Nous luttons contre l'emploi sous toutes ses formes.
Il dégrade la qualité de l'environnement, la vie de l'employé.
Nous ne nous opposons pas à l'activité, à la passion, à la patience, à la volonté, au labeur.
“Le système économique que connaît notre pays [***], par son essence même ne peut considérer le travailleur que comme un objet, une marchandise. Le salaire payé au travailleur sous le capitalisme des petites entités est, en effet, un coût. Il est la contrepartie du travail “acheté” par l’employeur. Aucune adéquation ne s’établit entre la personne qui fournit le travail et son salaire.”
Jean Neuville, La Condition ouvrière au XIXe siècle, Tome 1, L’ouvrier objet, Éditions Vie Ouvrière, Bruxelles, 1976, p. 55.
Les astérisques entre crochet doivent être remplacées par: “au début du XIXe siècle” et non par “au début du XXIe siècle”. On lit ensuite:
“Le pouvoir économique, imprégné de l’idéologie du libéralisme économique maintient un régime juridique qui permet à la concurrence de jouer librement sur le marché. Or, cette concurrence “est défavorable aux entrepreneurs mais elle l’est plus encore aux travailleurs, qui en supportent en définitive le poids. Elle conduit les producteurs à abaisser leur prix de vente, mais aussi à comprimer leur prix de revient: pour y parvenir, ils réduisent les salaires, ils embauchent des femmes et des enfants, ils augmentent la durée de travail, etc.”
Neuville cite Lassègue, La réforme de l’entreprise, p. 13.
Bon. Donc la politique de la concurrence libre et non faussée, celle de l’innovation technologique comme libération des pauvres et celle du ruissellement (enrichir les riches pour que les pauvres en profitent, si, si, c’est vraiment ce que dit cette théorie) ne sont pas seulement des fumisteries.
Cet
article synthétise l'ensemble des notes de lecture sur l'histoire de la
sécurité sociale, ses acteurs et sa genèse que nous avons publiées sur
ce site.
La
synthèse s'appuie sur des documents de deuxième ou de troisième main.
Il ne s'agit donc pas d'un travail d'historien mais d'un travail de
journaliste. Tous les documents auxquels il est fait référence sont
sourcés dans les articles les résumant.
Thèses
1. La sécurité sociale est une pratique salariale de la valeur qui s'oppose à la pratique capitaliste de la valeur. Comme la bourgeoisie s'opposait économiquement aux pratiques de la noblesse au moyen âge, les producteurs s'opposent économiquement aux pratiques capitalistiques par leurs propres institutions
2.
Cette pratique tend à s'imposer à l'ensemble de l'économie. La sécurité
sociale régime général en France ou le régime interprofessionnel en
Belgique sont des jalons de cette conquête inscrite dans le temps long.
3. Les institutions capitalistes sont: la rémunération par le temps; le marché de l'emploi; la propriété lucrative et la dette.
4.
Les institutions des producteurs sont la cotisation comme pratique
universelle, la prestation comme droit personnel, la construction d'une
base matérielle pour la grève, pour la santé, pour le chômage et pour la
retraite. Ces pratiques sont susceptibles de permettre l'activité
économique sans propriétaire et sans employeur.
Synthèse
Nous avons en tout cas relevé les faits suivants dans les documents recensés:
1. Au XIXe siècle, les ouvriers organisent des caisses de grève pour éviter la misère en cas de conflit social.
Ces caisses se construisent à mesure que le prolétariat ouvrier s'éloignent matériellement de toute base agricole (voir ici).
2.
Les femmes ont créé des caisses en fonction de leurs besoins
spécifiques, ce qui permettra d'intégrer la politique familiale ou
l'assurance santé dans les caisses de sécurité sociales (voir ici).
3.
[supposition logique] Les grèves des hommes n'ont pu tenir que parce
qu'elles étaient soutenue par les femmes; les caisses de grève des
hommes n'ont pu être alimentées que parce que les femmes donnaient leur
accord. De même, les grèves de femme et les cotisations de femme n'ont
pu être victorieuses que parce que les hommes les soutenaient ou les
acceptaient.
Des tensions au sein du
ménage sur un sujet aussi grave condamnaient toute grève à l'échec et,
donc, toute grève victorieuse ne l'a été que parce que les membres du
ménage ont fait montre de solidarité entre eux.
4.
Sous la pression des caisses de grève et des caisses de secours
mutuels, les pouvoirs publics en Belgique, après avoir interdit les
caisses de secours mutuel, les tolèrent et les encouragent.
Pour
les pouvoirs publics, les caisses de secours mutuelle concurrencent les
caisses de grève et, pour le faire efficacement d'un point de vue
patronal, elles doivent offrir des prestations de qualité et, surtout,
ne pas intervenir en cas de grève. C'est donc sous la pression de ces
caisses de grève, de cette pratique de la valeur spécifique par
cotisation liée à la lutte de classe que la pratique de la valeur par
cotisation se généralise (voir ici).
De même, en Allemagne, c'est sous la pression de la montée du mouvement
socialiste que le Bismarck crée une pratique de la valeur par
cotisation et en Angleterre et aux États-Unis, c'est sous la pression du
mouvement syndicaliste que l'État se met à intervenir dans le secours
ouvrier (voir ici).
5. Alors que,
en France,
c'est le principal syndicat prolétaire et l'ensemble de ses membres (de
quelque sensibilité politique que ce soit) et les relais prolétaires
communistes (Croizat, notamment) dans le monde politique qui mettent en
œuvre le régime général obligatoire de la sécurité sociale à la
Libération (voir Bernard Friot, La Puissance du salariat, La Dispute, 2012),
en Belgique, la sécurité sociale naît de la concertation sociale entre partenaires (voir ici).
Ces partenaires (patrons et ouvriers) s'inquiètent de la paix sociale.
Mais ces négociations ont lieu sous la pression de grèves massive
pendant et après la guerre, alors que les grévistes engagés dans la
résistance sont massivement armés (et que la gendarmerie est désarmée).
Elle se fait dans le cadre d'un rapport de force très favorable aux
prolétaires. La "paix sociale" est surtout inspirée par la crainte des
possibilités qu'ouvrent ces mouvements sociaux puissants et décidés
(voir ici). Par
la grève de 1936, les producteurs ont obtenu des augmentations de
salaire, des augmentations substantielles des allocations familiales et
des congés payés (voir ici).
6.
En tant que pratique de la valeur spécifique, la sécurité sociale a
fait l'objet d'attaques de la bourgeoisie incessantes depuis la
Libération que de défenses et de conquêtes de la part du prolétariat.
Du
côté défensif, on citera les mouvements contre les réformes des
pensions en France ou la forte mobilisation actuelle contre la sape des
cotisations sociales en Belgique. Du côté offensif, on citera
l'extension du filet de la sécurité sociale, l'existence (maintenant
supprimée) à un moment donné d'un salaire-prestation chômage à vie en
Belgique ou les embryons d'organisme publics de recherche financés par
la cotisation.
7. En Belgique, l'émergence
de syndicats unitaires à la Libération a permis aux factions favorables
à la collaboration de classe de marginaliser les syndicats les plus
combatifs. Ces syndicats unitaires ont pratiqué la cogestion.
Cette
attitude a depuis lors souvent créé des tensions entre les producteurs
représentés et la ligne politique et sociale de leur représentants. À la
Libération, la FGTB s'inquiétait qu'on pût donner de l'argent à des chômeurs qui ne travaillaient pas
- ce qui constituait, dès l'origine, une rupture assez violence avec le
marxisme dont se réclame ce syndicat puisque Marx considérait le
travail à gage comme une forme d'aliénation esclavagiste (voir ici).
8.
Le fait que les institutions syndicales ouvrières soient actives dans
l'extension de la pratique salariale de la valeur (comme en France, dans
le cas de la CGT) ou qu'elles soient moins engagées (comme en Belgique)
ne change pas le fait que, dans les deux cas, la création de valeur
économique par cotisation-prestation à la personne, la pratique
prolétaire de la valeur s'impose par le biais ou en dépit des institutions censées représenter les producteurs.
C'est
la force même de cette pratique économique et de la classe qui la porte
qui s'impose - que ce soit par les pratiques coopératives, par la
sécurité sociale, par les caisses de grève, par les soupes communistes ou par la lutte comme mode de création de valeur ajoutée salariale.
9.
Comme la pratique économique de la bourgeoisie s'est imposée au fil du
temps sur les pratiques antérieures de la noblesse, la pratique
économique prolétaire tend à terrasser en terme d'efficacité la pratique
économique propriétaire. Les coopératives résistent mieux à la crise,
les pays à sécurité sociale bismarkienne résistent mieux à la crise et,
même, en termes capitalistes, les pays les plus productifs sont ceux où la pratique prolétaire de la valeur est la plus avancée, la plus étendue.
10.
Dans l'émergence de la pratique prolétaire de la valeur, l'État joue
davantage comme une courroie de mise en droit du mouvement, comme une
machine enregistreuse des acquis que comme force de création de ladite
pratique prolétaire.
L'étatisation de la
sécurité sociale aux États-Unis et en Angleterre est liée avec une
grande faiblesse des prestations et de la force matérielle de cette
pratique. Par contre, dans ces deux pays, des caisses de grève et des
pratiques de solidarité concrète entre producteurs sont monnaie courante
dans les situations de conflit.
Actuellement,
en Europe continentale, le personnel politique est hostile aux
pratiques prolétaires de la valeur et tend à les étatiser pour mieux les
enterrer. En Allemagne et en Belgique, c'est un tiers du financement de
la sécurité sociale qui dépend déjà des impôts. Cette tendance légitime
l'interventionnisme de l'État dans les salaires mutualisés des
producteurs et constitue, de fait sinon de droit, un vol.
Par
ailleurs, le mouvement d'étatisation de la sécurité sociale, de vol de
salaire commun, de recul par rapport à une pratique prolétaire de la
valeur se fait toujours au nom du combat contre la "pauvreté".
Ces discours nient les producteurs comme classe et les réduisent à une
condition, à une adversité. La classe-sujet de l'histoire, la classe qui
invente une nouvelle pratique de l'économie est réduite à un objet sur lequel les "bonnes âmes" s'apitoient.
11. L'avènement de la sécurité sociale en Belgique montre une unité et une universalité de financement remarquables. L'avènement de la sécurité sociale en France montre un engagement remarquable des représentants de la classe ouvrière.
Mais, dans les deux cas ainsi que dans le cas de l'émergence d'une sécurité sociale en Allemagne ou en Angleterre, la détermination des prolétaires leur a donné un rapport de force permettant l'impossible (voir pour la Belgique ici et ici et, pour la France le film La Sociale).
Conclusion
La
pratique prolétaire de la valeur est une pratique de l'économie qui se
défait de l'employeur et du propriétaire. La valeur ajoutée est créée
par le salaire attribué à la personne sur la base d'une caisse alimentée
par des cotisations.
Cette
pratique de la valeur permet de répondre aux défis de la crise
écologique et de la crise anthropologique du travail actuels. Elle
répond à des besoins et à des nécessités qui peuvent la rendre
incontournable ... à condition que les producteurs s'assument comme
sujet et non comme objet.
Quant
à la faisabilité de la chose, les anciens (et les camarades qui se
battent partout dans le monde - que l'on pense au courage et à la
combativité des mouvements contre la loi travail en France ou pour les
15$ aux États-Unis) nous ont prouvé et nous prouvent tous les jours que
rien n'est infaisable.
Dernièrement, un conseil d'administration auquel je participais a été traversé d'un débat sur le féminisme. C'est un classique dans les structures militantes ou associatives: les hommes dominent en nombre, imposent leurs codes et confinent leurs camarades de l'autre sexe à un rôle de tâcheron ou de potiche.
Ce machisme plus ou moins involontaire empoisonne lesdites associations et touche aussi l'ensemble des syndicats, des partis politiques.
Il y a un enjeu important à toute lutte politique, à toute vie associative à mettre à jour les structures d'oppression à l’œuvre au sein du groupe pour pouvoir être efficace et pertinent.
D'une
part parce que, en reléguant les femmes (mais aussi les minorités
racialisées, les jeunes ou les vieux) à des postes subalternes, en
dépréciant a priori leur parole, ces structures associatives et
politiques se privent d'une partie importante de leurs propres forces.
D'autre
part, dans la perspective de lutte sociale ou politique, il importe
d'unifier les troupes plutôt que de les diviser. L'oppression machiste
divise la classe des producteurs en hommes et femmes (en hétérosexuels
et en non hétérosexuels aussi). Cette division empêche toute victoire de
la classe des producteurs.
Le point de vue
Mettons-nous d'accord: il ne s'agit pas ici d'inventer l'eau tiède, d'expliquer ou de créer le féminisme à partir de rien. Il y a une tradition, des pratiques, des cultures féministes, des analyses toutes plus riches les unes que les autres et ce n'est pas l'objet de ce blogue. L'objet du blogue, c'est de critiquer l'emploi en esquissant des perspectives et en soulignant les contradictions de la lutte sociale qui s'inscrit dans la logique de l'emploi. Nous ne voulons pas donner des leçons (il nous est arrivé et il nous arrive d'être en emploi, nous n'occupons pas une position de surplomb). Nous voulons souligner des contradictions et ouvrir des perspectives. C'est peu et c'est énorme quand on souffre au travail, quand on souffre au chômage, quand on s'ennuie au boulot, quand on ne voit pas d'issue à ce monde. Nous n'offrons pas les clés du paradis, nous contribuons à la possibilité d'un changement social. En ce sens, notre contribution à la réflexion sur le féminisme doit être remise dans ce cadre. Nous ne sommes pas spécialistes mais nous nous exprimons en tant que praticiens de l'activité sociale, du point de vue de l'émancipation du travail.
Il
s’agit de se mettre d’accord sur ce qu’est, sur ce que doit
être le féminisme.
S’il s’agit d’une idéologie idéale
destinée à terroriser des ouailles ou s’il s’agit d’une
culture de la culpabilité ou du procès stalinien, cela ne nous intéresse pas.
Nous ne souhaitons pas non plus nous poser en purs, en
praticiens irréprochables, plus éclairés que la masse, en donneurs de
leçon. Nous ne souhaitons pas participer à un mouvement élitiste qui
entend amener à la perfection morale.
Un mouvement qui
s’appuie sur les jugements d’individu, sur la pureté cathare des
comportements, sombre toujours dans une forme sectaire
d’appauvrissement intellectuel et de soumission à un chef. S’il
s’agit de remplacer les patrons par des patronnes, cela ne nous intéresse pas1.
Nous préférons participer à un
mouvement politique qui est fait pour et par des gens éminemment
humains, avec leurs défauts et leurs limites.
Le féminisme
Globalement, nous voudrions plutôt féminiser (au sens de « donner le rôle
attribué par notre
culture aux femmes ») le pouvoir que masculiniser les femmes.
Culturellement, traditionnellement, les femmes ont été confinées à l'espace domestique, leurs interventions dans la sphère publique ont été plus ou moins bridées selon les époques et les lieux. Cette position culturelle poussait les femmes à se centrer sur l'autre (l'homme, donc), à s'occuper de lui, à prendre soin de lui. Et c'est cette position particulière qui peut être intéressante pour les hommes du point de vue la pratique salariale de la valeur. Dans une perspective de salaire à la personne, le soin à l'autre (à l'homme mais aussi à la femme, donc), l'attention au point de vue et aux intérêts de l'autre est beaucoup plus productif pour coopérer.
Cette coopération devient de facto le modus operandi à partir du moment où la propriété lucrative est abolie, à partir du moment où les productrices et les producteurs récupèrent l'outil de production et la décision sur la production. D'un point de vue salarial, le soin et l'attention au point de vue de l'autre (ce qu'on pourrait appeler la généralisation du paradigme culturel féminin aux hommes) est infiniment plus efficace que la généralisation du paradigme culturel masculin aux femmes (arrivisme, carriérisme et égocentrisme) puisqu'il s'agit de mettre en avant les formes les plus productives de coopération et de diminuer les formes de compétition contre-productives.
De notre point de vue, l’urgence du féminisme dans la pratique
salariale c’est donc
L’étude des préjugés
culturels intériorisés
qui poussent les hommes (et de plus en plus les femmes) à se vendre
sur le marché de l’emploi pour se donner une légitimité. Qu'est-ce qui nous pousse à assimiler l'utilité sociale au fait de se vendre à un employeur pour qu'il fasse des profits? Qu'est-ce qui nous pousse à considérer un employé, une employée comme plus "productif", comme plus "utile" qu'un travailleur, qu'une travailleuse hors emploi?
L’étude de la pratique
salariale spécifique aux
femmes dans l’histoire et dans le présent2. Il faut d'ailleurs rappeler que les grèves au 19e siècle et au début du 20e étaient extrêmement violentes (ce qui ne veut pas dire qu'elles sont devenues des longs fleuves tranquilles depuis). Elles plongeaient rapidement les grévistes dans la misère la plus noire. C'est dire que, une fois que les liens entre les ouvriers d'usine et la campagne se sont distendus, que les ouvriers ne pouvaient plus se nourrir autrement qu'en achetant des denrées, la solidarité entre sexes est devenue une condition nécessaire à la réussite de toutes les grèves. Une grève d'hommes ne pouvait pas réussir si les femmes ne la soutenaient pas (en travaillant à l'extérieur, en soutenant psychiquement les hommes dans l'épreuve) et une grève de femmes ne pouvait, elle aussi, réussir que si les hommes l'acceptaient et la soutenaient.
L’étude des acquis
que représente(eraie)nt la pratique salariale de la valeur
pour les femmes (et pour les hommes qui subissent ce système de domination dans lequel ils sont dominants comme une oppression). Si l'on prend le très légitime combat pour l'égalité salariale entre sexe, par exemple, il fait l'impasse sur le fait que les femmes, du fait des responsabilités familiales qui leur sont culturellement attribuées, vont faire davantage d'interruptions de carrière, qu'elles auront davantage tendance à prendre des temps partiels. Une fois ces femmes arrivées à la pension, la différence de salaire se faisant sur l'ensemble de la carrière, ces comportements culturellement induits amènent des disparités salariales importantes. Ces inégalités demeureraient si les femmes et les hommes étaient payés à égalité de salaire. Ce qui tend à prouver que le combat de l'égalité salariale est nécessaire mais qu'il ne suffit pas. Il faut défendre le salaire continué et le droit, pour l'homme, de se consacrer aussi à sa famille sans que son salaire, que sa carrière en soit affectés. Ce qui implique qu'il est nécessaire de déconnecter la carrière salariale des prestations professionnelles quantifiables.
Le travail sur les
structures de pouvoir et de décisionconcrètes de l'association, du groupe militant pour y neutraliser les tendances phallocrates4. La discussion avantage toujours celles et ceux qui ont de la faconde en publique - généralement des hommes. La décision à main levée, le recours aux menaces, à l'intimidation par le corps et la voix tendent également à exclure les femmes de la discussion.
L'intellectualisme peut aussi trier le public et rendre la prise de parole impossible par celles et ceux qui ont un patrimoine symbolique et culturel moins valorisé. Le débat favorise les débatteurs, la décision favorisent celles et ceux qui ont un plan, qui ont une ambition. Il s'agit de voir alors comment rendre la domination, le pouvoir visibles, comment organiser des contre-pouvoirs au sein du groupe et enfin comment favoriser la prise de parole, l'expression de celles et ceux qui sont écrasés du fait de leur racialisation, de leur sexe ou de leur patrimoine culturel et symbolique. Ce sont là des champs de recherche considérables.
Le
jugement et la personne
Mais,
en tout état de cause, les jugements sur les personnes sont
malvenus. Un homme qui a connu la stabilité professionnelle et le
succès dans sa carrière a bénéficié de
facilités dont d’autres n’auront pas pu profiter mais, en tout
état de cause, il demeure, lui aussi, un être humain en besoin d’acceptation
et de reconnaissance. Une femme peu cultivée, elle aussi, par delà les stigmates que peuvent provoquer ses interventions, par delà le fait qu'elle sera (presque forcément) malheureusement interrompue par des tiers indélicats, a, elle aussi, besoin de reconnaissance et d'acceptation. Par ailleurs, les catégories créent des
préjugés qui déterminent le
tri des informations et construisent des
jugements, c’est ce qu’on appelle des biais cognitifs. On notera qu'il existe des êtres racialisés, sexués, avec un parcours professionnels d'exclusion et de marginalisation qui sont brillants; on notera qu'il existe des êtres brillants à l'oral qui disent des choses absolument creuses, sans intérêt.
La
fraternité et la sororité
En ce sens, le jugement, les moqueries, la discrimination d’une
personne, quelle qu’elle soit, sur base de son identité, quelle
qu’elle soit, constituent une aberration par rapport à ce besoin
de reconnaissance sociale que nous partageons toutes et tous. Remplacer l'humiliation des femmes dans un système d'oppression par l'humiliation des hommes dans un système matriarcale ne ferait pas beaucoup avancer les choses.
C’est pourquoi nous appelons à cultiver l’écoute, la différance et la
reconnaissance.
Prenons Momo, un roman pour enfant. L’héroïne a un don extraordinaire :
elle sait écouter. En sorte que les gens à son contact, se mettent
à raconter et à vivre des aventures pleines de poésie.
La différance6,
c’est une capacité à être différents, à vivre et à créer
cette différence non entre telle ou telle catégorie mais en
fonction de tel ou tel moment. Une association n’est pas une
secte : on peut organiser des événements qui nourrissent
le besoin de théorie ou le besoin d’action corporelle ou le besoin
de réflexion ou le besoin de discussion ou le besoin de culture et
de magie. On peut organiser des événements de différentes
natures portés par des équipes différentes qui n’intéressent
pas l’ensemble des membres de l’association.
La reconnaissance, enfin, c’est, à mon humble avis, la conséquence
de la mise en pratique de la fraternité ou de la sororité. Accepter
la coopération, le fait que l’autre fonctionne différemment dans
un autre cadre et, dans une vie qui n’est pas toujours simple,
l’épauler, le consoler, s’inquiéter de lui, d’elle, ce sont
des voies. Il ne s’agit pas de
travailler avec des gens qui fonctionnent de la même façon. Il
s’agit de parvenir à travailler ensemble, entre gens qui
fonctionnent différemment. C’est bien là le sens de
la politique.
*
* *
1Frantz
Fanon, Peau noire, masques blancs. Le
théoricien du colonialisme explique comment les élites noires des
anciens pays colonisés ont tendance à occuper les mêmes postes de
pouvoir que les anciens colons, à substituer les personnes de
pouvoir sans modifier en rien les institutions de pouvoir à
l’origine de la violence coloniale. Cette image peut s’appliquer
aux genres (genre Peau de femme, masques d’hommes).
4Je
pense ici, par exemple, aux structures bicéphales mises en œuvre
par les habitants de Rojave. Les décisions se prennent par des
conseils féminins et des conseils masculins avant d’être
adoptées collégialement ; les structures décisionnelles sont
toutes occupées paritairement par une femme et par un homme.
6Selon
le concept de Jacques Derrida, que je définirais comme « forces
des éléments qui les poussent à se différencier entre eux ».
Face à l'impasse économique et politique de l'Europe, nous avons une piste intéressante garantie 100% sans emploi.
Il s'agit d'une idée déjà appliquée aux États-Unis d'Amérique (si, si) dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ceux qui connaissent le Magicien d'Oz ont en fait été confrontés à une série d'allusions littéraires à cette innovation monétaire fulgurante. Les autorités des différents états puis les autorités fédérale ont imprimé des billets à partir de rien, sans aucune contre-valeur (genre avoirs, pétrole, or, devises étrangères ou terrains) et les ont distribués sous forme de salaires pour équiper le pays.(1)
Si l'on néglige le court épisode de la Guerre de Sécession, forcément inflationniste, cette création monétaire salariale n'a générée rigoureusement aucune inflation. Cette monnaie s'appelait le Greenback, elle était entièrement maîtrisée par les autorités publiques et était créée sans impôt et sans crédit.
Nous pourrions faire la même chose au niveau européen. Nous pourrions inventer la Social Exchange Currency Unit ou, pour les familiers, la SECU. Le principe serait tout simplement pillé aux ancêtres de nos amis états-uniens avec, bien sûr, une touche bismarckienne qui rendrait cette intéressante pratique 100% anti-employiste.
La création monétaire salariale du Greenback se faisait par l'État qui demandait, à l'occasion de la distribution monétaire, une contrepartie. Mais il existe en Europe contemporaine une pratique salariale sans contre-partie: la sécurité sociale.
On pourrait imaginer une création monétaire à partir de rien (l'informatique nous épargnerait même les frais d'impression) sur une base salariale sans passer par l'emploi, c'est-à-dire une base salariale fondée sur la qualification individuelle. Les salaires universels que recevraient les salariés européens seraient dévolus à la satisfaction de leurs besoins et de leurs envies alors que le temps des salariés serait utilisé à leur guise pour produire comme ils l'entendent, pour participer aux collectifs de production selon leurs propres affinités.
Notamment, pour répondre aux nombreux besoins collectifs auxquels l'emploi empêche de répondre. Par exemple:
- l'éducation des enfants
- la formation des adultes
- la culture au sens large
- la rénovation des infrastructures
- la souveraineté alimentaire
- la transition énergétique
- l'aménagement de nos villes
- l'amélioration des offres de services publics dans les campagnes
etc.
L'idée vous paraît délirante? Non seulement elle a été appliquée aux États-Unis pendant une quarantaine d'années, inspirant un parti politique alors fort populaire mais, si l'on examine la création monétaire actuelle, le quantitative easing, pratiqué par la Banque Centrale Européenne pour sauver les banques, on voit que l'idée n'est même pas impossible.
On consacre 80 milliards d'euros par mois pour sauver les banques. Un salaire de 2000 euros par Européen représenterait une création monétaire de 800 milliards par mois. Or, la création monétaire pour sauver les banques ne crée manifestement pas d'inflation (sauf sur les avoirs financiers et immobilier, ce qui est loin d'être négligeable).
Mais cette mesure, pour intéressante qu'elle semble ne suffit pas. Nous avons produit l'ensemble des outils de production par notre travail. Il faudrait qu'on nous les rende pour que nous puissions avoir les moyens de nos ambitions.
(1) Voir l'excellent: E.H. Brown, The Web of Debt, Third Millenium Press, 2008,
pp. 11-23 pour les allusions littéraires du Magicien d'Oz
pp. 35-47 pour l'expérience du Greenback.
Une fois n'est pas coutume, nous sommes d'accord avec les syndicats et les mutuelles quand ils défendent la sécurité sociale et son mode de financement (voir l'article en lien ici).
La sécu, c'est notre salaire. Le politique n'a rien à y faire, les
employeurs n'ont rien à y faire. Que dirait-on si le politique ou
l'employeur commençait à regarder les dépenses des employés? Ce serait
intrusif et déplacé.
Il y a mieux. Les salaires qui passent par
le truchement des caisses ont une histoire. Au départ, ce sont des
caisses de grève illégales. Sous la pression de la force de
ces caisses illégales, les autorités ont encouragé des caisses de
sécurité sociales gérées par les mutuelle. Toutes ces caisses, légales,
tolérées ou obligatoires fonctionnaient par cotisation. Elles créaient
de la valeur économique sans employeur et étaient directement liées aux
salaires.
C'est le sens politique de ce salaire-là, indépendant de l'emploi et de l'employeur, qu'il nous faut défendre.
Et étendre.
Et universaliser.
Parce qu'on n'a pas besoin d'actionnaire pour travailler, on n'a pas
besoin d'enrichir des propriétaires en leur laissant la gestion de
l'économie.
On n'en a pas besoin et on a mieux à faire que sacrifier nos meilleurs années à l'engraissement de propriétaire.
La cotisation a ouvert une nouvelle pratique de l'économie - comme les
coopératives l'ont fait à leur manière. Il ne faut pas refermer la
brèche, il faut faire tomber le mur.
Ce blogue est destiné à être un endroit de réflexion. Plus que des vérités ou des enquêtes, ce sont des essais sur la marche du monde dans une optique (très) critique vis-à-vis de l'emploi.
C'est que tous les syndicalistes, tout le personnel politique, tous les hommes d'affaire, tous les chercheurs réclament unanimement de l'emploi.
Ils font chorus pour revendiquer, exiger, un contrat de subordination qui soumet l'activité économique à l'enrichissement d'un propriétaire sans autre légitimité que son titre de propriété.
La lecture de Marx nous apprend qu'il existe des classes sociales. Elles sont définies par des rapports de production dans le système capitaliste. Concrètement, le capital se valorise via des investissements et l'achat de la force de travail en revendant les biens et les services produits par ladite force de travail.
Marx définit deux classes essentielles: le prolétariat n'est pas propriétaire des moyens de production. Il doit vendre sa force de travail pour survivre puisqu'il est exclu de la propriété (d'usage) de toutes ressources utiles à garantir sa propre survie.
La bourgeoisie détient les moyens de production sans en avoir usage. Elle a un rapport de propriétélucrative aux outils de production.
Les prolétaires utilisent, reproduisent et produisent l'outil de production mais sont maintenus dans le besoin de vendre leur force de travail alors que les bourgeois n'utilisent pas l'outil de production, ne le produisent pas ou ne le reproduisent pas mais ils en tirent l'intégralité des fruits lucratifs et décident ce qui se produit, comment et, surtout, qui est reconnu producteur, qui a le droit d'être employé, d'être asservi à son insatiable avidité.
Marx parle d'horizon de dépassement du capitalisme. Pour lui, c'est la dictature du prolétariat qui s'imposera sur les ruines des contradictions capitalistes (je fais un peu court, désolé).
En entendant récemment Bernard Friot dans une vidéo en ligne (ci-contre), il m'est venu une interprétation du concept marxiste. Il explique que la bourgeoisie a triomphé de la noblesse en imposant progressivement sa pratique de la valeur. Les nobles fonctionnaient avec des serfs, ils avaient une pratique de l'économie tournée vers l'agriculture et les dépenses somptuaires. Ils n'échangeaient pas ou peu, économiquement parlant. Pendant des siècles, la bourgeoisie a construit ses pratiques d'échange économiques dans des lieux propres et selon des modalités spécifiques.
Aujourd'hui, les pratiques économiques et la définition de la valeur économique sont devenue bourgeoise de manière hégémonique, c'est-à-dire sans que ces pratiques et cette définition ne soient remis en question par celles et ceux qui en sont victimes.
En ce sens, les discours de représentation prolétaires qui réclament de l'emploi entérinent l'hégémonie bourgeoise puisqu'ils reprennent sa définition de la valeur économique et ses pratiques économiques sans les discuter. Un peu comme si les drapiers avaient continué à demander des terres à des seigneurs.
On peut parler de dictature de la bourgeoisie aujourd'hui, étant entendu que la bourgeoisie est un rapport de production et non une liste, un annuaire avec une série de noms, d'incarnations de la classe sociale. La dictature de la bourgeoisie ne signifie pas que ce sont des bourgeois purs qui sont aux commandes et ce de manière indiscutée. Cela signifie que les pratiques économiques du rapport de production bourgeois se sont imposés à tous - à l'instar des pratiques économiques de l'aristocratie militaires au Xe siècle. Le rapport à la production bourgeois domine tout - le social, l'environnemental, l'urbanistique, le culturel, l'architecture, les arts, etc. - sans qu'il y ait besoin d'une élite, d'un ensemble de personnes assimilables à la bourgeoisie.
C'est que une classe sociale, c'est un rapport de production qui traverse des gens, ce n'est pas une série de gens, une liste de noms.
De la même façon, la dictature du prolétariat, ce n'est pas la domination physique, militaire, philosophique ou sociale d'une série de personnes (difficilement qualifiables de "prolétaires" à partir du moment où elles maîtrisent le destin de tous) mais c'est l'hégémonie d'une pratique économique qui s'impose comme la pratique économique bourgeoise s'est imposée sur l'ancien régime.
Cette pratique économique nous traverse en tant que prolétaire, en tant que personne sans titre de propriété contraint de vendre sa force de travail pour vivre. Quelles libertés et quelles définitions de l'économie portent ces parties de nous réduites à de simples outils dans l'économie capitaliste?
La réponse à cette question permet de définir ce qu'est (déjà) et ce que pourrait devenir la pratique économique du prolétariat destinée à devenir hégémonique.
La production de valeur économique sans employeur
On le sait par le travail de Bernard Friot, la sécurité sociale est le fruit de pratiques prolétaires spécifiques. En Belgique (j'y reviendrai dans une série d'articles à venir), ce sont des caisses noires illégales qui ont permis aux ouvriers de s'assurer contre la maladie et la vieillesse puis contre le chômage. Ces caisses ont été interdites puis tolérées puis obligatoires.
Elles ont donné lieu aux mutuelles. Avec l'avènement de la sécurité sociale, elles sont devenues interprofessionnelles. Les producteurs cotisaient tous à un taux unique pour des prestations semblables.
C'est dire que le prolétariat avait inventé une manière spécifique de créer de la valeur économique. Cette manière était infiniment plus efficace que la pratique économique bourgeoise puisqu'elle ne connaît aucune crise.
Par ailleurs, il y a, dans le mouvement coopératif, des tentatives de produire de la valeur économique sans employeur. Mais ces tentatives ne deviennent politiquement intéressantes que si les coopératives parviennent à se détacher du salaire à la pièce et du rapport de clientèle.
La propriété d'usage
Mais le prolétariat, c'est aussi une relation particulière à l'outil de travail. Les prolétaires l'entretiennent et l'utilisent. De ce fait, nous sommes susceptible de le ménager, d'en prendre soin et de poser les choix de gestion les plus en phase avec cet outil de production.
La dictature du prolétariat, c'est aussi l'hégémonie de la propriété d'usage au détriment de la propriété lucrative. C'est dire que les pratiques économiques sont amenées à changer radicalement sur ce plan-là aussi. Un exemple: Sanofi est une entreprise pharmaceutique avec de nombreux brevets portant sur des médicaments. La logique de l'usage commande d'investir dans la recherche pour trouver des médicaments utiles et de faible nocivité. La logique lucrative commande de sabrer les investissements dans la recherche et à racheter de temps en temps un concurrent en difficulté pour récupérer ses brevets.
La propriété lucrative ne s'intéresse pas à ce qui est fait et comment. Elle veut retirer de la plus-value sans considération pour le reste. Cette pratique nous paraîtra aussi obsolète que le servage le jour où viendra la dictature du prolétariat.
La servitude volontaire
Dans la pratique économique bourgeoise, les prolétaires sont réduits à des êtres de besoins. Ils sont tenaillés par la nécessité et, sous la contrainte, doivent vendre leur force de travail dans une guerre sans fin de tous les prolétaires entre eux pour obtenir des places. La servitude est forcément contrainte sous la dictature de la bourgeoisie - comme elle l'était sous la dictature de la noblesse.
La pratique prolétaire de l'économie, en dégageant les producteurs du salaire à l'heure ou à la pièce, leur ouvre un espace de liberté que seuls les retraités (et certains chômeurs voire certains fonctionnaires) connaissent aujourd'hui. Avoir un salaire quoi qu'il arrive, cela signifie que l'on peut accepter ou non un directeur de projet, un chef, un contremaître. La servitude n'est plus contrainte, elle est le fruit d'une (éventuelle) acceptation par l'intéressé.
Pour autant, si la pression de la nécessité disparaît dans la pratique économique prolétaire, cela ne signifie pas pour autant la fin de toute pression et, partant, la fin de l'histoire et des contradiction d'un état historique donné.
L'avènement de la dictature du prolétariat
Bien malin qui pourrait dire quand et comment adviendra l'hégémonie des pratiques économiques prolétaires. Disons que le temps presse pour toutes ces générations sacrifiées à la queue-leu-leu et pour les dégâts environnementaux de la pratique bourgeoise de l'économie.
Au regard du triomphe de l'hégémonie de la pratique économique bourgeoise, il apparaît néanmoins:
- que la spécificité de la pratique économique révolutionnaire est déterminante (les bourgeois n'auraient pas pu devenir hégémoniques s'ils s'étaient embauchés comme serfs)
- que la modification de l'hégémonie économique s'inscrit dans le temps (très) long
- que les actes portent et importent, qu'il ne s'agit ni de tout attendre d'un effondrement extérieur, ni tout accomplir en en tournemain
- que l'avènement d'une pratique prolétaire de l'économique est largement commencé, que ses réussites sont éclatantes au regard des échecs de la pratique bourgeoise
- qu'il ne s'agit pas de dénoncer tel ou tel, de faire des listes noires avec des victimes expiatoires mais qu'il faut comprendre en nous les différents rapports de production pour faire triompher les pratiques économiques révolutionnaires.
Dans l'atmosphère de foire électorale en France, nous nous proposons de mettre notre grain de sel.
Bien sûr, l'abolition de l'emploi, de l'investisseur et de la propriété lucrative sont nos objectifs mais, si l'on prend le tout brut de décoffrage, cela peut paraître impossible au personnel politique. Nous avons donc dégagé des pistes, des propositions pour desserrer l'étau de l'emploi et de la dette, des embryons de commencement de début de quelque chose. Ces pistes ne constituent pas un horizon pour une démarche anti-employiste mais une simple possibilité d'avancer déjà un peu, de manière pragmatique, consensuelle. Elles sont un brouillon, une source de réflexion, un état de travail.
1. Abaisser l'âge de la retraite en augmentant les cotisations sociales à proportion (cinquante ans pour la retraite, ce serait déjà pas mal pour une augmentation des cotisations assez modérée à dix pour cent à peu près)
2. Socialiser une partie des salaires. Une partie du salaire pourrait être versée dans un pot commun - une nouvelle caisse de la sécu - et serait ensuite redistribuée à l'ensemble des salariés, avec emploi ou non. À titre d'exemple, on pourrait imaginer une cotisation de quarante pourcents supplémentaire qui diminue le salaire poche de trente pourcents et garantit, du coup, ce salaire poche à l'ensemble des salariés. L'augmentation de masse salariale pour l'employeur: dix pourcents.
3. Démocratiser la sécu. Les caisses de sécurité sociale doivent être gérées par les salariés. L'ensemble des salariés pourrait élire ses représentants auprès de ces caisses par voie directe. Les mandats seraient révocables. L'ensemble des salariés seraient appelé à désigner les gestionnaires de la sécu: les salariés en emploi, les retraités, les chômeurs, les précaires, les temps partiels, etc.
4. Créer une cotisation investissement de cinq pourcents du chiffre d'affaire et, avec cette cotisation, financer la recherche et le développement de pointe. Cette cotisation peut être amenée à augmenter progressivement et donne droit à l'accès libre au résultat de la recherche. Les chercheurs jouissent d'un statut de fonctionnaire. Les secteurs prioritaires (mais on peut en discuter) sont la recherche médicale, la transition énergétique, la chimie, l'agriculture sans pétrole, etc.
L'ensemble des cotisations supplémentaires et la socialisation partielle des salaires représenteraient à peu près un cinquième de la masse salariale des entreprises. Les cotisations investissement se substitueraient à des dépenses que les entreprises doivent de toute façon faire. La répercussion sur les prix d'une augmentation de vingt pourcents de la masse salariale est de l'ordre de trois pourcents dans l'immédiat et quinze pourcents à terme. Une augmentation des prix qui relancerait (insuffisamment) l'inflation.
5. Créer un salaire paysan et un salaire journaliste à la personne. Les paysans et les journalistes seraient salariés selon leur qualification en percevant une cotisation sur les prix de la presse, des nouvelles technologies de l'information et des aliments. Le salaire paysan permettrait la transition énergétique alimentaire et le salaire journaliste permettrait de garantir l'indépendance des journalistes vis-à-vis de leur employeur.
6. Étendre les prestations de la sécurité sociale à l'ensemble des travailleurs - indépendants et petits patrons aussi, donc - et harmoniser les taux de cotisation.
7. Pratiquer le protectionnisme amical (voir ici).
8. Résorber la dette. Pour diminuer une dette, il existe en économie trois remèdes simples (au choix)
- faire défaut: vu le niveau des dettes souveraines, le moindre défaut ferait exploser l'ensemble du système financier. Cette menace peut peser lors de négociations.
- faire tourner la planche à billets pour payer la dette
9. Adopter le droit aux prestations de chômage inconditionnelles à vie.
10. Démocratiser l'entreprise en favorisant les reprises par les salariés en cas de fermeture, leur implication dans les choix industriels et commerciaux majeurs et leur contrôle du respect du droit du travail.
11. Encadrer la propriété lucrative en limitant les décisions des actionnaires, en ne reconnaissant pas de droit à la décision d'actionnaires éphémères, en limitant les rémunérations actionnariales. Il faut par ailleurs rendre les investissements et les salaires prioritaires sur les dividendes.
12. Interdire le dumping social et les délocalisations sous peine de saisie de l'outil de travail par les pouvoirs publics.
13. Favoriser la propriété d'usage des collectifs de travail. Si des actionnaires ferment un outil de production, le collectif de production doit en être propriétaire - et cela inclut la marque et les patentes - de droit.