Mother Jones et le jour des mineurs (de charbon)

Le treize octobre, c'est le jour des mineurs de charbon aux États-Unis. L'occasion de se souvenir de cette grande figure qu'est Mother Jones l'ange des mineurs. Le douze octobre 1898 marque la grève des mineurs contre les barons-voleurs du charbon en Illinois. À la fin du jour, sept mineurs n'étaient plus mais les barons étaient arrêtés.

La marche des Mineurs, 1897. Les mineurs de l'Illinois ont perfectionné la méthode de la grève du piétinement où les mineurs marchaient de ville en ville, au détriment de la mine, et appelaient leurs frères à laisser tomber leurs outils et à quitter la mine.


Malheureusement, comme le rappelle cet article, les mineurs ont, aujourd'hui encore, maille à partir avec des propriétaires criminels.

Florilège:

Aujourd'hui, les barons-voleurs renouent avec les pratiques d'antant. Le groupe International Coal Group - responsable de la tragédie de Sago (en anglais) - s'est rendu coupable de 20.000 empoisonnements d'eau potable.

Dans l'Ohio, des boues de Murray Energy continuent de se déverser et de tuer toute vie marine.

Peabody, après avoir chassé des milliers d'Indiens en Arizona, pille la Mongolie.

Il faut savoir que le charbon demeure une des sources d'électricité les plus prisée aux États-Unis (comme en Chine, d'ailleurs).


Un sidérurgiste liégeois se suicide et laisse une lettre à Mittal

In memoriam d'Alain
En soutien à sa famille, à ses deux enfants, à ses proches, à ses amis, de toutes celles et ceux qui l'aiment.



Nous apprenons avec effarement le suicide d'un 'futur-ex' métallo en pays liégeois dans cet article. Il attribue son suicide à Mittal - le propriétaire lucratif de l'usine sidérurgique dans laquelle Alain travaillait - qui lui a pris son outil, sa qualification et sa fierté de producteur.

Alain écrit notamment dans sa lettre:

 « 
Combien de familles Mittal va-t-il encore détruire ? Moi je n’en peux plus de ce milliardaire. Vous savez, je me bats depuis 31 ans pour avoir un petit quelque chose et voilà, je vais perdre mon emploi et combien de familles vont le perdre, monsieur Mittal ?
Cher gouvernement, allez vous enfin sauver les milliers d’emplois des familles qui en valent la peine ?
Ma petite femme et ma fille, je veux que vous sachiez que je vous aime mais monsieur Mittal m’a tout repris : la fierté, la politesse et le courage de me battre pour ma famille.
Et que la presse soit au courant de mon acte. J’ai fait des panneaux, je voudrais qu’ils soient à l’église, que tout le monde voie pourquoi j’ai mis fin à mes jours.
 »
 Sans prétendre parler au nom du mort, nous appelons à valoriser ce savoir-faire ouvrier à Liège, à valoriser ce formidable potentiel humain. Nous appelons à explorer d'autres pistes que l'emploi pour ce faire car nous croyons que le chômage et l'emploi sont deux faces d'une même pièce, deux côtés d'un même chantage odieux.

Nous partageons en tous cas avec tous les sidérurgistes liégeois ou lorrains ou d'ailleurs ce besoin de voir leurs capacités, leurs formes de vie reconnues. Nous appelons à la fin du chantage du chômage.

Nous exprimons toutes notre sympathie aux victimes de la ladrerie des propriétaires, nous les soutenons dans leur lutte et appelons ces futurs chômeurs à se joindre aux chômeurs actuels. Nous appelons à une grève de chômeurs, nous appelons à une grève de producteur pour révéler le rapport de force qui est le nôtre:

Sans notre travail, ils ne sont rien, mais, sans leur argent, nos qualités, nos richesses humaines, nos qualifications demeurent.

Nous aspirons à un mode de production qui reconnaisse la qualification des producteurs, qui les libère du joug du propriétaire, nous appelons au travail joyeux, complice, compétent, au travail social, à la magie du faire ensemble, nous appelons à l'expropriation des propriétaires lucratifs. Nous appelons à la démocratie dans l'entreprise.

Le patron demande de l'emploi, le chômeur offre de l'emploi

Mais oui, les termes 'offre d'emploi' et 'demande d'emploi' sont des abus de langage. En fait, c'est le travailleur qui propose, qui offre un emploi alors que l'employeur le demande.



La preuve? C'est très simple. En vertu de la loi libérale de l'offre et de la demande, plus un produit est abondant, moins il est cher et, proportionnellement à la demande, plus il est rare, plus il est cher. Nous constatons que, quand le chômage est élevé, le prix de l'emploi baisse, c'est-à-dire que l'emploi est abondant alors que, quand le chômage est bas et les besoins des entreprises élevés, le prix de l'emploi augmente - ce qui atteste sa rareté. Donc, ce sont les chômeurs qui offrent la marchandise nommée 'emploi' et les employeurs qui demandent la marchandise nommée 'emploi' puisque le prix de cette marchandise augmente quand les chômeurs sont rares et diminue quand ils sont nombreux.

Pourquoi ce renversement dans les termes, alors? Simplement, en faisant croire au travailleur qu'il demande un emploi alors que c'est lui qui l'offre, on lui fait également croire à ...

- La toute-puissance de l'employeur.
- Un rapport de force dans lequel il est demandeur alors que ce sont les propriétaires qui le sont.
- Une activité professionnelle dans laquelle il attend patiemment, passivement, des 'opportunités'.
- La valeur, la chance pour l'employé d'être soumis à l'emploi.




Répétons-le aucun de ces mythes urbains aussi bien partagés par les syndicats que par le monde patronal ou politique n'a la moindre once de vérité: si c'était le cas, tout ce beau monde se réjouirait des grèves.

En fait, chaque être humain est usager de son temps. Il en a l'usage et la liberté. Les croyants verront la chose comme un don de Dieu, les athées la verront comme une liberté liée à la condition humaine. De toutes façons, ils seront d'accord pour reconnaître à cette liberté dans le temps un caractère sacré, intouchable, inaliénable.

Le producteur détenteur de cette liberté personnelle doit la vendre sous la pression de l'aiguillon de la nécessité. S'il ne la vend pas, il se condamne, lui et les siens, à un déclassement, à une marginalisation sociale voire à la misère. Cet aiguillon aliène donc la liberté humaine liée au temps (elle est criminelle du point de vue athée et sacrilège, simoniaque du point de vue des croyants).



La marchandise-emploi est donc vendue, 'offerte', par le producteur sur le marché de l'emploi, comme un marchand de fraises propose ses marchandises sur le marché. S'il y a des amateurs, les fraises s'arrachent et les prix s'envolent, s'il n'y a personne pour acheter, le vendeur baisse ses prix jusqu'à la misère. Il en va de la même façon pour le travail organisé par la convention capitaliste de l'emploi.

Le hic, c'est que le demandeur d'emploi, le patron n'est pas poussé par l'aiguillon de la nécessité alors que le vendeur d'emploi, le producteur, est lui tenu de payer ses factures et de nourrir sa progéniture. L'aiguillon induit donc des rapports de force parfaitement déséquilibrés, malsains, contre-productifs. Il faut donc le proscrire.



Pour éviter l'aliénation du temps humain, il nous faut songer non pas à vendre le temps mais à sanctuariser le statut du producteur, ce qui, en outre, rééquilibrerait la balance.

Le vendeur d'emploi (le producteur) ne devrait plus aliéner son temps mais pourrait épanouir son activité dans la liberté intégrale de son temps. Il deviendrait plus libre, ne serait plus soumis au chantage anxiogène de l'aiguillon et ne serait plus contraint à la simonie (pour les croyants) ou à l'indignité (pour les athées). Le demandeur d'emploi (le patron) ne disposerait plus du droit de vie et de mort sociale sur ses employés. De sorte que, de manière assez libérale au fond, le temps de travail se trouverait hors du champ du marché mais la demande et l'offre d'activité pourraient alors s'adapter aux besoins ... du marché.

Exclusions massive de chômeurs - article 63§2


Riposte nous rappelle utilement l'exclusion prochaine de 35.000 chômeurs belges du salaire social. Les plus chanceux seront poussés vers la charité publique de l'impôt (CPAS), les moins chanceux crèveront de misère. 

Tous rechercheront un emploi désespérément, ce qui fera pression à la baisse sur les salaires et les conditions d'emploi; tous seront harcelés, poursuivis, contrôlés, soupçonnés. Nous répétons avec Riposte, Abrogation de cette horreur!
JOUR J - 451 !

Les travailleurs malades assignés à résidence par le patronat belge

Les employeurs applaudissent cet approfondissement du servage employique parce que ce sont eux qui - par l'emploi et le monologue social qu'on a développé autour de lui - contrôlent le travail, nos activités et nos vies. 



Sortons de l'emploi et les employeurs riront moins. Mais cela demande des organisations syndicales et des organisations politiques qui sont capables de retrouver le sens du salaire, le sens de la cotisation sociale (superbrut moins net) comme salaire collectif, partagé - et non redistribué par l'impôt ou la "parafiscalité", concept bien pourri s'il en est.
 

Pas sûr qu'on trouve encore des organisations de ce type en Belgique, ou alors, elles sont vachement discrètes sur ces questions. Terrorisées par la spéculation sur l'emploi ?

Le Vif - Les travailleurs malades assignés à résidence

Foxconn emploie des étudiants ... sans salaire

Mais oui, l'entreprise qui fabrique tous nos bidules dernier cri genre téléphones multifonctions, l'entreprise qui emploie des milliers de personnes dans des hangars à étages, l'entreprise qui prend soin d'équiper les logements de ses ouvriers de dispositifs antisuicides, est débordée par les commandes (européo-américaines) de ces bidules pour les fêtes à venir.



Faute de grive ... l'entreprise a donc fait appel à des étudiants, contraints, bénévoles pour assurer la production face à ce coup de feu.

Cette logique de l'emploi jusqu'au-boutiste sape ses propres fondements. En empêchant la formation d'une classe intellectuelle du fait de sa logique à court terme, le capitalisme local sabote la création de valeur à long terme puisque des producteurs qualifiés produisent théoriquement davantage de valeur ajoutée.

Il se dégage surtout une vision de l'humain assez désagréable de ces pratiques esclavagistes. Nous servons à honorer des commandes de clients au détriment de nos potentiels, de nos besoins. La logique du service au client peut aller jusqu'à l'esclavage alors que la seule chose dont peut se prévaloir le client, c'est d'avoir de l'argent. N'est-ce pas là, au fond, la nature même du système monétaire?

Par ailleurs, sur le même sujet, le Grand Soir reprend le rapport de l'ONG China Labor Watch. On y apprend des choses intéressantes sur les conditions de travail des employés du sous-traitant de la marque à la pomme.



Nous vous avons fait un petit florilège:
- Journées de 11h30, semaine de 69h debout (Foxconn et Appel aiment l'emploi)
- Heures sup' peu ou pas payées (Foxconn et Appel n'aiment pas le salaire)
- Travail plus rapide que les normes sous la pression de la marque à la pomme (Foxconn et Appel n'aiment pas la belle ouvrage ni l'ergonomie)
- Insuffisance des équipements de protection et de la formation du personnel - deux heures de formation en tout et pour tout (Foxconn et Appel n'aiment pas la sécurité ni la formation).

Joyeuses fêtes

Cinq leçons tactiques des travailleurs domestiques US

Un sympathique journal militant états-uniens, Popular Resistance, nous résume les leçons à tirer du mouvement victorieux des travailleurs domestiques dans ce pays. Si la chose peut paraître lointaine, exotique ou symbolique, sa portée est réelle dans le monde atlantique-nord où les reculades salariales sont la règle depuis quarante ans. Précisons que, s'il n'est guère de parole d'évangile en la matière, toute inspiration, toute piste de réflexion est bonne à prendre. Courage à toutes et à tous.



Résumé et traduction:

Les travailleurs domestiques ont obtenu l'extension du 'Fair Labor Standard Act' à leur secteur qui en était exclu. Cette victoire considérable étend leurs droits en terme de droits du travail et de protection sociale. Voyons ce qui peut inspirer dans leur action.

1. Leur syndicat, le NDWA a d'abord organisé des actions au niveau local.

2. Le NDWA a fait faire ses propres enquêtes par les travailleurs, les travailleuses de base. Ce sont eux qui ont organisé, récolté l'information. Ce mouvement n'a pas réagi à des mesures extérieures mais a impulsé son propre rythme.

3. Le syndicat a toujours mis les travailleuses, les travailleurs en avant en parlant d'histoires incarnées, vécues, réelles.

4. Élargissement  des alliances en dehors du cadre habituel, avec les nettoyeuses, par exemple, ou entre les générations, de sorte que les oppositions traditionnelles sautent et que tous s'unissent pour des intérêts communs.

5. Une victoire appelle une autre victoire. En menant de front des actions locales, étatiques ou nationales, le syndicat a engrangé de petites victoires qui se sont épaulées finalement.