (verser le second pilier en mensualités) entend solidariser le Belge des fantaisies spéculatives (ou de la corruption) de ses élus.
Cela s'appelle socialiser le risque, une vieille technique des propriétaires lucratifs, des actionnaires pour lesquels, décidément, ce rapport ne prend aucun risque.

La mesure 10 (limiter les déductions fiscales liées à l'épargne-pension) a toute notre faveur. Même si, une fois de plus, cette mesure laisse les retraités à la merci des institutions: si les pouvoirs publics augmentent leur taux d'imposition alors que les retraites par capitalisation sont mensualisées et qu'elles sont ouvertes aux aléas du marché, les retraités peuvent tout perdre.
Nous suggérons au contraire une taxe à 100% sur toute pension capitalisée, sur toute propriété lucrative - simplement pour libérer le travail du joug de l'emploi servile, soumis à la nécessité de créer de la valeur ajoutée pour l'actionnaire. Cette mesure taxatoire serait soumise à l'attribution d'une retraite suffisante pour tous.

Derrière le sujet prétendument 'jeune' et 'neutre' se dessine une vision du monde ultra-libérale qui entend faire perdurer un système d'exploitation, celui de l'emploi, celui du travail soumis aux intérêts vénaux des actionnaires.

Ce groupe de 'jeune' entend utiliser la peur, l'irrationnel pour nous pousser à prendre des décisions contraires aux intérêts des producteurs. Il ne s'agit pas de quémander des miettes du capital une fois vieux, il s'agit de se libérer du rapport du capital à la valeur et, partant, de l'esclavage du travail dans lequel on ne décide pas ce qu'on produit, pour quoi on le produit ou comment on le produit. L'enjeu des retraites, c'est de s'affranchir de la définition de la valeur capitaliste, pas de la légitimer en en étant dépendant.

Quant à ce rapport de 'jeunes neutres' nous ne voyons qu'un rapport de plus, sur commande, des élites réformatrices dans leur guerre au salaire. Dont acte.

Vote Ponce Pilate contre le salaire



Sans prendre parti dans les élections à venir, ce vote est l'occasion pour nous d'appeler nos lecteurs à interpeller leurs élus pour défendre le salaire - quand sa suppression est prétendument 'technique'.

Le vote incriminé est celui qui donne les coudées franches au gouvernement pour réformer l'assurance chômage (c'est normalement le parlement qui a ce pouvoir) et appliquer le détestable article 63§2 qui envoie des chômeurs salariés, des travailleurs hors emploi qui réalisent la valeur de leurs allocations de chômage (voir ici), dans le détestable filet de la charité publique.

Cette mesure va bien sûr coûter au contribuable qui finance les CPAS, c'est-à-dire essentiellement aux classes moyennes, aux travailleurs (sous emploi ou non) qui ne peuvent frauder ou éluder l'impôt.

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20140226_00440208