Hommage à ceux qui ne peuvent pas, qui ne veulent pas

Fuir l'emploi, résister au conformisme social est un acte de courage. Nous saluons les fuyards, les résistants, nous saluons ces ombres absentes des médias si prompts à nous faire aimer nos 'bons maîtres'.

Esclaves échappés (voir un article sur Queen Nanny)
Malcolm X parlait des 'nègres des champs' et des 'nègres de maison' dans les plantations esclavagistes états-uniennes. Les 'nègres des champs' étaient les plus mal traités, ils travaillaient le plus. Les 'nègres de maison' avaient droit à un bien meilleur traitement, ils étaient cajolés, faisaient pour ainsi dire partie de la (très blanche) famille et prenaient fait et cause pour leurs maîtres. Ils payaient leur confort très relatif de leur complicité, de leur silence, de leur participation au martyr de leurs frères, de leurs soeurs.

Puis, il y avait ceux qui fuyaient, qui prenaient le risque de la liberté, le risque d'un périple vers un Nord hasardeux. Ils préféraient mettre leur vie en jeu que de courber l'échine ou de collaborer.

Il me semble que les personnages dont il est question dans les films ci-dessous ont quelque chose de commun avec ces esclaves échappés.

En lien, deux films de Pierre Carles:

"Attention, danger travail"

Wikipédia:
"Attention danger travail est un film documentaire de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe qui se propose de donner la parole à certains RMIstes qui, notamment, tiennent une posture pour le moins non conventionnelle lors de leurs entretiens à l'ANPE en affirmant refuser de chercher un travail. Il est sorti au cinéma en France le 8 octobre 2003.

Ce film développe les points de vue exprimés par les gens qui refusent « des boulots de merde payés des miettes », points de vue éminemment minoritaires dans les médias puisque contrant le discours dominant sur la valeur travail, relayé par les conseillers pour l'emploi. Le film montre par exemple comment un employé est instruit lors de son premier jour du travail chez Domino's Pizza ; puis le spectateur voit les travailleurs de Michelin et les écoute lire le livre de leur PDG relatant son rapport à ses employés. On peut voir dans le même temps une assemblée du MEDEF et ses membres exprimer leur positions sur l'emploi en France et, par contraste, des chômeurs expliquer pourquoi ils refusent de travailler."

Volem rien foutre al Pais

et l'intro (je cite):
"Dans cette guerre économique, qu'on nous avait promise il y a bien des années et qui avance comme un rouleau compresseur, existe-t-il encore un sursaut d'imagination pour résister ?
Mis en demeure de choisir entre les miettes du salariat précaire et la maigre aumône que dispense encore le système, certains désertent la société de consommation pour se réapproprier leur vie. « Ni exploitation, ni assistanat ! » clament-ils pour la plupart. Ils ont choisi une autre voie, celle de l'autonomie, de l'activité choisie et des pratiques solidaires... "

Emploi, qualification et Amazon

Pour comprendre ce qu'est la qualification, rien de tel qu'un exemple pratique.

  • Du côté du client

Vous voulez acheter, par exemple une édition poche bilingue de Hamlet d'occasion. Si vous allez en librairie d'occasion, vous aurez deux options. Soit vous cherchez vous-même si le livre voulu y est, soit vous demandez conseil au libraire. La première option vous permet de découvrir d'autres livres en fonction des choix d'organisation du libraire. La seconde option vous ouvre directement les portes de l'expérience, du savoir-faire, de la culture du libraire.

Si le livre recherché n'est pas disponible, vous ressortirez éventuellement avec une autre édition bilingue de Shakespeare, avec une autre traduction - mais de meilleure qualité, vous ressortirez éventuellement avec un autre livre, un autre auteur. Votre champ culturel aura eu l'opportunité s'élargir du fait de la disposition des livres ou des connaissances du libraire.

La qualification peut être approchée par ce potentiel d'ouverture de la consommation. Vous ne dépenserez pas nécessairement plus mais votre dépense sera susceptible d'ouvrir des portes qui ne l'étaient pas.

  • Du côté du travailleur

Du côté du libraire, les choses sont encore plus flagrante. Il aménage les rayons, paie des factures, choisit ce qu'il achète, à qui, il gère son temps de travail en fonction de ses disponibilités et de ses clients, il suit un budget. Il crée une atmosphère, une ambiance, un décor. À ses heures, il est décorateur, magasinier, conseiller culturel, investisseur; il suit l'actualité littéraire - soit dans un champ culturel particulier, soit de manière généraliste - il lit, découvre, s'investit, promeut des auteurs qu'il aime, etc.


De tous ces aspects du travail, de cette richesse de la qualification, le travail déqualifié, le travail à la chaîne ne garde rien. À Amazon, les magasiniers travaillent en flux tendus, leurs mouvements sont gérés par des programmes informatiques et contrôlés par des puces électroniques. Une partie d'entre eux ne fait qu'emballer, une partie d'entre eux ne fait que transporter les produits commandés.


La différence entre ces deux professions est la qualification du travailleur, c'est cette qualification qui in fine crée la valeur: en diminuant la qualification des travailleurs, Amazon diminue la valeur créée par l'activité en question, Amazon divise par dix-huit la quantité d'emploi nécessaire à l'activité, la portion du prix du livre créée par l'activité du libraire (à peu près 20% du prix du livre) disparaît d'abord dans les dividendes avant de disparaître en tant que valeur ajoutée par le jeu de la concurrence.

La nature même du rapport au temps aura également changé en passant du libraire à Amazon. Pour le consommateur, la flânerie, la découverte et la perspective de la rencontre de l'autre s'effacent alors que, pour le producteur, l'activité intelligente, affective (avec ses côtés rébarbatifs, bien sûr) devient une activité-robot.

L'or blanc


Je vous mets en lien une émission radio de Là-bas si j'y suis (une heure, environ, avec les cinq premières minutes consacrées au répondeur de l'émission qui attaque ensuite le vif du sujet - il y a deux émissions qui se suivent sur le sujet).


On y entend parler des conditions de travail dans l'enfer de l'or blanc, l'or des cheveux de nos aïeux dans les maisons de repos. On y entend comment le manque de temps dans le secteur pousse à la négligence, empêche de 'changer' à temps, de consacrer l'attention et le soin nécessaires à des personnes malades.


Rappelons que la vieillesse nous attend tous, que les maisons de retraite dont il est question font partie du secteur privé - accessible uniquement aux plus nantis; rappelons que les retours sur investissement du secteur de l'or blanc sont particulièrement juteux.

Les Koch ont des fuites au Texas

Un article d'Alternet (en anglais) nous apprend que les frères Koch ont fait installer des oléoducs qui fuient. Ce n'est pas une première puisque cette fuite fait suite à une longue série.

Les frères Koch sont des milliardaires, propriétaires lucratifs d'industries dans les secteurs du pétrole, de la chimie, de la finance. Ils se sont distingués par leur lobbying intense contre toute réglementation écologique aux États-Unis. Ils financent notamment des think tanks comme le Cato Institute, libertarien et conservateur pour freiner, décourager et saboter toute législation écologique.

Par rapport à l'employisme, il est intéressant de constater que les deux frères sont des propriétaires directs, sans société à actions. De ce fait, ils doivent assumer directement leurs responsabilités de propriétaires et le font en tentant d'arranger les lois, tout simplement.

On constate que l'esprit du lucre n'a pas de limite. Il s'arroge le droit de s'accaparer, de détruire, de gaspiller les ressources communes au nom du droit à la propriété. Cette notion de propriété est tout à fait abusive - nous lui opposons la propriété d'usage ou la propriété sociale. Mais la logique du gain, de la rapacité touche aussi bien les ressources naturelles que l'humain. Les producteurs sont traités de la même façon au nom d'un pseudo droit à la propriété. En fait, dans l'esprit du droit, la propriété ne peut entraver le droit à la vie, à la liberté ou à l'activité - ce que fait le pillage employique.

Disney ou l'apparence d'un monde d'enfants

Cet article explique les contradictions entre l'image lissée, 'famille comprise', gentillette de la multinationale du loisir américaine.


Si côté face, on voit une architecture outrancière au goût douteux, des infrastructures pour enfants-rois et des équipements pour ainsi dire infaillibles, côté pile, on peut admirer le recours à des sous-traitants dans le tiers-monde. Les conditions de travail des petites mains qui fabriquent les objets-souvenirs et autres matériaux utiles aux centres de loisirs sont épouvantables. Elles peuvent oeuvrer jusqu'à 15 heures par jour. On a régulièrement affaire à des mineurs - comme en Chine, par exemple.

La duplicité de la machine-Disney est impressionnante de cynisme. Le monde enchanteur, pacifié où rien ne se passe n'est qu'une façade de carton pâte, un barbelé de plus qui corsète des existences à l'instar de n'importe quel marchand de vêtement, à l'instar de n'importe quel marchand de canon.

L'éducation dans la nuit de la concurrence

Nous faisons suivre un excellent article sur les liens entre éducation et emploi. L'auteur y étudie aussi le chômage selon le degré de qualification. Le piège ultime c'est que c'est LE POSTE qui est qualifié, jamais LE TRAVAILLEUR: quand on se retrouve au chômage, on perd toute qualification, il faut alors se vendre.

http://www.skolo.org/spip.php?article1631

60% des Français ne font plus partie du projet économique de la France

Un article de l'Humanité nous parle d'un reportage de Jean-Robert Viallet et Hughes Drancy sur ces 60% de Français qui ne sont tout simplement pas intégrés dans le projet économique du pays.


Ils attendent, vivent d'expédients, de petits boulots, mangent de la précarité et du mal-logement. Ils sont en France et dans le reste de l'Europe, ils sont en Europe et aux États-Unis. Ils ont parfois pris acte de leur exclusion et tentent de faire nécessité vertu, parfois, ils tentent de revenir dans le projet économique central.

Une question, une simple question: à quoi rime un projet économique qui exclut 60% de la population? Quelle légitimité, quel sens peut encore avoir une 'science économique', des décisions économiques qui en sont là?

Nous sommes dans la barbarie, dans un régime qui, au nom d'une sulfureuse rationalité économique exclut par millions les gens de l'activité, de la vie sociale. Au nom de l'emploi, on a tout accepté - et tout d'abord, l'emploi. Il nous faut tout refuser, tout repenser avec comme projet central que chacun se sentent légitime au sein d'une société, que chacun puisse y contribuer, que chacun puisse déployer son activité, ses qualifications.