La démocratie syndicale en Belgique

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Dans un rapport récent de la confédération internationale des syndicats (ici), la Belgique est classée comme un pays démocratique au niveau syndical.

Ce rapport est écrit sur base des rapports des syndicats eux-mêmes. Cela pose problème quand les syndicats sont des machines de pouvoir pro-gouvernementales, quand la corruption et le népotisme y sabotent le respect du droit et des intérêts des travailleurs.

Il y a tout lieu à croire que le syndicat double (triple en comptant le petit syndicat libéral) CSC-FGTB joue un rôle de courroie de transmission du pouvoir politique - incompatible avec la démocratie sociale.

1. Les syndicats en Belgique sont censés représenter les travailleurs or les élections sociales sont organisées de telle sorte que seuls les travailleurs en emploi sont représentés. Les retraités, les invalides et la masse des chômeurs, adhérant et cotisant ne sont pas représentés dans les instances dirigeantes des syndicats et, partant, ces instances ne doivent leur rendre aucun compte.

2. La gestion de la sécurité sociale est censée être paritaire or l'annonce régulière de modifications de son fonctionnement - notamment des conditions de prestation pour les chômeurs ou les pré-pensionnés - de la part du gouvernement sans la moindre concertation préalable prouve que les cogestionnaires (patrons et syndicats) font de la figuration dans ces instances.

Pourtant, nous rappelons que l'intégralité de la sécurité sociale est un salaire et qu'elle doit en conséquence être gérée par les seuls salariés et par leurs représentants élus. Ces représentants doivent rendre des comptes à leur mandants - ce qu'ils n'ont jamais fait au niveau de la base en Belgique. De ce fait, les décisions concernant les salaires socialisés sont pris au nom des salariés sans qu'ils soient consultés, sans que leurs représentants leur rendent des comptes et sans qu'ils aient voie au chapitre. Que dirait-on si les patrons et les gouvernements s'occupaient de la gestion des salaires individuels et que les représentants des salariés pour cette gestion étaient d'aimables potiches?

3. Les rapports de bon voisinage entre partis politiques et syndicats sont tellement cordiaux que, régulièrement, des responsables syndicaux nationaux figurent sur les listes des partis politiques correspondants (CDH pour la CSC ou PS pour la FGTB). Variante intéressante, c'est parfois le ou la conjointe d'un ou d'une responsable syndical(e) national(e) qui occupe un poste en vue dans le parti politique frère. Cette ambiance de syndicat à la chinoise favorise certainement les rapports incestueux entre les syndicats et les partis politiques mais, par rapport aux droits des travailleurs, le népotisme et le syndicalisme de copains constitue un danger certain.

4. La liberté syndicale est fortement entravée puisque, pour créer un nouveau syndicat qui soit un interlocuteur social, il faut un nombre minimum de membres (50.000 voir le site officiel du SPF emploi, travail et concertation sociale ici). Cette règle limite la représentation syndicale aux trois grands syndicats, des syndicats d'État inscrits dans une logique de concertation, très peu combatifs.

5. D'autre part, en Belgique toujours, ce sont les syndicats qui détiennent les mandats de la délégation et non les délégués de sorte que la hiérarchie syndicale prend l'habitude de se débarrasser des délégués trop remuants, ce sont les permanents qui décident pour les délégués et, au sein des permanents, ce sont les hauts responsables régionaux ou nationaux qui décident. Cette façon de faire obère la démocratie sociale de manière particulièrement voyante quand les secrétaires généraux des syndicats passent dans des partis politiques ou quand leur conjoint occupe une place de choix dans les structures partisanes. Tout fonctionne comme si c'était les électeurs qui devaient se justifier auprès des élus de base, comme si les parlementaires devaient rendre des comptes aux ministres.

 En conséquence, en Belgique, les droits sociaux sont régulièrement sabotés par le gouvernement et par les employeurs avec la complicité active des organisations syndicales. Ceci qualifie la Belgique comme pays de catégorie 3 ou 4 dans le rapport susmentionné.