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Éloge du conflit

La guerre contre le salaire en cours prend deux visages:
1 celui de la négation directe du salaire - qu'il soit individualisé pour l'employé ou qu'il demeure social pour les prestataires de la sécurité sociale ou pour les vacanciers
2 celui de la négation de la pratique salariale comme droit politique, comme reconnaissance juridique d'une citoyenneté dans l'économique
Cette guerre fait rage en Europe, aux États-Unis et dans une partie de l'Amérique latine. Elle marque le pas en Europe centrale, en Chine ou dans une partie de l'Amérique latine.
Ce qui se joue en France dépasse - et de loin - les enjeux hexagonaux. C'est l'ensemble de la façade occidentale du continent qui peut, sur une résistance efficace, sur une force de proposition, sur une vision du monde alternative basculer et changer de dynamique.

Nous pouvons non seulement revendiquer et imaginer une pratique salariale de la valeur, une pratique de la citoyenneté économique et du salaire comme droit mais aussi inventer ladite pratique.

Nous pouvons nous passer d'employeur et d'investisseur car l'économie, c'est nous. Eux ne sont rien que des êtres de papier gardés par la peur.

Nous pouvons nous passer de la médiocrité comptable d'un quelconque Michel, Renzi, Rajoy, Schröder, Blair ou Macron parce que la société, c'est nous. Eux ne sont rien que des êtres de papier gardés par la peur.

Nous pouvons nous reconnaître comme êtres de droit économiques et politiques parce que ce qui est à la base de la reconnaissance du droit, c'est nous.

De plus en plus d'emploi

Puisque l'on bavasse à tort et à travers sur les chômeurs dans le plat pays, nous relayons les statistiques officielles gouvernementales sur l'évolution du taux d'emploi de la population en âge de travailler.


Le tableau considère les gens "en emploi". Il faut (probablement) comprendre les gens "en emploi, avec un travail d'indépendant et les fonctionnaires".


On constate que, entre 1983 et 2012, la population en emploi en Belgique chez les 15-64 ans (en comptant les ados, donc) est passée de 52,6% à 61,7% en 2012.

Alors que la population en emploi passait de moins de quatre millions à moins de cinq millions en moins de vingt ans, la population officiellement au chômage (là aussi, les appellations et les critères sont discutables) stagnait.

Ceci nous amène à conclure:

- que l'augmentation du taux d'emploi ne résout aucune crise et qu'elle n'est pas corrélée avec une augmentation du bien être général
- que les chômeurs stigmatisés comme responsables du chômage n'augmentent pas en nombre (le tableau est antérieur aux mesures anti-chômeurs des deux derniers gouvernements, Di Rupo - De Wever&Michel, mesures qui ont organisé le harcèlement et l'exclusion administrative des chômeurs)
- qu'un chômage stable dans le temps plaide pour des causes structurelles (donc que ce sont les organisateurs de l'activité et les acteurs importants d'icelle qui sont à incriminer et non les personnes au chômage)
- qu'on peut à la fois augmenter le taux d'emploi (au sens large) et maintenir un taux de chômage
- que le chômage est demeuré à un niveau (relativement) élevé alors que le PIB belge était multiplié par trois (de 120 milliards à 400 milliards, à peu près)
- que la croissance en terme de PIB ne constitue en rien un facteur de diminution du chômage
- que le chômage n'empêche en rien une augmentation du PIB
Tout ceci nous amène à penser que le million d'employés (au sens large, donc, fonctionnaires et indépendants inclus) supplémentaire en trente ans a dû faire des concessions salariales majeures face à la pression, à la menace du chômage.

C'est-à-dire que le chômage a rapporté des fortunes aux propriétaires lucratifs et aux employeurs (au sens large, il peut s'agir de clients qui ont recours à des sous traitants).

Le chômage ne s'oppose donc pas à l'emploi (au sens large), il en est une condition, il en est la face cachée.

Le couple emploi-chômage permet de faire exploser le PIB alors que les salaires stagnent et que la qualité du travail dans le cadre de l'emploi au sens large, l'intérêt de ce travail sont susceptibles de diminuer.

Et si nos politiques commençaient à parler de choses sérieuses plutôt que de nous assommer avec un électoralisme nauséeux? Et si on demandait à des chômeurs, à des chômeuses de parler du chômage? Et si on demandait aux victimes de l'emploi (au sens large) de parler de l'emploi?

Et si nos solutions étaient des problèmes, et si nos problèmes étaient des solutions?

Source:
http://statbel.fgov.be/…/Stagnation_du_marche_de_l_emploi.j…

L'emploi viole les droits humains (Ellerman)

Le site “still laughing at anarcho-capitalism” (https://www.facebook.com/SLANCAP/?h...) partage un texte dont nous avons voulu vous faire profiter. En théorie en tout cas, les droits de l’homme et de la femme s’appliquent dans le champ politique où les représentants doivent chercher l’accord de leurs administrés mais, dans le champ économique, les décideurs et les payeurs ne sont pas les mêmes, ce qui constitue une violation manifeste des droits de l’homme et de la femme.
“L’abolition de la relation d’emploi est une conclusion radicale qui trouvera de fortes résistances sur tous les fronts. Après l’abolition de l’esclavage et la concession de la démocratie politique, les sociétés libérales se targuent d’avoir finalement obtenu le droit aux droits humains. Alors qu’il y a une forte résistance intellectuelle à l’idée qu’il pourrait y avoir des violations des droits humains inhérentes à un système d’économie libérale fondé sur la location volontaire d’êtres humains. Il y a aussi une résistance à reconnaître l’histoire cachée des arguments contractualistes en faveur de l’esclavage et de l’autocratie - et même à reconnaître les contre-arguments liés aux droits inaliénables contre ces contrats. 
Il ne faut pas beaucoup d’effort intellectuel pour comprendre ces arguments. Prenez par exemple l’approche du contrat d’emploi comme le pactum subjectonis (pacte de sujet) sur le lieu de travail. La clé de l’histoire intellectuelle était de comprendre la distinction entre deux types différents de contrats sociaux - une distinction qui a commencé à émerger dans le travail médiéval de Marcel de Padoue et de Bartole de Saxoferrato. D’un côté, il y avait le contrat social dans lequel quelqu’un aliénait et déléguait ses droits à l’auto-détermination d’un souverain. Le souverain n’était pas un délégué, un représentant ou un homme de paille pour le peuple. Le souverain régnait en son nom propre; les gens étaient des sujets. D’un autre côté, il y avait le contrat social comme une constitution démocratique forgée pour assurer les droits inaliénables plutôt que pour les aliéner. Ceux qui manient l’autorité politique sur les citoyens le font en tant délégués, représentants ou hommes de paille; ils gouvernent au nom du peuple.
Maintenant, une fois que l’on comprend cette distinction fondamentale entre les contrats sociaux d’aliénation et de délégation, que nous faut-il comme autre information pour l’appliquer au contrat d’emploi? Est-ce qu’il y a un politologue contemporain qui pense que l’employeur est le délégué, le représentant ou l’homme de paille des employés? Qui pense que l’employeur gère les choses au nom des employés? Cependant, peu de politologues ont souligné ce point évident. 
“Le manager dans l’industrie n’est pas comme le Ministre en politique: il n’est pas choisi par les travailleurs de l’entreprise ou responsable devant eux mais choisi par les partenaires et les directeurs d’une autorité autocratique. Au lieu d’avoir un manager Ministre ou serviteur, d’avoir des gens qui sont les maîtres en dernière instance, on a des gens qui sont les serviteurs et le manager et le pouvoir extérieur derrière lui qui sont les maîtres. Donc, alors que notre organisation gouvernementale est démocratique en théorie, et par l’élévation du niveau d’éducation le devient de plus en plus en pratique, notre organisation industrielle est construite sur une base différente”. 
Et il y a vraiment peu de penseurs de la loi qui ont remarqué l’évidence. 
“L’analogie entre l’État et les entreprises a été agréable aux législateurs américains. Les actionnaires constituaient l’électorat, les directeurs le gouvernement, impulsant des politiques générale et en confiant l’exécution à des officiers ... La soi-disant démocratie des actionnaires est mal conçue parce que les actionnaires ne sont pas ceux qui sont gouvernés par la corporation, ceux dont il faut obtenir l’approbation.” 
Peut-être que la distinction public-privé aide à faire la différence? Est-ce que qui que ce soit pense que les personnes qui jouissent d’une capacité de facto inaliénable à prendre des décisions dans la sphère publique puissent se transformer soudain en instrument de débat dans la sphère privée? 
Comme les réponses sont si manifestement évidentes, la réponse habituelle est apparemment de ne pas y penser. Les penseurs “responsables” ne nagent pas dans ces eaux-là. Non seulement, il y a des plafonds de verre mais des murs de verre qui déterminent les corridors de pensée acceptables. Les penseurs responsables sont équipés de radars mystérieux qui leur permettent de beugler dans les corridors de verre de la pensée orthodoxe sans s’approcher jamais des murs - tout en se voyant comme des penseurs libres, impertinents - même comme sociologues - explorant l’inconnu. Cet instinct en radar, consubstantiel à l’ambiance de nos sociétés, constamment et pour ainsi dire inconsciemment les tient éloignés des murs de verre - loin de toute spéculation irresponsable (à part, peut-être, dans la fougue de la jeunesse avant que l’ambiance de la société n’ait fait son travail) et les maintient dans les allées de la recherche sûre, saine, judicieuse et sérieuse. 
Les penseurs responsables peuvent retomber sur le cadre du consentement ou de la coercition. La démocratie est le gouvernement par le consentement des gouvernés, et les employés donnent leur consentement au contrat d’emploi, donc où est le problème? Hier, il y avait en effet des violations des droits de l’homme par des institutions fondées sur la coercition mais aujourd’hui, nous vivons heureux dans une société libérale où toutes les institutions sont fondées sur le consentement. Oui, même aujourd’hui où il y a certainement des cas de travailleurs exploités, sous payés et même peut-être forcés par leurs employeurs, et ces abus doivent être corrigés. Mais la reconnaissance de tels abus butte en touche quant à la reconnaissance de violation de droit inhérente dans le contrat libre et volontaire de location ou, plutôt, d’embauche d’êtres humains. Telle est la Conscience Heureuse des penseurs progressistes responsables.”

Original:
"The abolition of the employment relation is a radical conclusion that will be strongly resisted on every front. After the abolition of slavery and the acceptance of political democracy, liberal societies prided themselves on having finally gotten human rights right. Hence there is strong intellectual resistance to giving any sustained thought to the idea that there might be an inherent rights violation in a liberal economic system based on the voluntary renting of human beings. There is also resistance to recovering the hidden history of contractarian arguments for slavery and autocracy—and even to recovering the inalienable rights counter-arguments against those contracts. 
Very little sustained thought is necessary to understand the arguments. Take, for example, the approach to the employment contract as the workplace pactum subjectionis. The key to the intellectual history was to understand the distinction between two opposite types of social contract—a distinction that started to emerge in the late medieval work of Marsilius of Padua and Bartolus of Saxoferrato. On the one side was the social contract wherein a people would alienate and transfer their rights of self-determination to a sovereign. The sovereign was not a delegate, representative, or trustee for the people. The sovereign ruled in the sovereign’s own name; the people were subjects. One the other side was the idea of a social contract as a democratic constitution erected to secure the inalienable rights rather than to alienate them. Those who wield political authority over the citizens do so as their delegates, representatives, or trustees; they govern in the name of the people. 
Now once one understands this fundamental distinction between the alienation and the delegation social contracts, what additional information is needed to make the application to the employment contract? Does any contemporary political scientist think that the employer is the delegate, representative, or trustee of the employees? Who thinks that the employer manages in the name of the employees? Yet few political theorists have pointed out the obvious. 
``The manager in industry is not like the Minister in politics: he is not chosen by or responsible to the workers in the industry, but chosen by and responsible to partners and directors or some other autocratic authority. Instead of the manager being the Minister or servant and the men the ultimate masters, the men are the servants and the manager and the external power behind him the master. Thus, while our governmental organisation is democratic in theory, and by the extension of education is continually becoming more so in practice, our industrial organisation is built upon a different basis.'' 
And very few legal thinkers have also noted the obvious. 
``The analogy between state and corporation has been congenial to American lawmakers, legislative and judicial. The shareholders were the electorate, the directors the legislature, enacting general policies and committing them to the officers for execution. . . . Shareholder democracy, so-called, is misconceived because the shareholders are not the governed of the corporation whose consent must be sought.'' 
Perhaps the public-private distinction somehow makes a difference? Does anyone think that the persons who have a de facto inalienable capacity for decision making in the public sphere suddenly morph into talking instruments in the private sphere? 
Since the answers are so blindingly obvious, the usual response is apparently to not think about it. “Responsible” thinkers just don’t go there. There are not only glass ceilings but glass walls that define the accepted corridors of thought. Responsible thinkers are equipped with uncanny radar so they can roar down the glass corridors of orthodox thought without ever getting close to the walls—all the while seeing themselves as brash free thinkers—even as social scientists— exploring the vast unknown. This radar-like instinct, inbred by the ambient society, constantly and almost unconsciously warns them away from the glass walls— away from irresponsible speculations (except perhaps in the pink of youth before ambient society has done its work) and down the avenues of safe, sane, sound, and serious research. 
Responsible thinkers can fall back on the consent or coercion framework. Democracy is government by the consent of the governed, and the employees give their consent to the employment contract, so where is the problem? Yesterday there indeed were inherent human rights violations by institutions based on coercion, but today we happily live in a liberal society where all the institutions are founded on consent. Yes, even today there probably are cases where workers are overworked, underpaid, and even perhaps coerced by their employers, and these abuses need to be corrected. But such acknowledged abuses do not amount to any inherent rights violation in the free and voluntary contract for the renting or, rather, the hiring of human beings. Such is the Happy Consciousness of today’s responsible liberal thinkers."

-David P. Ellerman

Le psittacisme

Le psittacisme est la maladie du perroquet. Soit il s'agit du fait de répéter la pensée d'autrui (éventuellement sans la comprendre)
et, dans le cas de la servilité employiste, on pense aussi bien à la répétition obsessionnelle du gloubi-boulga des propriétaires lucratifs servie par les laquais médiatiques ou politiques
soit il s'agit du fameux copier-coller bien connu de nos têtes blondes contemporaines à l’œuvre dès l'époque où la toile n'évoquait qu'un ménage mal tenu ou une arachnophobie
et, là encore, comment ne pas évoquer les études patronales reprises telles quelles dans les médias ou, pire encore, les articles de lois directement repris des lobbies employistes au parlement européen ou aux parlements nationaux
soit enfin le trouble du langage consistant à répéter des phrases sans les comprendre
et, de nouveau, cela nous renvoie à nos propres discours d'employés dominés et écrasés par la logique de l'emploi qui ânonnent, qui braient les discours des propriétaires lucratifs qui justifient leur position de pouvoir, qui asseyent leur hégémonie et ... notre position de larbin.
Ces troubles se croisent fréquemment chez les employés bien rémunérés, les cadres, par exemple, - qui peuvent avoir tendance, à tort, à s'identifier aux intérêts de leurs employeurs, pourtant peu soucieux de leur burn-out - mais se rencontre aussi chez les déqualifiés par l'emploi voire chez les chômeurs.

En toute circonstance, il faut conserver du respect et de l'écoute pour les gens atteints de psittacisme - et ne pas oublier qu'il y a des racisés qui justifient le racisme, des femmes qui justifient le machisme et des producteurs qui justifient le capitalisme.


Ça ne fait pas de ces gens des monstres. Ça en fait des gens comme les autres, ni meilleurs, ni pires. Mais les croyances au principe du psittacisme sont à la fois difficiles à faire évoluer - elles ressortissent à la religion et les croyants les ont chevillées au corps - et faciles à faire effondrer. Il "suffit", pour cela, d'avoir une autre pratique de la valeur et les oripeaux capitalistes, la stylisation plus ou moins élaborée de la domination brute s'effondre en un instant.

Lien au marxisme

Je suis allé voir la maison Karl Marx à Trèves. Cette charmante demeure a été transformée en musée. Curieusement, le musée tente de faire le lien entre le philosophe du dix-neuvième siècle et un parti devenu résolument bourgeois (et employiste), le SPD.

Mais, indépendamment de cette curieuse orientation, j'y ai vu un schéma intéressant que je reproduis ci-dessus.


en français, cela donnerait ceci:

sur le même modèle, nous avons réfléchi à l'emploi (Lohnarbeit):


L'emploi contre le travail

On me rappelle que nous avons énormément de travail à faire en tant que société. Sans prétendre à l'exhaustivité, nous devons

- convertir l'agriculture chimique en agriculture biologique
- isoler les bâtiments
- développer, entretenir et faire tourner des transports en commun fiables, réguliers, confortables; ces transports doivent desservir le territoire de manière fine
- construire des hôpitaux, les équiper
- pratiquer une médecine humaine, une médecine à l'écoute des patients, une médecine patiente qui favorise la santé public et non l'industrie pharmaceutique
- préparer la transition énergétique en anticipant la raréfaction du pétrole d'une part et, d'autre part, le réchauffement climatique
- soigner les personnes âgées, les malades, partager du temps avec elle
- ouvrir les enfants à la science, à l'apprentissage, à l'esprit critique
- inventer un projet commun
- rénover les infrastructures publiques
- éduquer à l'art
- développer nos pratiques de l'art sous toutes leurs formes


mais à cause de l'emploi ('jobs, jobs, jobs'), nous renonçons à mettre en oeuvre ces choses importantes, urgentes, nous sacrifions nos loisirs et notre vie de famille pour consacrer notre énergie, notre temps, notre jeunesse, notre maturité et demain notre vieillesse à des choses sans intérêt, à l'enrichissement d'actionnaires et au remboursement d'investisseurs.

Le 'bore-out"

Cet article est disponible en PDF ici 

L'emploi, c'est l'épuisement faute de temps de repos, d'espace pour la vie personnelle. C'est aussi la surqualification, la débilitation du travailleur par des tâches inintéressantes.

La nécessité de faire du profit pour des actionnaires amène aussi à mettre les employés dans des placards plus ou moins cossus, plus ou moins absurdes.
L'emploi s'oppose directement au travail comme humanisation du monde, comme défi, comme manière de devenir, comme rencontre, comme créativité (mais les actionnaires touchent leurs dividendes, donc).

Un blogueur, un inspecteur du travail, explique ce qu'est le syndrome du 'bore out', de l'ennui profond ici, sur le "Blog d'un inspecteur du travail".

Extraits

Il s’agit du bore-out, autrement dit, de l’ennui au travail.
Ce terme provient du verbe anglais « to bore » (s’ennuyer); il désigne l’abattement dont souffriraient, à ce jour, 32% de salariés européens, notamment dans le secteur tertiaire et la fonction publique.
Une « maladie » qui pourrait faire sourire dans un pays où plus de 10% de la population active est au chômage. Et pourtant…

Cette pathologie, conceptualisée en 2007 par Peter Werder et Philippe Rothlin au sein de leur ouvrage « Diagnosis Boreout », serait, elle aussi, – et comme le burn-out – vectrice de fatigue, d’anxiété, de troubles du sommeil, de perte d’estime de soi et de dépression.
« Il s’agit d’un manque de tâches captivantes et exigeantes, sur le plan qualitatif et/ou quantitatif au travers desquelles l’identification au travail et à l’entreprise se perd.
Le travail quotidien devient alors un «long moment » difficile à supporter et frustrant ».
Peter Werder souligne que « Quelqu’un ayant un syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui veut travailler mais ne peut pas, et donc souffre. »
BE2
Les symptômes qui caractérisent ce syndrome sont : l’ennui, l’absence de défi, l’insuffisance de sollicitations professionnelles ainsi que le désintérêt.
Le travail n’a alors plus de sens.
Les auteurs indiquent que, si vous répondez de manière affirmative à au moins 4 questions parmi celles-ci, vous souffrez certainement de bore-out où êtes en phase d’y succomber :
  • Au travail, passez-vous du temps à des occupations personnelles ?
  • Etes-vous sous-investi ou vous ennuyez-vous ?
  • Vous arrive-t-il de faire semblant de travailler alors que vous n’avez rien à faire ?
  • Etes-vous fatigué le soir alors que votre journée n’a pas été stressante ?
  • Etes-vous malheureux dans votre travail ?
  • Trouvez-vous que votre travail n’a pas de sens ?
  • Pourriez-vous finir votre travail plus vite que vous ne le faites ?
  • Avez-vous peu ou pas d’intérêt pour votre travail ?

Le bore-out n’a rien à voir avec la paresse mais prive le salarié de la reconnaissance dont il a besoin afin de s’épanouir dans son activité.
L’empêchement à utiliser son intelligence créatrice est une source réelle de souffrance au travail.
Au-delà de la perte de l’estime de soi, il peut déboucher sur une crise identitaire.
La différence entre le burn-out et le bore-out est un sentiment de honte.

(...)

Les raisons au sein du quotidien de travail 
Certains contextes de travail peuvent favoriser l’apparition du bore-out :
L’absence de travail
Les commandes sont en forte diminution au sein de l’entreprise et le rythme de travail ralentit.
Le salarié ne vient plus sur son lieu de travail que pour compter les heures qui le séparent de celle à laquelle il pourra rentrer chez lui.
Des tâches ennuyeuses ou lassantes
Certains métiers tels que vigile ou hôte d’accueil sont parfois difficiles à assumer compte-tenu des journées peu rythmées et des tâches répétitives à accomplir.
Au sein d’autres professions, les travaux nobles sont accaparés par quelques-uns alors que les tâches fastidieuses et sans signification sont laissées aux autres.
La surqualification
Un salarié qui occupe une fonction qui ne correspond pas à ses compétences termine ses dossiers en peu de temps et n’est pas assez stimulé.
Il se lasse alors d’un travail répétitif sans aucun challenge à relever.
L’isolement, la mise au placard, le manque de reconnaissance
Ce sont toutes les situations où un salarié se sent inutile.
L’isolement survient lorsque les contacts avec la hiérarchie ou les collègues disparaissent.
La mise au placard concerne souvent un cadre en fin de carrière à qui l’on fait comprendre qu’il serait bien qu’il quitte la société en ne lui confiant plus aucune mission.
Ce type de situation peut être assimilé à une forme de harcèlement par le vide.

La religion de l'emploi

Bernard Friot réfléchit sur la laïcité par rapport à la religion du marché de l'emploi et du crédit.

On n'a pas besoin de marché de l'emploi pour travailler,
on n'a pas besoin de banquier pour investir,
on n'a pas besoin d'employeur pour créer de la valeur économique
on n'a pas besoin de réduire le temps de travail pour augmenter la productivité.

Nous pouvons produire sans employeur, sans banquier, sans actionnaire qui nous pique notre temps et la valeur ajoutée que nous produisons, nous pouvons produire sans que le temps soit l'unité de mesure de la valeur.
Celles et ceux qui pensent que nous sommes condamnés à avoir un employeur, un banquier qui nous pique l'argent que nous devons lui rembourser (avec intérêt) et que la mesure du temps de travail fonde la valeur économique ne sont pas dans l'économie, ils sont dans la religion, dans la croyance.
Cette croyance obscurantiste transforme le travail en torture, l'humain en coût, la nature en poubelle, le plaisir en culpabilité, l'actionnaire en décisionnaire, etc.

Comme toute religion, cette croyance peut être remise en cause, peut disparaître. L'enjeu de cette mise en cause de cette religion, c'est la nature de notre temps, c'est le fait que l'humain soit considéré comme un coût, c'est le rapport à la production et au travail, c'est la liberté et la nature de la propriété.
Au nom de quoi le propriétaire lucrative décide si nous produisons, ce que nous produisons, comment nous produisons? Certainement pas au nom de l'efficacité ou de la supériorité morale de ce mode d'organisation du travail!




Conférence de Bernard Friot donnée à la Bourse du Travail à Grasse, le 27 février 2015. Partie 1/2 (partie 2 à venir).

L'emploi appauvrit

Mais oui: plus on travaille en emploi, plus on est pauvres et moins on travaille en emploi plus on a de salaire.
Ce n'est pas de l'emploi qu'il faut (ou alors vraiment le moins possible) mais du salaire.
N'hésitez pas à faire suivre aux syndicats qui braient: "de l'emploi, de l'emploi".

Les Grecs travaillent le plus d'heures en Europe. Heures de travail moyennes par semaine dans des pays de l'Union Européenne en 2013.

Quel employé es-tu? (test)

On a le souci du bien commun sur la plateforme. C'est pourquoi, nous proposons à nos courageux lecteurs un test pour déterminer leur rapport à l'emploi - maladie du siècle s'il en est.

Bien sûr, nous sommes tous plus ou moins amenés à faire des concessions, à devoir accepter un emploi de temps en temps pour payer nos factures ou pour ne pas se retrouver à la rue mais l'enjeu du test est de déterminer ce que l'emploi signifie pour nous.

Vous êtes prếts?

  • C'est parti.

1. Un chômeur, c'est
(a) quelqu'un qui doit retrouver absolument un emploi

(b) quelqu'un en parcours formation-emploi

(c) quelqu'un qui peut être utile dans votre entreprise

(d) un producteur salarié libéré d'employeur, malheureusement souvent harcelé par des administrations économiquement obtuses

2. Vous voyez une annonce pour un emploi. Il s'agit d'un stage à temps plein. Il n'est pas payé mais, selon l'annonce, offre la perspective d'un emploi en CDI à terme dans une entreprise d'envergure internationale.

(a) Les chômeurs doivent sauter sur cette offre. C'est une opportunité. Les candidats risquent de se battre pour cette offre formidable .

(b) Je peux travailler beaucoup, je suis engagé dans mon secteur d'activité. La perspective d'un CDI à terme m'intéresse beaucoup au vu du prestige de l'employeur.

(c) Quelle bonne idée, cette annonce. Je devrais en parler au DRH.

(d) Est-ce qu'on doit aussi porter un uniforme rayé?

3. Le gouvernement veut durcir les conditions d'indemnisation des chômeurs.

(a) C'est tout de même logique: il faut mériter son salaire, il faut faire des efforts et prouver qu'on a bien le droit aux allocations (je résume).

(b) Ce n'est pas grave, avec mon CV et mes expériences professionnelles, avec mes nombreux stages en entreprises (gratuits) et mes formations langue, je devrais rapidement trouver un poste.

(c) Logique après toutes les exemptions de cotisations sociales. C'est peut-être le moment de remplacer les employés les plus âgés par des collègues plus jeunes et moins remuants.

(d) Idiot, antiéconomique, réactionnaire. Dommage pour ce gouvernement que la connerie humaine ne soit pas rémunérée, ils seraient loin devant Bill Gates. Mais pourquoi les syndicats ne réagissent pas par une grève générale?

4. Nabila gagne des millions en disant: allô, non, mais quoi et dépose un brevet de propriété intellectuelle.
(a) L'argent reconnaît le mérite, la valeur. Nabila a créé de la valeur par son mérite. C'est normal qu'elle veuille défendre ses intérêts.

(b) Je ne regarde pas les autres avec jalousie. Moi, j'essaie de m'en sortir. Après tout, ce qu'on me demande au travail n'est pas toujours reluisant ni pertinent mais il faut bien gagner sa croûte et obéir.

(c) Peut-être, une campagne marketing avec elle ... J'ai quand même peur qu'elle ne passe rapidement de mode mais je crois qu'il y a moyen de lui faire faire à peu près n'importe quoi.

(d) Qui ça?

5. Un jeune apprenti maçon meurt de manière sur un chantier. Çà et là, on incrimine la négligence des entrepreneurs, le sous-financement des inspecteurs, le manque de formation du personnel et la corruption des intermédiaires
(a) C'est une erreur humaine terrible. C'est la faute à pas de chance. Quand on pense qu'on a marché sur la lune ... Mais qu'est-ce qu'on pourrait bien faire pour éviter ça?

(b) Heureusement, ce n'est pas dans mon secteur. 

(c) Quelle bande de crétins. Quand on pense qu'on peut avoir de faux indépendants roumains pour 10 € de l'heure! Un management à la petite cuiller comme ça, ça devrait être interdit.

(d) Les actionnaires sont des criminels psychopathes qui n'ont même pas le cran d'assumer les conséquences de leurs actes.

6. La politique d'austérité du gouvernement a creusé le déficit public.
(a) Il faut plus d'austérité. Il faut reculer l'âge de la retraite, baisser les salaires, diminuer les indemnisations chômage, les pensions invalidité et réduire les vacances pour rester compétitifs. Au bout d'une trentaine d'années à ce régime, quand on sera ramenés au niveau de l'Érythrée, on sera compétitifs et on aura un emploi.

(b) C'est une passe pas facile. S'il faut faire des sacrifices, s'il faut renoncer à des droits sociaux ou à du salaire pour surmonter le cap, j'y suis prêt.

(c) C'est l'État obèse, les impôts et les cotisations qui creusent les déficits. Il faut diminuer les recettes de l'État et nous n'aurons plus de déficit [comprenne qui pourra, moi, je renonce].

(d) Le problème, c'est la solution. Comme l'austérité - la guerre aux salaires et aux salariés - réduit l'économie et que c'est le problème, il n'y a qu'à investir massivement dans les salaires. Tant qu'à faire, autant investir dans des salaires sans patrons, socialiser les outils de production et démocratiser l'économie - pour rester dans le pragmatisme centriste.

7. C'est bientôt Noël.

(a) Je donne tous les ans à une organisation caritative pour orphelins bègues parce que, eux, ils n'y peuvent rien.

(b) Est-ce que j'ai bien acheté tous mes cadeaux?

(c) Bon, en gros ils ont tous encore un peu de congés à prendre. Je vais faire l'inventaire cette semaine.

(d) Encore ce matraquage publicitaire! S'ils veulent vraiment qu'on consomme, ils suffit de nous filer des salaires décents (inconditionnels et individuels).

8. J'ai mal garé ma voiture. J'en avais pour cinq minutes mais ça n'a pas manqué: j'ai droit à une contravention, à une prune.

(a) C'est tout de même incroyable, ces fonctionnaires qu'on paie à rien foutre avec nos impôts!

(b) C'est un métier utile, ça, aubergine. C'est vrai que ma voiture empêchait les gens de passer. C'est un peu difficile, cette amende, vu que j'ai déjà une hypothèque et deux crédits sur le dos mais je vais y arriver.

(c) Bon, un coup de fil à Georges Lemaire, il ne peut rien me refuser après ce qu'il me doit et ce sera réglé. Mais pourquoi est-ce que ces policiers font du zèle?

(d) Bon, d'accord, j'étais mal garé. Nom de nom. Je râle mais c'est juste - après tout j'ai abusé. 

9. Le gouvernement décide de ne pas remplacer les fonctionnaires qui partent à la retraite.

(a) C'est bien. Il faut que les gens travaillent pour gagner un salaire. Travailler, c'est se faire embaucher par un patron qui fait des bénéfices, des profits pour des actionnaires.

(b) Je travaille dans le secteur privé/ je cherche de l'emploi dans le secteur privé. Cette mesure ne me concerne pas.

(c) Des impôts en moins pour moins de fonctionnaires... c'est bien, mais qui va soigner mes ouvriers, réparer mes routes ou former mes employés?

(d) Je propose d'envoyer le gouvernement à la retraite et de faire gérer la fonction publique par les intéressés: les fonctionnaires. On va se retrouver en Érythrée avec leur politique à la noix. Il y a trente ans, le tiers-monde faisait l'objet de pitié, aujourd'hui, c'est un idéal économique.

10. Les syndicats appellent à la grève pour protester contre les baisses de salaires et (on peut rêver) le harcèlement des chômeurs.

(a) Toujours prêts à faire grève ceux-là! Heureusement, il y en a qui bossent.

(b) Je peux en profiter pour déposer des CV dans les boîtes d'intérim. Ça m'étonnerait qu'ils débraient.

(c) Grève! Quoi, ils veulent encore conquérir des droits, nous extorquer des avantages. Pourvu que le gouvernement mate vite ça, je ne pourrais pas tenir mes comptes longtemps.

(d) Il faut s'organiser pour tenir, organiser des réseaux de solidarité, parler de notre cause, partout dans le monde, avec nos camarades. Si on tient - mais ce sera dur de tenir entre le gouvernement en arme et les syndicats jaunes vifs - on peut obtenir des trucs inouïs. Et si on en profitait pour se débarrasser de l'emploi?
  • Résultats
Vous avez une majorité de 

(a): vous êtes employiste. 
Pour vous, ce n'est pas que tout travail mérite salaire; c'est que tout salaire mérite travail et, pour vous, un travail, c'est un employé qui est embauché par un patron qui va enrichir un propriétaire lucratif. Les artistes, les retraités, les syndicalistes, les chômeurs, les parents? des fainéants. Vous rêvez d'une société où tous les inutiles, les malades, les vieux n'auraient pas le droit de cité. Qu'on leur donne une aumône, un revenu de base à 400 € comme le recommandait Maris mais qu'ils ne viennent pas emmerder ceux qui bossent. Parce que, bien sûr, pour vous, ceux qui ne travaillent pas un patron ne travaillent pas vraiment. Oh, ils font des choses utiles mais ils ne travaillent pas vraiment. En Belgique (en France), il y a pour vous à peu près 2 millions et demi (15 millions) d'habitants. Les autres sont inutiles.

Vos modèles économiques: l'Érythrée et l'Ukraine. 
Vos modèles politiques: l'Union Européenne - vous aimez beaucoup Sarkozy et De Wever.

Méfiez-vous tout de même du surmenage et de la solitude, cela pourrait vous être fatal.

(b): vous êtes employable. 
Vous êtes l'employé idéal, celui qui pense à ses intérêts, certes, mais d'abord à ceux de son employeurs. Vous n'allez pas rouspéter, faire grève ou vous révolter. Vous essayez en toute circonstance de tirer votre épingle du jeu. Votre indifférence au sort de vos semblables fait de vous l'employé du mois.

Vos modèles économiques: les États-Unis et la Chine (ce qui prouve votre esprit d'ouverture, tant qu'il y a des affaires à faire).
Vos modèles politiques: vous ne faites pas de politique.

Méfiez-vous tout de même du retournement de conjoncture. Il ne sera pas nécessairement possible d'émigrer - sauf si vous être très riche mais, si vous êtes très riche, vous n'êtes pas l'employé idéal.
(c): vous êtes employeur.
Vous ne voyez pas le problème à donner du travail à ceux qui vous enrichissent même si vous aimez qu'on vous remercie pour cela. Pour vous, ils sont des coûts à réduire, ces employés. Mais ce sont des coûts que vous êtes éventuellement prêts à payer. Pour pouvoir continuer ce petit jeu.

Certains d'entre vous sont complètement sous la coupe d'actionnaires. D'autres préfèrent l'entreprise à papa, celle qui fait des usines et des boudins. Certains sont passionnés par leur activité, d'autres emploient des gens pour y penser à leur place. 

Vos modèles économiques: certains voient la sécurité sociale, les salaires d'un bon œil à condition que la concurrence doivent les payer également; d'autres voient tous ces trucs comme des coûts qui grèvent la compétitivité. Les premiers n'ont rien contre la Scandinavie, les seconds sont plus proches de l'Érythrée. Vous êtes partagés.

Méfiez-vous de l'appât du gain: le jour où vous vous en lasserez, le jour où vous voudrez être aimé pour vous-même et non plus craint pour votre argent, il sera peut-être trop tard.

(d): vous êtes des irrécupérables.
C'est certainement le plus beau compliment qu'on peut faire à quelqu'un dans une société malade. Être inadaptés à une société malsaine est un signe de santé mentale.

Vous voyez les contradictions des modèles économiques traditionnels (ou alternatifs, d'ailleurs), vous pensez que les crabes, les pingouins, les tortues et les phasmes s'en sortent très bien, qu'ils mangent, se nourrissent, se logent, se chauffent et font société sans employeurs. Vous ne voyez pas très bien pourquoi les humains n'en seraient pas capables.
Surtout, vous ne comprenez pas sur quoi repose la légitimité de celui qui emploie, qui prend de la richesse du travail d'autrui. Pour vous le salaire est aussi légitime que l'emploi est nuisible. Alors que le salaire à la personne ouvre l'économie à la démocratie, l'emploi nuit à l'environnement, à la santé mentale et physique des êtres humains. Vous ne comprenez pas au nom de quoi, parce qu'un être humain a des avoirs, il doit être obéi d'autres êtres humains alors qu'il n'a ni compétence, ni projet, ni expertise à faire valoir.

Vos modèles économiques: vous trouvez que l'économie est organisée de façon inefficace et que cela obère les ressources à long terme. Certains d'entre vous rêvent d'une société sans argent (mais sans chef); d'autres préfèrent une société salariale sans emploi, sans propriétaire lucratif, sans employeur. On peut citer pour les premiers les Nations indiennes et pour les seconds la sécurité sociale après guerre qui était entièrement gérée par les seuls salariés.

Méfiez-vous d'un excès d'idéalisme. Il vaut parfois mieux ne pas avoir raison contre la terre entière, c'est que, la solitude, ça pèse. N'hésitez pas à jeter des passerelles, des ponts, à vous amuser dans des activités extra-employiques. Tout le monde a tout à y gagner. Quant à l'intendance, comme on dit, elle suivra.

Merci patron

Les syndicats réclament de l'emploi, le leader empapillonné de l'opposition ambitionne de promouvoir l'emploi, les partis dits d'extrême gauche veulent taxer capital et capitaliste pour ... faire de l'emploi.

Comme je ne suis pas du genre à ne pas partager mon ignorance, je vous fais part de mes petites réflexions sur le sujet.

Si on veut de l'emploi, si on lutte pour de l'emploi, si on exige de l'emploi, si on ambitionne de l'emploi, le jour où on l'obtient, on dit merci.

On dit merci patron. Merci de nous donner de l'emploi
- c'est curieux, certains employistes voient pourtant bien que le patron embauche parce qu'il gagne de l'argent ce faisant, d'autres, poussant l'analyse encore plus loin voient que l'emploi capitaliste est un vol de valeur ajoutée

- pourtant, en dépit de toutes ces considérations qui devraient obérer la notion même d'emploi, les employistes de gauche réclament et ambitionnent l'emploi.
Mais, puisque l'emploi est l'objet d'une quête, le jour où est embauché, on oublie la lutte des classes, les revendications salariales, les luttes syndicales pour l'amélioration des conditions de travail: on est tellement content d'avoir un emploi: c'est d'ailleurs ce que nous disent les patrons, ne te plains pas, il y en a dix qui attendent; de quoi tu te plains, tu as un emploi, etc.

Donc, si réclamer un emploi, ambitionner un emploi est parfaitement légitime à un niveau individuel (pour ne pas crever de faim, pour faire court), assimiler cette démarche à une revendication politique soumet l'employé à l'employeur, tue les revendications sociales et syndicales, ce qui est profondément ... réactionnaire.

Et anti-économique mais, ça, c'est une autre histoire dont j'ai déjà parlé en long en large et en travers dans ce blogue.

Que la droite conservatrice formule le politique en des termes réactionnaires, c'est légitime et opportun. La pensée conservatrice doit avoir voix au chapitre dans une société démocratique, elle doit être représentée et doit être une option pour les électeurs, pour les producteurs.

Par contre, si la gauche politique, si la gauche syndicale veulent occuper le champ politique de la gauche, il est nécessaire qu'elles cessent de formuler leur horizon politique en termes réactionnaires, faute de quoi, les électeurs et les syndicalistes de gauche demeureront orphelins de toute représentation politique.

Pour formuler la demande d'emploi en termes de gauche, en termes progressistes, c'est simple. Ce qu'on veut, derrière l'emploi, c'est la dignité du salaire du producteur et la maîtrise des outils de production, la socialisation des outils de production.

Les actionnaires ont détourné 25 milliards

Ce ne sont pas les patrons qui ont "économisé" cet argent. Ce sont les actionnaires, les propriétaires qui l'ont retiré de l'économie productive en l'amassant sur des comptes virtuels aux Caïmans ou au Luxembourg.

Les profits profitent aux profiteurs.

L'argent n'a pas été économisé, il a été perdu. Il a été perdu comme moyen de stimuler l'activité pour s'équiper d'écoles, d'universités, de crèches, de transports en commun, pour produire de manière plus écologique ou encore (par exemple) pour assurer la transition énergétique. Il a contribué à jeter dans la misère les producteurs qui auraient pu porter l'ensemble de ces ambitions.
Cet argent a surtout été perdu pour l'ensemble de l'économie comme prestations sociales, comme salaires hors emploi, comme possibilité de formes de vie sans employeur.

La ponction de 25 milliards (en France) représente plus de 1% du PIB. Comme cette ponction se reproduit chaque année et qu'elle prive de l'économie une masse monétaire perdue dans des coffres de propriétaires lucratifs insatiables, on peut parler de saignée.

Mais sous la houlette des Macrons, les employeurs et leurs actionnaires vont encore proliférer au nom de ... l'emploi et au détriment de l'économie, des salaires hors emploi.

Voir l'article de Challenge

Extrait
Les exonérations de cotisations de sécurité sociale ont représenté 27,6 milliards d'euros en 2012 (-2,2% par rapport à 2011), dont 25,6 milliards de cotisations patronales, selon les chiffres publiés vendredi 6 décembre par l'Acoss, la caisse nationale des Urssaf.
Ces exonérations, qui représentent 8,9% du total des cotisations dues aux Urssaf, sont notamment destinées à baisser le coût du travail pour les employeurs. L'Etat compense ce manque à gagner pour la sécurité sociale à hauteur de 90%.
En 2012, le montant global des exonérations est de nouveau en diminution (-2,2%), après une baisse de 5,7% l'année précédente.
Les allègements généraux sur les bas et moyens salaires (inférieurs à 1,6 Smic), mis en place à partir de 1993, représentent 80% de l'ensemble des exonérations. Ils sont en baisse en 2012 (-2,3%), sous l'effet notamment de la modification de la législation relative aux heures supplémentaires.

5% de la masse salariale dans le privé

Dans le secteur privé, les exonérations de cotisations représentent 5% de la masse salariale.
Parallèlement, les Urssaf ont encaissé l'année dernière un total de 316,5 milliards d'euros, un chiffre en hausse de 4% par rapport à 2011.
Cette progression fait suite à une augmentation exceptionnelle de 14,3% en 2011, liée notamment au transfert aux Urssaf du recouvrement des contributions d'assurance chômage et de la cotisation au régime de garantie des salaires.

Quelle paix sans justice?

On nous envoie ceci, un commentaire critique aux très employistes interventions de la CSC, du syndicat chrétiens belge.

Notre modèle économique n'est pas fait que d'activités dans l'emploi. Notre modèle socio-économique confère aux pensionnés, aux invalides, aux malades, aux chômeurs (avec ou sans complément d'entreprise), à tous les prestataires sociaux ainsi qu'aux fonctionnaires, une activité qui n'est ni réductible ni conditionnée à l'emploi. Cette activité produit des dizaines de milliards de notre PIB : les prestations sociales.

L'emploi est aujourd'hui devenu, par les prétentions des partenaires sociaux et du gouvernement à en faire un passage obligé de toute activité économique, un instrument de destruction sociale.

Une simple demande de ma part : que les représentants des travailleurs salariés, de tous les travailleurs salariés (qu'ils soient affiliés ou non, qu'ils soient employés, ouvriers ou prestataires sociaux - pensionnés, invalides, malades, chômeurs avec ou sans complément d'entreprise), représentent TOUS les travailleurs salariés et

1. ne se contente pas de représenter les salariés dans l'emploi

2. ne se substituent pas à l'UCM, à l'UNIZO ou au Boerenbond pour représenter et défendre les travailleurs indépendants - même si ces derniers, tout comme les entrepreneurs, méritent notre respect.

La concertation sociale doit redevenir un dia-logue social (salarié / employeur) où les intérêts des uns et des autres sont clairement représentés. Elle doit cesser d'être cette communion dans l'emploi qui est un peu la Pax Romana ou la paix de cimetière dont tu parles.

Ce texte réagit à un texte du représentant de la CSC:


QUELLE PAIX, SANS JUSTICE ?
Notre gouvernement et les représentants patronaux appellent chaque jour à la paix sociale. Mais de quelle paix parlent-ils ?
On connaît la paix des cimetières : là où toute vie a été écrasée, plus aucun bruit, plus aucun mouvement n’est à craindre - ni à espérer.
On connaît aussi la Pax Romana : la paix par la terreur, la division, le découragement – celle que les armées de l’empire romain imposaient aux peuples conquis.
Mais la paix véritable est très différente. Elle est beaucoup plus que l’absence de combats. Dans cette paix véritable, si les gens arrêtent de se battre, ce n’est pas parce qu’ils sont écrasés ; ce n’est parce qu’ils sont découragés et divisés : c’est parce qu’ils peuvent vivre dans un monde suffisamment juste. Il en va de même pour la paix sociale.
Le projet d’accord interprofessionnel négocié ce 30 janvier est évidemment insatisfaisant. Si la CSC a pourtant décidé de soumettre ce projet à ses instances (décision ce mardi 10), c’est pour deux raisons. Primo le gouvernement se tenait derrière la porte, menaçant d’imposer une norme de 0%. Secundo, le texte n’impose pas d’accepter le saut d’index.
Car une chose est sûre : un maximum à négocier (à 0,5% ou à 0,8%...) avec un saut d’index, ce serait une perte énorme pour tout le monde. Certains gagneraient un peu et perdraient le triple ou le quadruple, d’autres – les secteurs les plus faibles, les pensionnés, les inactifs ne feraient que perdre. Pour rappel, une personne de 30 ans perdra, sur sa carrière, environ 30000 € si le saut d’index est appliqué.
Et ce saut d’index (absurde économiquement dans une Europe en déflation où l’urgence est d’augmenter les salaires) n’est pas la seule chose injuste et inacceptable du programme De Wever-Michel : la pension à 67 ans, la quasi suppression des prépensions et du crédit-temps, les coupes dans la santé, les pertes pour les travailleuses à temps partiels et les chômeurs âgés, l’exclusion des chômeurs, la justice fiscale, etc.
C’est pourquoi, pour la CNE, que le pré-accord soit accepté ou pas, il n’y aura pas de paix sociale véritable tant que ce gouvernement maintient ses projets de destruction sociale.
Le but des représentants patronaux, en négociant ce pré-accord, était de diviser les syndicats et de briser le mouvement exceptionnellement puissant que les travailleurs et de nombreux groupes à leur côté ont montré en décembre. A l’heure où j’écris, il n’est pas certain que cet objectif de division soit atteint. On peut comprendre les arguments de la FGTB, qui souligne les défauts évidents de ce texte (une marge salariale faible, pas de suppression de saut d’index). On peut évidemment choisir plutôt le raisonnement de la CSC, qui met en avant les acquis du texte : fin du chantage patronal sur la liaison au bien-être, une marge plus grande que zéro, et pas de confirmation du saut d’index.
Mais quoi qu’il arrive de ce pré-accord (la CNE en décidera ce lundi 9), l’essentiel sera de conserver – et, au besoin, de reconstruire – un front commun syndical et social pour se battre contre un gouvernement au service de l’argent et qui détruit notre modèle social.
C’est ce que la CNE a fait en 2014, c’est ce qu’elle fera en 2015, que je vous souhaite pleine de santé, de bonheur, de solidarité et de combativité. Et remplie d’une paix véritable, qui sera basée sur la justice, et non sur la peur, la division ou la résignation.

Érouasiophobie (crainte du travail en emploi)

Sur le blogue Motherboard, Ashwin Rodrigues décrit un mal curieux, une maladie du siècle, la phobie de l'emploi - ce que nous avons désigné par le néologisme "érouasiophobie".

Extrait et traduction de l'article disponible ici en anglais
Pour les gens qui ont une phobie légitime du travail, cela peut être difficile à faire admettre aux gens que ce dont ils souffrent peut être diagnostiqué cliniquement. Les phobies des lieux de travail sont cependant réelles et elles sont reconnues par la science. 

Selon un article de Psychology, Health and Medicine de 2009, la phobie des lieux de travail est définie comme "une réaction d'anxiété phobique avec des symptômes de panic qui survient quand on pense au lieu de travail ou qu'on s'en approche". 

Certains sondages informels et des discussions avec des amis m'ont amené à penser que près de 100% des gens que je connais souffre de ce mal. Cependant, s'exclamer simplement "oh, m... " quand on part au travail ne constitue pas une "réaction phobique d'anxiété."

Ceux qui souffrent d'érouasiophobie peuvent faire l'expérience d'une série de symptômes qui sont déclenchés par une série de stimuli. Un article du Journal of Anxiety Disorders évoque six types distincts d'anxiété de l'emploi.

"Les désordres de panic liés à l'emploi"
Si je pense à aller au travail, je vais avoir une p... de crise cardiaque.

"Phobie situationnelle du lieu de travail" [N.D.T. on dirait du Debord!]
Si mon manager me fait donner une conférence à un groupe élargi, je vais avoir une p... de crise cardiaque.

"Phobie sociale universelle liée à l'emploi"
Beaucoup d'aspects de mon travail font que je me sens comme si j'étais en train d'avoir une p... de crise cardiaque.

"Phobie sociale spécifique liée à l'emploi"
Certains aspects de mon travail font que je me sens comme si j'étais en train d'avoir une p... de crise cardiaque.

"Désordre de l'anxiété généralisée lié à l'emploi"
Je me sens comme si je faisais une p... de crise cardiaque au boulot et je ne sais pas pourquoi.
"Désordre de stress post-traumatique lié à l'emploi"
Depuis le jour où j'ai eu une p... de crise cardiaque réelle au boulot, je stresse. Ce stress ou cette anxiété se manifestent souvent par un état semblable à celui dans lequel je serais si j'avais une p... de crise cardiaque.

Je me suis aventuré sur le forum d'anxiété sociale, le meilleur site pour discuter de ce qui a à voir avec l'anxiété et la panic. Un homme de 24 ans de Finlande a noté que son érousiaphobie l'affaiblissait.

"J'envisage de démissionner. Tout le monde au travail me dit que je suis un imbécile, écrit-il. Je fais des erreurs en permanence à cause de mes problèmes d'anxiété. L'esprit est si occupé par des sentiments d'anxiété qu'il devient difficile de se concentrer sur quoi que ce soit d'autre."

Ce n'était pas le seul dans cette galère. Un usager de 35 ans écrit qu'il l'a fait (démissionner) à 20 ans et n'a pu trouver d'autre travail que quatre ans plus tard. Il proposait des conseils simples et utiles: "N'essayez pas de quitter l'homme." 

Comme pour beaucoup de phobies, il existe tout une série de traitements pour les malades. Selon un intervenant, le traitement le plus efficace est "l'habituation lente" qui provoque la désensibilisation. Cependant, comme le lieu d'emploi ne peut être recréé artificiellement ... l'individu doit entreprendre son traitement dans l'arène publique. 

Ce que cela signifie, c'est "Retournez au travail et, finalement, vous irez mieux". (...)

Le traitement à la racine est une combinaison de thérapie (comportementale cognitive ou autre) et, peut-être aussi, de médicaments anxiolytiques prescrits avec précaution. Comme avec tout ce qui n'est pas évident, vous pouvez vous demander pourquoi vous préoccuper de cela. Eh bien, vous souffrez peut-être d'érouasiophobie. Si vous êtes fragmentaire, vous pouvez vouloir étudier les symptômes communs pour pouvoir les imiter lorsque vous défendez votre cause pour travailler à la maison sept jours sur sept, vingt-quatre heures par jour. 
(...)

En tout cas, il faut savoir que certaines personnes ne haïssent pas leur travail: elles en ont peur.